L'IMPOT FONCIER ET LA CAPITATION PERSONNELLE Il est difficile de comprendre pourquoi les exigences du roi parurent intolérables. L'amphore a une contenance de 26 litres‘. La superficie de l’ar- pent de vigne à l’époque carolingienne est de 12 ares 64 selon B. Guérard”, de 8 ares 65 selon Guilhiermoz*. Si l’on adopte cette dernière estimation et si l’on imagine que la récolte moyenne peut Être identique à celle de la France, pour l’ensemble, dans la période 1897-1906, soit 30 hectolitres à l’hectare*, on trouve que le roi demande exactement la dîme. Il est très probable que le référendaire Marc n’avait pas conseillé autre chose. Son tort fut, au lieu de faire lever la dime sur la récolte de chaque lieu, de s'arrêter au chiffre moyen d’une amphore, sans tenir compte des différences de climat et de rendement. Le Limou- sin, où la récolte avait été mauvaise ou qui produisait peu de vin, se révolta et fut durement châtié. Mais quelques mois après, Frédé- gonde et Chilpéric, épouvantés par la maladie de leurs enfants, brû- laient les « déscriptions nouvelles » ‘et revenaient au taux ancien”. Il y a des traces aussi d’un impôt en bétail, l’inferenda®. Néan- moins, l'habitude de percevoir le « tribut » en argent ou de convertir en espèces. métalliques l’impôt en nature persista. La Vita 36 êt graves in omni fegno suo fieri jussit. Qua de causa multi, relinquentes civitates illas vel possesiones proprias, alia regna petierunt, satius ducentes aliis peregrinare quam tali periculo subjacere. Statutum enim fuerat ut possessor de propria terra una anfora vini per aripennum redderet. Sed et aliae functiones infligebantur mul- tae, tam de reliquis terris quum de mancipiis, quod implere non poterat. Lemove- cinus quoque populus, cum se cerneret tali fasce gravari, congregatus in Kal. mar- tiis, Marcum referendarium, qui haec agere jussus fuerat, interfcere voluit, et tecisset utique nisi eum Ferreolus ab imminente discrimine liberasset. Arreptis quoque libris describtionibus (sic) incendio, multitudo conjuncta cremavit. Unde multum molestus rex, dirigens de latere suo personas, immensis damnum populum adflixit suppliciis conteruit, morte multavit. Ferunt etiam tunc abbates atque pres- biteros ad stipites extensos diversis subjacuisse tormentis, calumniantibus regalibus missis, quod in seditione populo ad incendendos libros satellites adfuissent, acer- piora deinceps infligens tributa. » — Lehuërou (I, 334) observe que ce récit a « une couleur toute romaine ». ‘ t. Fr. Hultzsch, Griechische und rämische Metrologie, 2° éd., p. 125. 2. Polyptyque d’Irminon, Prolégomènes, p. 167-169. 3. Bibliothèque de l’École des chartes, t. LXXIV, 1913, p- 267. 4. Statistique agricole annuelle publ. par le Ministère de l’agriculture. Mais il y a eu aussi des périodes où ce rendement moyen est tombé à un chiffre inférieur : 25, 20, même 15 hectolitres à l’hectare. 5. Cf. plus bas p. 98-99. 6. Cf. notre étude, Un grand domaine à l’époque franque dans Cinquantenaire de l’École pratique des Hautes Études (1921). p. 120-122.