16 L'EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS bout de peu de temps, tous ces Italiens se mettent à parler français. Beaucoup viennent de Sicile, et préfèrent le régime français au régime italien. Il faut ajouter à cela que, dans un siècle, la masse indigène — aujourd’hui plus de 5 millions d’hommes en Algérie, 4 millions au Maroc, 2 millions en Tunisie — aura sans doute atteint 20 millions. Et, en Algérie et en Tunisie, sinon au Maroc, ils auront évolué dans le sens de la civilisation occidentale, dans une mesure limitée. mais intéressante. Pour la plus grande part ce ne sont pas des Arabes. comme on le croit généralement, mais des Berbères. Cette race berbère a occupé, aux époques antéhistoriques, non seulement l’Afrique du Nord, mais une partie de l’Espagne, où elle a laissé de nombreux descendants. Elle se rapproche davantage de la nôtre que l’arabe. Toutefois elle est musulmane, et la foi oppose à une totale assimilation un obstacle pour longtemps infran- chissable. Peut-être ne faut-il pas s’en plaindre : nul mélange, nul métissage n’est possible : il est infiniment rare que des croisements entre la population indigène et la population européenne aient lieu. Par surcroît le standard of life d’un indigène islamisé reste inférieur à celui de l’Européen, d’où il résulte que le colon est tou- jours assuré de trouver la main-d'œuvre à bon marché : avant la guerre, la journée de travail était payée de 2 à 3 francs or, et les salaires ne se sont accrus depuis qu’en proportion de la baisse de la devise. Enfin, il est difficile à l’Arabo-Berbère de réclamer des droits politiques identiques à ceux des Européens : pour les obtenir, 1l faudrait qu’il renonçât à la loi coranique pour adopt la loi française, à quoi il ne peut se décider. Il ny a donc pas grand risque, en Afrique du Nord, d’un mouvement général des indigènes pour atteindre la libération par l’égalité des droits politiques avec les Français ou francisés. Mais d’autre part ces indigènes se transforment. Il