20 L'EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS . à des Algériens. Et il faut dire que cette attitude est justifiée dans une large mesure. L'Algérie est un pays de petite colonisation. Les exploitations n’y ont qu’une faible étendue. On est parvenu à un moment où elles ne suffisent plus, morcelées, à des familles nombreuses. Les Algériens demandent à être servis d’abord : et cela est tout naturel. Il faut ajouter que, préparés héréditairement à la tâche, ils s'entendent mieux à la mise en valeur du sol que les immigrants. Mais par conséquent — c’est cela qui, dans une certaine mesure, est inquiétant pour l'avenir démographique, ils préfèrent peut-être voir arriver chez eux des Espagnols et des Italiens plutôt que des Français. Ces étrangers, ordinairement pauvres, n’apportent que leurs bras. C’est de la main-d’œuvre, on en a besoin. Le Français qui achète la terre est accueilli avec moins de satisfaction. Par bonheur, aux deux extrémités de l’Afrique du Nord française, la Tunisie et le Maroc ne se trouvent pas dans la même situation. Au Maroc la colonisation est encore, à part d’heureuses exceptions, et comme cela est fatal au début, surtout « urbaine », donc com- merciale, plus qu’agricole. La Tunisie est jusqu’à présent un pays de grande colonisation, de domaines allant de plusieurs centaines à plusieurs milliers d'hectares. Mais pour faire équilibre à l'immigration italienne, elle se soucie de plus en plus de penser à la phase, sinon de la petite, du moins de la moyenne colonisation. De là vient que, en Tunisie comme au Maroc, l’'immigrant français demeure le bienvenu. - Certes, c’est encore ici le descendant de colons algériens connaissant les conditions de culture, parlant suffisam- ment arabe, sachant la meilleure manière de tirer parti de la main-d’œuvre indigène, qui aura le plus de chances de succès. Les Algériens du département de Constan- tine s’étendent vers la Tunisie, ceux du département d’Oran vers le Maroc. Mais on ne refuse personne, on