“ L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS Mais il y a dans cet accord un point particulier qui mérite de retenir l’attention. Les Allemands nous ont demandé un point d'accès au bassin du Congo pour favo- riser leur commerce qui bénéficiera ainsi de la navigation fluviale. Bons princes, je veux dire bons voisins, nous avons donné cet accès — 30 kilomètres de rives de la Sangha. Qui peut se douter, à cette date, que c’est sur ce point de la frontière que le Reich nous cherchera des que- relles d’Allemand qui préluderont à l’accord du 4 no- vembre 1911, conclusion de l’affaire d'Agadir? Personne, et pas même, je le crois, les Allemands qui n’entreront guère au plein de leur politique coloniale que dix ans plus tard, vers 1904. Cependant, un modeste voyageur congolais pousse un cri d’alarme dans le journal l’Éclair : « Ces 30 kilomètres, ce sera un nid à querelles. » Il n’est pas entendu, manquant de relations et d’une suffisante autorité. Tandis que les compagnons de de Brazza remontent l’Oubanghi, les Belges s'efforcent de les gagner de vitesse et ils y parviennent sans beaucoup de peine, car les mé- thodes différentes qui ont déjà caractérisé la luite entre Stanley et de Brazza se retrouvent ici : rive gauche, un personnel déjà nombreux et bien approvisionné ; rive droite, peu d’hommes et peu de moyens. Et pourtant on se suit de si près que les rivaux étant parvenus presque en même temps au delà de l’embouchure du M’Bomou dans l’Oubanghi, les Belges useront d’un sub- terfuge de linguistique géographique en soutenant que ce n’est plus l’Oubanghi, mais l’Ouellé, et, bons voisins toujours, nous finirons par consacrer ce distinguo oppor- tun. Liotard, accompagné de son dévoué collaborateur Bobichon, est déjà là qui devra subir, sans s'abandonner à l’irréparable, les brimades des Belges qui ont franchi le M’Bomou et commencé une marche en direction du Tchad, tandis que d’autres officiers de l’E. I. C. amorcent