L'AFRIQUE ÉQUATORIALE FRANÇAISE 43 leurs entreprises en direction du Bahr-el-Ghazal, affluent du Nil, où le roi Léopold espère pouvoir, tertius gaudens, départager l’Angleterre et la France. Et c’est l'accord franco-congolais de 1894. Cependant, la marche au Tchad n’a pas été abandonnée après l’assassinat de Crampel, l’arrêt à El-Kouti de la mission Dibowsky et le déroutement de la mission Maistre. Deux hommes ont repris le projet : un membre de cette dernière mission, F. de Béhagle, et un membre de la misssion de Brazza, Gentil. Avec des conceptions différentes, tous deux tendent au même but : le premier a adopté les méthodes de Mizon basées sur la création directe d’intérêts commerciaux, à l’exemple de la Royal Niger Company ; l’autre, Gentil, s'adresse à l’État et au Comité de l’Afrique française. Mais tous deux savent déjà qu’ils auront à affronter une puissance indigène dont l'étoile née à l’est du Tchad semble grandir tous les jours et qui, sans doute, ordonna le massacre de Crampel : c’est Rabah, sultan esclavagiste qui, dans sa marche de l’est à l’ouest, courbe tous les peuples sous sa loi de fer et renverse tous les obstacles. Gentil, le premier, arrive sur les eaux du Tchad avec le Léon-Blot et y promène les trois couleurs. Pendant ce temps, la métropole, sous l'impulsion de deux mi- nistres, M. Lebon, ministre des Colonies, et M. Hano- taux, ministre des Affaires étrangères, a préparé la réalisation matérielle du plan de Crampel par l’envoi de deux grandes missions : la mission Faureau-Lamy partie de l’Algérie, et la mission Voulet-Chanoine, bientôt remplacée, après un drame douloureux, par la mission Joalland-Mevnier et qui devront se concerter avec la deuxième mission Gentil pour abattre la puissance mauvaise de Rabah. Entre cette première et deuxième mission Gentil, Rabah a déjà massacré, à Niellim, Bre- tonnet, Durand-Autier, Pouret et leurs 44 miliciens, et