L’AFRIQUE ÉQUATORIALE FRANÇAISE 47 diaient une voie mi-partie terrestre, mi-partie fluviale le long du Kouilou-Niari. Et puis — mais c’est peut-être une légende — de Brazza n’aurait-il pas répondu, quand on lui parlait des travaux de Thys : « Laissez, les Belges travaillent pour nous. » Ce qui s’expliquait par la croyance qui existait bien en 1892-94 que l’État indépendant du Congo, dont les finances étaient faites en partie par les fonds personnels du roi Léopold, ne pourrait pas supporter longtemps la charge fort lourde de sa vaste entreprise et que la France serait bientôt appelée à excercer son droit de préemption inscrit dans un accord diplomatique. Et 1l arriva ce qui devait arriver : en 1898, les Belges inauguraient leur chemin de fer, nous n’avions pas posé un seul kilomètre de rail. Nous restait-il un moyen de reprendre le problème à notre profit? Un publiciste, que Je connais bien, soutint qu’il fallait aller chercher le trafic plus haut que le Stanley-Pool, à l'embouchure de l’Alima, pour le ramener au Gabon, sur la belle rade de Libreville. Mes amis Fourneau et Fondère préconisaient un tracé Libreville-Ouesso, sur la Sangha. La discussion s’éternisait, et ni le gouvernement local, ni la métro- pole ne se décidaient à l’action. Ici et là-bas, on semblait résignés à subir la domination économique du Matadi- Léopoldville et les vues se tournaient vers un système demise en exploitation desterritoires, inspiré par l’exemple du Congo belge et activement suggéré par les Belges, à la recherche de nouveaux éléments de trafic pour leur chemin de fer. Le roi Léopold, en même temps qu’un politique pro- fond, était un homme d’affaires remarquable. Il avait déjà essayé de s'emparer de l'instrument, mais Thys avait vigoureusement résisté à la pression. Pour recueillir et expédier les richesses du Congo, il avait imaginé un système de colonisation étatiste par le moyen de sociétés associées dans lesquelles l’État figurait comme apporteur,