L’AFRIQUE ÉQUATORIALE FRANÇAISE 51 relever les traces toutes fraîches et parfois tenter sportivement un beau coup de fusil? où les éléphants qui, au-dessus de Brazzaville, franchissant un petit bras du fleuve, venaient jusque dans l’île M’Bamou se baigner et prendre leurs ébats dans les eaux du Congo? Disparus, parce que l’ivoire étant le produit le plus cher sous le plus faible volume, le plus gros effort des sociétés à la poursuite d’un dividende rapide portait sur son acquisition : grosses pointes, provenant d’animaux qui, du moins, avaient eu le temps de se reproduire, et petites pointes, jusqu’à moins d’un kilo, provenant d’animaux qui n’avaient pas pu encore s’accoupler. Et voici quelques chiffres : La moyenne annuelle pour les années 1896-1900 est de 107 tonnes d’ivoire. Pour les années 1901-1905, c’est le plein du régime concessionnaire, la moyenne monte à 174 tonnes. Quand ce régime périclite, années 1906-1910, la moyenne descend à 160 tonnes. Pour les années 1910 et 1911 elle est de 143 tonnes. Et les chiffres vont descendre à 131 tonnes en 1913, 106 en 1914, 92 tonnes en moyenne pour 1915 et 1916. En 1917, pas d’exportation : on stoke sur place, faute de bateaux. Et donc elle remontera à 104 tonnes en 1918 et à 170 tonnes en 1919, mais elle retombera à 96 tonnes en 1920 et à 68 en 1921. La voilà, la disparition de l’éléphant d’Afrique, et ces chiffres ne trompent pas, ils sont pleinement d’accord avec les renseignements objectifs obtenus. Et je ne puis m'empêcher de rappeler, en voyant dans un magasin des jeux de brosses en ivoire, que Pline assurait que cette matière était pour faire les statues des dieux — J'ajoute ceci : et pour représenter, de couleur gt de fraicheur, le corps féminin. Et je pense, en outre, que c’est folie de laisser détruire ainsi, pour un intérêt d’avidité purement mercantile, une espèce animale qui se distingue entre toutes par sa force et son intelligence et qui, dans la seule exploitation