CHAPITRE VI L’INDOCHINE FRANCAISE par M. MERLIN, ancien gouverneur général de l’Indochine. En Indochine, à 15000 kilomètres de Paris, nous allons parcourir la plus belle, la plus intéressante et la plus riche de nos possessions, qui ne mesure pas moins de 710 000 ki lomètres carrés, grande, à elle seule, comme toute la France, la Belgique et la Hollande réunies. Un bref aperçu ferait apparaître tout le pittoresque d’un pays où la mer et la plaine, la montagne et la forêt se montrent particulièrement prodigues de leurs merveilles. Il évoquera le passé millénaire d’une civilisation toute différente de la nôtre dans sa théogonie, son éthique et son esthétique, sa vie sociale, l’âme de populations intéressantes par leurs qualités d’endurance physique, de patiente énergie morale, d’intelligence industrieuse — plus intéressante encore par ce que leur esprit complexe, subtil, ondoyant et divers a de décevant et de fermé à la rigueur de notre logique occidentale ! Cependant, combien j'aurais aimé m'’attarder dans les riches plaines de Cochinchine, que. deux fois l’an, les jeunes pousses de riz revêtent de leur parure de jade ; faire assister, au Cambodge, aux danses hiératiques des gracieuses ballerines du roi Sisowath ; évoquer les imposantes ruines d’Angkor qui dorment depuis des siècles sous le manteau vert de la forêt tropicale. J'aurais voulu monter à l’escalade des contreforts de