NOS VIEILLES COLONIES 113 ses recueils (les Lèvres closes, les Paroles d’un vaincu, les Amants) ont mérité de lui survivre. D’autres Bourbonnais ont marqué leur place dans l’his- toire de la pensée française. Tel fut le journaliste Édouard Hervé qui, bien que de l’Académie française, n’a pas rempli sa destinée ; tel est le médiéval et quasi génial Joseph Bédier, l’amant rétrospectif de la tant doulce Yseult ; tels sont enfin les deux frères Marius-Ary Le- blond, dont le talent puissant et souple nous enchante et nous enchaîne. Le Miracle de la race, Ulysse Cafre, Ant- cette et Pierre Desrades ne sont pas seulement des œuvres d’imagination ; dans leurs pages chante le folklore de cette île divine. Le professeur Guyon qui fut, en France, le véritable créateur de l’urologie et qui, suivant Jean-Louis Faure, « n’a rien laissé à découvrir à ceux qui sont venus après lui », était de la Réunion, Enfin, s’il fallait démontrer que les Réunionnais ont au cœur l’amour de cette France d’où ils sont venus, nous rappellerions que l'héroïne de 1870, Juliette Dodu, et le vaillant aviateur Roland Gar- ros, sont des enfants de ce pays lointain, dignes compa- triotes d’ailleurs du général Lambert, le glorieux soldat des « Dernières cartouches ». Qui pourrait ignorer qu’à la Martinique naquirent Moreau de Saint-Méry, le général Brière de l'Isle, le grand chirurgien Morestin et, bien longtemps avant, la sévère Mme de Maintenon. A la Guadeloupe, nous rencontrons Léon Hennique, qui fut président de l’Académie Goncourt, le délicat poète Francis Jammes, le chimiste Sainte-Claire Deville, le fou- gueux orateur Armand Barbès, le grand spécialiste Ricord et le chirurgien Ledentu. Par quel caprice de la nature, ou plutôt par quelle réaction de la race, l’île séparée de la métropole par trente jours de navigation, qui entretient avec elle des rapports difficiles et_peu fréquents, dont les enfants ne connaissent ni nos lvcées, ni nos musées, ni nos théâtres, a-t-elle été justement celle qui a fourni