LES PRINCIPES DE LA POLITIQUE COLONIALE 153 splendide exemple et c’est dans cette orientation que doit marcher l'humanité. Lorsque les grandes puissances se sont trouvées en face de populations tout à fait différentes, que nous appelons populations indigènes, — les unes primitives, les autres provenant de sociétés très évoluées, très anciennes, — diverses politiques se sont présentées et il en est trois, auxquelles aujourd’hui tous les gens raisonnables ont renoncé : d’abord l’extermination, comme en Tasmanie, où l’on nous montre le crâne du dernier indigène d’une race exterminée. La seconde manière de procéder a été le refoulement dans des réserves : on a parqué des hommes comme on parque des bestiaux. Une troisième solution a été la mise en esclavage, l’établissement d’une catégorie humaine destinée à servir de main-d’œuvre à ceux qui commandaient. Depuis lors, les esprits pondérés ont hésité entre deux thèses qui ont, l’une et l’autre, une part de vérité, qui dans leur excès peuvent être aussi déplorables l’une que l’autre, et ce sont ces deux thèses que je voudrais mettre en présence pour faire comprendre à ceux qui n’ont pas été mêlés à la vie coloniale, combien est difficile le pro- blème de direction et d’administration que certains de nos contemporains ont résolu avec une si haute conscience. Lorsque nous nous trouvons en face de ces populations primitives, on a eu tendance à vouloir les assimiler, c’est- à-dire à vouloir les amener brusquement à un état de civilisation pareil au nôtre et on a voulu, en attendant même qu’elles puissent arriver à cet état, leur imposer notre législation. On a cru que c’était un moyen de les lever que de leur imposer nos lois. Cette théorie, à laquelle on a presque partout renoncé, survit encore dans maintes pratiques de notre régime de colonisation. Nous nous imaginons que faire le bonheur des autres, c’est leur imposer notre concept de bonheur. Je me rappelle ce que le colonel Azan a écrit sur l’ar-