LA VALEUR MILITAIRE DES COLONIES 197 de Port-Arthur en 1904. Le premier soin que prend l’amiral von Spee est d’en sortir pour faire la guerre de course, ne comptant pour se ravitailler que sur ses vapeurs de commerce réfugiés dans les ports neutres et sur ceux que son service d’étapes lui enverra bondés de charbon et de vivres à des rendez-vous convenus. Un seul croiseur, l’Emden, est envoyé au cœur des lignes de communication alliées de l’océan Indien. Trois mois de croisière sans relâche possible lui font perdre cinq nœuds de vitesse. Le jour arrive de la rencontre inévitable avec un assaillant plus fort que lui, en pleine possession de tous ses moyens, qui le coule après quatre-vingt-dix minutes de combat. Pendant ce temps, von Spee avec ses cinq croiseurs erre dans le Pacifique. Il tente un coup de main contre Tahiti, n’ose le pousser à fond contre cinq pièces d’artil- lerie légère que la canonnière la Zélée a débarquées et installées dans la forêt pour battre la rade. Craignant les rencontres du large, craignant la terre ennemie qui recèle peut-être des escadres, évitant les terres amies qu'il sait nulles en ressources, il se rend compte de l'impos- sibilité de sa tâche et ne voit plus qu’une solution : essayer de ramener son escadre en Allemagne. Au large des côtes du Chili, il se heurte à la division anglaise de l’amiral Craddock qu’il détruit en deux heures, puis entre à Valparaiso, charbonne et reprend la longue route du Sud. Il double le cap Horn ; il débouche dans l’Atlantique avec des navires tellement fatigués par une croisière ininterrompue de quatre mois, que la nécessité d’un port de relâche lui apparaît comme absolue. L’AI- lemagne n’en possède aucun. Von Spee est donc obligé de s’en procurer un de vive force ; il se décide à enlever les îles Falkland par surprise. Vous savez comment une escadre anglaise de croiseurs de bataille, arrivée la veille à Port-Stanley, détruisit l’escadre de von Spee en trois heures de combat.