198 L'EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS Au cinquième mois de guerre, l’Allemagne ne comp- tait plus hors d’Europe que deux croiseurs soigneusement cachés et inactifs djailleurs : le Dantzig à l’île de Pâques, le Kæœnigsberg dans le delta de la rivière Roufidji. Ils furent détruits, le premier en mai, le second en juillet 1915. Voici ce qu’ont pu faire les Alliés d’une part, les Alle- mands d’autre part, en haute mer, selon qu’ils possédaient des points d’appui ou n’en possédaient pas. Quelles conclusions devons-nous tirer? Je ne suis pas un technicien de la partie, je ne sais pas si les marines militaires de l’avenir seront composées de cuirassés ou de croiseurs de bataille, ou de croiseurs légers à grande vitesse, ou de sous-marins, ou d’avions géants, ou d’un ensemble harmonieux de tous ces engins, Ce que je sais, c’est que notre France n’est plus une nation purement agricole, qui se suffit à elle-même. À un moindre degré que l’Angleterre et que l’Allemagne, elle est devenue une nation industrielle. En temps de guerre, elle aura besoin plus encore qu’en temps de paix d’importer du charbon, du blé, du pétrole, du coton, du cuivre, pour ne parler que des principales matières premières qu’elle tire de l’étranger, qu’elle tirera de plus en plus de son domaine colonial. Elle devra procéder aussi au rapatriement des armées qu’elle entretient au loin et au transport des défenseurs coloniaux qui accourront à son appel. D’une manière certaine, elle verra s’acheminer vers ses ports des milliers de navires bondés de troupes ou chargés de cargaisons précieuses. Pour défendre ces navires, pour articuler leurs mou- vements, pour grouper les flottes marchandes en convois avant leur entrée dans les zones dangereuses, les ports de nos colonies seront plus précieux que jamais. Pour attaquer le commerce ennemi, rompre ses croisières,