250 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS les corps réguliers ; ils avaient généralement, en raison de leur qualité de volontaires, des places de choix dans les opérations et les combats, ils marchaient en tête dans les assauts, et les officiers et sous-officiers qui le savaient briguaient leur commandement. Pendant la grande guerre, à défaut d’une armée noire, nous avons eu cependant de nombreux bataillons sur le front, aux Dardanelles, en Afrique, en guerre contre les Allemands. Nos noirs n’ont pas cessé de justifier la bonne opinion qu’on avait d’eux. Ils se sont mesurés, à leur très grand honneur, à la garde prussienne dans les marais de Saint-Gond : Aux Dardanelles, sur la rive asiatique, c’est à un régiment colonial mixte (un bataillon blanc et deux bataillons noirs) que l’honneur échut, pour faire une diversion, de prendre pied le premier sur la côte turque. Les bataillons sénégalais comptaient une grande majorité de très jeunes tirailleurs, recrutés sans grande sélection et instruits à la hâte. Le régiment n’avait pu acquérir un peu de cohésion que pendant une ‘quinzaine de jours passés en Égypte. Le débarquement s’opéra en plein jour. Dès que, nos vais- seaux ayant interrompu le bombardement, les embarcations remorquées par des vedettes de l’escadre furent à bonne portée de la côte, une grêle de balles les accueillit, tandis que la batterie d’In-Lepe activait son tir; une marmite de 210 tombe en plein dans un canot et broie une trentaine d’hommes ; une autre marmite disloque l’unique débarcadère. Sans s’affoler, Sénégalais et marsouins sautent dans l’eau jusqu’au cou, mettent baïonnette au canon, et les deux vagues, la noire et la blanche, déferlent sur la plage sous les balles et la mitraille. Le vieux fort est enlevé de haute lutte, et après lui, sur les talons des Turcs en fuite, rue par rue, le village tout entier. Ce tour de force est réalisé avant midi. On se heurte alors aux tranchées turques, On organise la défense et pendant la