246 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS nement d’une civilisation épuisée cette lassitude sociale et ce goût de la nature qui annoncent le romantisme. Il fallait, de toute évidence, le reflux des expansions loin- taines sur la métropole pour les âmes vibrassent ainsi. Mais quels beaux sujets de pendules préparent, bientôt, d’après ces types, des mains maladroites ! Les Ingénues coloniales sont parfois un peu gauches : toutes les Atala ne trouveront pas un Chateaubriand. Toutes les Éléonore ne trouveront pas un Parny. Toutes les Joséphine ne mettront pas la main sur un Napoléon. Robinson Crusoé, les contes de Fenimore Cooper ont, en Angleterre, la même origine et le même destin. Ils apprennent à lire à la jeune humanité. Un large courant d’aventure et de risque, un goût d’errance et de solitude mettent en mouvement des générations entières. Le noma- disme franchit le « grand espace des mers ». La planète est investie ; elle se peuple. Voici que s’élève la plus grande voix de l’épopée coloniale, — Chateaubriand. Les admirables poèmes en prose que sont les descrip- tions du Meschacebé, telle page de l’Itinéraire de Paris à Jérusalem, Atala, les Natchez prolongent leur écho dans toutes les mémoires. Quelle part l’aventure géographique, le mirage de l’exotisme, la leçon des Ruines prennent soudain dans la vie moderne ! Volney, qu’on ne lit plus, est plein de grandeur et de poésie. Nos missionnaires d’abord, puis Volney, Chateaubriand, Lamartine, les pre- mières pages de Renan, l’œuvre du marquis de Vogüé, et tant d’autres, préparent cette union de la Syrie et de la France qui est une des réalisations coloniales les plus lentement mûries et les plus justement méritées de notre histoire. Par cette longue incubation, les Croisades reprennent une étonnante actualité. Et, soudain, tout change encore. Les brumes se dis- sipent ; lumière éblouissante ! La poésie des îles envahit le romantisme et l’inonde de soleil. De cette île de France, douce mère des poètes, le chevalier de Parny apporte,