L’'APPORT INTELLECTUEL DES COLONIES = 24) le premier, une sensualité toute créole, — délicate et voluptueuse. Ce n’est déjà plus Delille, si ce n’est pas encore Lamartine. À sa suite, les grands poètes insulaires se présentent tout vêtus de rayons et de splendeur. C’est Leconte de Lisle : Midi roi des étés… C’est Heredia : …ÔOu penchés à l’avant des blanches caravelles, Ils regardaient monter en un ciel ignoré Du fond de l’Océan des étoiles nouvelles. Et c’est Baudelaire lui-même : Une île paresseuse, où la nature donne Des arbres singuliers et des fruits savoureux : Des hommes dont le corps est mince et vigoureux, Et des femmes dont l’œil par sa franchise étonne. Guidé par ton odeur vers de charmants climats Je vois un port rempli de voiles et de mâts Encor tout fatigués par la vague marine. Pendant que le parfum des verts tamariniers Qui circule dans l’air et m’enfle la narine, Se mêle dans mon âme au chant des mariniers. Il est impossible, je ne dis pas de tout dire, mais de tout évoquer. Comment, cependant, passer tout à fait sous silence la prose nombreuse, ardente et forte de ces grands coureurs de l’aventure? Que l’on parcoure seu- lement les Aventures de guerre au temps de la République et du Consulat, de Moreau de Jonnès. Voici, au hasard, parmi ces morceaux si pleins de vie vécue, une descrip- tion de l’ouragan des Antilles : « Cependant, on ne sen- tait aucun souffle de vent, mais toute la nature prenait, par degrés, un aspect qui inspirait l’effroi. La mer se soulevait et bouillonnait comme l’eau d’une chaudière en