248 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS ébullition. Elle avait changé sa température et son niveau ; au lieu d’être moins chaude que l’air, elle l’était beaucoup plus ; elle devenait thermale. La surface s’exhaussait sous une pression inconnue et ses eaux, franchissant leurs limites, débordaient dans le port et s’avançaient dans le lit-des rivières dont elles refoulaient le courant… C’était surtout l’atmosphère qui était le théâtre des phénomènes précurseurs de l’ouragan. À son lever, le soleil avait paru resplendissant et radieux dans un ciel pur, lumineux et profond ; mais, à midi, il s’était voilé de vapeurs qui changeaient entièrement son aspect. Il était tout à fait privé de ses rayons et ressemblait à la lune. Son disque avait la couleur rouge-obscur d’une fournaise qui s’éteint… » Le morceau est, tout entier, d’une somptuo- sité magnifique. Ce flibustier est, par quelque côté, un frère de Chateaubriand. Nous voici revenus en Amérique. J’aurais voulu donner une idée, si insuffisante soit-elle, de la sève vigoureuse qui est celle du rejeton que la poésie française a laissé en terre du Canada. Ce n’est plus seulement Crémazie et Fréchette avec leur plainte patriotique, si douce au cœur de la France : Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas?... C’est toute une pléiade que MM. Monpetit et Jean Char- bonneau, celui-ci lui-même un grand poète, viennent d’évoquer et d'offrir en bouquet à la France. Nos écoles devraient les connaître et apprendre par cœur les beaux vers de G. Desaulniers, de Charles Gill, d’Émile Nelli- gan, d’Albert Ferland, de Paul Morin, de René Chopin, d’Albert Lozeau, d’Alphonse Beauregard, de L.-J. Dou- cet, où l'expression assouplie, purifiée, cadencée, évoque des visions et des émotions que notre âme « vieux con- tinent » ignore.