250 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS ‘ l’a fait sienne et l’a gardée pendant un siècle sous sa domination et, bien que, nominalement, elle n’ait plus aucun droit de propriété sur son territoire, elle conserve, du moins, le droit de toucher encore une sorte d’arriéré de fermage, de partager les fruits des vertus humaines qu’elle y a semées jadis. Ce droit-là, jamais le temps ne pourra le lui enlever ni le prescrire : il ne saurait qu’aug- menter. » M. Finley a dit, aussi, ce qui reste, sur cette terre démo- cratique, de grâce et de gentilhommerie francaises. Quittons ces terres de glorieux passé, sans cesse rever- dissant. Revenons vers la mère patrie. Le réalisme a balayé le romantisme. Flaubert clame de sa voix forte sa prose cadencée ; mais l’aventure conjugale de Mme Bo- vary ne suffit pas à son génie fougueux. Il lui faut d’autres sonorités et d’autres lumières : il écrit cette Salammbô, toute brûlante du soleil de l’Afrique du Nord et où s’an- nonce, par l’héritage de saint Louis, la future Tunisie française. C’est un droit de préemption que le génie fran- çais affirme sur ces terres antiques, de même que Chateau- briand et Lamartine l’ont fait pour l’Orient syrien. Fro- mentin vibre des résonances du désert et emporte, dans son âme, je ne sais quelle lucide émotion qui illumi- nera Dominique. Et voici que l’âge ‘moderne devient planétaire. Les grands noms se pressent : c’est Loti, cet Hamlet du soleil, qui cherche, aux pays de la lumière, la joie qui le fuira toujours. C’est Claude Farrère, qui projettera sur l’écran un: de ces poèmes devenus, soudain, universels. C’est Louis Bertrand qui, du cœur de cette vieille Afrique latine, fait couler à flots le Sang des races. C’est Charles Géniaux, qui reconquiert notre Tunisie. Ce sont les frères Tharaud, qui étendent le protectorat des lettres sur le