260 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS joué leur rôle dans la diffusion de la langue française par toutes les parties de notre planète. Par delà les étendues océaniques de l’Atlantique et continentales de l'Afrique, on trouve encore de nouvelles preuves de ce fait historique dans certaines îles de la mer des Indes, aux Seychelles et surtout au pays de Paul et de Virginie, dans la ci-devant « Ile de France ». Aujourd’hui même, au milieu d’une population hétéro- gène où se mêlent les Européens de race britannique. des Asiatiques et des Africains de tous pays : Chinois, Malais, Hindous, Arabes, Cafres, Malgaches, etc., sub- siste toujours, dans les classes supérieures et moyennes de Maurice, un élément français. Séparé depuis près de cent vingt ans de la mère patrie, il persiste à parler la langue de ses pères et à penser en français comme à con- server les mœurs simples et patriarcales d'autrefois. La toponymie d'une foule de localités et de lieux dits de l’île, comme de rues de la ville de Port-Louis, nombre de noms de famille attestent une emprise française que confirme l’emploi constant de notre langue, non plus dans les actes officiels, dans la discussion et le vote des lois, ni devant les tribunaux, — tout cela est interdit depuis 1832, 1842 ou 1847, — mais dans les conversa- tions privées, dans les sociétés littéraires, dans la plu- part des journaux insulaires et jusque dans les enseignes « à la mode parisienne ». Si les basses classes se servent d’un naïf patois créole, dérivé du français, qui a sa litté- rature et ses littérateurs, c’est du français lui-même que se servent toujours les classes supérieures, et c’est dans ce français un peu archaïque que prosateurs et poètes locaux ont composé des romans, des récits historiques. des études et travaux de tous genre, de beaux vers aussi, tels que ceux des Poèmes païens et bibliques de Léoville l’Homme. Le fait est donc constant, et général : une ancienne colonie française, même séparée depuis longtemps de sa