268 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS chercher, surtout en Oranie et dans le département de Constantine, des salaires meilleurs, un peu plus de bien- être, une vie moins dre qu’en Espagne ou en Italie? ne faut-il pas enfin défendre la langue française contre toutes les contaminations qui peuvent précisément résulter du contact avec ces. immigrés et avec ces indi- gènes, des emprunts faits par le vocabulaire et par la syntaxe aux autres langues européennes ou même indigènes parlées dans le pays?’ Œuvre considérable, œuvre complexe, dont une partie sera vite réalisée, car « la fusion des divers éléments européens est très avancée, presque achevée (1) ». Il n’en va pas de même de l’ensei- gnement du français aux indigènes, car on n’a pas encore pu atteindre, par la femme, le cœur même de la famille. Néanmoins la langue française a fait de remarquables progrès parmi les naturels du pays ; pas une région, pas un douar même, où ne se trouvent des indigènes la par- lant plus ou moins bien. « Dans les assemblées algé- riennes, il y a maintenant fort peu de musulmans qui ne soient en.état de suivre une discussion en français (2) ». L’école, la guerre, la conscription indigène — dans cer- tains villages de la Kabylie les vieux tirailleurs retraités parlent français entre eux — ont collaboré à ce très bril- lant résultat. En Tunisie, l’œuvre à mener à bien se rapproche beaucoup de celle qui a été entreprise en Algérie (2 160 000 habitants en chiffres ronds, contre 4 615 000, dans les territoires du Nord) et est aussi moins hétérogène. Pas de colonie espagnole ; à côté des Français, les étrangers sont surtout et presque exclusivement des Italiens et des Anglo-Maltais. Quant à la population indigène, elle est identique à celle du reste du Maghreb. Par contre, (1) Écrit en 1922 par Augustin BERNARD, dans « la Langue fran- paise en Algérie ». (Notre langue dans le bassin de la Méditerranée, p. 74.) (2) Ibidem, p. 78.