L’APPORT ARTISTIQUE DES COLONIES 283 Je vous disais tout à l’heure que vous ne trouviez pas au Maroc les grandes merveilles de l’art antique. Vous n’y trouverez pas non plus les types les plus achevés de l’ancien art moresque. Sans doute vous verrez au Maroc de beaux spécimens de cet art, les médersas de Fez, les tombeaux des princes saâdiens à Marrakech. Mais ils demeurent très rares, ces vestiges de la beauté d’autre- fois. Comment d’ailleurs s’en étonner? Au Maroc, même un palais neuf porte déjà sur lui la menace d’une destruc- tion prochaine. Murs de boue, colonnes de briques, déco- ration de faïence et de plâtre, tous ces matériaux péris- sables ont tôt fait de retourner au néant. Aussi n’ai-je jamais pu voir sur son échafaudage, près de sa bouilloire à thé, l’artisan marocain tracer tant de caprices char- mants sur de la chaux friable, ou bien le maître mosaïste dessiner sur le sol ses parterres de brique émaillée, sans éprouver de la tristesse pour le précaire de tout cela. À peine ces choses gracieuses ont-elles vu le jour qu’elles sont déjà condamnées. Leur fragilité et l’indifférence orientale s’unissent pour en précipiter la ruine. Ajoutez à sela qu’au Maroc la tendresse pour les vieux logis est un sentiment inconnu. S'il possède les moyens de se construire une habitation nouvelle, jamais le Marocain n’habitera la maison où son père est mort. Pourquoi? Est-ce orgueil de bâtir? ou l'entretien de ces palais de terre est-il vraiment impossible, et faut-il se résigner à les laisser tomber? Je crois plutôt qu’en allant vivre ailleurs, dans une maison neuve, où la mort n’a jamais passé, on pense échapper peut-être à toutes les influences malignes que la mort laisse derrière elle. Le certain, c’est que partout, au Maroc, les murs &boulés attestent l’éphémère des pensées et des désirs. Ce qu’on n’habite plus, on ne l’entretient plus. Le soleil