3 — L’APPORT ARTISTIQUE DE L’INDOCHINE par M. Louis F1NoT, professeur au Collège de France. Il n’y a pas très longtemps que l’Indochine, autrefois ronfinée dans le domaine étroit de l’archéologie, a pris place dans l’histoire de l’art. Ce n’est pas qu'il y ait eu alors une brusque révélation des arts indochinois. L'un au moins d’entre eux, et le plus important, l’art khmer, était connu depuis de longues années, tant par les pièces originales exposées dans deux de nos musées (1) que par les belles reproductions publiées à la suite de la mission Fournereau (2). Mais il faut bien avouer que le public n’y prenait qu’un faible intérêt. Ni ses tendances esthétiques, ni sa connaissance trop incomplète des arts asiatiques ne le préparaient à goûter des œuvres si éloignées des canons reçus. Tout est changé aujourd’hui. Le goût, assoupli à un point qu’on peut même juger excessif, est prêt à admettre les créations les plus singulières ; l’exotisme attire au lieu de rebuter ; on est moins séduit par la forme que par la vie, moins intéressé par la réussite que par l’effort. Les arts de l’Indochine ont profité de ces disposi- tions nouvelles. Ils ont bénéficié aussi du développement (1) La collection Delaporte au Musée du Trocadéro et la collec- tion Aymonier au Musée Guimet. Voir G. Cœpès, Catalogue des pièces originales de sculpture khmère conservées au Musée indochinois du Trocadéro et au Musée Guimet (Bulletin de la Commission archéo- logique de l’Indochine, 1910). (2) L. FournerEaU, Les Ruines d'Anghor et Les Ruines khmères. Paris, 1890, 2 vol. in-fol.