304 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS du tourisme. De nombreux voyageurs ont eu à Angkor une vision de grandeur que les salles des musées ne pouvaient leur donner. Les sculptures khmères ont conquis la faveur des Américains. Les commandes ont suivi. Les marchands d’antiquités se sont mis en chasse. Les pilleurs de ruines ont fait leur apparition. Angkor est devenu un sujet de romans et de films. Bref, la modeste notoriété de jadis s’est muée en une éclatante célébrité. La question se pose maintenant de savoir si nous sommes en présence d’un caprice de la mode ou d’un enri- chissement véritable de la culture moderne, en d’autres termes, quel est au juste l’apport artistique de l’Indo- chine. Des distinctions sont ici nécessaires. I] n’existe pas un art indochinois, mais des arts différents par leur origine, leur évolution, leur valeur. On ne saurait les apprécier justement sans connaître les grandes lignes de leur his- toire, et d’abord le fait primordial que l’Indochine fran- çaise est constituée par deux parties hétérogènes : l’une chinoise, comprenant les pays annamites (Tonkin, Annam actuel, Cochinchine), l’autre hindoue, embrassant le Cambodge et le Laos. | . — ANNAM Le Tonkin et le Nord-Annam ont été, pendant une durée de onze cents ans (troisième siècle avant-dixième siècle apr. J.-C.), — égale à celle qui sépare les premiers Méro- vingiens de Louis XIV, — sous la domination politique de la Chine. D’abord assez légère et respectueuse des cou- tumes locales, cette domination se fit plus lourde avec les Han (vers le début de l’ère chrétienne) et se donna pour but l’assimilation des indigènes. Les Annamites, sous la rude poussée des gouverneurs chinois, s’enga- gèrent à grands pas dans le chemin du progrès. Ils abdi- quèrent quelques usages barbares (le tatouage, le lévirat)