L’APPORT ARTISTIQUE DES COLONIES 309 paraissent remonter, comme ceux de la vallée du Mékong, au commencement de notre ère. Pas plus que pour ces derniers, nous ne possédons la moindre donnée sur leurs origines, pas même une tradition plus ou moins légen- daire, comme celle de Kaundinya. Mais nous savons au moins quand et comment naquit le royaume de Champa. Ce fut, à la fin du deuxième siècle, une révolte heureuse d’un groupement hindou ou hindouisé établi à l'intérieur de la marche chinoise, qui lui donna naissance. Il con- quit rapidement tout le territoire de l’Annam actuel entre la Cochinchine et le Tonkin. Ses premiers édifices religieux durent être construits en bois et mortier : ils ont disparu. Les plus anciens qui nous aient été conservés sont en brique et datent, comme ceux du Cambodge, du septième siècle. Dès cette époque, la comparaison des deux architectures fait ressortir, dans les profils, la mouluration, le décor des édifices, des dis- semblances que le temps ne fera qu’accentuer. L'évolution des deux arts a suivi une courbe diver- vente. Tandis que l’art khmèr, par la substitution du grès à la brique, renouvelait sa technique et inaugurait les grands monuments à galeries et à étages, l’art cham (1) restait fidèle à la brique et aux tours isolées. Et non seule- ment il n’a pas su se renouveler, mais il a même été im- puissant à se maintenir. Son histoire est celle d’une longue décadence et ses monuments primitifs sont aussi les plus beaux. Mais ceux-là au moins sont d’une réelle beauté. Le grand temple de Mi-säôn (Quang-nam) avec ses nobles lignes, sa voûte majestueuse et ses pilastres finement ciselés de rinceaux en pleine brique, est une (1) Les Chams (prononcer T'iames) sont les habitants du Champa. Sur l’art cham, voir H. PARMENTIER, Inventaire descriptif des monu- ments chams de l’Annam. Paris, 1909-1918, 2 vol. et 2 atlas ; In, Les sculptures chames au musée de Tourane. Paris, 1922. (Ars asiatica, [V); Jeanne LEusa, Un royaume disparu, Les Chams et leur art. Doris. 1999