810 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS œuvre de premier drdre. Le monastère bouddhique de Dong-düong, dans la même province, le temple de Pô Nagar à Nhatrang sont aussi de nobles créations. Il ne faut pas exagérer, d’ailleurs, cette décadence graduelle ; jusqu’à une époque avancée, l’art cham con- serve de belles qualités : la science des proportions et des lignes, l’habileté à situer les édifices et à détacher sur le ciel des profils nets et animés. La sculpture est inégale, mais elle s’est parfois élevée à des hauteurs que l’art khmèr lui-même n’a pas atteintes. Le musée de Tourane en offre des exemples décisifs qu’on trouvera reproduits dans l’ouvrage de M. Parmen- tier, Les sculptures chames au musée de Tourane : le buste de femme d’un accent moderne si curieux, les puissants torses de dvärapâlas, la danseuse qui tord si gracieuse- ment son corps flexible sur le devant d’un piédestal de Trâkiêu, enfin les spirituelles figurines qui ornent d’autres piédestaux. En un mot, sans égaler l’art khmèr par le nombre des édifices (mais il faut tenir compte des destructions opérées par les Annamites et aussi des ves- tiges qui sont encore enfouis dans le sol), l’art du Champa peut rivaliser avec lui par l’excellence de quelques œuvres maîtresses. IV. — Laos A l’exception des monuments khmèrs situés à l’inté- rieur de ses frontières. le Laos français -ne compte guère d’édifices anciens. Cette architecture en matériaux légers n’était pas faite pour traverser les siècles. Mais elle a conservé des formes archaïques intéressantes pour l’ar- chéologie et un style décoratif qui n’est pas sans beauté. Les pagodes à trois nefs, avec leurs colonnes élancées, avec leurs fenêtres sommées d’un élégant pinacle, avec leurs portes peintes et dorées, leurs toits « télescopiques », où des cornes se redressent aux angles. sont de fragiles,