342 L’'EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS I est plus particulièrement deux produits pour lesquels le Japon voudrait jouir d’un traitement de faveur : les tissus et filés de coton, -et les fers manufacturés. Or, l’Indochine est un débouché des plus rémunérateurs pour les tissus et filés de coton exportés de France, et, parmi ceux-ci, figurent actuellement et en très bonne place ceux qui sont fabriqués en Alsace. Celle-ci, au temps où elle faisait partie du Reich, écoulait ses produits vers l’Alle- magne. Sa réunion à la France, en lui fermant les portes de notre ennemie d’hier, l’a obligée à chercher à ses pro- duits un nouveau débouché qu’elle a trouvé dans nos colonies françaises et particulièrement en Indochine. En accordant par conséquent aux produits japonais les mêmes avantages qu’aux produits français, ceux-ci, handicapés par un prix de fret plus onéreux, seraient bientôt éliminés de la colonie, et ce au détriment de nos industriels du Nord et de l’Est aussi bien que de celui des provinces redevenues françaises. Pour l'industrie sidérurgique, la question est tout autre. Ne possédant pas de minerai de fer et pauvre en mines de charbon, le Japon, depuis les guerres qu’il a menées contre la Chine d’abord, la Russie ensuite, et surtout depuis la Grande Guerre, a vu l'importance qu’il y avait pour lui à avoir ses hauts fourneaux chez lui. Pendant la Grande Guerre, cette nécessité devint vitale et entraîna le gouvernement japonais à créer des usines de guerre au Japon, en Corée et en Mandchourie. Celles-ci créées, il fallut leur assurer le minerai en quantité suffisante et c’est la clé, semble-t-il, de la politique japo- naise à l’égard de la Chine. Mais, au jour où la guerre a été finie, ces usines ont été obligées de chercher à l’étranger des marchés où écouler leurs produits. Or, la concurrence des marchés européens, concurrence qui leur a été faci- litée par la formation du cartel métallurgique, par la dépréciation des monnaies de France, de Belgique et du Luxembourg, par le dumping pratiqué par l’Allemagne.