348 L’EMPIRE FOLONIAL FRANÇAIS trouve dans ce fanatisme une résignation naturelle et spontanée aux coups du sort, une facilité exceptionnelle de renoncement, une sérénité parfaite. Du même coup, les conceptions intellectuelles qui pour- raient l’inciter à l’action prennent une tournure spéciale : comment concilier, par exemple, la notion de progrès avec cette soumission aveugle et constante aux desseins de la Divinité? Comment justifier raisonnablement l’ini- tiative humaine et le désir de changement? En somme, pour un musulman convaincu, la vérité est immobile, et elle est à la portée de tous, puisqu’elle réside tout entière dans la loi divine, connue par le Coran ; elle n’est pas amenée par une connaissance de plus en plus exacte de la réalité, elle est constante, intégrale et fixée dans un texte : il n’y a de vrai que la parole de Dieu. Le progrès ne peut donc se trouver que dans une observance de’ plus en plus complète de la loi divine, le changement ne peut venir de nous, il n’est que la manifestation de la volonté de Dieu, et ce que nous tentons pour modifier le rôle que Dieu nous a attribué peut passer, en fin de compte, pour un commencement de révolte. Voit-on bien quels rythmes de pensée et d'action naissent d’une telle conception, et quel abîme l’Islam doit creuser entre la mentalité du musulman et la nôtre? Cette religion absorbante paraît _ particulièrement adaptée à la vie africaine. Adaptation fort mystérieuse, d’ailleurs, et qu’il serait bien malaisé d'expliquer avec certitude. Simplicité du dogme? Netteté des rites? Absence d’ascétisme et conciliation facile de la vertu et de la jouissance? Il y a bien un peu de tout cela dans l’attachement de lAfricain à l’Islam; mais ne nous hâtons pas de conclure et de généraliser, puisque tous les Africains ne sont pas musulmans. Il serait même préfé- rable de dire tout bonnement que l'Afrique s’est appro-