LES PROBLÈMES GÉNÉRAUX 349 prié l’Islam, l’a adapté à son tempérament, et que l’Is- lam, si roide en apparence, est au fond merveilleusement souple. Mais il faut bien reconnaître que, dans l’en- semble, les régions de l’Afrique qui ont adapté l’Islam, même quand elles l’ont arrangé à leur façon, y puisent un orguéil de secte qui les rend plus ou moins accessibles à toutes les influences d’origine islamique. Or, si l’Islam est relativement immobile dans une bonne partie de son domaine, il apparaît beaucoup plus vivant, remuant et même changeant dans les régions voi- sines de son berceau, dans ces « terres de fermentation religieuse », comme dit Barrès, d’où les dogmes jaillissent plus abondamment que les sources. On discute beaucoup là-dessus : d’aucuns prétendent que l’Islam, même chez des peuples doués pour la spéculation, ne peut changer qu’en surface, que le fond de la philosophie religieuse et la morale restent les mêmes, que Vieux et Jeunes Turbans gardent la même tête sous des bonnets différents. Mais il semble bien, tous ces temps-ci, qu’il faille renoncer à ces idées simples, en contradiction avec tout ce qu’on sait de l’histoire des hommes. En tous cas, il est incontestable que des foyers isla- miques du Proche-Orient se dégage une radio-activité qui n’est pas purement un jeu de mots ou même d’idées, qui tend à des réalisations politiques et qui annonce, sous des formes extrêmement modernes, une guerre sainte où la passion religieuse n’est qu’un masque du nationa- lisme, une guerre tout court. îÎ Dans quelle mesure les possessions françaises d’Afrique sont-elles atteintes par ce rayonnement? Que tentons- nous, que devons-nous tenter pour en limiter ou atténuer les effets dans notre domaine? Le problème vaut assuré- ment la peine d’être posé.