L’APPORT ARTISTIQUE DES COLONIES 305 et reçurent en échange de fortes institutions administra- tives, communales, familiales, une technique agricole supérieure, une religion plus haute. Privilèges inesti- mables sans doute, mais en retour desquels ils durent céder l'autonomie de leur pensée, de leur littérature, de leur langue, de leur art. Non seulement ils pensèrent désormais à la chinoise, mais ils délaissèrent leur idiome national pour écrire d’un pinceau, bientôt aussi habile que celui de leurs maîtres, des compositions calquées sur les modèles chinois. Les annales officielles, les actes admi- nistratifs, les contrats privés furent de même écrits en chinois. C’est pourquoi la langue annamite a vieilli dans une longue enfance et pourquoi, de notre temps, des lettrés patriotes sont contraints à de tels efforts pour l’enrichir artificiellement et la rendre capable d’exprimer plus que l’humble vie courante. L'art a subi le même sort (1). Lorsque l’Annam s’émancipa au dixième siècle et se donna une dynastie nationale, il était tellement imprégné de culture chinoise que l'indépendance poli- tique n’y changea rien. On continua à étudier les mêmes livres, à copier les mêmes modèles, à pratiquer les mêmes rites, à construire les mêmes temples, à sculpter les mêmes dieux. Certes il serait excessif de conclure de la que les artistes annamites n’ont jamais été que de plats copistes. Quiconque a vu les gracieuses pagodes du Tonkin et de l’Annam dans leur cadre de grands arbres et de pièces d’eau, les dinh (2) solennels, les nobles et mélancoliques tombeaux des rois à Hué et tant de petites merveilles réalisées dans les arts mineurs, ne songera jamais à prononcer un jugement aussi sommaire. Il faut toutefois reconnaître que la part de l’invention est ici bien restreinte et que l’art annamite n’est, à tout prendre, {1) Voir M. BeananosE, Les Arts décoratifs au Tonkin, Paris. 1922, et la collection du « Bulletin dee Amis du Vieux Hué », notamment janvier-mars 1919 : L’Art à Hué. (2) Maisons communes. — Ë j !. {r 4 És çs t v 3 7 2 Oo “© mou "3 U Oo oO 5 += & ‘ ÇG w“ v o æ£c œo © ÔO Le LC N m n oO -— oO NN Oo mn oO eu oO oO #3 = 50 des -— — © | S æo ee) es 1 , m <<