— 148 — Veut-on identifier l'intérêt général avec l'intérêt de l’Etat? Il faudrait alors démontrer, et non seulement affirmer, que cet intérêt coïncide avec celui de la classe moyenne. Nous avons cité, au cours de notre première partie, plusieurs passages tendant à faire cette démons- tration. Néanmoins, chez les auteurs, la volonté de per- suader dépasse la volonté de prouver. Ils adopent le mode affirmatif, Avoir trouvé la vérité leur importe peut-être moins que d’avoir convaincu une majorité. Comment expliquer, sans cela, qu’on se donne au fond si peu de peine pour démontrer à l’aide de preuves his- toriques que la grandeur et la décadence des Etats vont de pair avec la grandeur et la décadence des classes moyennes ? Nous ne nous rappelons pas avoir rencon- tré une seule fois, au cours de nos lectures sur la ques- tion, le nom de Montesquieu, auteur de l’« Essai sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décaden- ce », dont la mention serait cependant inévitable dans des travaux de cette nature s’ils étaient conçus avec tout le sérieux désirable. Il va sans dire que l'Etat ne se laissera pas aisément convaincre de l'identité de ses intérêts avec ceux de la classe moyenne. D’autres classes lui tiennent ce lan- gage. Il est lui-même, soit l’émanation de toutes, et com- me tel peu enclin à favoriser les unes aux dépens des autres, soit l'émanation de l’une d’entre elles, et comme tel enclin à une partialité dont la classe moyenne n’aura pas nécessairement le profit, d’autant moins qu’elle se déclare anti-étatiste dès qu’il ne s’agit plus pour elle de tirer profit de l’organisation politique. Ses représentants n’en font du reste pas mystère : « Quand bien même les classes moyennes sont par » meininteresse im Sinne eines gleichen Interesses gibt es pnicht. Bei jeder Neugestaltung müssen bestimmte » Interessen geschädigt werden. » (Sombart, conférence cit).