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        <title>La crise du petit commerce</title>
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            <surname>Cottier</surname>
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        A CRISE

PETIT COMMERCE

DU

par

Henry COTTIER

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PRÉFACE

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M. le Conseiller d’Etat Dr F. PORCHET
Chef du Département de l’Agriculture,
de l’Industrie et du Commerce
du Canton de Vaud

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Lausanne et Soleure

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        LA CRISE
DU PETIT COMMERCE
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        LA CRISE
DU PETIT COMMERCE

par

Henry COTTIER

Docteur ès seiences commerciales

PRÉFACE

de
M. le Conseiller d’Etat Dr F. PORCHET
Chef du Département de l’Agriculture,
de l’Industrie et du Commerce
du Canton de Vaud

ASSOCIATION DES ÉPICIERS SUISSES
Lansanne et Soleure

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PRÉFACE

Le petit commerçant, le petit artisan, le petit paysan
souffrent d'une crise économique pénible. Cette singulière
 rencontre dans une commune infortune montre
que cette dernière est due non aux activités elles-mêmes
mais aux conditions dans lesquelles elles s'exercent.
La crise de la petite agriculture est facile à expliquer.
Aux causes connues de la crise agricole générale s'ajoutent
 celles afférentes aux inconvénients de la trop
petite propriété. Le rendement de l'hectare ou de la
tête de bétail étant limité par les lois biologiques, le
lout petit paysan ayant peu d'hectares et peu de bétail
fait un « chiffre d'affaires &amp;gt;» insuffisant pour lui permettre
 d'y prélever le bénéfice nécessaire à l'entretien
d’une famille.
La crise du petit artisanat est déjà plus complexe à
étudier. Elle procède des difficultés actuelles de la production
 et de la vente en petit.
La crise du petit commerce est probablement plus
compliquée encore à examiner dans ses origines et son
développement.
M. Henry Cottier a entrepris cette tâche, il faut l'en
féliciter et lui en savoir gré, car il a fait une œuvre à la
fois intéressante, utile et nécessaire.
Intéressante, cette étude l’est certainement, d’abord
par la logique de son plan, puis par la très abondante
documentation formant le substratum méme de cette
dissertation. Mais de celui-ci surgissent souvent des
idées personnelles et des affirmations originales de
l’auteur. Il en est d’audacieuses. Rares seront les lec-
        <pb n="6" />
        VI

teurs qui pourront souscrire à toutes. Il y aura peut-être
des susceptibilités froissées et cela dans les milieux les
plus divers. Cette indépendance de jugement témoigne
de l’objectivité avec laquelle l'auteur a traité son sujet.
I! s'agit bien là d'une étude scientifique et non d’un
travail de polémique alors même que quelques appréciations
 et expressions puissent lui en donner l’apparence.
 Ces passages donnent au texte un relief d’originalité
 ajoutant à son intérêt.
Oeuvre utile aussi avons-nous dit. On ne saurait le
contester. À notre époque de « rationalisation » il serait
incompréhensible qu’on ne cherchât pas à étudier aussi
le fonctionnement d’un vaste ensemble économique, tel
le petit commerce, dont le rendement est insuffisant
dans beaucoup de cas et l'existence souvent menacée.
Oeuvre nécessaire, enfin. Voici pourquoi nous la jugeons
 ainsi. Nous pensons que le maintien de la « Classe
moyenne » est indispensable à l'équilibre, social, politique
 et économique de notre pays. Mais pour assurer ce
maintien il ne suffit pas de proclamer sa nécessité.
Il est cruel et dangereux de dire aux petits paysans
de rester à la terre et de garder tous leurs fils au village
s’il y a trop peu de terre pour assurer un gain légitime
à chacun.
Il est tout aussi cruel et dangereux de proclamer la
nécessité de la survivance du petit commerce si les
conditions dans lesquelles celui-ci s'exerce sont telles
qu’elles rendent son existence impossible.
L'étude entreprise par M. Henry Cottier était donc
nécessaire, En énumérant et analysant, en toute franchise,
 les causes principales de la crise du petit commerce
 et en aboutissant à des conclusions rassurantes,
elle permet à ceux qui ont la tâche de défendre celui-ci
de le faire en toute conscience et avec compétence et
confiance.
Cette étude a le grand mérite, à notre point de vue,
        <pb n="7" />
        1X

d'aboutir à des conclusions susceptibles d'aviver les
énergies. Elle repousse la politique négative pour préconiser
 la politique d'action.
C’est donc avec plaisir que nous présentons la belle
dissertation de M. Henry, Cottier aux lecteurs préoccupés
 soit par les problèmes économiques généraux, soit
plus spécialement par le sort du petit commerce. Nous
savons qu’ils trouveront intérêt à sa lecture. Nous leur
souhaitons d’y puiser en outre des enseignements précieux
 leur permettant de collaborer efficacement à cette
politique active de défense du petit commerce à laquelle
 M. Henry Cottier les convie.

Dr F. PORCHET
Conseiller d'Etat,

Chef du Département vaudois de l'Agriculture,
de l’industrie et du commerce.
        <pb n="8" />
        AVANT-PROPOS

D'où viens-tu ?
-- Je suis allé acheter à « ...... » (ici le nom d'un
srand magasin) six douzaines de pinces à linge.
À l’ouïe de cette réponse, mon grand-père répliqua :
— Mon garçon, le grand magasin d'où tu sors fail
vivre, bien mal il est vrai, des centaines d'employés.
Cependant, il tue le petit commerce et barre la roule
à tous ceux — ses employés y compris — qui songentl
à se rendre indépendants, en ouvrant une boutique, Le
grand magasin, comme les coopératives de consommation,
 ruine des milliers de petits commerçants, augmente
la classe des salariés. Et qui dit « salariés », dit « mécontents
 ». Crois-moi, comme petit-fils et arrière petitfils
 d’artisans, effectue toutes les emplettes, que tu €s
chargé de faire, chez les commerçants du pays, chez
ceux qui revendiquent ce droit, dénié par les grandes
entreprises, de « vivre et laisser vivre ».

Il y a plus de vingt ans que nous avons reçu ces
premiers éléments — simplistes en vérité — d’économie
commerciale. Plus tard, beaucoup plus tard, les circonstances
 ont voulu que nous occupassions un posle
où l’occasion nous fût donnée de défendre les intérêts
de la classe moyenne commerciale.
Nous avons accepté ce poste avec joie, parce que nos
convictions personnelles nous permettaient de travailler
        <pb n="9" />
        XII

de tout cœur en faveur d’une classe de gagne-petit, dont
les positions sur le champ de bataille économique sont
les plus menacées, les plus périlleuses. Depuis 1922, en
notre qualité de secrétaire de l’Association des Epiciers
suisses, nous avons eu maintes fois l’occasion, par la
plume et la parole, dans des articles de journaux comme
 dans des conférences contradictoires, de défendre la
cause du petit commerce. Nous avons entendu et lu tant
de reproches à l'adresse des intermédiaires, tant de
louanges ou... de sottises, que l’idée nous est venue de
les consigner, un jour, dans un livre. C’est ce livre que
nous présentons aujourd’hui au public,
Certes, nous n’avons pas caché nos sympathies. Nous
n'avons pas mis notre drapeau dans notre poche. Nous
ne nous sommes pas gêné d’épouser la cause de ces
milliers de petits commercants, de cette classe moyenne
qui, comme le disait M. Musy, président de la Confédération
 suisse, est « l’épine dorsale de la nation ». Mais,
nous n’avons pas craint de signaler aussi, dans cet ouvrage,
 les côtés faibles du commerce intermédiaire, Ce
faisant, nous voulions rendre service aux détaillants
eux-mêmes ou à ceux qui veulent le devenir. Enfin,
nous nous sommes efforcé de rester très objectif dans
toutes les pages où nous devions parler de nos adversaires
 économiques, sociétés coopératives de consommation,
 sociétés à succursales, etc. Ces adversaires, nous
les connaissons. Nous nous. trouvons souvent face à
face. Mais, si nous sommes obligé de lutter contre eux,
pomme eux sont obligés de lutter contre nous, cela ne
nous empêche pas de les estimer et de respecter leurs
opinions. Mieux encore, nous nous honorons de compler
 parmi eux des amis. Notre intention, en écrivant cet
ouvrage, n'était pas de faire œuvre de polémiste. Si, ici
ou là, le secrétaire de l’Association des Epiciers suisses
laisse poindre le bout de l’oreille, le lecteur — et surtout
nos adversaires économiques — voudront bien nous en
        <pb n="10" />
        XII

excuser. S'il est difficile à un historien de rester impartial,
 il est encore beaucoup plus difficile de demander
à un économiste de faire abstraction de ses sentiments
personnels, Néanmoins, nous avons essayé de rester
dans la limite d’une stricte objectivité. Aux lecteurs
maintenant de juger si nous avons réussi.
En terminant, nous tenons à exprimer ici notre profonde
 gratitude aux dirigeants de l'Association des Epiciers
 suisses qui nous ont autorisé à publier cet ouvrage
sous les auspices de cette organisation commerciale.
Nous avons, au cours de cette étude, signalé les mérites
de deux d’entre eux, de M. J. Lauri, président central,
membre du Comité directeur de l’Union suisse des arts
et métiers, et de M. G. Brandenberger, directeur de
l’« Union », Société suisse d'achat à Olten. L'un et l’autre
 sont de véritables pionniers de la classe moyenne
commerciale, Ils ont lutté contre vents et marées pour
défendre la corporation de l’épicerie. L'un et l'autre
ont aujourd’hui la satisfaction de voir que leurs peines
n’ont pas été vaines, que leurs efforts ont porté leurs
fruits.
Nous exprimons aussi nos remerciements à M. le
Conseiller d’Etat Dr F. Porchet, chef du Département
de l'Industrie, de l’Agriculture et du Commerce du
canton de Vaud, qui a bien voulu nous honorer d’une
préface, et à M. le Dr Georges Paillard, professeur à
l’Université de Lausanne, dont les bienveillants conseils
nous ont permis de mener à chef cetle étude.
        <pb n="11" />
        BIBLIOGRAPHIE

On a toujours donné, dans la mesure du possible,
avec le nom de l’auteur et le titre de l’ouvrage, le nom
de l’éditeur, le lieu et la date d'édition.
Les indications p. 25, note 1, etc signifient que
l'ouvrage a été mentionné pour la première fois à notre
 page 25 ou dans notre note 1, etc. On est prié de se
reporter à l’endroit indiqué, où se trouve parfois un
complément d’informations au sujet du livre dont il
s’agit.
L’indication op. cit, qu’on trouve fréquemment dans
le texte ou dans les notes, signifie: ouvrage cité (de
cet auteur). Lorsqu'un auteur a produit plusieurs
ouvrages que mous avons cru «devoir mentionner,
 l'indication op. cit se rapporte toujours au dernier
ouvrage de l’auteur, dont il a été question, soit dans le
texte, soit dans les notes. Si deux mentions d’un ouvrage
d’un auteur sont séparées par un renvoi à un autre ouvrage
 de ce même auteur, la seconde mention du premier
 ouvrage est faite en répétant le titre, au moins en
abrégé. Par « ouvrages », nous entendons aussi les articles,
 brochures, etc.
Quelques auteurs, ouvrages ou journaux cités tout à
fait incidemment au cours de notre étude el
n’ayant pas de rapport direct avec le sujet de celle-ci
ne figurent pas au répertoire bibliographique. Par contre,
 il est, dans la règle, indiqué, soit dans le texte, soit
dans les notes, à quel ouvrage est empruntée la mention
que nous en faisons.
Dans ce domaine, il vaut mieux, dans le doute, ne pas
s’abstenir. C’est pourquoi on trouvera parfois au répertoire
 bibliographique des indications qui pourront paraître
 superflues. On voudra bien ne pas nous en tenir
rigueur.
        <pb n="12" />
        INTRODUCTION

Il importe que nous nous expliquions, dès le début de
la présente étude, sur une particularité qui ne
manquera pas de surprendre : la prédominance, parmi
les sources consultées, des documents de langue allemande.

Si ce déséquilibre était notre fait, il constituerait un
grave défaut. Nous ne voulons pas nier qu'habitant en
Suisse allemande, nous étions plus à même d'obtenir
commodément des livres allemands, mais c’est là une
circonstance qui, nous tenons à l’affirmer expressément,
n’a joué qu’un rôle infime. Nous sommes sûr que, en
quelque lieu que nous ayons composé notre ouvrage, nous
eussions été obligé d’accorder à la documentation de
langue allemande une place prépondérante et que si,
pour une raison ou pour une autre, il nous eût été
impossible d’y avoir recours, notre travail eût été gravement
 compromis, amoindri, sinon rendu totalement
impossible.
À quelle cause attribuer cette situation ? En premier
lieu, au fait que nous habitons en Suisse et que c’est par
leur aspect suisse que les questions nous intéressent
surtout. Or, il est clair que la Suisse allemande, trois
fois plus peuplée et peut-être plus « commercialisée »
que la Suisse romande, devait tout naturellement four-
        <pb n="13" />
        XVIII

nir, sur le sujet qui nous intéresse, une littérature plus
abondante. La preuve qu’il en est bien ainsi est aisée
à administrer. Consultons le catalogue de la Bibliothèque
 nationale suisse: Systematisches Verzeichnis der
schweizerischen oder die Schweiz betreffenden Verôffentlichungen
 (1901-1920). Le volume qui nous intéresse
est le troisième *, consacré au droit et aux sciences sociales,
 et, dans celui-ci, la troisième partie, à partir de
la page 361. Nous y trouverons une énumération de
livres sur les questions commerciales, se rapportant de
plus ou moins près au sujet de notre étude, Il est clair
que la Bibliothèque nationale ne favorise pas la production
 littéraire alémanique aux dépens de la production
 française. Or, que constatons-nous ? La prédominance
 déjà signalée des publications allemandes sur les
publications françaises.
Une autre cause de la rareté relative des publications
rançaises est encore dans la plus longue résistance des
universités latines à reconnaître les sciences commerciales
 comme une branche de l’enseignement universitaire.
 L'université allemande est beaucoup plus compréhensive.
 Encore aujourd’hui, elle donne partout des
cours sur des sujets dont l'introduction dans les universités
 françaises se heurterait à une mauvaise volonté
opiniâtre ?. Il en résulte que le monde savant s’est mis
plus tard et avec moins d’ardeur en France qu’en Allemagne
 à considérer les questions purement commer-!

 Fditeur : Ernst Bircher, Berne, 1923.

* Citons comme exemple les cours de journalisme, qui se
donnent en Allemagne et à l’Université de Zurich. Il existe,
il est vrai, une école de journalisme à Paris, laquelle possède,
 si nous ne nous trompons, des attaches avec l’Université.
D’un autre côté, l’Université de Bâle, qui n’est pas une université
 romande, a refusé, il y a quelques années, d’admettre
un privat-docent qui se proposait de faire un cours sur le
journalisme.
        <pb n="14" />
        X1X

ciales comme des questions scientifiques et à leur consacrer
 des travaux abondants *.
Il ne faut pas oublier non plus, dans cet ordre d'idées,
le fait suivant : c’est que, en France plus qu'ailleurs,
les détaillants se sont habitués, adaptés aux grands magasins.
 Ces derniers sont apparus d’abord en France ?
Il en découle que la crise qu’ils ont provoquée, commencée
 plus tôt dans ce pays, y a pris fin plus tôt aussi.
et pas, comme on l'avait craint, par la mort du commerce
 de détail, en tant qu’assuré par de petites entreprises.
 Cetle constatation émet dès le début, soit dit en
passant, une lueur d’optimisme sur le sujet que nous
traitons 3.
Le grand combat contre les grands magasins a été livré
en France vers 1880. Il est aujourd’hui abahdonné, et
l’impôt sur les grands magasins, institué pour les ruiner,
a aujourd’hui un but surtout fiscal. Il y a un quart de
siècle qu’il en est ainsi. Wernicke (Kapitalismus und
Mittelstandspolitik, pp. 537-538) s'exprime comme suit
à propos de l’élévation de cet impôt votée en 1905 :

! Il faut aussi tenir compte de la prolixité naturelle — et
peu élective — des Allemands. Une compilation telle que le
livre de J. Wernicke, Kapitalismus und Mittelstandspolitik,
serait impossible en France.
?Le Bon Marché, de Paris, a été fondé en 1852, Le Louvre,
en 1855. Cf. Wernicke, Kapilalismus u. Mittelstandspolitik,
p. 532.

* Que cette lueur soit passablement fuligineuse, nous aurons
plus d’une occasion de nous en apercevoir. Mais il reste certain
 qu'on est beaucoup moins en souci en France que chez
nous sur l'avenir du petit détaillant. Au cours d’une conversation
 avec M. Eudes, secrétaire de la Chambre de commerce
de Strasbourg, nous avons constaté qu'il était étonné qu’on
vint lui parler d’une crise du petit commerce. À son avis,
elle n’existe pas en France, sauf peut-être dans l’alimentation.
 Une autre personnalité, qui occupe une position en vue
dans l'organisation du commerce de détail d’Alsace et de
Lorraine, nous a déclaré ne pas voir de crise autour d'elle.
        <pb n="15" />
        XX

« Ce n’est pas l'hostilité contre les grands magasins,
&amp;gt; mais la mauvaise situation financière de l'Etat, qui est
» responsable de cette nouvelle augmentation d'impôt ;
» car l’antagonisme des artisans et détaillants s’est peu à
» peu calmée. On a accepté la situation, mieux que cela,
» on en est venu à utiliser les avantages que les grands
» magasins offrent aussi aux petites entreprises. Ainsi,
&amp;gt;les petits magasins couvrent auprès des grands une
» bonne partie de leurs besoins, ce qu’ils peuvent sou-»
 vent faire à meilleur compte là que chez les gros-»
 sistes » * ?.
Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner que la
littérature de polémique sur le débat entre les petits
détaillants et leurs adversaires économiques soit peu
nourrie en France. La suppression des grands magasins
est d’autant moins souhaitée en France que leur service
d’exportation a constitué un sérieux appoint pour l'économie
 nationale. Le détaillant français n’a pas d’objections
 contre une concurrence faite aux détaillants. de
l'étranger.
Afin de ne négliger aucune source de renseignements,
nous avons demandé à consulter la bibliothèque, il est
vrai encore très jeune, de l’Institut d'Enseignement comt

 L’auteur ne paraît pas remarquer combien ce système
menace les déiaillants dans leur liberté économique et les
familiarise tout doucement avec l’idée de devenir gérants
de succursales.
? «An dieser neuerlichen Steuererhôhung ist aber nicht
»die Feindschaît gegen die Grossmagazine, sondern die
» schlechte Finanzlage des Staates schuld ; denn die Gegnerpschaft
 der Kleingewerbetreibenden hat sich allmählich
» gelegt. Man hat sich mit den Tatsachen abgefunden und
p ist vielmehr dazu übergegangen, die Vorteile, die die Gross-»magazine
 auch den Kleingewerbetreibenden bieten, zu
» benutzen. So kaufen die kleinen Geschäfte einen grossen
» Teil ihres Bedarfes bei den Grossmagazinen ein, von denen
»sie oft billiger als von den Grosshändlern beziehen kôn-»
 nen ».
        <pb n="16" />
        XX]

mercial supérieur de Strasbourg où, semble-t-il, les
questions intéressant le commerce de détail auraient dû
avoir leur place marquée. Or, le résultat de cette visite
a été entièrement négatif *.
Nous donnons à la fin de l’ouvrage notre bibliographie.
 Après avoir répondu ci-dessus au reproche qu’on
pourrait lui faire d’être unilatérale, il nous reste à en
prévoir un second : le reproche d’être incomplète. À
celui-ci nous répondrons qu’il importe peu d'avoir été
en contact avec toutes les publications si l’on a la
certitude morale d’avoir été en contact avec à peu près
toutes les idées et tous les faits. Or, les idées sont,
hélas ! beaucoup plus rares que les livres. Aucun géographe
 ne connaît tous les hameaux de la terre entière.
Cela ne l'empêche pas de s’intituler géographe, et avec
raison. Nous réclamons le même privilège, si c'en est un,
pour l’économiste. Nous n'avons pas lu tout ce qui
existe, c’est évident, mais nous croyons n’avoir laissé de
côté aucune publication capable de révolutionner notre
point de vue. C’est l’essentiel.

1 Nous tenons à remercier ici le directeur et le secrétaire
général de cette institution de l’obligeance avec laquelle ils
se sont mis à notre disposition.
        <pb n="17" />
        LA CRISE
        <pb n="18" />
        PREMIÈRE PARTIE

LA CRISE

CHAPITRE PREMIER

La prospérité apparente du petit commerce.

On éprouve toujours de grandes difficultés lorsqu'on
cherche à définir la classe dite moyenne ou les groupes
qui la composent. Un de ses coryphées allemands les
plus écoutés il y a un quart de siècle, Suchsland, professeur
 de gymnase à Halle, qui aurait dû le savoir,
s'est révélé incapable de délimiter de façon satisfaisante
la classe moyenne. Cette classe jouit, d'après lui, d’un
revenu moyen (mais les limites qu'il fixe sont évidemment
 arbitraires) et jouit de l’indépendance économique,
c’est-à-dire qu’elle est formée de gens qui travaillent à
leur compte. Suchsland limite donc sa définition à ce
qu’on appelle la classe moyenne ancienne, celle dans
laquelle on refuse de compter des salariés quels qu’ils
soient. Quant aux autres explications de Suchsland sur
la classe moyenne, elles sont si obscures que nous renoncons
 à les analyser !. Comme caractéristiques de la

1 Cf. Wernicke, op. cit, p. 320, note 1. Suchsland, politicien
passionné du parti conservateur agraire, nous semble un
esprit assez borné, et nous n’en parlons qu’en raison de l’importance
 qu’on lui a accordée dans les milieux qui se sont
occupés des problèmes faisant l’objet du présent travail.
Les définitions de Suchsland au sujet de la classe
moyenne ont donné lieu à des critiques cinglantes, par exemple
 de la part de Georg Gothein, dans sa brochure : Mittel-
        <pb n="19" />
        classe moyenne, on pourrait citer encore : une certaine
fortune, car l'indépendance économique suppose la propriété
 des moyens de production et, au moins dans la
règle, une culture supérieure à la simple instruction primaire
 (école secondaire, apprentissage, etc.).
Tout le monde est d'accord pour compter les petits
commerçants dans la classe moyenne, ou, au moins,
pour déclarer que les petits commerçants devraient remplir
 les conditions qui en feraient des membres de cette
classe *, Mais qu’est-ce qu’un petit commerçant ? C’est
un commerçant à son compte, n’exploitant, dans la
règle, pas plus d’un magasin, y travaillant d’ailleurs luimême,
 avec ou sans aides, Mais si le nombre total des
personnes occupées régulièrement dans le magasin, y
compris le propriétaire et les membres de sa famille,
dépasse cinq, on pourra, dans la règle, affirmer que l’on

stand und Fleischnot (Berlin, 1906). Henry Faucherre (Die
Händler-Rabattsparvereine, Verlag von Gustav Fischer, Jena
1912, page 191) ne le traite pas mieux : « Suchsland, dessen
» national-ôkonomische Weisheiten zwar schon längst durch
» fachwissenschaftliche Kritik ad absurdum geführt worden
psind, gilt den Mittelstandspolitikern immer noch als der
btiefgründigste Kenner und eifrigste Fôrderer der Rabatt-»
 sparvereinsbewegung ». Quoique coopératiste dans l’âme,
Faucherre est impartial dans ses jugements. C’est ce qui
nous permet de nous risquer à citer ce passage (op. cit,
p. 208) qui éclaire le caractère de Suchsland sous un jour
curieux : « So forderte z. B. Suchsland in vertraulichen Ver-»
 sammlungen die Führer der Rabattsparvereine auf, die Vorà
 stände der Konsumgenossenschaften zu diskreditieren ».
t Cependant, ils ne se sont pas joints tout de suite au mouvement
 en faveur des classes moyennes :
«Die ursprüngliche Mittelstandsbewegung befasste sich
pnur mit den Kleingewerbetreibenden, den Handwerkern
des später auch den Detaillisten». (Wernicke, op. cit,
p. 329).
Le mouvement en faveur des classes moyennes semble
même au début avoir été dirigé en partie contre les commerçants.
 (Mouvement dit de Berlin, 1880 et années suivantes.
Cf. Wernicke, op. cit, p. 377).
        <pb n="20" />
        n’a plus affaire à un petit commerce *. Walter Champion
(Studie zur Funktion der kleinhändlerischen Einkaufsgesellschaften
 der Schweiz, A. G. Neuenschwander'sche
Verlagsbuchhandlung, 1926) fait intervenir dans la définition
 le chiffre d’affaires. Il distingue, p. 17, les grandes
 entreprises (chiffre d’affaires au-dessus de 500,000
francs), les entreprises moyennes (chiffre d’affaires : de
50,000 à 500.000 fr. par an) et les petites entreprises
(moins de 50,000 fr.). Le petit commerçant serait alors
celui qui exploite à son compte une entreprise commerciale
 petite ou moyenne, et fixée (par opposition au colporteur).
 Nous n'avons pas d'objections contre cette manière
 de prendre les choses, tout en trouvant un peu

! La fixation à cinq du nombre maximum de personnes
qui peuvent être employées dans une entreprise pour que
celle-ci mérite encore la dénomination de petite n’est pas
de notre invention, ce qui nous dispense de la justifier longuement.
 Dans le compte-rendu du Congrès international
des Classes moyennes, de 1924, à Berne et Interlaken, se
trouve par exemple un rapport du Dr O. Leimgruber où l’on
peut lire ce qui suit : (p. 38) « En Suisse par exemple, il y a
» 70 ans, toute la production industrielle et la vente au dé-»
 tail étaient entre les mains de la petite industrie, des arts
» et métiers et du petit commerce ; aujourd’hui, par contre,
» plus des trois quarts de toutes les personnes actives dans
p l'industrie travaillent dans des entreprises de plus de cinq
» ouvriers ». C’est donc un des plus ardents protagonistes du
mouvement des classes moyennes ‘qui nous fournit l’élément
de discrimination que nous avons adopté pour distinguer la
petite entreprise de la grande. Cet élément a plus de relief
qu’il ne pourrait sembler d’abord : il est, en effet, de l’essence
de l’«entreprise » proprement dite (capitaliste ou prototype
du capitalisme) de grouper beaucoup d’hommes sous une même
 direction, cela non seulement parce qu’elle est grande,
mais parce qu’il appartient à la psychologie de « l’entrepreneur
 » de rendre docile à ses fins le plus grand nombre possible
 de ses semblables. (Cf. Sombart, Der Bourgeois, Verlag
von Dunker et Humblot, München u. Leipzig, 1913, op. 68
seq. et passim.) Cf. aussi la loi fédérale sur les fabriques
pour laquelle il n’y a fabrique (entreprise capitaliste et non
artisanale) qu’à partir de six ouvriers.
        <pb n="21" />
        — 6 —

élevé le chiffre de 500,000 fr. donné comme limite supérieure
 du chiffre d’affaires du petit commerce.
La définition du petit commerçant pourrait être complétée,
 ou plutôt restreinte, par des considérations tirées
de la marchandise vendue ; mais, à cet égard, il est assez
difficile de dire où commencent et où finissent les détaillants.
 Ce dernier nom nous indique qu’ils vendent
des marchandises qui se détaillent, par conséquent des
marchandises dont le public fait un usage courant par
petite quantité. Un bijoutier n’est pas un détaillant, même
 si certaines des choses avancées dans ce travail
sS’appliquent pleinement à sa profession. Et à tout prendre,
 un boulanger ne l’est pas non plus, quand bien
même il souffre en partie des mêmes maux : encombrement
 de la profession, abus du crédit par le consommateur,
 etc, et est exposé aux mêmes concurrences
redoutables (boulangeries coopératives). Mais le boulanger
 n’est pas avant tout un commerçant, c’est un
artisan qui vend des produits qu’il fabrique, Même les
bouchers formeront, parmi les détaillants et presque en
marge de ce groupe, une classe à part, caractérisée par
le fait que l’exercice de la profession de boucher demandant
 un capital important, un des traits caractérisliques
 du commerce de détail actuel, soit l’abondance
des toutes petites entreprises presque démunies d’argent,
manquera dans la profession des bouchers *. En fait, les
considérations auxquelles nous nous livrons plus loin se
rapporteront avant tout au commerce de l’épicerie, auquel
 se joindront, mutatis mutandis, la mercerie, la
droguerie, et, avec des traits communs dont le nombre

* Cf. Wernicke, op. cit, p. 312-313 :
«In den distributiven Gewerben wird der Kleinbetrieb
pniemals entbehrt werden kônnen. Diejenigen Betriebe, die
peine mehr oder weniger grosse Kapitalanlage erfordern,
» Wie namentlich die Fleischerei, erhalten hierdurch schon
d'einen gewissen Konkurrenzschutz ».
        <pb n="22" />
        ira en diminuant, le commerce des chaussures, la confection,
 etc.
Il est évidemment difficile, dans l’épicerie, de faire
par an pour 500,000 francs de ventes en n’occupant que
cinq personnes. C’est dire que la définition de Champion
englobe celle que nous avions précédemment donnée.
Les considérations qui précédent nous permettront de
savoir de quoi nous parlons quand nous énoncerons les
mots de détaillants, petits commerçants, etc. ce qui est
l’essentiel. Nous n’avons pas réussi, il est vrai, à délimiter
 absolument ces notions, mais, comme nous raisonnerons
 sur des cas moyens, et non sur des cas extrêmes,
il n’en résultera pas d’inconvénients.
Toutefois, la question du partage des « sortes» de
marchandises entre les différents négoces ayant joué
un rôle important dans divers débats relatifs à la concurrence
 *, il ne nous paraît pas inutile de nous livrer

t Une des panacées proposées par les imaginations fertiles
des partisans de la politique d’extirpation des grands magasins
 par des mesures législatives a été la répartition des
marchandises en groupes. Les plus enragés voulaient qu’il
fût interdit de tenir dans un même magasin des marchandises
 appartenant à plus d’un nombre déterminé de groupes,
les autres se déclaraient satisfaits d’un impôt spécial frappant
les maisons tenant des marchandises appartenant à plus de
groupes que le nombre prescrit. (Cf. Wernicke, op. cit. passim.).
 Il est curieux qu’on voie toujours plus facilement la
paille dans l’œil d’autrui que la poutre dans le sien propre.
S'il est de la nature du grand bazar de vendre les marchandises
 les plus disparates, il est au contraire de celle du petit magasin
 de se spécialiser ; c’est le petit commerçant qui aurait
besoin qu’on l’empéchât de vendre trop de choses n’allant pas
ensemble. Plusieurs auteurs sont d’accord là-dessus, Sigfried
Bloch dit, à la page 36 de ses « Beobachtungen aus dem Leben
erfahrener Kaufleute » (Zurich, 1909, Verlag Rascher’s Erben)
 :
« Die Kleinhändler klagen über die Konkurrenz der Wa-»
 renhäuser, Konsumvereine, landwirtschaftlichen Genossen-»schaften,
 Privatreisenden, Filial- und Versandgeschäfte
pu. s. w. und übersehen gelegentlich, dass sich jeder Betrieb
        <pb n="23" />
        _— 8 —

à quelques considérations sur l'origine de la spécialisation
 dans le commerce.
D’après Wernicke (v. op. cit, pp. 51-57), le détaillant
apparaît assez tard dans la vie du Moyen-Age, en tant
que personnalité distincte du colporteur et du marchand
ambulant. De plus, il n'apparaît guère que dans les
villes. À l’opposé du commerce de gros, qui a toujours
été franc de toute organisation corporative, le commerce
 de détail a formé des organisations très puissantes.
 Ces organisations ont toujours été en lutte avec les
corporations d'artisans sur la question de savoir si les
marchandises fabriquées par ces derniers pouvaient ou
non être tenues par les commerçants de la même ville *.
Finalement, les artisans obtinrent gain de cause et le

» Selbst wieder Konkurrenz macht.
«Es ist beachtenswert, dass z. B. ein ländliches Kolonial-»
 geschäît, oft auch ein grosstädtisches, dem Butterhändler
» dem Milchhändler, dem Delikatessenhändler, ja sogar dem
à Zigarrenhändler und dem Papierladen Konkurrenz macht.
«In vielen Orten ist es meist nicht rentabel, ein Spezial-»
 geschäft zu besitzen, auch wenn zur Stunde ein Konkurrent
&amp;gt; noch fehlt ».
Quoique la phrase soulignée ne soit pas très claire, elle
signifie évidemment qu’en renonçant réciproquement à vendre
 chacun la marchandise du voisin, les commerçants diminueraient
 la concurrence dont ils souffrent (et leurs frais
généraux). Et cela est incontestable.
Et Henry Ford (Das Grosse heute, das Grôssere morgen,
seule édition allemande autorisée, Paul List Verlag, Leipzig,
1926, page 312) dit :
«Der Detailhändler, der alles, ohne Rücksicht auf die Be-&amp;gt;
 dürfnisse seiner Abnehmer, in sein Geschäft einzubeziehen
&amp;gt; versucht, wird schwerlich Geld verdienen. Seine toten Wa-»ren
 setzen seine lebenden Waren matt ».
Quoique les détaillants n’aiment pas Ford («Il ne nous
emballa jamais », est-il dit quelque part dans le Journal des
Epiciers Suisses), ils ne peuvent lui contester une certaine
compétence dans l’art de gagner de l’argent. Ses conseils méritent
 dés lors d’être au moins examinés.
! Le mouvement dit de Berlin, qui ne remonte pas à cinquante
 ans, n’est qu’une phase attardée de cette vieille dispute
 (Cf. notre note 1 page 4).
        <pb n="24" />
        U

nombre des marchandises qu’un détaillant pouvait mettre
 sur le marché fut strictement délimité *. Ceci se passait
 au 14e siècle à peu près.
Mais si les détaillants du Moyen-Age ne pouvaient
pas vendre n'importe quoi, ils vendaient tous les mêmes
choses. Dans chaque boutique ? était offert en vente absolument
 tout ce qui se trouvait dans le commerce.
Celui-ci n’était pas encore subdivisé, On peut le qualifier,
 comme Sombart *, d'indifférencié. Mais, on commettrait
 une lourde erreur en supposant que ce système
commercial disparaît avec le Moyen-Age : [
« Ce type se maintient pendant toute la période d’as-&amp;gt;
 cension du capitalisme * ; pendant une longue pé-!

 Ceci fait penser aux mesures auxquelles nous faisions
allusion au début de notre note 1 p. 7. Il y a quelque chose de
fossile dans certains des débats où se complaisent les protagonistes
 de la classe moyenne. Et nous aurons l’occasion de
revenir sur le fait que c’est le caractère précapitaliste, médiéval,
 de certains des remèdes qu’ils proposent qui les rend
inapplicables.
? «Laden» dit Sombart, qui met le mot entre guillemets
(Werner Sombart, Der moderne Kapitalismus, 2e édition.
Duncker et Humblot, München u. Leipzig, 1917, tome II,
page 454).
3 Loc. cit.

* Frühkapitalistische Epoche. Il faut entendre par là essentiellement
 le 17e et le 18e siècles, puis vient la période d’établissement
 de la grande industrie : Hochkapitalismus, 19e siècle,
 puis la période où le capitalisme continue de régner,
mais en présence des symptômes de décadence, c’est-à-dire
la période actuelle: Spätkapitalismus. Leroy-Beaulieu, qui
voit dans la période d’établissement de la grande industrie
un point de départ plutôt qu’un sommet, l’appelle, sauf
erreur, la période « sauvage » de la grande industrie, à cause
des abus qui l’ont caractérisée (abus de la force-travail de
l’ouvrier, etc.). Pour Sombart, au contraire, ces abus (exploitation
 sans frein de toutes les possibilités de faire encore
un peu plus d’argent), semblent constituer l’essence même
du capitalisme à l’état pur. Cela ne signifie pas, nous le
verrons, qu’il se range parmi les adversaires du commerce
capitaliste.
        <pb n="25" />
        — 10 -

&amp;gt; riode, nous le rencontrons encore, même dans de très
» importantes villes de province, puis il recule de plus
»en plus, jusqu’à ce que, finalement, on ne le rencontre
» plus que dans les petites villes et à la campagne » *.
Avec l’augmentation du volume total du commerce et
du nombre des articles, une spécialisation se produit.
Pas plus que les autres branches de l’activité humaine,
le commerce de détail n’échappe au phénomène de la
division du travail. Il se produit d’abord, dit Sombart
(op. cit, p: 456), une spécialisation par branches, en
d’autres termes : par groupes de marchandises demandant
 le même traitement. Par exemple : toutes les marchandises
 qui se pèsent, ensemble ; toutes celles qui se
comptent, ensemble ; toutes celles qui se mesurent au
mètre, ensemble, etc. Puis vient la spécialisation par
vesoins à satisfaire (toutes les choses qui se mangent,
ensemble, etc.). Sombart trouve ce type de spécialisation
ppposé à l’autre et il y voit un élément révolutionnaire
des anciens principes ?. Le début de la spécialisation de
zette sorte remonterait à un siècle et demi, au plus. Ses
premières traces seraient visibles à Londres et à Paris,
et son premier aspect serait la création du « Modenwarengeschäft
 », celle du « Luxuswarengeschäft» et
celle du « Wohnungseinrichtungsgeschäft », formations
en quelque sorte parallèles, résultant d’un véritable prozessus
 de différenciation : le mot de Sombart est excellent
 et nous ne pouvons que le reprendre.

* Loc. cit. «Dieser Typus bleibt nun aber während der
» ganzen frühkapitalistischen Epoche bestehen : eine lange
» Zeit hindurch begegnen wir ihm selbst noch in grôsseren
&amp;gt;) Provinzstädten, dann weicht er immer und mehr zurück,
&amp;gt;bis er schliesslich in den kleinen Städten und auf dem
&amp;gt; platten Lande sich allein noch findet ».
? Parce que cette spécialisation a pour principe l’intérêt
du consommateur et non, comme l’autre, la commodité du
vendeur. Si étrange que cela nous paraisse, l’idée que le
        <pb n="26" />
        ty

L'avenir du magasin spécialisé nous semble assuré. Il
existe à cela des raisons très fortes que nous énumérerons
 en leur lieu. Mais il n’en est pas moins vrai qu’une
époque récente a vu comme une régression de la spécialisation,
 non seulement par la création des grands
bazars, mais parce que les magasins spécialisés, pour
augmenter leurs ventes, s’adjoignent des marchandises
qui n’appartiennent pas à leur spécialité, mais peuvent,
à la rigueur, en être considérées comme voisines *. Il est

commerçant est là pour la clientèle, et non l'inverse, a été
hautement révolutionnaire, et il est impossible de comprendre
 la politique négative de la classe moyenne sous sa forme
 pure, cette politique que Wernicke traite « d’agitation
sans scrupule» et qui réclame de la force publique qu’elle
anéantisse tout ce qui fait concurrence à la classe moyenne,
celle-ci se croisant les bras, si on ne se rend pas compte qu’il
y a des milliers de têtes où cette idée révolutionnaire n’a pas
encore pénétré même aujourd’hui. L’idéologie du Moyen-Age,
 en faisant apparaître le rang social comme l’expression
de la volonté de Dieu à l’égard d’un homme comme «la place
 où Dieu l’a mis», en garantissant d’autre part à tout
membre de la société le droit à un revenu en rapport avec
les exigences de son rang (standesgemäss, dit Sombart ; le
droit dont il est question ici est désigné par les Allemands
sous le nom de « Ernährungsprinzip »), crée un droit à la
clientèle pour tous ceux qui vivent de leur travail et la conviction
 que ce droit existe est à la base de toute la politique
négative. Comme quoi une idéologie d’origine religieuse,
même complètement détachée de tout le courant intellectuel,
moral et social qui lui a donné naissance, au point que
ceux qui la professent en ignorent complètement la provenance,
 peut avoir la vie extrêmement dure au sein des
groupes sociaux auxquels elle assurait les privilèges.
1 Voir dans notre note 1, p. 7, la citation de Sigfried Bloch.
Champion, op. cit. p. 25, semble faire découler le magasin
spécialisé du besoin que l’on éprouvait du magasin débitant
une marchandise unique. Que le magasin à marchandise
unique retourne à cette forme, nous ne disons pas autre
chose. Mais ce serait une grosse erreur d’oublier que cette
forme a précédé le magasin à marchandise unique, qui n’en
est qu’un tvpe extrême. Il y a eu des épiceries avant qu’il
v eût des magasins spécialisés dans la vente exclusive du
        <pb n="27" />
        — 12 —

opportun cependant d'ajouter que le problème n’est pas
exclusivement d’ordre technique; il est aussi d'ordre
économique.
Si nous résumons ce que nous avons avancé dans ce
zhapitre, nous obtiendrons, du petit commerçant qui va
nous occuper, les caractéristiques suivantes :
Le chiffre annuel de ses ventes est en tout cas inférieur
 à 500,000 francs. Son magasin, qui lui appartient,
n’occupe guère plus de cinq personnes. Il est plus ou
moins spécialisé dans la vente de certains articles, et,
dans la règle, d’articles qui se consomment ou qui
sS’usent et dont l’acquisition doit par conséquent être
plus ou moins fréquemment renouvelée. Ces articles se
détaillent, c’est-à-dire se vendent, dans la règle, par
quantités restreintes représentant des montants relativement
 peu élevés, Enfin, le détaillant jouit, ou devrait
jouir, d’une culture qui l’élève au-dessus du niveau
moyen du prolétaire, ne serait-ce que sous la seule
[orme du savoir commercial.
Ce sera l’objet d’un chapitre suivant de décider jusqu’à
 quel point les personnes qui se présentent à nous,
dans la pratique, en s’intitulant commerçants indépenlants,
 possèdent en réalité les caractéristiques énoncées.
Ce qui nous intéresse pour le moment, c’est le rôle
apparent joué par ces personnes. Or, il semble, au premier
 coup d'œil, que ce rôle soit des plus enviables, Il
est en tout cas des plus enviés, à en juger par le nombre
zonsidérable de personnes qui embrassent la profession
de détaillant.
De 1888 à 1920, le nombre des personnes exerçant une
profession a augmenté en Suisse de 43 %: Par contre,
le nombre des personnes occupées dans le commerce

café, ce qui n’empêche naturellement pas Champion d’avoir
raison, en nous montrant ces derniers s’annexant peu à peu
le chocolat. le sucre. ete.
        <pb n="28" />
        13

s’est élevé de 136 %, et celui des commerçants travaillant
 pour leur compte de 114 %, atteignant 113,897. On
peut, sans crainte de se tromper, et quoique les statistiques
 officielles (recensements fédéraux) séparent d’une
manière insuffisante les différentes catégories, affirmer
que la plupart de ces personnes sont bien de petits
commerçants. Ce chiffre de 113,897 comprend, il est
vrai, les colporteurs, très nombreux, dont l’activité, ainsi
que nous le verrons, est extrêmement nuisible au petit
commerce. Mais tel quel, il reste imposant et éloquent *.
À l'étranger, la profession commerciale exerce la même
puissante attraction, et ce phénomène ne date pas d'hier.
Leroy-Beaulieu, s’occupant de la France, dit à ce propos
 ? :

« En laissant de côté les cultivateurs, il y a environ
» un chef de famille, sur trois ou quatre, qui se trouve
» placé à la tête d’un commerce ou d’une industrie pour
» son compte. On voit combien tiennent de place, à côté
» des ouvriers, les petits patrons et les petits commer-&amp;gt;
 çants ; ils sont moitié, ou à peu près aussi nombreux
» que les premiers » *.

Les détails qui précèdent sont empruntés à Albert Schnurrenberger,
 Die corporative Organisation des schweizerischen
Detailhandels (thèse de l’Université de Zurich, parue à
Berne, 1927). Champion, op. cit, p. 23, au bas, constate aussi
le pullulement des magasins de détail (il vient d’ailleurs de
consacrer quatre pages aux causes de ce phénomène). Cependant,
 il donne, page 38, une statistique qui semble plutôt
démontrer le contraire.
? Paul Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses
 et sur la tendance à une moindre inégalité des conditions
 (Paris, Alcan, 4e édition, 1892). Le passage cité se trouve
page 293.
3 Ces données sont moins impressionnantes, si l’on tient
compte du fait que les cabaretiers sont ici comptés parmi
les petits commerçants. L'auteur continue, en effet, en ces
termes :
« Malheureusement, un examen plus attentif montre qu’une
à&amp;gt;très forte partie de ces petits négociants sont simplement
        <pb n="29" />
        14

L'après guerre, par suite de la dépréciation de la monnaie
 et de la hausse soutenue des prix qui en résultait
forcément, a donné une impulsion formidable à cette
passion des Français pour la carrière commerciale et
rela malgré la fiscalité excessive qui aurait dû décourager
 les plus entreprenants. N'importe qui se mettait
sans hésiter à vendre n’importe quoi. La stabilisation, et
la hausse du franc dont elle a été précédée, a naturellement
 mis un terme à l’ère des bénéfices faciles, sans que
ceux qui ont été atteints par ce ralentissement des affaires
 en aient du reste toujours compris l’origine. IL n’en
reste pas moins que l'activité commerciale a été si intense
 pendant six ans que personne ne songeait à parler
d’une crise du petit commerce. ‘
La baisse de la valeur de l’argent a eu une conséquence
 favorable au commerce et sensible partout, bien
que naturellement plus accusée dans les pays à monnaie
dépréciée. C’est le découragement qui est résulté pour
l'épargne de la dévalorisation de l’argent mis de côté.

&amp;gt; des débitants, c’est-à-dire qu’ils exercent un métier portant
»à la fainéantise, ne développant pas la moralité, donnant
» d'ailleurs, de faibles gains. Si le chiffre des petits industriels
»et des petits commerçants se maintient en France, s’il
augmente même, les cabarets en sont en partie la cause ».
En partie seulement. Cette restriction est importante et
prouve que le fait fondamental reste : la profession de décaillant
 était déjà bel et bien encombrée en France il y a
Juarante ans.

! Au sujet des commerces éphémères de la période d’inflalion,
 le Rapport des Galeries Lafayette pour 1927 (cité par le
Détaillant de l'Est du 25 décembre 1927, page 3) contient le
suggestif passage suivant :
«Les entreprises parasitaires, celles qui ne pouvaient sub-»
 sister que dans la facilité et par la spéculation, disparaî-&amp;gt;
 tront au profit de celles qui, dans la tourmente de ces der-»
 nières années, n’avaient cependant pas voulu renoncer aux
&amp;gt;» habitudes du commerce laborieux et reçoivent ainsi aujour-&amp;gt;
 d’hui la récompense de leur clairvovance ».
        <pb n="30" />
        15 —

Les gens ont perdu l'habitude d'économiser. Il en découle
 qu’ils achètent sans hésiter de meilleures qualités
qu’autrefois. La qualité des marchandises vendues est
en moyenne très supérieure à celle d’avant-guerre “.
L'abondance des commerces de détail en Allemagne a
d’assez bonne heure été telle que beaucoup y ont vu a
priori un symptôme alarmant. Il est clair que cette attitude
 n’est pas scientifique et il semble plus naturel, si
l’on veut juger sur des impressions, de porter un jugement
 optimiste sur une profession dont tout le monde
veut être. Car si l’on suppose (hypothèse sur laquelle
nous aurons à revenir) que ceux qui décident de s'adonner
 au commerce le font en connaissance de cause, on ne
voit pas d’où viendrait une telle prédilection pour une
profession qui ne comporterait pas un maximum d’agréments.
 D'après Sombart, personne n’est en mesure d’affirmer
 pertinemment qu’il y ait trop de commerçants,
car le nombre « normal » de détaillants dépend d’une
foule de circonstances difficiles à saisir dans leur synthèse
 ?. Champion est du même avis : « La disproportion

* A Strasbourg tout au moins. Nous devons ces renseignements
 à l’amabilité de M. André Blum, administrateur-rédacteur
 du Détaillant de l’Est, Revue du Commerce de Détail
de la Région de l’Est (Administration : 5. rue du Dôme,
Strasbourg).

 COb tatsächlich zu viele Händler vorhanden seien, das
»sei niemand imstande zu sagen, denn hierfür sei nicht
pnur die Bevôlkerungsziffer, sondern ebenso auch das
» Reicherwerden der Bevôlkerung, die Zunahme der Waren,
» die Zunahme der Qualität im Absatze massgebend ». (Résumé
 d’une conférence donnée par Sombart, à Breslau, en
1899 et intitulée : « Die Entwicklungstendenzen im modernen
Detailhandel » ; cf. Wernicke, op. cit, p. 226). On voit que
Sombart crovait, il y a trente ans, à l’amélioration de la qualité
 moyenne des marchandises, améliorations où M. Blum
(voir la note précédente) voit un phénomène particulier
à l'après-guerre et que nient plusieurs auteurs, entre
autres Champion («die geringe Gebrauchsdauer von Klei-»
 dungsstücken und Gebrauchsgegenständen aller Art», op.
cit, p. 21). Il est vrai que Champion fait probablement, dans
        <pb n="31" />
        16

(entre la multiplication des détaillants et l'accroissement
 de la population) ne doit pas sans autre être considérée
 comme malsaine ; car, « ainsi que nous l’avons
» montré distinctement plus haut, elle trouve sa justifi-&amp;gt;»
 cation dans différents phénomènes du développement
s économique » *.
Un ‘autre signe de la faveur dont jouit la profession
-ommerciale, c’est le pullulement des locaux à l’usage de
magasin, et le fait que ces locaux trouvent toujours preneurs.
 Il y a même un passage de « Kapitalismus und
Mittelstandspolitik» ? qui semble faire de cette pléthore
 de locaux la cause principale de l'accroïssement
surabondant des détaillants, ce qui est certainement une
exagération. Le même volume contient des extraits d’un
rapport du gouvernement saxon (1902) sur un projet de
‘oi d’imposition des grands magasins. Dans ce rapport,
ja responsabilité des propriétaires de maisons dans la
multiplication des petits commerces est clairement mise
en lumière (p. 242), sans cependant que l’on cherche à
laire voir dans leurs agissements plus qu'une cause
partielle du phénomène qui nous occupe. L'habitant
d’une rue tranquille qui fait transformer son rez-dechaussée
 en un magasin ou qui, bâtissant une maison

ce passage, allusion aussi à la mise hors d'usage de vêtements
 par suite des changements de mode.
! Op. cit, pp. 23-24. «Die Ueberproportionalität darf nicht
&amp;gt;ohne weiteres als ungesund betrachtet werden ; denn wie
&amp;gt; obige Ausführungen deutlich zeigen, findet sie in verschie-»denen
 Erscheinungen der wirtschäftlichen Entwicklung
»îhre Rechtfertigung ».
? Wernicke, op. cit, p. 312: Es wird «eher die Tendenz
bzur Ueberfüllung als zur Abnahme der Betriebe vorherr-»
 schen, wei! (sic!) die Bauunternehmer, um so die betref-»fenden
 Häuser leichter verkaufen zu kônnen, durch den
&amp;gt; übermässigen Bau von Läden zur zahlreichen Etablierung
panreizen und dem betreffenden Gewerbetreibenden die
» Aufmachung eines Ladens in ieder Weise erleichtern ».
        <pb n="32" />
        17

neuve, la pourvoit de vastes salles de vente et de somptueuses
 vitrines, semble offrir à celui qui rêve de s'établir
 marchand la garantie que le besoin d’un négociant
se fait sentir dans le quartier. Il ne lui vient pas à l’esprit
 que ce que cherche le propriétaire, c’est un locataire
qui paye d'avance un gros loyer, mais non nécessairement
 un locataire qui fasse de bonnes affaires. Que lui
importe ? Le détaillant obligé de fermer boutique est
rapidement remplacé *. Les propriétaires fonciers peuvent
 du reste plaider les circonstances atténuantes ; les
prix des terrains en ville et celui de la construction sont
si élevés que les possesseurs d'immeubles sont tout naturellement
 portés à disposer ceux-ci en vue d’un rendement
 maximum :
« Entre la hausse du prix des terrains et l'augmenta-»
 tion du nombre des locaux à usage de magasin, il n’y
» a, semble-t-il, aucune relation causale. Un coup d'œil
» jeté sur un quartier nouvellement construit montre
» cependant le contraire. Presque dans une maison sur
» deux, on installe des locaux de vente. Le capital im-»
 mobilier tient à tirer du rez-de-chaussée le meilleur
» parti possible. La question du besoin est accessoire.
» On estime qu’il se trouvera toujours quelqu'un pour

1 «Einen Teil der Schuld an der übermässigen Vermehrung
»der Kleinhandlungen tragen viele Hausbesitzer grôsserer
» Städte, die, im Hinblick auf die hôheren Erträgnisse von
» Läden, im Erdgeschosse Läden einzurichten pflegen. Jeder
» solcher neu hergestellte Ladenraum wirkt wie eine Auffor-»
 derung, in diesem Raume ein Handelsgeschäft zu beginnen.
» Dem Unvorsichtigen erscheint er wie eine Gewähr dafür,
» dass in der Gegend ein Bedürfnis nach Errichtung eines
» Handelsgeschäftes vorliege. In den von der Handelskammer
» Dresden eingezogenen Auskünften findet sich aus Dresden
» an anderen Orten wiederholt die Klage darüber, dass auch
» in stillen Strassen die Erdgeschosse jetzt vielfach zu Läden
»umgebaut und in den meisten Neubauten Läden vorge-»sehen
 würden. Es fâänden sich auch fast immer Mieter ».
        <pb n="33" />
        18

» entreprendre un commerce, Et cette spéculation réus-&amp;gt;
 Sit dans la plupart des cas » *,
Quant à la multiplication des tout petits magasins,
alle résulte assez souvent de ce qu’on pourrait appeler
des hasards architecturaux. On a construit au centre
des affaires de vastes bâtiments ayant telle ou telle
destination. Mais il est resté une petite place dont on ne
sait que faire et qu’il est cependant dommage de laisser
perdre dans un quartier où chaque centimètre vaut de
or. On comblera cette lacune avec un magasin minussule
 (tabac ou chocolat). ,
Nous citerons un dernier ordre de considérations qui
font paraître le petit commerce sous un jour favorable.
Elles découlent de l’opinion des auteurs qui, dans leur
très grande majorité, voient dans le commerce de détail
indépendant un groupe social dont la disparition est
pour ainsi dire impossible. Mais si la classe des détaillants
 est indispensable, elle se trouve alors en possession
 d’une espèce de monopole ; les gens qui ont su se
rendre indispensables savent en général aussi se faire
paver leurs services en conséquence. Sombart dit  :

1 «Zwischen dem Ainsteigen der Bodenpreise und der
» Erhôhung der Zahl der Verkaufsläden besteht scheinbar
) kein Kausalzusammenhang. Ein Blick auf ein neuerschlos-&amp;gt;
 senes Baugebiet zeigt aber gerade das Gegenteil. Fast in
) jedem zweiten Hause werden Ladenräumlichkeiten eingeprichtet.
 Das Baukapital will das Parterre so intensiv als
&amp;gt;môgich ausnutzen. Die Bedürfnisfrage ist Nebensache.
&amp;gt;» Man denkt, es werde sich schon jemand finden, der ‘ein
)» «Geschäft» übernehmen wolle. Diese Spekulation gelingt
&amp;gt;in den weitaus meisten Fällen ». (Champion, op. cit. p. 21).
? Voir à ce propos le livre du Dr Edgar Hentschel, Betriebsverhältnisse
 und Preisverhältnisse im Einzelhandel (Berlin,
(928, Industrieverlag Spaeth und Linde), page 39.
3 Dans sa conférence à Breslau, cf. note 2, p. 15, « Trotz aller
» dieser Entwicklungs- und Ausschaltungstendenzen aber ist
&amp;gt; von einer Vernichtung des Kleinhandels keine Rede... Die
&amp;gt; kapitalistischen Unternehmungen dagegen werden, wenn
»sie eut geleitet sind, neben dem Grossbetrieb forthestehen: ».
        <pb n="34" />
        10

« Malgré toutes les tendances au développement (du
» commerce) et à l’élimination (de certains intermédiai-&amp;gt;
 res), il n’est pas question d’un anéantissement du petit
» Commerce ».
Et plus loin :
« Les petites entreprises capitalistes par contre *, si
» elles sont bien conduites, subsisteront à côté des gros-»
 Ses Maisons ».
L'avis de Clerget, écrivain impartial s’il en fut, c'est
que « malgré les progrés considérables des grandes en-»
 treprises le petit commerce conserve ses positions ». ‘
Mais ce jugement favorable, on le retrouve sous la plume
des adversaires déclarés du petit commerce, parmi lesquels
 nous rangeons sans hésiter Leroy-Beaulieu : « Il
»y aura toujours assez de petits magasins ; c'est une
» chimère de penser que tous disparaîtront » *.

! Le mot capitalistes éclaire l’expression par contre. Capitalistes
 ne doit pas être entendu ici au sens où nous disons
d'un Warenhaus qu’il est une entreprise capitaliste. L'auteur
veut dire que l’avenir appartient aux magasins qui se sont
adaptés aux exigences de l’époque capitaliste, par opposition
 aux commerces dont les détenteurs voudraient s’adonner
 encore à l’existence en quelque sorte contemplative des
boutiquiers d’antan :
«Der alte handwerksmässige Kleinhandel ist allerdings
» dem Untergang geweiht, abgesehen von den vielen gefähr-»
 deten Eintagsfliegen, die eben so schnell untergehen wie
sie auftauchen ». Voici encore quelques mots de Sombart
destinés à marquer la différence entre le détaillant d’autrefois
 et le détaillant d’aujourd’hui: «Zum alten Handel
» gehôrt Ruhe, Behaglichkeit, gesättigtes Dasein ; zum moder-»nen
 Unrast, Unstetigkeit, Nervosität. Zum ersten gehôrt
» Armut, zum zweiten Reichtum. Der erste ist Kleinbetrieb,
» der zweite zeigt die Tendenz zum Grossbetrieb ». C’est tout
» à fait l’avis de Ford (op. cit, p. 314): «Das Mittel für den
» kleinen Mann, die besten Methoden anwenden zu kônnen.
» heisst Grosswerden ».
? Pierre Clerget, Manuel d'économie commerciale (Paris,
Armanl C.!i, 1919) page 14.
3 Op. cit, D. 317.
        <pb n="35" />
        20

Un autre passage du même auteur est tout aussi explicite
 * :
« Quelle que soit la concentration de la production et
» de l’échange, il n’est pas.au pouvoir d’une société de
» supprimer absolument toutes les petites entreprises individuelles.

« L’Angleterre, le pays par excellence de l’industrie
» agglomérée, du grand commerce, des sociétés coopératives
 de consommation, fournit la preuve de cette vé-&amp;gt;rité»”

Faucherre, dans une œuvre de polémique (en faveur
des coopératives) à laquelle manque l’impartialité que
nous avons précédemment reconnue à cet auteur *, après
avoir dit pis que pendre du commerce libre, est obligé
cependant de concéder qu’il n’est pas possible de l’éliminer
 * :
«Il va sans dire qu’il ne peut pas absolument être

! Op. cit, p. 294.
? Suit la démonstration statistique de cette affirmation
relative à l'Angleterre. Nous ne reprenons pas ici cette statistique
 trop ancienne.

3 C£ notre note 1, pp. 3 et 4. Il s’agit ici d’une conférence
laite le 12 mai 1918 et parue l’année suivante en brochure à
l'imprimerie de l’Union suisse des Sociétés de consommation,
à Bâle, sous le titre: Mittelstandsbewegung und Konsumgenossenschaîten.
 L'auteur peut plaider les circonstances
atténuantes au sujet d’une œuvre qui est très sous l’influence
 du moment où elle a été écrite. Il ne faut pas trop demander
 aux publications de la période de guerre. Il est
possible aussi que l’auteur, de 1912 à 1918, ait subi une sorte
de déformation professionnelle par suite de son travail au
service de l’Union des coopératives. Quoi qu’il en soit, nous
sommes en présence ici d’un véritable pamphlet d’un adversaire
 qui se donne le beau rôle, et la classe moyenne en
prend. comme on dit vulçairement. « pour son grade ».

* L'auteur en donne pour preuve que, cinquante ans après
le début du mouvement coopératif, les coopératives ne font
encore, en Suisse, que le 20 à 30 €, du chiffre d’affaires to-
        <pb n="36" />
        21

» question sérieusement d’un anéantissement du détail-»
 lant par la concurrence des coopératives » *.
Il est évident que si le petit commerce pouvait disparaître,
 c'est aux Etats-Unis, pays par excellence du gros
capitalisme triomphant, qu’il aurait dû d’abord être extirpé.
 Or, quoique sa situation soit difficile, plus difficile
même qu’en Europe, il n’est pas question de suppression
 du détaillant”.
Nous ne connaissons qu’un seul pays d’où le commerce
 libre ait été vraiment « extirpé » complètement en
théorie. assez complètement en pratique. Mais il n’a pas

tal réalisé avec les marchandises ‘dont elles s’occupent. Et
ce 20 ou 30% n’a pas même été entièrement pris au commerce
 de détail, les coopératives, d’après Faucherre, ayant
comme les grands magasins, créé des besoins nouveaux que
précédemment personne ne satisfaisait, de sorte qu’en les
satisfaisant maintenant, on ne prive personne de sa clientèle.
 De plus, les ristournes augmentent le pouvoir d’achat.
t «Von einer Vernichtung des Kleindetailhändlers durch
» die Konkurrenz der Konsumvereine kann im Ernste selbst-»
 verständlich gar nicht die Rede sein». (Mittelstandsbewegung
 und Konsumgenossenschaften, page 27). Cette affirmation
 n’est pas une phrase en l’air (comme les polémiques
en contiennent souvent) pour détourner le «courroux»
éventuel des amis la classe moyenne. Si l’auteur croyait le
petit commerce condamné à mort il le dirait tout uniment.
Page 29, après avoir constaté qu’il est étrange qu’on parle
de d’anéantissement des détaillants par es coopératives
quand les petits commerces continuent de multiplier plus
rapidement que la population, il affirme qu’il n’y aurait,
après tout, pas grand mal à ce que les commerçants, en
plus ou moins grand nombre, fussent obligés de quitter le
commerce, Ils en seraient quittes pour remettre leurs forces
aux services de la production. On voit donc que Faucherre
s’épargne les ménagements stériles.
? Pas plus d’ailleurs que de l’artisan. Aloys Hentsch, secrétaire
 de la Commission romande de rationalisation, dans
sa brochure : L'Organisation rationnelle du travail (imprimée
 chez Vaney-Burnier, à Lausanne, en 1927 ou 1928), signale,
 page 2, la prédominance des petites entreprises aux
Etats-Unis, qu’on prend généralement pour un pays de
grandes affaires.
        <pb n="37" />
        29 —

Sté remplacé. C’est là l’essentiel pour que sa place reste
marquée et que son retour, à plus ou moins bref délai,
doive être considéré comme inéluctable. Les journaux
sont, en effet, pleins d'histoires à peine croyables, mais
qui ne peuvent être toutes fausses, sur la manière misécable
 dont les coopératives soviétiques accomplissent
la fonction de distribution qui leur incombe,
Si l’on trouve des auteurs qui craignent la disparition
du petit commerce, et d’autres qui la souhaitent (socialistes),
 il est en revanche assez rare de rencontrer un
Scrivain qui s’en déclare assuré et qui regarde, avec une
certitude apitoyée et dédaigneuse, les détaillants aller à
eur destin. Voici, à titre de curiosité, un passage de la
Lhèse de doctorat du Dr Otto Lindecke (Bâle, 1904, page
59), que reproduit Champion (op. cit, p. 34) :
« Même si, du point de vue de l’économie nationale, on
» considère et souhaite l'élimination complète du com-»merce
 de détail et des autres intermédiaires, par les
&amp;gt; sociétés coopératives de consommation, comme un
progrès absolument nécessaire de la civilisation, on
» trouve la défensive psychologiquement compréhensi-»
 ble, même si l’on tient la lutte des détaillants pour
l'existence comme absolument sans espoir, à quelque
» point de vue que l’on se place » +.
Ce sont là rodomontades de jeune docteur. Nous sommes
 certain que M. Lindecke a depuis lors changé d’avis
et répudié une conception par trop juvénile des perspectives
 d’avenir du commerce de détail.

* «Selbst wenn man vom volkswirtschaftlichen Stand-&amp;gt;
 punkte aus die vôllige Verdrängung des Klein- und Zwi-&amp;gt;
 schenhändlerstandes durch die Konsumgenossenschaften
bals einen durchaus notwendigen kulturellen Fortschritt
» betrachtet und herbeiwünscht, so ist doch die Abwehr psy-&amp;gt;chologisch
 verständlich, und das auch dann, wenn man
» den Existenzkampf des Kleinhandels in jeder Hinsicht für
» vôllig aussichtslos hält». La thèse de Lindecke est intitulée:
 «Die Aussichten der Konsumvereine und der kleinhändlerischen
 Interessenverbände ».
        <pb n="38" />
        93 —

CHAPITRE DEUX

La vérité derrière l’apparence.

Dans le chapitre précédent, nous avons tenté de montrer
 comment un observateur superficiel a de multiples
raisons de considérer comme particulièrement enviable
la situation du petit commerçant. Nous avons dépeint
une façade brillante, en tâchant d’en laisser voir le
moins possible, sinon dans nos notes, les profondes
lézardes. Ce n’était pas un simple jeu de l’esprit. En
effet, si l’on n’a pas essayé de se leurrer soi-même sur
la situation véritable du commerce de détail, on n’arrivera
 que difficilement à comprendre comment tant d'autres
 se trompent et s'engagent, pour leur malheur comme
 pour celui de leurs concurrents, dans une carrière
qui ne leur réserve que des déboires.
Nous avons affirmé, avec Sombart (pp. 9 et 15).
qu’il n’était pas possible de démontrer à priori qu’il
eût trop de commerçanis. Mais, à défaut de démonstration,
 on peut réunir des indices si nombreux d'un encombrement
 nuisible de la carrière commerciale qu’il en
résulte une certitude morale.
L'exagération de la force numérique de la classe
commerçante doit être considérée comme la cause la
plus importante de l’état de misère dans lequel se débattent
 de nombreux éléments de cette classe. Ce que
nous prenions pour un signe de prospérité, au chapitre
précédent, se trouve être, en fait, une plaie vive dont la
guérison apparaît bien difficile. Le mal est aujourd’hui
plus grave que jamais, mais ses origines sont déjà anciennes,
 En 1850 déjà, John Stuart Mill disait qu’on
pourrait très bien se passer des neuf dixièmes des bou-
        <pb n="39" />
        V4,

tiquiers anglais *. Wernicke, dans une brochure qu’il a
écrite en faveur des grands magasins ?, signale le cas,
déjà mentionné par Sombart, d’une ville d’Allemagne
qui, il y a un quart de siècle et plus, avait un détaillant
par 91,7 habitants. Or, la situation n’était pas aussi critique
 que maintenant. Ce cas est sans doute extrême,
mais on aurait tort de le croire isolé. Nous avons déjà
cité plus haut (v. p. 13 et note 3 de cette page) les chiffres
impressionnants auxquels arrive Leroy-Beaulieu en ce
qui concerne la France. Ce pays gaspille sa force-travail
at des capitaux dans l'économie de distribution ; il gaspille
par conséquent aussi ses chances de s’enrichir. Aussi ne
faut-il pas s'étonner de voir Leroy-Beaulieu appeler de
ses vœux la concentration commerciale, tant redoutée
des amis de la classe moyenne, qui forcerait un nombre
sonsidérable de détaillants à abandonner la lutte. Nous
ne pouvons être d’accord avec lui sur cette méthode brutale
 de faire reculer numériquement la classe des délaillants,
 parce que notre rêve est de la sélectionner rationnellement,
 et non d’étrangler au hasard, au grand
lam de la classe moyenne, non pas les moins aptes,
comme l’imagine un darwinisme simpliste, mais bien les
forces utiles et les forces parasitaires pêle-mêle. En revanche,
 nous souscrivons à son vœu de voir l’effectif
actuel des détaillants considérablement réduit. Voici
les termes mêmes de notre auteur (p. cit, p. 323) :

t Cf. Wernicke, op. cit, p. 242. Cf. aussi Leroy-Beaulieu,
op. cit, p. 320, qui dit: «Devrons-nous verser des larmes
&amp;gt; sur le sort de ces petits boutiquiers dépossédés de leur
» clientèle, évincés du champ de l’activité sociale par des
) concurrents plus vigoureux...? Ce serait un véritable abus
&amp;gt; de notre sensibilité, Stuart Mill avec raison a refoulé cette
&amp;gt; pitié ».
? Page 6. La brochure est intitulée: Die wirtschaftliche
und soziale Bedeutung der Warenhäuser in der modernen
Volkswirtschaft, von Dr J. Wernicke. Berlin, 1904, Druck &amp;amp;
Verlag von L. Düringshifen).
        <pb n="40" />
        95

« T1 est, d’ailleurs, nécessaire que le commerce de détail
» occupe moins de monde qu’autrefois, sans quoi une
» beaucoup trop forte partie de la nation serait occupée
»à distribuer les produits au lieu de produire elle-»
 même. Il y a, en effet, certains organes nouveaux de
» distribution, comme ceux des chemins de fer, de la
» poste et des télégraphes, qui ont pris une importance
» considérable ; si, d’un autre côté, l’appareil de distri-»
 bution ne s’était pas simplifié et n’avait pas supprimé
» beaucoup de rouages, il n’y aurait plus aucune harmo-»
 nie, aucune proportion, entre les organes servant véri-»tablement
 à la production, qui sont l’agriculture et
&amp;gt; l'industrie, et les organes de la distribution, qui sont
&amp;gt; les instruments de transport et de commerce ».
A l’écrasement par une lutte sans merci pour éclaircir
les rangs des détaillants, August Engel préfère un moyen
préventif : instruire le public de la situation véritable du
commerce de détail, afin de prévenir l’afflux de ceux
qui veulent ouvrir un magasin sans connaître le commierce,
 sans connaître la véritable situation économique,
ou sans connaître ni l’un ni l’autre *. L'ignorance, en
effet, est la grande coupable, l'ignorance professionnelle
en particulier. La proportion des détaillants possédant
une instruction commerciale a été continuellement en
diminuant. À Brunswick, en 1901, le 34 % seulement des
marchands de denrées coloniales avaient recu une formation
 commerciale ?. En d’autres termes, sur trois

* Dans la collection intitulée : Detaillisten-Fragen, le fascicule
 intitulé: Neue Aufgaben des Kleinhandels, von Dr.
August Engel (Zentralstelle der Volksvereine für das katholische
 Deutschland, 1907), 2e édition postérieure d’une année
à la première, p. 12. «Als Mittel gegen die Ueberfüllung
» des Kleinhandels dürfte hauptsächlich nur die Aufklärung
» in Frage kommen ».
? Ibid, p. 10. Cf. aussi Faucherre : Die wirtschaftliche
Lage des Kleindetailhandels und seine Wirtschaftspolitik
(tirage à part des « Blätter für Schweiz. Wirtschafts-und
Sozialpolitik », cahiers Nos 5, 6 7, 8 et 9, de 1912) page 5,
qui a puisé à la même source.
        <pb n="41" />
        épiciers, deux ne savaient pas leur métier. Pourtant, ce
serait faire tort à notre époque et donner une fausse
idée de l'importance de ce renseignement, si l’on n’insistait
 pas sur le fait que l'insuffisante préparation professionnelle
 des marchands a donné lieu à des plaintes
en tout temps. Il n’y a pas grand chose de nouveau sous
le soleil. On trouve dans les « Patriotische Phantasien »
de Justus Moser (2e moitié du 18 siècle) cette phrase
qui pourrait tout aussi bien être de nos jours :
«Des centaines de gens se sont installés à la campa-»
 gne pour y exercer le petit commerce sans jamais l'a-&amp;gt;
 voir appris » *.
Toutefois, la situation s’est certainement aggravée au
cours du dernier demi-siècle. Il devait en être ainsi,
pour une foule de raisons, malgré les progrès de la
culture en général et du savoir commercial en particulier
 (écoles de commerce). Car le manque de détaillants
préparés à leur tâche, manque relatif puisqu’il en demeurerait
 assez si ceux qui connaissent leur métier reslaient
 seuls à l’exercer, est un étonnant paradoxe à une
époque où la profession commerciale est plus encombrée
qu’aucune autre de travailleurs qualifiés ? ; en fait, les
véritables commerçants fuient la profession de détaillants,
 Voilà qui en dit plus que des volumes sur la médiocrité
 des perspectives qu’elle ouvre * :

1 «Hundert Leute haben sich auf dem Lande niederge-&amp;gt;
 lassen und die Krämerei ergriffen, ohne sie jemals erlernt
»zu haben ». (Cité par Sombart, Der moderne Kapitalismus.
tome Il, page 453).
* Voir au sujet de la pléthore des employés de commerce
le très remarquable ouvrage du Dr rer. pol. Willy Luick
‘Unionsbuchdruckerei, Berne, 1929), intitulé: Der berufliche
 Nachwuchs in der Schweiz.
3 Peut-être le mal viendrait-il de ce que notre enseignement
 commercial est trop dirigé vers la préparation aux
carrières administratives (comptables, correspondants, etc.)
èt pas assez vers celle des carrières actives (vendeurs).
        <pb n="42" />
        97

Il existe une concurrence intellectuelle, comme il existe
une concurrence proprement commerciale. Précisément
parce que les qualités qui font un commerçant moyen
sont assez répandues, il faudrait s'élever au-dessus de la
moyenne pour aller au-devant du succès * au lieu d’apporter
 dans l’exercice de la profession un bagage de capacités
 égal à zéro. Une valeur personnelle qui eût suffi
en d’autres temps à assurer une belle position réussit
tout juste aujourd’hui à vous permettre de végéter dans
la médiocrité :
« Les qualités intellectuelles et morales qui sont né-»
 Cessaires pour faire un commerçant et un industriel
» capables deviennent chaque jour plus répandues, du
» moins à un degré moyen. La diffusion de l’instruction
» et l'amélioration même de l’éducation font que les ca-Notre

 enseignement semble se proposer l'adaptation de ses
pupilles à un type nettement capitaliste de société. Aussi
comprend-on que le Congrès international des classes
moyennes ait reconnu la nécessité «d’un enseignement per-»
 mettant de préparer les cadres directeurs des classes
» moyennes », et « d’un enseignement supérieur adapté aux
» circonstances spéciales des classes moyennes en vue de
» permettre à celles-ci de remplir leur mission dans la
» société ». (Résolutions du congrès de 1924).
CÎ. aussi la remarquable thèse du Dr Daniel Briod (Librairie
 Payot et Cie, Lausanne, 1929) intitulée : « La science
de la vente et sa place dans l'enseignement commercial ».
! Et le succès viendrait, il vient du reste fréquemment,
malgré l'affirmation découragée de la Chambre des métiers
de Leipzig qui, dans son rapport pour 1905, page 89, prétendait
 que, dans les conditions actuelles, toute défense du
petit commerce par lui-même est inutile (versagt alle Selbsthilfe).
 Le député van der Borght était d’un autre avis,
quand il disait, à la Chambre des députés de Prusse, le 27
février 1900: «Eine allgemeine Notlage des Kleinhandels
» besteht überhaupt nicht. ich kônnte Ihnen aus der Praxis
» Beispiele genug anführen, die beweisen, dass tüchtig geleitete
 Geschäfte mit hinreichender Kapitalkraft durchaus
» nicht den Kampf mit den Warenhäusern scheuen ». (Cf.
Wernicke, Kapitalismus u. Mittelstandspolitik, pages 161
et 261).
        <pb n="43" />
        28 —

» pacités moyennes pullulent dans un pays civilisé. IL y
»a beaucoup plus aujourd’hui qu’autrefois d'hommes
» ayant l'esprit ouvert, possédant certaines connaissan-»
 ces techniques, quelque entente des affaires, un certain
» don d’organisation ; toutes ces qualités sont dans quel-»
 que mesure devenues vulgaires. Il est rare encore de
»les trouver toutes concentrées à un très haut degré
» chez le même individu ; mais elles existent à un degré
» suffisant chez un assez grand nombre d'hommes, pour
» que le recrutement de la classe des industriels et des
&amp;gt; commerçants soit plutôt surabondant. Il résulte en-&amp;gt;
 core de cette circonstance une tendance à l’abaissement
des profits » *.
D’où vient donc la nuée d’incapables ou de demirapables
 qui met le commerce de détail en coupe réslée
 ? Sur ce point important, les documents abondent.
Comme on ne voit pas l’épicier faire de grands efforts
musculaires et travailler de ses mains, on croit qu’il n’a
rien à faire :
« Chez beaucoup de ceux, beaucoup trop nombreux, qui
&amp;gt; se vouent au commerce, la préférence montrée à cette
» carrière ne provient pas peu de l’idée erronée qu'il est
facile de jouer au marchand et pas difficile de gagner
&amp;gt; de l’argent à ce jeu » °.
Cette facilité apparente de la carrière commerciale
2n fait le rendez-vous de tous les ratés :
« Le petit commerce est ainsi devenu le grand récep-»tacle
 des nombreuses personnes qui désespèrent de
» s'assurer des ressources par un autre moyen. Aussi
&amp;gt; longtemps que le petit commerce devra absorber le

-

t Leroy-Beaulieu, op. cit, p. 301.
? «Bei manchen der « Vielzuvielen:», die sich dem Han-&amp;gt;
 delsstande widmen, ist die Bevorzugung der Handelstätig-&amp;gt;
 keit nicht zuletzt auf den Irrtum zurückzuführen, Kauf-)
 mann zu spielen, sei leicht, und dabei Geld zu verdienen,
&amp;gt; nicht schwer ». (Dr. August Engel, op. cit, p. 10).
        <pb n="44" />
        2G

»large courant de toutes ces existences, sa situation,
» malgré l’impôt d’exception prélevé sur les grands ma-»
 gasins et les coopératives, restera difficile » *.
Il a toujours passé pour noble de ne rien faire, Les
aristocrates du bon vieux-temps dérogeaient s'ils travaillaient
 de leurs mains ?. On comprend combien doit

1 «So ist der Kleinhandel das grosse Sammelbecken ge-»
 worden für zahlreiche Personen, die daran verzweifeln,
»auf anderem Wege ihr Auskommen zu finden. So lange
» der Kleinhandel den breiten Strom aller dieser Existenzen
»in sich aufzunehmen hat, wird seine Lage trotz Ausnah-»
 mebesteuerung der Grossgeschäfte und Konsumvereine
»eine schwierige bleiben». (Extrait d’un rapport de la
Chambre du commerce et des métiers de Dresde. cité par
Wernicke, op. cit.).
? Peut-être faut-il voir dans cette dispense du travail manuel
 l’origine de cet orgueil de caste qui a été reproché aux
commerçants, reproche que Leroy-Beaulieu reprend en termes
 virulents quand il demande : « quelle est l’existence
» de ces petits boutiquiers surabondants, assis, moroses et
» pompeux tout le long du jour, guettant l’acheteur qui ne
» vient point, méprisant le peuple dont ils sont sortis, en-»
 viant la haute bourgeoisie à laquelle ils n’appartiennent
» pas.» (op. cit, p. 320).
Que ces grands airs constituent une faute professionnelle
à une époque où le public est le véritable maître du marché,
voilà qui n’a pas besoin d’être démontré. Dans le numéro de
novembre 1928 de la revue « Efficience » (18, rue des Sables,
Bruxelles) a paru un article de quelques lignes, intitulé : « Le
côté comique de la dignité». et qui illustre très bien notre
pensée :
«Si la dignité pouvait se vendre, beaucoup de personnes
» deviendraient très riches. Malheureusement, cette sorte
» de marchandise ne peut se débiter. Elle ne plaît à per-»
 sonne, sinon à son sot possesseur.
«La dignité gâte trop de gens dans le domaine commer-»
 cial. Lorsqu’un homme de plus de 40 ans devient digne,
pil cesse d’être un homme, il devient un mannequin.
« Bergson signale dans son traité sur le «Rire» que la
» fausse dignité est la chose la plus comique et la plus risible.
«Charlie Chaplin le sait également. Beaucoup de ses
» rires sont provoqués par la dignité et le public aime voir
» un homme digne qui «se fait rouler ».
«L’excès de dignité fait manquer bien des ventes et per-»
 dre des clients .
        <pb n="45" />
        — 30

âire populaire une conception de la dignité si bien en
accord avec les rêves de la paresse. Le fainéant qui voit
l’épicier ne rien faire d'autre que de peser, par demikilo,
 du riz ou du sucre, s'imagine qu’il n’a rien d'autre
à faire et voudrait bien changer avec lui. Il exécute
d’ailleurs ce projet, à la première occasion, Et c’est, indépendamment
 de toute autre considération, un gaspillage
 de force économique que des individus, que toute
leur constitution prédispose aux gros efforts musculaires,
passent leur vie à prendre, une fois par demi-heure,
un article de quelques grammes sur un rayon ou dans
le fond d’un tiroir pour le tendre à une ménagère du
quartier.

« L'expérience montre que le petit commerce exerce
&amp;gt; une attraction particulière sur des personnes incultes
» et indolentes. La raison en est simplement la facilité
» qu’il y a à ouvrir boutique, l’absence d’effort corporel
» pénible, aussi bien que la possibilité de tirer parti
» pour s’établir du capital le plus minime, et même
éventuellement de faire face à ses obligations à l’aide
du seul crédit » *. ‘
Il existe une relation entre l'encombrement de la prolession
 commerciale et le dépeuplement des campagnes.
Le Dr Willy Luick (op. cit.) a mis en lumière la cause
essentielle de l’exode des ouvriers de campagne, dont le
recrutement, à quinze ou seize ans, est abondant, mais
que l’agriculture ne sait pas garder : à l’âge du mariage,
ïls s’en vont à la ville, parce que la vie de paysan dépendant
 ne leur offre ni le gain ni le logement nécessai-&amp;gt;



! «Die Erfahrung zeigt, dass der Kleinhandel eine eigen-»artige
 Anziehungskraît auf ungebildete, träâge Personen
&amp;gt; ausübt. Der Grund hierzu ist lediglich die leichte Zugäng-&amp;gt;lichkeit
 «zur Krämerei », das Fehlen eigentlich schwerer
» kôrperlicher Anstrengung, sowie die Môglichkeit der Ver-&amp;gt;
 wertung auch des geringsten Kapitals, eventuell des Auf-&amp;gt;
 baues, aller Verbindlichkeiten auf Kredit». (Faucherre,
untelstandsbewegung und  Konsumgenossenschaften, page
        <pb n="46" />
        — 31 —

res à la fondation d’un foyer. Et naturellement, ce sont
les meilleurs éléments, les plus entreprenants, qui se
décident les premiers à cet exode, d’où un drainage des
meilleures forces de l’agriculture extrêmement funeste à
celle-ci. Mais un grand nombre de ces déracinés tiennent
à faire coup double : ils étaient paysans dépendants,
ils veulent devenir citadins indépendants ; ils étaient
salariés, ils veulent s’établir à leur compte ; le commerce
 de détail leur en fournit l’occasion trop facile :
« Non*, justement les ouvriers les plus intelligents et
&amp;gt;les plus économes de la campagne, ceux qui peut-»
 être ont déjà joui de la confiance du propriétaire,
&amp;gt; comme maîtres valets, donnent leur congé et vont à
»la ville, non pour être ouvriers dans l’industrie, mais
&amp;gt; parce qu’ils veulent devenir des messieurs, parce
» qu’ils se trouvent trop bons pour le travail de la cam-»
 pagne”, parce qu’ils veulent devenir. hommes d’af-&amp;gt;»
 faires! Et voilà pourquoi un maître valet, qui pos-»sède
 quelques centaines d’écus, part un beau jour
s pour la ville et y ouvre, avec ses quelques écus, un
» magasin de détail, pour jouer au monsieur. Si le
» magasin marche, tout va bien ; s’il ne marche pas, il
&amp;gt;» abandonne la partie, mais non sans avoir auparavant
réclamé à grands cris une protection légale et non
&amp;gt;sans avoir été soutenu dans cette prétention, fait
&amp;gt; étrange, par les cercles mêmes qui devraient avoir à
&amp;gt; cœur de retenir ces gens-là à la campagne: Un tel

! L’auteur cité répond par ce mot à ceux qui accusent
l’industrie d’être la grande responsable du dépeuplement des
campagnes.
? Nous venons de voir, avec le Dr Luick, qu’il existe à
leur départ une raison plus sérieuse.
3 Allusion à l'appui accordé par les partis agraires à la
politique de la classe moyenne des villes, appui quelque-[lois
 purement électoral d’ailleurs. Verrait-on sans cela tant
de coopératives paysannes ? On lit, à ce propos, dans Wernicke,
 op. cit, p. 368: «Die Kaufleute und teilweise auch
»die Mandwerker erblicken in den Konsumvereinen und
        <pb n="47" />
        39

homme n’a aucune idée d’un magasin, sa femme non
» plus; il ne sait pas estimer la concurrence, i} est
&amp;gt; trop souvent « roulé » en achetant et cherche alors à
» se rattraper aux dépens de ses clients, pourtant uni-»
 quement de petites gens“. Il est encore fort, jeune et
» vigoureux, mais ne s’en place pas moins derrière le
» comptoir, pour vendre ici des harengs, là des boutons,
&amp;gt; ou du blanc, ou des robes et des blouses, N'est-ce pas
» un gaspillage de la force-travail de la nation ? ” »

» Warenhäusern ihre Feinde. Die Landwirte haben selbst
»zahlreiche Konsumvereine und andere Genossenschafîten
» gegründet, bekämpfen. aber merkwürdigerweise die städ-»tischen
 Konsumvereine und die Warenhäuser, obwohl sie
&amp;gt; gerade in letzteren sehr viel kaufen ».
Le 29e rapport annuel de l’Association des Epiciers suisses
 (Imprimerie Gassmann S. A, Soleure, 1929), contient
aussi, à la page 5, ce passage :
«Une opinion qui a été dominante chez les paysans, c'est
&amp;gt; qu’il serait possible de combattre les coopératives socia-&amp;gt;listes,
 et par là, le socialisme, grâce à l'institution des
» coopératives agricoles. La soif des avantages matériels pre-»nait
 le pas, en cette circonstance, sur le principe des
» classes moyennes : vivre et laisser vivre ».
t Ni le grossiste trompeur, ni le détaillant qui revend au
prix fort les rebuts que le premier lui a passés ne subissent
nécessairement les conséquences logiques de leurs pratiques
véreuses, chacun des deux ayant mis sa clientèle dans sa
dépendance par le crédit qu’il lui accorde. Faucherre (op.
cit, p. 10) cite un passage de la « Deutsche Handels- Rundschau»,
 où ce mécanisme du commerce vicieux est assez
dien décrit.

* «Nein, gerade die intelligentesten und sparsamsten Ar-&amp;gt;beiter
 auf dem Lande, die vielleicht schon als Vorarbeiter
»das Vertrauen des Gutsbesitzers genossen haben, kündi-»
 gen den Dienst und gehen in die Stadt nicht als Industrie-»
 arbeiter, sondern weil sie selber Herren sein wollen ; weil
&amp;gt; sie sich für die landwirtschaftliche Arbeit mit einem Male
» zu gut dünken, weil sie Geschäftsleute werden wollen. Da
&amp;gt; zieht so ein Vorarbeiter, der einige 100 Taler besitzt.. eines
» schônen Tages in die Stadt und macht dort mit seinen paar
» Groschen ein Detailgeschäft auf, um den Herrn zu spie-»
 len. Geht’s Geschäft. so ist es gut, geht !es nicht, so gehen
        <pb n="48" />
        39

Le chemin de la paresse est aisé à suivre. Si les uns
abandonnent la charrue pour le comptoir, d'autres
rouvent plus aisé encore de ne rien faire du tout :
« Beaucoup d'hommes qui sont trop paresseux pour
&amp;gt; ‘travailler font ouvrir un magasin par leur femme.
» Eux-mêmes se baladent. Si, comme il est naturel, le
» magasin de Madame ne marche pas aussi bien qu’on
»l’avait espéré, ces messieurs réclament à grands cris
&amp;gt; l’aide de l’Etat*».

» sie, aber rufen vorher noch nach gesetzlichem SSchutze und
» werden merkwürdigerweise darin unterstützt von denjeni-»
 gen Kreisen, denen es gerade daran liegen müsste, diese
» Leute auf dem Lande zu behalten. So ein Mann hat vom
» Geschäft keine Ahnung, seine Frau auch nicht, er weiss die
» Konkurrenz nicht zu würdigen, er wird häufig beim Ein-»
 kauf übervorteilt und sucht sich dann wieder bei seinen
«Kunden, die doch nur aus kleinen Leuten bestehen, schad-»los
 zu halten, er ist noch jung, stark und kräftig, stellt
»sich aber hinter den Ladentisch, um hiermal Heringe,
»dort Knôpfe oder Weisswaren oder Kleider, und Blusen
» zu verkaufen. Ist das nicht Vergeudung nationaler Arbeits-»
 krafît ? »,
Ce passage est de Theodor Fritsch. Il se trouve en note
à la page 370 de Wernicke, op. cit.).
Dans la même note, Fritsch affirme que des milliers et des
milliers de laitiers et de marchands de légumes de Berlin
ont commencé leurs affaires dans les conditions qu’il vient
de décrire. Il est évident qu’un des gros dangers de la politique
 négative, c’est-à-dire de la protection artificielle du
petit commerce par des lois d’exception, ce serait d’accentwer
encore ce pullulement des magasins, comme le dit du reste
Wernicke à la même page 370 :
«Es ist klar, dass, wenn der Glaube in der Bevôlkerung
» erweckt wird, dass die Lage des Kleinhandels durch der-)
 arlige Mittel wesentlich gebessert werden soll und kann,
»nunmehr der Zudrang zum Kleinhandel, namentlich auch
» von solchen Leuten, die auf dem Lande sich kleine Erspar-»
 nisse erworben haben, bedeutend gesteigert werden muss ».

1 «So aber lassen viele, die zum Arbeiten zu faul sind,
pihre Frauen ein Handelsgeschäft aufmachen. Sie selbst
» bummeln. Geht das Geschäft der Frau naturgemäss nicht
» so, Wie sie gehofft. dann rufen sie nach Staatshilfe». (Paroles
        <pb n="49" />
        — 34 —

Les mesures légales dont, sous le nom de politique
négative, nous avons réservé l'examen à la seconde
partie du présent ouvrage, constituant toutes des ten-‘atives
 de la classe des détaillants dans son ensemble
pour mettre la force publique au service de sa lutte
rontre la concurrence, et non des essais d’assainissement
 interne ide cette classe, par l’introduction d'un
statut légal, nous ne rompons pas notre plan en examinant,
 tout de suite, l’éventualité et l’opportunité de
mesures légales destinées à prévenir la continuation
de cette invasion de la profession de détaillant. De
telles mesures auraient déjà l'inconvénient d’être un
accroc au principe de la liberté de l’industrie et du
commerce. Sans doute, ce principe a déjà subi bien des
limitaitions et il en subira encore ; toutefois, comme
1 est une conséquence logique du droit de libre disposition
 du citoyen sur lui-même, le limiter au point
de l’ébranler, c’est ébranler la démocratie et l'Etat
moderne, Il serait, en effet, facile de démontrer, par
des exemples historiques. qu’un système politique est
en décadence dès qu’il trahit les principes qui lui ont
donné naissance. Or, la classe moyenne ne saurait prétendre
 à ce qu’on l’assainisse aux dépens de l’équilibre
 politique de l'Etat, puisqu’elle même légitime son
existence par le besoin que l'Etat aurait d’elle, déciarant
 ainsi, implicitement, qu’elle est là pour l'Etat, et
non l'Etat pour elle *, ?.

dun membre de la Chambre de commerce de Dresde,
"eproduites par Wernicke, op. cit, p. 243).
La situation qui fait l’objet de ce chapitre a été résumée
èn une phrase expressive, mais peu flatteuse pour l’armée
le médiocrités qui encombre le commerce, dans la Gewerbeschau
 du 25 novembre 1901 : «Der kaufmännische Beruf
» Wird von vielen als ein Stand angesehen, für den die Ue-&amp;gt;
 berschrift passend wäre : Hier kann Schutt abgeladen wer-»den!»

: «L’Etat pourra toujours s’appuyer sur une solide classe
        <pb n="50" />
        35

2m

Mais faisons abstraction des inconvénients politiques
 et voyons ce que l’on pourrait faire. La première
idée est celle d’un certificat de capacité, qui serait exigé
de toute personne se disposant à ouvrir un magasin.
Ce système présenterait l'inconvénient de comporler
un énorme accroissement de bureaucratie ; d'autre part,
il n’offrirait que peu de garanties quant à la valeur pratique
 des candidats. Passer un bon examen est une
chose, faire de bonnes affaires en est une autre, La
première est même relativement si facile que les carrières
 les mieux protégées, par un système compliqué
d’études et d’examens, comptent parmi les plus encombrées
 (avocats, médecins). Le mot déjà cité de Leroy-Beaulieu
 reçoit par là une pleine confirmation : « les
capacités moyennes abondent dans un pays civilisé ».
Que le petit commerce soit protégé par un diplôme, el
certains citoyens ignares s’en trouveront écartés, Mais,
à leur place il en viendra d’autres, mis en confiance
par l'existence du diplôme et attribuant à ce papier un
pouvoir de protection parfaitement illusoire. La qua-(i{[ication
 moyenne des personnes se vouant au com-»

 movenne de commerçants dont il ne saurait se passer, s’il
»la laisse se développer et prospérer librement». (L'’escompte
 uniforme en Suisse, résumé en français par M. le
Dr. Robert Jaccard, secrétaire de l’Union suisse des Arts et
Métiers, de l’ouvrage : 25 Jahre einheitliche und organisierte
Rabattmarkenabgabe in der Schweiz, par Ch. Blanc ; imprimé
 chez Kradolfer, Bienne, 1926. Notre citation est empruntée
 à la page 23).
1 Cette idée peut être illustrée trivialement, mais clairement,
 à l’aide de la devise de la Confédération suisse : Un
pour tous, tous pour un. La politique de protection et d’assainissement
 légaux du petit commerce est une application
du «Tout (c’est-à-dire la collectivité, l’Etat) pour un (ou
quelques-uns, les détaillants).» Mais le «Un pour tous»
prime le «Tous pour un», car si «Un» (chacun) ne se levait
 pas, «Tous» (qui ne sont que l’ensemble des unités et
n’ont pas de réalité en dehors d’elles) ne se lèveraient pas
non plus.
        <pb n="51" />
        36 —

merce de détail gagnera peut-être, mais l’encombrement
 de la profession ne disparaîtra pas pour autant.
Une méthode plus directement efficace serait d’exiger
ju’aucun détaillant ne puisse s'établir sans qu’une consession
 lui ait été attribuée à cette fin. C'est à peu près
le système qui existe actuellement pour les auberges.
Qu'il ne suffise pas non plus résulte immédiatement de
leux faits: nous avons trop de cafés, comme nous
avons trop de magasins ; d’autre part, la Société suisse
des cafetiers mène une vigoureuse campagne en faveur
de l’introduction du certificat de capacité pour l’exersice
 de la profession d’aubergiste. Le système de la consession
 ne lui paraît donc pas suffisant, puisqu'elie
veut le compléter par celui du diplôme, Cette constatation
 n’est pas loin de nous convaincre que le système
an question ne peut donner satisfaction. Puis, sur quels
principes se fonderait-on pour accorder les concesssions
 ? Il faudrait avoir recours à la clause dite du
besoin. Maniée par des fonctionnaires (où même par
des associations professionnelles, si leurs décisions ont
lorce de loi), cette clause risquerait fort de conduire à
de redoutables abus (monopoles privés, corruption,
népotisme, surenchère politique). Pour éprouver une
telle crainte, il n’est pas même nécessaire de itirer de
l’histoire des corporations les éléments d'une démonstration
 historique, qui serait aisée. Le système des consessions
 aurait encore un autre inconvénient : l’élévation
 artificielle de la valeur des fonds de commerce.
L'acheteur d’un fonds engloutirait une beaucoup trop
forte somme pour l’achat d’une valeur idéale, pour ne
pas dire fictive, et, pourvu d’un gros capital mort, mais
riche sur le papier, il manquerait de fonds pour faire
marcher son commerce. Ainsi, nous aurions aggravé
un des maux du petit commerce en voulant guérir l’aure
 : nous aurions diminué l’encombrement de la proiession,
 mais seulement pour accentuer encore une plaie
        <pb n="52" />
        37

dont elle souffre au moins autant : l'insuffisance, souvent
 l'absence, des capitaux d’exploitation“. En outre,
la concession par l'Etat, lorsque sa nécessité ne résulte
pas, comme dans le cas des auberges, des exigences de
l'hygiène et de la morale publiques, ressemble singulièrement
 à une nomination. Nous aboutirions doucement
 à l’épicier fonctionnaire, dont nous ne voulons pas
plus que de l'épicier gérant d’une société à suceursales
 : toute mesure qui n’assure pas la conservation de
l’épicier indépendant aggrave, au lieu de la guérir, la
crise du petit commerce et de la classe moyenne ?.

! Pour remédier au manque de capital, on pourrait exiger
 que le détaillant qui s’établit fasse la preuve, non seulement
 qu’il possède certaines capacités, mais encore un certain
 capital. Mais qui ne voit le recul que des mesures pareilles
 représenteraient pour la vie économique ? Et qui ne voit
que, donnant aux riches d’autres droits qu’aux pauvres, elles
ruineraient la démocratie 9? Que le riche puisse pratiquement
 faire des choses qui sont impossibles au pauvre, voilà
ce que la démocratie admet (mais que le socialisme envahissant
 repousse). Que le riche, en revanche, ait des droits
que le pauvre n’a pas, voilà ce qui ne pourrait triompher
que sur les ruines de l’Etat démocratique.
? Edgar Hentschel (op. cit, p. 64), qui avait sous les yeux
l'exemple de la profession de pharmacien, concessionnée
en Allemagne, et qui fonde également certaines de ses considérations
 sur le spectacle que donne le commerce en Russie
soviétique, qui réalise la forme extrême que puisse prendre
 un commerce concessionné, s’exprime sur le point qui
nous occupe dans les termes suivants :
«Eine behôrdliche Einschränkung der Betriebszahl be
&amp;gt; deutet noch keine endgültige Lôsung. Wie im Apotheker
» gewerbe, so ist auch im regulären Einzelhandel nur zu
»erwarten, dass durch Besitzwechsel die dem Ladenhan-»
 del zugedachten Vorteile aus Preisfixierung und Betriebs-»
 beschränkung alsbald Kapitalisiert und auf andere Kreise
»überführt werden. Vielleicht schon in wenigen Jahren
&amp;gt; würden im Ladenhandel bei den durch Besitzwechsel
» gesteigerten Zins- und Amortisationslasten für den Ideal-»
 wert der Geschäfte weit ärgere Nôte bestehen als heute
&amp;gt; Unter diesen Umständen wâäre das Konzessionssystem der
»einzige Weg für den Staat, nicht nur die heutigen Laden-
        <pb n="53" />
        — 38 —

L’ignorance reprochée aux détaillants de hasard porle
 sur trois points principaux : la connaissance des
marchandises, le calcul des prix et la comptabilité.
Que cette ignorance puisse aller au-delà et porter les
caractères de la plus parfaite inculture, le fait n’est
naturellement pas douteux. Espérons tout de même
que la Chambre de commerce et des métiers de Dresde
exagérait lorsqu'elle prétendait, en 1902, qu’il y a des
détaillants qui savent « à peine écrire » *
Nous avons déjà signalé en note 3 p. 26 que l’ensei-3nement
 commercial actuel n’est peut-être pas suffisamment
 adapté aux besoins du petit commerce ; par
suite, nous sommes pour le moment mal armés pour
résister à cette vague d'ignorance. ‘Cela ne veut pas
lire cependant que nous le serons toujours. Déjà se
dessine un mouvement pour former à l’usage du petit
rommerce des employés à la hauteur de la tâche qui
eur incombera. C’est ainsi que le Dr Daniel Briod, dans
sa thèse remarquée de doctorat : « La Science de la

à inhaber, sondern die jeweiligen Ladenbesitzer der Vorà
 teile seiner Hilfe teilhaftig werden zu lassen. Jede andere
» Form staatlicher Unterstützung bedeutet nicht nur eine
&amp;gt;kurze narkotische Linderung, sondern faktisch eine
&amp;gt; Schwächung des Patienten und seiner natürlichen Wider-»
 standskräîte.
«Es überschritte den Rahmen der Untersuchung, hier in
&amp;gt;eine Érôrterung des Für und Wider einer Einführung des
&amp;gt; Konzessionssystemes im Einzelhandel einzutreten. Der
»Zweck der Ausführungen ist erreicht, wenn diese erken-&amp;gt;
 nen lassen, dass es keinen Stillstand der Wirtschaftsent-&amp;gt;
 wicklung gibt und dass jede Erfüllung der ladenhänd-»
 lerischen Forderungen auf staatliche Mithilfe schon den
» Keim in sich trägt, früher oder später durch neue Forde-»rungen
 überboten zu werden, bis zu dem Punkte, wo die
&amp;gt; wirtschaftende Gesellschaft überhaupt keine Handlungs-&amp;gt;freiheit
 mehr besitzt und sich nur noch aus staatlichen
Funktionären zusammensetzen würde. »
| «Heute gibt es «auch Kaufleute », die kaum schreiben
&amp;gt;kônnen und von Buchführung keine Ahnung haben. Sie
» besitzen auch kein Kapital.» (Reproduit dans le rapport
déjà cité du gouvernement saxon.)

h
        <pb n="54" />
        39

vente et sa place dans l'enseignement commercial » ‘
estime que :

«Le temps est venu, croyons-nous, d’un enseigne-»
 ment méthodique de la science de la vente. Jusqu'à
» maintenant, on s’est attaché à former les jeunes gens
»qui se destinent aux carrières administratives du
» commerce ; on a préparé des employés de bureau. Il
» s’agit maintenant de préparer aux carrières de la vie
» active des affaires, de former des employés de coms
 Merce. On a encore bien peu fait dans ce sens ».
Au surplus, nous reviendrons sur ce sujet dans notre
seconde partie.
L’insuffisance des capitaux engagés par les détaillants
 dans leur affaires résulte logiquement, comme
leur insuffisante préparation intellectuelle et professionnelle,
 du mode de recrutement de ces armées de
« commercants » qui se croient la bosse du commerce
parce qu'ils n’ont pas réussi dans aucune autre carrière.
 Celui qui possède un capital d’une certaine importance
 ne choisit jamais une carrière comme pis
aller. Or, c'est soit comme pis aller, soit comme oreiller
 de paresse, que le très grand nombre des envahisseurs
 du commerce de détail ont décidé d’embrasser ce
métier. Nous l’avons assez montré plus haut pour être
dispensé d’y revenir maintenant.
À titre de transition entre ce chapitre et le suivant,
il nous semble indiqué de citer ce passage de Faucherre
où sont énumérées, et les plaies du petit commerce que
nous connaissons déjà, et celles qui nous restent à
&amp;gt;xaminer :
« Les conditions particulièrement anti-économiques
&amp;gt; qui règnent dans le petit commerce et constituent
savant tout la cause de sa situation critique, sont :

1 Dr Daniel Briod, La Science de la vente et sa place
dans l'enseignement commercial (Lausanne, Payot et Cie,
1920). Le passage cité se trouve page 108.
        <pb n="55" />
        40 —

&amp;gt; l'encombrement de la carrière, la petitesse des en-»
 treprises et le manque de capital, l'absence de for-»
 mation commerciale, la vente à crédit, la comptabi-&amp;gt;
 lité vicieuse, les frais élevés, la façon de calculer les
&amp;gt; prix, les manœuvres déloyales et l’absence de solida-&amp;gt;
 rité » *.

1 «Die besonderen unwirtschaftlichen Verhältnisse im
&amp;gt; Kleinhandel, die vor allem seine kritische Lage verursa-&amp;gt;
 chen, sind : Ueberfüllung, Kleinheit der Betriebe und Ka-»
 pitalmangel, Fehlen kaufmännischer Vorbildung, das Borg-&amp;gt;
 system, mangelhafte Buchführung, hohe Spesen, Art der
» Preiskalkulation, unlautere Machenschaften und Solidari-»
 (ätsmangel. » (Mittelstandsbewegung und Konsumgenossenschuften,
 page 8, au bas. Cf. aussi Die wirtschaftliche Lage
des Kleindetailhandels, p. 5).
        <pb n="56" />
        CHAPITRE TROIS

La détresse du petit commerce.

Cette nuée d’épiciers que nous avons vus « guetter
l'acheteur qui ne vient point » subsiste tout de même.
[ faut entendre par là qu’il y a toujours autant d'épitiers,
 Autre chose est de savoir si ce sont les mêmes.
En fait, les fondations qui ne durent que l’espace d’un
matin sont extrêmement nombreuses. Sombart les appelle
 des «insectes d’un jour» (Eintagfliegen), Mais
les vides se comblent au fur et à mesure des liquidations.
 Un Suisse qui visitait récemment les Etats-Unis,
celui des pays civilisés où le petit commerce est actuellement
 le plus menacé par les entreprises tentaculaires
du grand capital, rapporte ce qui suit :
« Il nous a semblé être chez nous quand nous avons
» entendu l’orateur de la Chambre de commerce cen-»trale
 nous dire, à la fin de ses explications, que, si
»au cours d’une année, le 30 % des commerçants in-»
 dépendants étaient obligés de fermer boutique, faute
»de pouvoir continuer la lutte, il ne se créerait pas
&amp;gt;moins, au cours de la même année, des nouveaux
» magasins dans la proportion de 35 % de l’effectif déjà
» existant » *,
La Chambre de commerce et des métiers de Dresde
disait déjà en 1902 :
« Les créations de magasins qui sont le produit de

Le Commerce de Détail en Amérique. Résumé d’une
conférence de M. G. Brandenberger, directeur de l’Union,
Olten, parue dans de Journal des Epiciers suisses du 31 juillet
 1999

|
        <pb n="57" />
        49

»da légèreté ou qui, tout au moins, peuvent être taxées
» d’irréfléchies, sont à l’ordre du jour » *.
On voit que, à presque trente ans de distance, l’aspect
de la question n’a pas beaucoup changé.
Les imprudents qui se sont lancés à l’étourdie dans
‘a carrière dont ‘ils ignoraient tout et qui ont dû l’abandonner
 au bout de peu de mois, ont non seulement
oerdu leurs illusions et leur temps ; ils ont aussi perdu
leur modeste (trop modeste !) capital et souvent leur
bonne renommée, dans le cas où ils ont fait faillite et
laissé des dettes impayées (actes de défaut de biens).
Mais ils n’ont pas nui qu’à eux-mêmes. La vente précipitée,
 libre ou sous autorité de justice, des marchanlises
 qu’ils ont en magasin ne peut être réalisée avec
la rapidité nécessaire que moyennant des rabais extraordinaires.
 Le public, toujours prêt à céder à l'illusion
qu’il fait un bénéfice en achetant au-dessous des prix
du marché, alors qu’il fait tout au plus une économie
(et seulement dans le cas où il a besoin de la ‘chose
qu’il achète, où il ne l’achète pas seulement parce que
c’est bon marché)?, vole à ces liquidations et délaisse
pour elles le commerce régulier. Ces ventes à tout prix

! Loc. cit. «Leichtsinnige oder wenigstens ganz unüber-&amp;gt;legte
 Geschäftsgründungen sind an der Tagesordnung. »
? Cette distinction entre économie et bénéfice, ainsi qu’entre
 économie réelle et économie fictive, suivant qu’on a ou
non besoin ‘de l’objet qu’on achète, peut paraître subtile, au
premier abord. Elle correspond pourtant aux faits et acquerra
 une grande importance le jour où l’on voudra se
mettre sérieusement à l’éducation économique du public
acheteur. Une très vieille plaisanterie l’illustre assez Licn.
Un demandait à un ivrogne à quoi il avait passé sa journée.
«Elle m’a rapportée un franc, dit-il. Je suis allé au village
voisin et j'ai bu dix demis. Or, le demi coûte là-bas dix
centimes de moins qu’ici.» Beaucoup d’acheteurs d’« occasions
 » résonnent exactement comme cet ivrogne. Rares sont
ies gens qui ont bien en tête ce principe si simple : « Ce dont
Dn n’a pas besoin est toujours trop cher. »
        <pb n="58" />
        49 —

étant, d’après ce que nous avons dit, très fréquentes,
elles finissent par constituer une véritable plaie pour
le commerce normal * Lorsqu'il fût question, au
début de ce siècle, à Saint-Gall, de frapper les grands
magasins d’un impôt spécial, un rapport sur l'influence
néfaste des Warenhäuser fut demandé au professeur
Schulze, de l’Académie commerciale de Saint-Gall. À
la grande déception des auteurs du projet de loi, le
professeur Schulze déclara ne pas croire à l'efficacité
de l'impôt proposé et affirma d’autre part bien haut
que, même sans les Warenhäuser, le petit commerce
ne roulerait pas sur l’or. (Que ce soit aussi notre avis,
résulte du fait que, tout en déclarant que le petit commerce
 est dans la misère, nous n’avons pas encore parlé
des Warenhäuser.) Sur le point qui nous occupe, le
professeur Schulze s'exprime en ces termes :
« L’'encombrement du petit commerce, et en partie
&amp;gt; par des éléments tout à fait impropres, qui s’établis-»
 sent sans capital, sans connaître les marchandises et
» sans posséder les qualités de caractère requises, pour
» faire au bout de peu de temps un fiasco lamentable et
» être finalement contraints de liquider à des prix ridi-&amp;gt;»
 cules, voilà ce qui cause le plus de tort aux maisons
&amp;gt;» sérieuses » ?

1 Sigfried Bloch (Die Entwicklungstendenzen im Tuchhandel,
 cf. note 1 p. 50) estime (v. pages 168 et suivantes)
les ventes au rabais de marchandises d’occasion, dans la
branche du drap, sur la place de Zurich à un huitième du
chiffre d’affaires total. Ces achats et ventes de marchandises
 dépréciées au-dessous du prix du marché sont trop souvent
 le fait de spéculateurs plus ou moins honnêtes ; ces
affaires irrégulières sont le champ clos de la concurrence
déloyale et de liquidations fausses à côté des vraies, de
sorte que leur influence perturbatrice est énorme.

«? Die Uebersetzung des Kleinhandels und zwar teilweise
» mit sehr ungeeigneten Elementen, die oft ohne Waren-»
 kenntnisse und Kapitalbesitz. noch der nôtigen Charakter-
        <pb n="59" />
        T

Ce n’est pas sans motif que nous avons négligé de
citer‘ parmi les victimes des liquidations forcées de
petits magasins les grossistes, qui sont pourtant les premiers
 à essuyer une perte quand un petit détaillant suspend
 ses payements. Mais pour certains grossistes en
tout (cas, ces pertes font partie des frais normaux du
métier ; elles n’empêchent pas celui-ci d’être fort pro-‘itable.
 Le grossiste peu consciencieux a intérêt à avoir
affaire à des détaillants qui ne connaissent pas les marchandises
 : cela lui donne l’occasion d’écouler des rebuts
 au prix fort, occasion que ni les colporteurs ni les
stalages ambulants ne lui offrent au même degré, vu les
frais considérables qu’ils causent (patente) et l’étroitesse
 du marché (nécessité de se procurer des autorisations,
 lesquelles ne sont valables que pour peu de temps,
etc.). Le grossiste a aussi intérêt à se trouver en face
d’un détaillant auquel manque l’argent liquide, de façon
à le mettre dans sa dépendance par les crédits qu’il lui
accorde (Cf. note 1, p. 32). La France, qui ne connaît
que trop les détaillants commandités (travaillant avec
l'argent du grossiste) et les détaillants concessionnés
(sorte de gérants de succursales tenant le magasin en
leur nom propre), mais qui est aussi le pays des formules
 heureuses et des dénominations pittoresques,
parle de « clients tenus » *. Tenus, ils le sont, et même
de court :
« Les « propriétaires » de ces magasins sont en réalité

&amp;gt; bildung, sich etablieren und dann bald jàmmerlich Fiasko
»)machen und schliesslich zu Schleuderausverkäufen ge-»zwungen
 werden, schaden den soliden Geschäften am
» meisten. » (J. Blumer-Egloff, op. cit, p. 10. Cf, pour l'ensemble
 de l'argumentation du professeur Schulze, les pages
) à 11).

1 On les nomme à Paris des «attachés». Cf. Clerget, op.
cit, p. 13.
        <pb n="60" />
        45 -

» de simples vendeurs, qui pour la plupart mènent une
» existence misérable » *,
Ainsi s'exprime Champion, qui nous donne (op. cit,
p. 22) toute une série de renseignements sur cette pêche
en eau trouble des grossistes. C’est le grossiste qui sert
de rabatteur au propriétaire de maison à la recherche
d’un locataire pour le très inutile magasin qu’il a fait
installer dans son rez-de-chaussée (v. pages 16 à 18
et notes), Un «commerçant sachant son métier
ne se trouvera pas: il y a trop peu à gagner (cË. plus
haut p. 26 et note 3). Mais on ne tient pas à le trouver
et pour cause. Il y aura toujours assez d’intéressés sous
la forme d’artisans dont les affaires ont mal tourné, de
fonctionnaires ayant dû quitter leur fonction et d’employés
 et ouvriers cherchant un gain accessoire (qui leur
soit procuré par leur femme : v. note p. 33 et le texte
auquel elle se rapporte). Ces gens-là n’ont naturellement
pas un sou. S'ils tombent trop fréquemment en déconfiture,
 il peut arriver que, tout de même, l’affaire ne
soit plus assez sûre pour le grossiste et qu’il ne trouve
plus, dans le gros supplément de prix qu’il exige de ses
marchandises, une couverture suffisante pour les pertes
auxquelles il s’expose et que Champion, sur la foi de
J. Hirsch, estime comprises entre 10 et 25 % du montant
 des factures, suivant les branches. Le grossiste
cherchera alors à se rattraper en se faisant une clientèle
 sérieuse à côté de celle des détaillants de fortune.
Ne pouvant tromper un client sérieux sur la qualité de
la marchandise, ni le tenir par des crédits qu’on ne lui
demande pas, le grossiste aura recours, pour mettre le
commerçant dans sa dépendance, à d’autres procédés.
Par exemple, il achètera la maison où le commercant

! «Die «Inhaber» dieser Läden sind in YWirklichkeit
» blosse  Verkäufer. die meist ein kümmerliches Dasein
» fristen. »
        <pb n="61" />
        46 —

a son magasin, et, grâce à ce qu’on pourrait appeler
le « chantage à la résiliation de bail », arrivera tout de
même à ses fins * Cette catégorie de grossistes est forlement
 représentée «en Suisse », dit Champion ?, 3, 4

! Ceci montre combien est équitable la récente loi franaise
 qui stipule qu’un détaillant auquel son propriétaire
refuse le renouvellement du bail a droit à une indemnité
pour la valeur qu’il a donnée au fonds. Indépendamment
du fait qu’il devient impossible au propriétaire de s’attribuer
 purement et simplement la rente du travail du locataire
 (en louant plus cher au même preneur ou à un autre),
les opérations déloyales des grossistes leur sont rendues
infiniment plus difficiles (parce que plus coûteuses). Lois du
30 juin 1926 et du 22 avril 1927. Cf. Le Problème de la propriété
 commerciale et sa solution en droit français, par
M. Albert Chéron (Strasbourg, Imprimerie Le Roux &amp;amp; Cie,
S. A, 1927).
? Loc. cit. «Diese Grossistenkategorie ist in der Schweiz
» stark vertreten. »
3 Engel (op. cit, p. 12) consacre l’alinéa suivant à cette
ratégorie de grossistes :
«Was aber manche Grossisten immer wieder dazu ver-&amp;gt;leitet,
 die Grenzen der Vorsicht zu überschreiten, ist aus-»
 ser dem Streben, trotz der grôsseren Risikos, den Waren-»
 umsatz zu erhôhen, die Hoffnung, in Geschäften dieser Art
&amp;gt; Gelegenheit zu finden, minderwertige Waren einmal und
&amp;gt;wenn môglich regelmässig abzusetzen und das Risiko
» durch unverhältnismässig hohe Preise auszugleichen. »
* On peut voir à la page 170 de Wernicke, Kapitalismus
und Mittelstandspolitik, un texte de 1905, d’où il ressort
jue les artisans, tout comme les commerçants, s’établissent
avec des outils, matières premières, etc, achetés complètement
 à crédit et se mettent ainsi dans l’entière dépendance
de leurs fournisseurs.
Il va du reste sans dire qu’un tel phénomène ne peut daer
 ni d’aujourd’hui, ni d’hier. On a toujours l’impression
en lisant les auteurs qui consacrent leur plume à la délense
 de la classe moyenne que ces messieurs font dater tous
les maux et tous les abus de l’instauration de la liberté industrielle
 et commerciale :
«Le commerce de détail voit avec reconnaissance l’Etat
pintervenir dans son champ d’activité aussi longtemps que
à celui-ci s’efforce, en restreignant la liberté absolue du
» commerce. d’éliminer les abus malsains que tout excès de
        <pb n="62" />
        4”

Bien entendu, nous n’accusons pas toutes les maisons
de gros d’abuser de la situation difficile du petit commerce
 et nous ne prétendons même pas que celles qui
s’abstiennent sont des oiseaux rares. Force nous est cependant
 de conclure de ce qui précède que le commerce
de gros a pris assez peu conscience de la solidarité qui
le lie avec le commerce de détail. I] paraît n'avoir compris
 qu’assez tard qu’il ne suffit pas qu’il y ait toujours
des consommateurs pour que son existence soit assurée :
il faut encore qu’il y ait des détaillants, Et il faut de
plus que les détaillants s'adressent à lui. La création des
sociétés d’achat, sur laquelle nous aurons à revenir,
montre qu’ils n’y sont pas contraints le moins du monde.
 C'est à tort qu’on a reproché au petit commerce exploité
 par les grossistes de faire à autrui ce qu’il ne

» cette liberté fait invariablement surgir.» (Ch. Blanc et Dr.
R. Jaccard, op. cit, p. 23).
Il nous semble qu’on met un peu trop tous les abus dans
ce panier-là. En fait, il y a bien des siècles qu’il se trouve
des gens prêts à acheter à prix d’argent la liberté économique
 d’autrui. Sombart (entre autres: Der Bourgeois,
p. 124), voit dans l'emprise des artisans riches sur les artisans
 pauvres, par le moyen de prêts d’argent, le germe de
l’entreprise capitaliste, et, en fait, il s’agit bien là d’un processus
 de prolétarisation. Les gouvernements du temps en
voyaient parfaitement le danger et tâchaient d’y parer à
l’aide de défenses … qui n’ont pas empêché le triomphe du
capitalisme, C’est ainsi que la corporation « Arte della Lana
di Pisa » interdit au 14e siècle de prêter à l’ouvrier plus de
25 livres s’il habite la ville et plus de 50 livres s’il habite la
campagne. Personne ne peut faire travailler des ouvriers
tisserands dans un autre atelier que le sien propre. (Pas
de maisons à succursales et de clients tenus! C’est donc
qu’il y en avait, et beaucoup, puisqu’il fallut songer à les
interdire). En 1548, on interdit en Angleterre aux maîtres
riches de pourvoir les maîtres pauvres de cuir, dans les
corporations qui travaillent cette matière première. Une
année plus tard, l’interdiction est supprimée : l’abus était
si profondément ancré qu’il était devenu impossible de s’en
passer. Cette situation avait-elle attendu, pour naître, que
la liberté de l’industrie et du commerce fût proclamée ?
        <pb n="63" />
        voudrait pas qu’on lui fit, en éliminant le commerce de
gros par des coopératives d'achat, tout en criant au scandale
 parce que le consommateur veut, lui aussi, éliminer
 le détaillant par des achats coopératifs. Il n’y a
queun parallélisme: jamais le petit commerce, bien
qu’on puisse lui reprocher des abus, n’a tenté d'acquérir
sur les consommateurs la puissance tyrannique que tant
le détaillants subissent de la part de leurs fournisseurs
 *.

Et cependant, dira-t-on, il y a la vente à crédit au
ronsommateur, par laquelle le détaillant cherche à s’atlacher
 sa clientèle :
« Donner à crédit, lorsqu’on le fait avec prudence,
&amp;gt; C’est s’assurer une clientèle fidèle, ce qui est un avanlage
 pour celui qui accorde le crédit » *.
Ainsi s’exprimait, en 1917, un journal professionnel
des détaillants $, D’autres partisans de la vente à crédit
préfèrent, avec une sincérité dont chaque lecteur reste
libre d’estimer le degré, faire vibrer la corde humanitaire.
 Le service d’escompte de Lucerne, un des plus
remarquables qui aient été créés pourtant, et que même
des non sympathisants (Faucherre) s'accordent à considérer
 comme un modèle, publiait, le 15 septembre 1911,
an manifeste où l’on peut lire le passage suivant :
« C'est une amère ironie du destin que la fière société

&amp;gt;

! Sombart disait à Breslau en 1899 : « Es schaltet zunächst
» der Händler, soviel er kann, den Händler aus, so insbe-»
 sondere die Detaillisten durch ihren Zusammenschluss von
» Finkaufsgenossenschaften die Grosshändler.Aber das ist
) dann etwas anderes, Bauer !..» L’ironie de la phrase soulignée
 nous semble, nous avons dit pourquoi, parfaitement
déplacée.

? «Das Kreditgeben, wenn es mit Vorsicht geschieht, si-&amp;gt;
 chert eine treue Kundschaft. ein Vorteil für den Kredit-»
 Seber. »

* «Spezereihandel», Zurich, Cité par Faucherre, Mittelstandsbewegung
 und Konsumgenossenschaften. page 13, en
note.
        <pb n="64" />
        49 —

» coopérative adresse le peuple dans le dénuement aux
» magasins privés, espérant que ceux-ci feront ce qu'elle
» De peut faire : montrer pratiquement et sans bruit sa
» pitié à l'égard de ceux qui souffrent et qui n'ont
» rien » *.
Il nous semble qu’on aurait pu protester contre un
geste vulgaire et dur des coopératives” sans prendre
ouvertement la défense de la vente à crédit, véritable
chancre au flanc du petit commerce. Même comme
moyen pour reconquérir la clientèle, qu'il a fallu céder
aux coopératives, la vente à crédit est déplorable. En
effet, la clientèle qu’on a intérêt à regagner, c'est la
bonne clientèle, celle qui achète de bonnes marchandises
et qui les paye ; et cette clientèle-là n'est que médiocrement
 attirée par l’offre de crédit : elle n’en a pas besoin,
et si elle y recourt parfois, elle cède simplement à une
mauvaise habitude qui, un certain moment, était devenue
 quasi universelle.
Les deux témoignages en faveur de la vente à crédit
que nous avons reproduits ci-dessus ne sont pas les
seuls que nous connaissions. Mais la vérité oblige à dire
que les témoignages de cet ordre sont en infime minorité

1 Luzerns Handelsstand ehemals und heute, Festschrift zum
25. Jubiläium des Rabattsparvereins Luzern, von Dr. Joh.
Schwendimann (Lucerne 1928), Räber &amp;amp; Cie, page 68 :
«Es ist eine bittere Ironie des Schicksals, dass die stolze
» Genossenschaft das Volk in der hôchsten Not an Privat-»
 geschäfte weist, hoffend, dass diese tun, was sie nicht
» kann. stille, praktische Barmherzigkeit gegenüber Not
» leidenden und Mittellosen ».
? Elles ont du reste fait énormément de crédit, au défi et
en dépit de leurs statuts. Voir la démonstration de cette
affirmation au paragraphe C 1 du livre : Enttäuschungen in
der schweizerischen Konsumgenossenschaftsbewegung, par
M. le Dr. P. Beuttner (Graphische Anstalt Schüler A. G.
Bienne, 1926). (Publié sous les auspices de l’Union suisse des
services d’escompte).
        <pb n="65" />
        50 —

et que « les abus de la vente à crédit » (Clerget) *,
sont stigmatisés presque universellement. Les auteurs

t Clerget n’est cependant pas un adversaire catégorique de
a vente à crédit, qu’il trouve fâcheuse surtout pour l’ache-‘eur
 et dont il ne combat que les abus, I] énumère (op. cit,
p. 14) la vente à crédit parmi les causes qui ont empêché
effondrement du petit commerce : «Il se prête aux facilités
&amp;gt; de crédit, bien que ce mode de vente conduise à la majo-»ration
 des prix, pousse l’acheteur à dépasser ses ressources
» et tente à le mettre à la merci du fournisseur. » Et parmi
&amp;gt;les remèdes à la crise, s’il cite la vente au comptant, ce
» n’est pas sans restriction (p. 16): «vente au comptant ou
&amp;gt; tout au moins à échéance régulière, réforme qui dépend sur-&amp;gt;fout
 du client.» On verra page 52, que ce n’est pas notre
avis.
Si certaines couches de la population s’appauvrissent
constamment, se prolétarisent, elles se trouvent tout naturellement
 portées à faire des dettes, d’abord parce qu’il est
toujours difficile d’abaisser le niveau de son train de vie, ensuite
 parce que celui qui est réduit ne renonce que lentement
 à l’espérance de connaître de nouveau des jours meilleurs.
 Tout processus de prolétarisation se traduit donc par
un appel plus énergique au crédit de la part du consommateur
 et fait obstacle à l’établissement du principe de la vente
au comptant. Inversément, l’élévation des salaires et du bienêtre
 des ouvriers est utile au commerce, à ce point de vue.
Parmi les groupes sociaux qui se prolétarisent, il y a aujourd’hui
 le petit commerce Jui-même., Il se trouve ainsi
laire obstacle à son propre assainissement, car le détaillant
indigent est contraint, comme consommateur, comme acheteur
 des marchandises qu’il ne tient pas, à recourir au crédit.
 Sigfried Bloch (Die Entwicklungstendenzen und Betriebsformen
 im Tuchhandel der Stadt Zürich; Zurich, Ed.
Rascher’s Erben, 1904, page 115), parlant des maisons d’expédition
 de drap, qui ne peuvent subsister qu’en vendant au
comptant (contre remboursement), constate qu’elles déclinent,
 précisément par la difficulté croissante de trouver, dans
les milieux qui recourent à leurs services, des gens qui
soient en mesure de payer comptant : «Die Blütezeit des
» Versandgeschäftes, die im Nachnahmeverkehr, im Verkauf
» gegen Bargeld lag, scheint bereits vorüber zu sein.
» Zwar kauft noch immer eine beträchtliche Anzahl Kun-»den
 in klingender, sofort zu erlegender Münze ein. Die
» Auslese der Barkundschaît nimmt in demselben Masse ab,
als die Unterkonsumation des sog. untern Mittelstandes und
»die Proletarisierung des Kleinhändliertums zunehmen. »
        <pb n="66" />
        51

qui proposent des remèdes à la crise du petit commerce
ne manquent pas de lui recommander en première ligne
« d’imiter la vente au comptant des grands magasins »
(v. p. ex. Engel, op. cit.).
La vente à crédit renchérit les marchandises, « Ses
abus se répercutent sur la hausse des prix », dit Clerget.
Il y a à cela plusieurs raisons. Pour vendre à crédit sans
s’exposer à des embarras financiers, il faut posséder un
capital très important, puisqu'on en immobilise une
bonne partie chez ses clients, et cela en permanence.
En effet, si chaque jour certaines factures sont réglées,
chaque jour aussi de nouvelles dettes sont faites par les
consommateurs, de sorte que le commerçant est sontinuellement
 privé de la libre disposition d’ ue partie,
peut-être très notable (boucherie) de sa fortune. L’intérêt
 que rapporterait ce montant, s’il jouait un rôle actif
dans la maison de commerce ou s’il était placé en banque
 au lieu d’être un capital mort, est perdu pour le
commerçant.
Nous avons déjà constaté que la médiocrité des capitaux
 d’exploitation est une des plaies du petit commerce.
Ce mal est naturellement encore aggravé par un système
 qui, nécessitant plus de capitaux pour fonctionner
normalement, élargit l’abîme entre ceux qu’on devrait
avoir et ceux qu’on a. Paralysé par l’absence de fonds,
le détaillant est à la merci du grossiste, et nous avons vu
ce que cela veut dire. Il ne pourra bénéficier de la remise
 que font les maisons de gros à ceux de leurs clients
qui payent dans les trente jours ; il ne pourra jamais
payer une traite qu’à la dernière minute, d’où des frais
supplémentaires. Et si les commandements de payer se
mettent de la partie, il en résultera, en plus du désagrément,
 de l'atteinte à la réputation de la maison, des
soucis, une nouvelle série de dépenses inutiles. À cela
s'ajoute une autre circonstance : parmi les clients qui
sollicitent du crédit, il en est qui ne pourront pas payer.
        <pb n="67" />
        — 59 —

d’autres qui ne le voudront pas et s'arrangeront pour
ne pas le pouvoir. Dans ces cas, on perdra non seulement
 le montant des factures, mais les frais de réclamations,
 de poursuites, elc. La nécessité de demander
des renseignements sur un nouveau solliciteur de crédit,
avant de s’engager à fond avec lui, est encore une nouvelle
 source d’embarras. Toutes ces pertes et ces frais
aboutissent fatalement au compte de frais généraux
(pour autant que nous avons affaire à un négociant tenant
 des comptes !) et s’ajouteront au prix de la marchandise.
 Les clients honnêtes finissent alors par payer
pour les autres. Aussi s’en iront-ils à la première occasion,
 et le commerçant se trouvera-t-il avoir sélectionné
sa clientèle « à rebours », si l’on peut dire. La concurrence
 rend-elle impossible un relèvement des prix ? On
s’en tirera en trompant le client sur la qualité de la
marchandise, ce à quoi les manœuvres des grossistes
n’induisent déjà que trop le détaillant dans l’indigence.
L'acheteur à crédit coûtant plus cher au détaillant que
l'acheteur au comptant, il serait juste qu’il y eût deux
prix différents pour ces deux catégories de clients, Mais
zomme il est difficile d’introduire cette réforme d’une
manière brutale, on a eu recours au détour des services
d’escompte. L’escompte est une remise faite à l’acheteur
au comptant sur le prix que paye l'acheteur à crédit *.
L'activité des services d’escompte a certainement d’aures
 aspects, mais celui-ci est primordial, à tel point que
les services d’escompte n’ont pu se développer en Ansleterre
 parce que la vente à crédit V est inexistante ?.

! Que beaucoup de clients à crédit réclament les tickets
d’escompte quand ils viennent payer leur note et que cerjains
 négociants poussent la faiblesse jusqu’à les leur accorder
 ne change rien au bien fondé de cette affirmation.
* Et parce que, à en croire Faucherre, les coopératives
sont déjà trop développées dans ce pays pour qu’on puisse
songer à leur opposer encore quelque chose ! N’est-ce pas
        <pb n="68" />
        53

Si donc l’idée primitive de certains milieux du petit
commerce était, en accordant du crédit, de mettre la
clientèle dans sa dépendance *, cette dépendance ne ressemble
 en rien à l’asservissement de tout un peuple de
détaillants sous la main .de fer des grossistes. Et les
détaillants restent moralement autorisés à recourir contre
 ces derniers à des mesures de défense qu’ils blâment
à bon droit, quand elles sont employées contre eux.
Les grossistes ne peuvent pas tenir à avoir en face
d’eux un petit commerce économiquement et socialement
 fort. Il est évidemment plus commode de passer
des contrats avec plus faible que soi qu’avec son égal.
Cependant, si le petit commerce menace de disparaître,
les grossistes s’émeuvent tout de même. Mais ils s’y
prennent trop tard pour que leurs efforts soient efficaces
 :
« Aux Etats-Unis, les détaillants indépendants n’ont
» plus pu se tirer d’affaire pour avoir négligé d’opposer
» à lemps une forte organisation à cette supériorité écra-»
 sante”. Les grossistes américains ont bien essayé de
» soutenir leurs clients, dans l’idée tout à fait juste que
»la suppression des détaillants indépendants entraîne-»rait
 nécessairement la leur propre. On a néanmoins
» laissé les choses en arriver à ce que les besoins de
» l’existence, pour autant que leur satisfaction fait l’ob-»
 jet de notre branche, soient couverts par des maga-»
 Sins à succursales dans la proportion de 40 à 70 % et

justement alors que le petit commerce devrait, pour sauver
ce qui lui reste, recourir aux mesures les plus énergiques ?
Cf. Faucherre, Die Händler-Rabattsparvereine (Gustav Fischer,
 Jena, 1912).
! Il est plus que probable que la vente à crédit est une
vieille tradition, une mauvaise habitude née tout d’abord
de la commisération et qui s’est étendue et perpétuée, el
que ce n’est que plus tard qu’on a essayé de la légitimer par
des motifs déduits de l’intérêt du commerçant.
? Celle des sociétés à succursales multiples (chain-stores).
        <pb n="69" />
        - 54 —

même, à Philadelphie, déjà dans la proportion de
»75 % »*.
La surabondance des magasins a pour conséquence
leur petitesse. Si nous nous transportons, par la pensée,
dans cette ville qui avait un magasin par 91,7 habitants
 ?, nous ne manquerons pas d’y faire les constaitations
 suivantes : tous les magasins de cette ville ne sont
pas également bien tenus, ou favorablement situés, de
sorte qu’ils se partagent inégalement la clientèle de la
localité. Un détaillant couvrira peut-être les besoins de
[50 personnes, pendant que l’autre devra se contenter
de 30 ou 40. Si le succès du premier magasin tient non
seulement à des circonstances fortuites (situation), mais
à la supériorité du service, s’il est dirigé par un négociant
 avisé qui connaisse son métier et sache retenir la
bonne clientèle en décourageant l’autre $, non seulement

! G. Brandenberger, conférence déjà citée.
? V. plus haut, page 24.
3 Il est possible, lorsqu’on possède une clientèle très limitée,
 d’en «travailler » individuellement les éléments. Si le
petit magasin est une survivance de la période précapitaliste,
 le capitalisme allant tout naturellement aux Warenhäuser
 et aux chains-stores (magasins à succursales), il est
lenu à prouver son droit à l’existence en conservant à Ja
clientèle les avantages que lui assurait la période précapitaliste
 et que les tendances modernes condamneraient à disparaître,
 si elles étaient seules en jeu. Sombart (Der moderne
Kapitalismus, vol. II, p. 463) dit des rapports entre marchands
 et clients, il y a deux ou trois siècles : «Es herrschte
pein durchaus persônliche gefärbtes Verhältnis zwischen
» dem Verkäufer oder den Verkäufern und der Kundschaft ».
I ajoute que les livres du temps sur le savoir commercial
insistent sur la manière de traiter le client. Ils déclarent que
certains tempéraments de vendeurs conviennent mieux pour
servir les messieurs, d’autres pour servir les dames ; les uns
seront plutôt drapiers, les autres, merciers. La fixation du
prix avait lieu au cours de la conversation. Le riche payait
lout naturellement plus cher que le pauvre, et l’Âpreté à
marçhander jouait aussi son rôle. On retrouve d’ailleurs encore
 aujourd’hui cette insupportable habitude du marchan-
        <pb n="70" />
        55 —

le second magasin en sera réduit à une poignée de pratiques,
 mais celles-ci seront constituées essentiellement
par des mauvais payeurs et par cette sorte de gens qui
achètent systématiquement ce qui coûte le moins, uniquement
 parce que c’est ce qui coûte le moins ; l’expérience
 démontre que ces clients-là ne rendent pas une
maison prospère.
Le second magasin devra donc se contenter d’un chiffre
 d’affaires dérisoire! Mais comme nous savons

dage dans les pays qui sont longtemps restés en dehors de
l’influence capitaliste (ancienne Turquie). Ce n’est bien entendu
 pas du marchandage que nous parlons quand nous insistons
 pour que le détaillant d’aujourd’hui remette en honneur
 ce qu’il y avait d’admirable dans les mœurs du passé !
Au temps dont parle Sombart, il était aussi entendu que les
meilleurs clients étaient servis par le patron lui-même : on
n’abandonnait pas aux employés les personnalités de vraiment
 premier plan.
Page 441 du même ouvrage, l’auteur donne en ces termes
la formule de la transformation que le (grand) commerce
a subie, de la période précapitaliste à la période d’ascension
du capitalisme : «Im ganzen also : eine Tendenz zur Entper-»
 sônlichung, Versachlichung, Mechanisierung.» Le commerce
 de gros devient capitaliste dès les débuts du capitalisme
 ; le commerce de détail conserve, au contraire, et plus
ou moins jusqu’à nos jours, les caractères de la période précédente.
 De là résulte logiquement que ces deux sortes de
commerce ne sont plus exercées par les mêmes personnes.
Sombart dit à ce propos, aux pages 534 et 535: « Das Zeital-»ter
 des Frühkapitalismus wird handelsorganisatorisch
» nicht zuletzt dadurch gekennzeichnet, dass in ihm die (fast)
p vôllige Scheidung der Engros-Kaufleute von den Detail-»
 Händlern sich vollzieht, die, wie wir wissen, während des
» Mittelalters meist eine und dieselbe Person waren. Die
» Trennung erfolgt, soviel sich erkennen lässt, am frühesten
» in England, wo sie, wenigstens für eine Gruppe des Gross-»
 händlertums, schon am Ende des 16. Jahrhunderts vollzogen
p ist. In Frankreich ist sie es sicher am Ende des 17. Jahr-»
 hunderts, während in den übrigen Ländern die Personal
» union noch längere Zeit häufig ist.»
1 Il est difficile de se procurer des données sur le chiffre
d’affaires et le revenu des détaillants. La tabelle que donne
Lerov-Beaulieu (pages 291-292, op. cit.), dressée à l’aide des
        <pb n="71" />
        — 56

feuilles de contributions, est bien ancienne. Des demandes
adressées par nous à Bâle, Zurich et Lucerne, afin d’obtenir
 communication de certains renseignements contenus dans
le registre des impôts, ont abouti à un résultat négatif.
La Revue Vendre (6, rue de l’Isly, Paris) donne, dans son
numéro d’août 1928, quelques renseignements sur la situation
 aux Etats-Unis, d’après un article paru le 18 avril 1928
dans Advertising and Selling et intitulé : Le tiers des détaillants
 font fausse route, par E.-M. West.
Cet article traite d’un recensement des établissements commerciaux
 dans onze villes des Etats-Unis. « Ce recensement
»a révélé des faits que d’aucuns qualifient de stupéfiants. »
Dans ces onze villes, le 28,70 95 des ventes au détail est réalisé
 par les magasins des entreprises à succursales, qui pourtant
 ne possèdent que le 15,10 % du nombre total des magasins.
 Parmi les magasins isolés (c’est-à-dire parmi ceux
des détaillants indépendants : 71,30 % du nombre total),
28 9 ne font qu’un chiffre de 44 dollars par semaine, « in-»
 suffisant pour permettre une exploitation rationnelle et
» économique ». (Nous le croyons avec d’autant moins de
peine que le pouvoir d’achat du dollar est très inférieur au
pouvoir d’achat des monnaies européennes.)
Nous ne serions pas en mesure de fournir les données correspondantes
 relatives à la Suisse, ou à telle ou telle partie de
la Suisse, ainsi qu’il a été dit plus haut. Le besoin de semblables
 données est pourtant ressenti chez nous, mais les bureaux
de statistique semblent se faire des montagnes de leur établissement.
 À l’appui de ces deux affirmations, nous donnous
ri-après un article paru le 25 février 1929 dans les Basler
Vachrichten et intitulé Staatsrechnung und Steuerstatistik :
«Der Regierungsrat erstatlet dem Grossen Rat Bericht
&amp;gt; über die von ihm vorgenommene Prüfung eines Postulates
» des Herrn Hugo Baumgartner ; das Postulat regte an :
» Der Regierungsrat wird ersucht, dem Grossen Rate je-»
 weilen bei Vorlage der Staatsrechnung eine vergleichende
» Aufstellung der deklarierten Einkommen zu unterbreiten,
»aus Welcher die Hôhe der Berufseinkommen der verschie-»
 denen Kategorien der Steuerpflichtigen zu ersehen ist.
» Dabei ist zu unterscheiden bei den unselbständig Erwer-»
 benden gemäss ihrer sozialen und beruflichen Stellung im
&amp;gt; Betriebe, bei den selbständig Erwerbenden nach Art und
&amp;gt; Umfang ihres Betriebes.
» Eingehende Untersuchungen und Informationen über die
pin andern Kantonen durchgeführten detaillierten Steuer-&amp;gt;
 statistiken haben den Regierungsrat zu folgenden Fest-»stellungen
 geführt :
» dass eine jährliche Steuerstatistik in dem von Herrn
» Baumgartner gewünschten Umfange vom Standpunkte des
» Statistikers aus unnôtig ist,
        <pb n="72" />
        57

que son tenancier ne fermera pas boutique pour autant,
ou sera alors presque immédiatement remplacé, il faut
donc que certaines causes permettent à la boutique sans
clients de végéter. La principale de ces causes, c'est la
petitesse même de cette boutique, qui entraîne une modicité
 relative du loyer et la baisse de certains frais généraux
 (chauffage, éclairage). Mais la place manque
dans un tel magasin, tout comme y manque le capital.
Ces deux raisons réunies feront que le détaillant ne
commandera chez son fournisseur que des quantités mi-»

 dass sie technisch fast undurchführbar ist,
» dass sie ausserordentlich hohe Kosten verursachen wür-»
 de, die in keinem Verhältnis zum Ergebnis ständen,
» dass die Vorlegung des Ergebnisses zusammen mit der
» Staatsrechnung ein Ding der Unmôglichkeit wâre, es sei
» denn, man wollte die Staadtsrechnung erst zwei oder drei
» Jahre nach Ablauf des Rechnungsjahres vorlegen,
» dass eine zu detaillierte Berufsgliederung ohne eine wei-»tere
 Komplizierung des Steuerdeklarationsformulars und
» damit ohne eine weitere Belästigung des Steuerzahlers
» nicht môglich wäre,
» dass endlich durch eine zu detaillierte Berufsgliederung
»zum mindesten in einzelnen Fâällen das Steuergeheimnis
» preisgegeben würde.
» Zuzugeben ist, so bemerkt der Referent am Schluss sei-»
 nes Berichtes, dass die bisherige statistische Verwertung der
» Steuerregister gewisse Mängel aufweist und dass die nach
» verschiedenen Richtungen hin verbessert werden kann. Da
» aber mit einer eingehenden Steuerstatistik der Anfang ge-»
 macht worden ist (das kant. Statistische Amt ist), in Ver-»
 wertung des für die kantonale Altersversicherung beschaff-»
 ten statistischen Materials, mit der Durchführung einer all-»
 gemeinen Steuerstatistik beschäîftigt, bei der auf die Be-»
 rufsgliederung besonderes Gewicht gelegt wird (Die Red.)
» und die Ergebnisse dieser Statistik in Bälde erwartet wer-»
 den kônnen, scheint es richtig zu sein, dass zunächst diese
» Ergebnisse abgewartet werden. Es wird sich zeigen, in
» welcher Weise die Steuerstatistik weiter ausgebaut Werden
» kann, und der Regierungsrat wird in der Lage sein, zu
» entscheiden, ob er nach einer gewissen Anzahl von Jahren
veine weitere Steuerstatistik in Auftrag geben soll. »
«Der Regierungsrat empfiehlt aus allen diesen Gründen.
» über das Postulat Baumgartner zur Tagesordnung überzu-»
 gehen. »
        <pb n="73" />
        58

nimes * de chaque marchandise, perdant ainsi le bénéfice
 de l’achat en gros, comme il perd déjà celui de
l’achat au comptant. En outre, il payera pour le transport
 de ces petites quantités des sommes exagérées. °
Les conséquences du manque de place dans les pelits
 magasins sont encore aggravées par le fait que ceuxci
 sont souvent encombrés d’objets invendus ou invendables,
 « par l’accumulation de soldes provenant d’une
» première installation mal étudiée » (Clerget) et qui représentent
 non seulement une perte d'espace, mais un
capital mort et même, en partie, un capital perdu. Car
le remède unique à leur présence, ce sera la liquidation
au rabais, opération douloureuse, mais d'autant moins
onéreuse qu’elle interviendra plus tôt.
On a beau n’occuper que des locaux minuscules, resreindre
 tant qu’on peut les dépenses de chauffage et
d’éclairage, bref, peser de toutes ses forces sur les frais
sénéraux, ceux-ci ne se laissent pas réduire dans la
proportion où se réduisent les ventes, de sorte que, « vis-&amp;gt;à-Vis
 de ses concurrents, le petit commerce se trouve
» en état d’infériorité par la disproportion entre le chif-&amp;gt;îre
 d’affaires et l’exagération des frais généraux... »
(Clerget, loc. cit.). La conséquence en est que, comme
il est impossible de se passer de lui, le petit commerce
renchérit la vie. Un Allemand, €. M. Rieck * prétendait,
en 1917, qu’il en doublait le coût. Ce chiffre est certai-:

 Ce qui ne l’empêchera pas de n’être jamais en mesure
de servir à ses clients de la marchandise fraîche.
* «Les moyens d’information, de propagande par la voie
»des annonces, des envois de prospectus ou d’échantillon,
&amp;gt; sont tous aussi à l'avantage du grand commerce ; il en est
»de même des moyens de transport qui d’abord offrent des
» prix relativement plus faibles pour les grosses expéditions
» que pour les moindres. » (Leroy-Beaulieu, op. cit, p. 315.)
3 C.-M. Rieck : Verschwendung im Handel (Eugen Diederichs,
 Jena, 1917), cité par Faucherre,Mittelstandsbewegung
und Konsumgenossenschafîten, p. 15.
        <pb n="74" />
        59 —

nement exagéré. S’il en était vraiment ainsi, on ne s'expliquerait
 pas que les prix faits par les coopératives,
ristournes déduites, soient encore si peu au-dessous des
prix exigés par les épiciers. Rieck ne doit pas être pris
trop au sérieux. Il écrivait à un moment et dans un pays
où la famine el l'inflation commençaient à faire sentir
leurs terribles effets, et l’on sait en outre que l’objectivité
 a été le moindre défaut de la « littérature de guerre
 » de tous les pays. Mais il demeure incontestable que
le petit commerce, aussi longtemps que ne seront pas
guéries les plaies dont il souffre, fait et fera payer trop
cher les services qu’il rend à la collectivité. Ses porteparole
 se font la partie trop belle, lorsqu'ils rejettent sur
le consommateur la responsabilité de la cherté de la vie.
comme dans le passage suivant :
« Relevons.. que ce n’est pas le fabricant, ni l’agricul-»
 teur *, ni le détaillant qui est responsable du coût élevé
» de la vie en Suisse, mais bien la population tout entière
» qui, par ses besoins toujours plus grands, empêche
» une diminution de ce coût, et enfin la réduction de la
» durée du travail » ?

* Ce n’est pas l’avis du Journal des Epiciers suisses qui,
dans un article indigné sur, ou plutôt contre le Relèvement
des droits d’entrée sur le beurre et le saindoux paru le 21
août 1929, vitupère en ces termes la partialité dont jouit, en
Suisse, l’agriculture de la part des pouvoirs publics :
«Au lieu d’examiner comment on pourrait améliorer la
» production et la rendre moins cher, on réclame des droits
» d’entrée afin d’éliminer les concurrents dangereux. Avec
» quelle raison n’a-t-on pas dénoncé, à la conférence écono-»
 mique internationale, le danger de la décadence de la pro-»
 duction que recèle le protectionnisme douanier ? Le Con-»seil
 fédéral porte aussi sa partie de responsabilité si nos
» paysans ne sont pas obligés de se retourner, de se moderni-»
 ser et d'apprendre des choses nouvelles.
» C’est le consommateur qui paye ! Voilà l’alpha et l’'omé-»ga
 de la sagesse du Conseil fédéral. Mais pour combien
» de temps encore ! Les limites du pouvoir d’achat des con-»
 sommaleurs commencent à être sérieusement dépassées. »
? Ch. Blanc et Dr Jaccard, op. cit, p. 17.
        <pb n="75" />
        60 —

Mais le libre jeu de la concurrence, dira-t-on, ne ramène-t-il
 pas les prix à un juste niveau ? La libre consurrence
 ne peut naturellement jamais avoir pour effet
d’amener durablement le prix de vente au-dessous du
prix de revient. Or, c’est très généralement que le prix
de revient est trop élevé dans le commerce de détail. La
concurrence régulatrice ne peut plus, ici, agir que du
dehors : cela explique les cris poussés par les détailants
 à l’apparition des coopératives et des Warenhäuser,
 tandis que le pullulement de leurs confrères, beausoup
 plus nuisible au fond, les impressionne peu :
&amp;lt;« Si un petit magasin est ouvert dans le voisinage d’un
autre, il en résulte souvent, pour le plus ancien, un
grave dommage, mais aucune plainte ne s’est élevée
publiquement à ce sujet, car on considère comme tout
naturel qu’un membre de la classe moyenne soit étranglé
 ou refoulé par un autre membre de la classe
moyenne, Cela va même si loin que, si un nouveau
magasin en refoule un autre, la faute en est évidem-“ment
 mise sur le dos d’un Warenhaus situé en une
tout autre région » *.
Si, comme le croit Faucherre (Mittelstandsbewegung
und Konsumgenossenschaften, p. 19), le détaillant exerce
 un monopole de fait pour la fourniture des ménages
les plus voisins de son domicile, cette attitude est le
rebours du bon sens. Ce n’est pas le lointain Warenhaus
qui est surtout dangereux pour le détaillant, c’est le

&amp;gt;

! «Wenn aber irgend ein kleiner Laden in der Nähe eines
» anderen aufgemacht wird, so wird zwar das alte Geschäît
» häufig sehr geschädigt, aber ôffentlich geklagt wird darüber
&amp;gt;» nicht, denn das hält man für sehr natürlich, dass ein Mittel-»
 standsmann von demi andern Mittelstandsmann totgemacht,
» oder verdrängt wird. Das geht sogar soweit, dass, wenn ein
»neuer Laden den alten verdrängt, man dies selbstverständblich
 einem in einer.ganz anderen Gegend gelegenen Wap
 renhaus in die Schuhe schiebt. » (Wiernicke, Die wirtschaftliche
 und soziale Bedeutung der Warenhäuser, p. 8).
        <pb n="76" />
        61

confrère qui s’installe à sa porte, pour partager son
monopole. Mais le dit confrère, grevé d'énormes frais,
ne pourra provoquer une baisse durable des prix. Les
deux détaillants ruineront chacun les possibilités d'avenir
 de l’autre, sans que le consommateur en retire le
moindre avantage.
«On peut admettre qu’en général une multiplica-»
 tion de la concurrence est utile aux clients des con-&amp;gt;»
 currents, en poussant ceux-ci à écarter leurs rivaux
» par des offres plus avantageuses. Mais l'expérience
» nous enseigne qu’il en est cependant rarement ainsi
dans le petit commerce. La concurrence dans le petit
» commerce encombré tend beaucoup plus à éparpiller
s le profit qu’à le réduire, et beaucoup plus aussi à le
» masquer par une baisse de la qualité » *, ”.
Doit-on s'étonner après cela que le professeur Schulze,
dans le rapport, déjà mentionné, au gouvernement
saint-gallois, ait dû s'exprimer en des termes que Blumer-Egloff
 (op. cit. pp. 9 et 10) résume comme suit :
« Des exemples et des citations d’économistes étran-»
 gers connus sont produits afin d'apporter la preuve
» que la classe des détaillants, telle qu’elle a été orga-»nisée
 jusqu’ici, renchérit trop la consommation en ce
» que, d’un côté, elle gaspille ses forces et disperse son
»'travail et ses capitaux, et. d’un autre, est encombrée,

! Sombart affirmait, dans sa conférence de Breslau, que
le reproche de camelote fait aux bazars s'applique encore
bien mieux à certains minuscules magasins de faubourg.
? «Im allgemeinen kann man annehmen, dass eine Vermeh-»rung
 des Wettbewerbs den Kunden der Wettbewerber
» nützt, indem sie dazu veranlasst, Mitbewerber durch bes-»
 sere oder billigere Darbietungen aus dem Felde zu schlagen.
» Diese Annahme trifft jedoch beim Kleinhandel erfahrungs-»
 mässig selten zu. Der Wettbewerb eines überfüllten Klein-»
 handels geht zumeist mehr dahin den Handelsgewinn zu
» Zersplittern, als ihn zu ermässigen, und dahin, ihn durch
» Warenverschlechterung zu verschleierm » (Rapport déjà
cité du gouvernement saxon. 1902.)
        <pb n="77" />
        69

set qu’une exploitation irrationnelle règne dans les
» petites entreprises. Ceci donne lieu à des plaintes con-»
 tinuelles depuis des dizaines et des dizaines d’an-&amp;gt;
 nées » *.
Dans ces conditions, le petit commerce manque évidemment
 à ses devoirs envers la clientèle, devoirs que
Ford (op. cit, p. 311) résume ainsi :
« La tâche consiste à transmettre les marchandises
&amp;gt;du fabricant au consommateur, avec le moins possible
 de frais » *.
Sans doute, on ne peut attendre de la foule des outsiders
 ignares qui ont envahi la profession qu’ils aient
la préoccupation de l'intérêt public. Ils n’ont cherché
que leur intérêt propre et l’ont bien ma] compris. Mais,
même chez les éléments sérieux de la carrière, l’idée du
service à rendre est bien rarement au premier plan *
%æ qui faisait dire à Sombart, à Breslau :
« Dans la transformation du commerce, le seul point
de vue qui puisse servir à porter un jugement correct
» est : faire triompher ce qui est économiquement su-!

 «Beispiele und Aussprüche bekannter Volkswirtschafter
&amp;gt; des Auslandes werden angeführt (von Prof. Schulze), um
) den Beweis zu erbringen, dass der Detaillistenstand in sei-»
 ner bisherigen Form die Konsumation allzusehr verteuere,
»indem einerseits zu viel Kraftvergeudung, Arbeits- und
y Kapitalzersplitterung, anderseits Ueberfüllung und unratio-&amp;gt;
 nelle Handhabung im Kleinbetriebe vorhanden sei und dies
&amp;gt; eine ständige Klage seit langen Decennien bilde. »
} «Die Aufgabe heisst, auf môglichst biligem Wege die
&amp;gt;» Waren von dem Fabrikanten an die Verbraucher zu ver-»
 mitteln. »

3 Faucherre (Die Händler-Rabattsparvereine, p. 71 et passim)
 répète sur tous les tons que les services d’escompte se
proposent l’intérêt exclusif des commerçants ; ils n’ont en
aucune manière, malgré des exceptions apparentes ou sans
portée, la préoccupation de celui des consommateurs, C’est
ce qui les opposent aux conceptions de Lœwenthal. Ils sont
«sans but lucratif ». mais pas désintéressés pour autant.
        <pb n="78" />
        63 —

» périeur, ce qui peut rendre économiquement le plus
» de services.
» Mais aujourd'hui, cette conception presque évidente
» est renversée. On veut conserver le commerce ‘te] qu'il
» est, avec ses vieilles formes, comme s’il était son prov
 pre but, et l’on oublie en l'occurence que l'intérêt du
» consommateur doit pourtant être pris en considération,
 au moins à un certain degré. modeste » *, ”.
On m'’insistera jamais trop sur l’idée « révolutionnaire
 » (cf. note 18 et le texte auquel elle se rapporte)
que le magasin est là pour le client et non l'inverse.
En dehors de ce principe fondamental, pas de remède
à la crise dans un temps où le client est de toutes parts
sollicité, gâté, flatté, où l’offre dépasse prodigieusement
la demande, et où les entreprises de toutes sortes se
livrent une Âpre bataille autour du «dollar du consommateur
 » °. ‘Elles conservent toute leur actualité,

! Le consommateur finit par disparaître entièrement des
débats, dit aussi Sombart (Der Konsument verduftet schliesslich
 in den Debatten ganz.)
?«In der Umgestaltung darf der Gesichtspunkt für die
» richtige Beurteilung nur der sein, dasjenige, was das ôko-»
 nomisch Hôhere, das ôkonomisch Leistungsfähigere ist, zur
» Geltung zu bringen.…
» Heutzutage aber ist diese fast selbstverständliche An-»echauung
 auf den Kopf gestellt. Man will den Handel
» konservieren in seinen Bestandteilen und seinen alten For-»
 men, als sei er Selbstzweck, und vergisst dabei, dass doch
» auch bis zu einem gewissen bescheidenen Grade das Inter
» esse des Konsumenten mit berücksichtigt werden muss. »
3V. l’article: La lutte pour le dollar du consommateur,
par J.-George Frederick, dans le numéro du 16 mai 1928 de
la revue Advertising and Selling (52, Vanderbild Avenue,
New-York). L’auteur défend l’idée très juste que la concurrence
 n’existe pas seulement entre maisons satisfaisant un
même besoin, mais tout autant entre d’épicier et le boucher,
 le fabricant de pianos et celui d’automobiles, le libraire
et le tailleur. Dans l’impossibilité de satisfaire tous ses besoins
 avec son dollar, le consommateur choisit entre eux et
satisfait les uns ou les autres. C’est un phénomène de substitution
 économique.
        <pb n="79" />
        — 64 —

ces lignes de Bayerdôrfer, extraites de son article :
L’influence du commerce de détail sur les prix*:

«Nous devons aussi ajouter qu’il découle certains
» devoirs pour le petit commerce de sa fonction de dernier
 distributeur à la consommation ; il doit comprendre
 qu’il n’est pas seulement là pour son propre
avantage, mais que, comme membre de l'organisme
économique, il n’est justifié dans son existence
&amp;gt; qu’aussi longtemps qu’il favorise les buts de la col-&amp;gt;
 lectivité » ?.
[1 existe une cause psychologique qui contribue à
z3mpêcher le libre jeu ‘de la concurrence : c’est que le
sonsommateur, lorsqu’il s’agit d’opérations quotidiennes
et de petites sommes, dépense souvent sans calculer
beaucoup. Cela est très naturel. Pourquoi se tueraiton
 à gagner de l’argent si ce n’était pas précisément
pour acquérir la liberté de le dépenser sans trop le
compter ? C’est un dernier reste, réfugié dans les pelites
 choses, de cette mentalité seigneuriale que Sombart
 oppose à la mentalité bourgeoise. Ce qui fait la
force du « petit épicier du coin », c’est qu’une foule de
gens prêts à faire un kilomètre pour gagner un sou ne
sont pas disposés à parcourir deux cents mètres pour
en économiser quatre, et ne peuvent savoir que tai
spicier est plus cher que tel autre, parce qu’ils ne se
sont pas mis en mesure de comparer :
« La plupart des hommes suivent bien moins étroite-=



* Reproduit par Wernicke (Kapitalismus und Mittelstandspolitik,
 pages 195-197. L’alinéa que nous détachons est à la
page 197)

* «Wir müssen dann ‘aber auch hinzufügen, dass dem De-&amp;gt;
 tailhandel aus seiner Funktion, die Güter an letzter Stelle
bin den Konsum überzuführen, gewisse Pflichten auferlegt
) sind ; er muss begreifen, dass er nicht allein seinetwegen
» da ist, sondern dass er als Glied des Wirtschaftsorganismus
»nur so lange seine Berechtigung hat. als er die Ziele des
» Ganzen fôrdert. »
        <pb n="80" />
        65 —

s ment le principe de la rentabilité quand ils agissent
» comme consommateurs que quand ils agissent comme
» gens d’affaires gagnant leur vie. Cette circonstance
introduit dans le petit commerce un élément irra-»tionnel
 qui pourra difficilement être éliminé, juste-»
 ment parce que l'homme n’obéit pas toujours, même
» dans la vie économique, à des motifs purement ra-»
 tionnels, mais trouve bien plutôt une jouissance par-&amp;gt;ticulière
 à se laisser déterminer par ses inclinations
»et ses commodités, sans se donner la peine de cai-&amp;gt;
 culer » *,
Mais on se tromperait si l’on croyait que les détaillants,
 parce qu’ils sont dans l’impossibilité de vendre
durablement à bon marché et que, nous l’avons vu, la
clientèle l’exige d’eux moins qu’on ne s’y attendrait,
renoncent à la vaine tentative de s’évincer les uns les
autres par le gâchage du prix, les uns de telle marchandise,
 les autres de telle autre”. En cela, ils nuisent
 à la corporation et à eux-mêmes. Ce n’est pas en
vendant au-dessous du prix de revient qu’on devient
apte à faire des offres plus favorables que celles de la
concurrence. Mais peut-on demander le respect de cette
vérité évidente à des gens qui se croient commercants

1 «… dass die meisten Menschen als Konsumenten bei wei-»tem
 nicht so streng das Prinzip der Wirtschaftlichkeit be-»
 folgen, wie sie es als erwerbende Geschäftsleute tun… So
» bleibt also im Kleinhandelsverkehr ein irrationelles Ele-»ment
 übrig, das sich schwerlich wird beseitigen lassen,
» weil eben der Mensch auch im Wirtschaftsleben nicht im-»
 mer rein rationellen Motiven folgt, vielmehr oft einen be-»
 sonderen Genuss darin findet, sich, ohne zu rechnen, durch
» Neigung und Bequemlichkeit bestimmen zu lassen. » (Lexis,
article Handelspolitik, dans: Handwôrterbuch der Staatswissenschaften.
 Cf. Wernicke, Kapitalismus und Mittelstandspolitik,
 pp. 194-195).
? Le sucre passe pour être l'objet d’une sollicitude toute
varticulière de la part des gâte-métier.
        <pb n="81" />
        — 66 —

et pourtant «ne tiennent aucune sorte de comptabilité
 » ? (Clerget.)
Ceci nous amène à parler des tentatives faites par
lies détaillants pour sortir de leur misère par leurs propres
 moyens, sans s’êire au préalable organisés, Ce
résultat a été purement négatif, et cela ne doit pas nous
Stonner, car on ne corrige pas un abus par un autre.
Or, les moyens employés ont pour la plupart un caracère
 manifestement abusif :
« Des plaintes amères, dit la Chambre des métiers de
» Leipzig dans son rapport pour 1905*, viennent de
»nouveau des milieux de moyens et de petits com-‘merçants
 appartenant à la Chambre. Le chiffre d’af-&amp;gt;
 faires annuel devient toujours plus modeste, et le
&amp;gt; gain, vu la concurrence, toujours plus maigre. Les
- moyens employés par les intéressés pour s’aider eux-»
 mêmes, vente de différents produits au prix de re-&amp;gt;vient
 ou méme au-dessous, rabais toujours plus
» élevées au public acheteur, etc, se révèlent inefficaces
&amp;gt;et n’ont pas apporté d’amélioration visible » ?.
C’est donc à tort qu’on a fait aux Warenhäuser un
“rime de vendre certains objets au-dessous du prix coûlant,
 ou, en tout cas, ce reproche était peu à sa place
dans la bouche des détaillants, puisqu'ils font de mêt

 V. le dit rapport, pp. 89 seg. Ci. Wernicke, op. cit,
p. 161.
«Bittere  Klagen kommen wieder aus der Kammer
» zugehôrigen Kreisen der mittleren und kleinen Kaufleute.
»Der Jahresumsatz wird immer geringer und der Gewinn
&amp;gt;durch die Konkurrenzverhältnisse immer kanger. Mittel
» Wie die von den Beteiligten angewendete (Selbsthilfe, Vier-»&amp;amp;auf
 ;Verschiedener JProdukte zu dem Selbstkostenprei-»se,
 sogar ‘unter demselben, immer «erhôhtere Rabattge-&amp;gt;»
 währ an das kaufende Publikum u. s. w., versagen und
» haben eine ersichtliche Besserung nicht gebracht».
? Calculé comment ? Beaucoup de détaillants confondent
avec le prix de revient celui qui figure sur la facture d’achat.
        <pb n="82" />
        67

me. Van der Borght, dans son discours, déjà cité, à la
Chambre des députés de Prusse, affirme qu'il est arrivé,
 à Aix-la-Chapelle, que le café füt meilleur marché
au détail qu’en gros. Il déclare connaître aussi des
exemples de vente à perte d’autres denrées, comme le
pétrole, ou les allumettes. D'une part donc, tout le
monde, ou presque, est prêt à vendre à perte à l’occasion,
 s’il peut par là espérer retenir la clientèle. D'autre
 part, personne, pas même les Warenhäuser, ne peut
vendre à perte indéfiniment. Il n’y a donc pas de différence
 essentielle entre les procédés reprochés à ceuxci
 et les procédés courants, au moins sur ce chapitre
spécial.
Dans un discours tenu à Trèves, le 21 octobre 1906,
un député au Reichstag, Rœren, ne craignait pas de
dire :

« Les manœuvres de concurrence déloyale qui sont
» mises à la charge des Warenhäuser sont présentes
» aussi, et en surabondance, dans la classe des com-»
 merçants. Nous ferons bien de ne pas voir un per-»
 sonnage idéal dans chaque petit commercant »*.
Les détaillants, tout au moins certains d'entre eux,
n’ont pas craint de mériter aussi quelques-uns des
reproches qu’ils adressent aux colporteurs. Sigfried
Bloch a tout un chapitre? consacré aux colporteurs de
drap, auxquels il est en général favorable. Il ne nie pas
que ceux-ci ne se rendent coupables, à l’occasion.

! «Die unlautern Konkurrenzmanôver, die den Waren-»
 häusern zur Last gelegt werden, sind in überreichem Mass
»auch im Kaufmannsstand vorhanden. Wir tun gut, nicht
»in jedem klecinen Kaufmann eine Idealfigur zu sehen »
(Cf. Wernicke, op. cit, p. 427).
?C’est le premier de (Die Entwicklungstendenzen im
Tuchhandel…).
        <pb n="83" />
        — BR —

d’inélégances commerciales*, mais il contre-attaque
aussitôt en dévoilant les trucs, pseudo-escomptes, fausses
 liquidations, etc, des commerçants établis ?.

1 V., dans l’ouvrage de Bloch, la note au bas de la pase
 37,
?Ce qu’il nie, en revanche, c’est que ces manœuvres
déloyales des colporteurs de drap soient aussi répandues
qu’on l’a prétendu et vaillent le bruit qu’on a fait autour
d’elles.
        <pb n="84" />
        CHAPITRE QUATRE

Les rivaux du petit commerce.

Le petit commerce perpétue, au sein de la société
capitaliste où nous vivons, une conception et des formes
 économiques antérieures au capitalisme et qui
constituent ainsi une sorte de survivance. C'est évidemment
 son droit, c’est même son devoir, puisque
nous avons vu qu’on ne saurait se passer de lui et que
son maintien répond à une nécessité, Mais on peut lui
reprocher de n’avoir pas su, dans un milieu dont Ja
mentalité lui était devenue hostile, évoluer avec la souplesse
 nécessaire, Il a ignoré le capitalisme, comme si
le pouvoir de l'argent se laissait ignorer. Et quand
les aveugles même ont dû avouer que l'aspect du
monde avait profondément changé, le petit commerce
s’est plaint, au lieu de s'adapter. Il a proclamé son
utilité et les droits qu’il croyait avoir, oubliant que le
capitalisme ne connaît ni utilité, ni droits, mais seulement
 le profit et que le seul moyen de se faire respecter
par lui, c’est d'offrir sur le terrain des affaires (et non
sur le terrain politique ou sur le terrain sentimental)
la résistance nécessaire :
« On ne peut nier qu’il ne soit dans la nature du ca-»
 pitalisme de s’efforcer de tirer à lui et de soumettre
»à son autorité tous les domaines de la vie humaine
» qui s’y prêtent. Mais il est impossible, dans la vie,
» particulièrement dans la vie économique, de défendre
s certains domaines par des barrières, d’en faire en quel-»
 que sorte des réserves et de dire au capital : jusqu’ici
        <pb n="85" />
        — 70 —

»et pas plus loin !*. Ce serait vouloir régenter et cor-&amp;gt;riger
 la nature et se priver soi-même des avantages
» que l’entreprise capitaliste? apporte avec elle » *,
«La situation difficile du commerce de détail des
denrées coloniales doit être, en dernière analyse —
»c point de vue ne fait vraiment aucun doute —
» attribuée au développement économique de l’époque
» moderne, lequel n’a pas été, la plupart du temps,
» reconnu dans les milieux de détaillants et auquel, par
conséquent, les détaillants ne se sont pas adaptés » *:
«Les détaillants n’ont pas voulu, ou n’ont pas su
» s'adapter à la transformation de la forme et des mé-\thodes
 de l'exploitation commerciale rendue nécessaire
 par la nouvelle situation économique. Ils sont restés
 économiquement en arrière » 5.

&amp;gt;

: Cette constatation voue d’avance à l’échec toute la
politique négative.
Société d’achat en commun !
* «Dass der Kapitalismus naturgemäss das Bestreben that,
»alle Gebiete des menschlichen Lebens, die sich für ihn
beignen, an sich zu ziehen und seine Herrschaft auf sie
» auszudehnen, kann nicht geleugnet werden. Es ist aber
&amp;gt; unmôglich, im Leben, insbesondere auch im Wirtschaîtsyleben
 bestimmte Schranken für einzelne Gebiete aufzu-&amp;gt;richten,
 sie gewissermassen als Schonungen zu erklären
und zum Kapital zu sagen : bis hieher und nicht weiter !
» — Das hiesse die Natur meistern und korrigieren wollen,
sund sich selbst der Vorteile berauben, die der kapitalià
 stische Betricb mit sich bringt ». (Wernicke, op. cit, p. 128).
* «Die schwierige Lage des Kolonialwaren - Detailhandels
bist im letzten Grunde — darüber besteht wohl kein Zwei-&amp;gt;fel
 — zurückzuführen auf die wirtschaftliche Entwicklung
»der neueren Zeit, die in den Kreisen der Kleinhändler
«vielfach nicht erkannt worden ist und der er sich infolge-»
 dessen nicht angepasst hat. » (Ibid, p. 223).
5 «Die Kleinhändler wollten oder konnten sich der mot-»
 wendigen, durch die neugegebenen wirtschaftlichen Ver-&amp;gt;hältnisse
 erforderlichen Umgestaltung der Betriebsweise
&amp;gt; und Betriebsform jedoch nicht anpassen. Sie blieben wirt-»
 schaftlich zurück.» (Faucherre, Die wirtschaftliche Lage
des Kleindetailhandels, p. 3).
        <pb n="86" />
        71

Le rôle du commerce, au dix-neuvième siècle, s'est
considérablement élargi. C’est là une des causes de
l’attraction exagérée qu’il a exercée sur des éléments
de toutes classes sociales. L’accroissement rapide de la
population *, sa concentration dans les villes, son industrialisation,
 l’augmentation de ses ressources? devaient
 contribuer à enfler le mouvement commercial.
Les caprices de la mode*, l’augmentation du nombre

1 Le fait que la population a brusquement cessé d’augmenter,
 tout au moins d’augmenter à la même allure que
précédemment (vides creusés par la guerre, recul des naissances)
 a naturellement contribué, en restreignant le cercle
des consommateurs sans restreindre ‘dans la même proportion
 les classes d’âge qui entrent en ligne de compte pour
le recrutement de la concurrence, à aggraver la crise du
petit commerce.
? «Noch erheblicher wie die Bevôlkerungszunahme, ist
pdie gleichzeitige Steigerung des Volkseinkommens. » (Engel,
op. cit, p. 7).

3 La peine que les détaillants ont à se résigner à ce que
commerce et indolence ne soient plus synonymes se manite
 bien dans le morceau suivant, tiré de Luzerns Handelsstand
 (déjà cité), p. 106. Le rêve de son auteur eût évidemment
 été que le monde n’eût pas fait un pas depuis
le Moyen-Age. C’est précisément ce traditionnalisme naïf et
borné qui rend le commerçant impropre à s'adapter à la
mentalité moderne. N’est plus commerçant, de nos jours,
celui dont l’idéal serait d’offrir à ses clients toujours les
mêmes vieux articles sur les mêmes vieux rayons. Il est
devancé par le siècle, et toutes les jérémiades, toutes les
prétentions à s’abriter derrière une législation d’exception
n’y changeront rien. Le commerçant devrait se rappeler
deux choses : la première, c’est que son rôle est de servir
d’intermédiaire entre le fabricant et le consommateur ; il
sort de son rôle s’il prétend régenter les besoins de l’un et
la production de l’autre ; la seconde, c’est qu’au lieu de
maudire la mode et de gémir sur les pertes (très contestables)
 qu’elle impose à la collectivité, il devrait la bénir au
contraire d'être un facteur d’intensification du chiffre d’affaires,
 ce pourquoi d’ailleurs elle est lancée par des capitalistes
 avisés :
«Die moderne Minutenhetze brachte es mit sich, dass das
» Unstete und Wechselvolle in den Warenarten und deren
        <pb n="87" />
        — 79 —

des articles, la baisse de leur qualité‘ , agissent dans
le même sens. Mais bien probablement, le facteur prinsipal,
 c’est l’immensité de la production à l'époque
rapitaliste. Il faut absolument vendre, vendre énormément,
 parce qu’on fabrique en gros et qu'on ne peut
fabriquer qu’en gros. Cependant, la capacité d’absorplon
 du marché ne s'accroît pas d’un jour à l’autre et

» Nüancierungen gerade in unserer Fremdenmetropole ins
&amp;gt; Ungemessene, Fatale wuchs und manch sattelfesten Kauf-»mann
 an den Rand der Existenzmôglichkeit brachte
»p(Denn was waren die immer wiederkehrenden Saisonaus-&amp;gt;
 verkäufe der letzten Jahrzehnte anderes als ein Mittel, durch
» Mode überholte Produkte schleunigst abzusetzen sei es zum
) Ankaufspreis, sei es mit Verlust. Der neue Fortschritt for-»
 derte Konkurrenzfähigkeit, den Wechsel in den Waren,
» die Entwicklung des Geschäîtes, aber um welchen Preis !
» Es fehlt nicht an Versuchen, der unseligen Hetze nach
«Nouveautés entgegenzutreten, die Vertreter des Volkes und
)» der Zeit zu erinnern, welch unverantwortliche, durch klei-&amp;gt;nien
 vernünftigen Grund zu rechtfertigende Vergeudung von
&amp;gt;» Material in diesen Eilproduktionen liegt. Umsonst ! Die
» Mode.»

! «Zu beachten ist auch der Umstand, dass die Dauerp
 haftigkeit vieler Waren in den letzten Jahrzehnten abge-»
 nommen hat. » (Engel, Loc. cit.) Il est clair que, si la mode
change tous les ans, ce serait plutôt un inconvénient pour
le fabricant et le commerçant que les objets fussent trop
durables. La décadence de la qualité dont se plaignait
Engel, il y la vingt ans, doit d’ailleurs avoir été suivie, depuis
 la guerre, d’un mouvement en sens contraire, sauf dans
les pays d’inflation. (Cf. notre note*, p.14et letexte auquel
elle se rapporte). La lutte pour le maintien ou la remise
en honneur des bonnes qualités fait naturellement partie
des tâches les plus importantes des associations de détaillants
 :
«Fine grosse und ideale Aufgabe haben die Vertreter
»des sesshaften Handels und Gewerbes zu verwirklichen
» gedacht, wir meinen die Hochhaltung der althergebrach-»ten
 Qualitätsbegriffe.» (Luzerns Handelsstand, p. 105). Cependant,
 Champion (op. cit, p. 21), dont le livre n’est pas
antérieur à 1926, s’exprime presque dans les mêmes termes
que Engel, du travail duquel il n’a pas pourtant connaissance
 (Cf. sa Bibliographie): …«die geringe Gebrauchs-»dauer
 von Kleidungsstücken und Gebrauchsgegenständen
» aller Art.»
        <pb n="88" />
        73

ne peut d’ailleurs se développer que dans de certaines
limites. Il en résulte que, « par suite de l'élévation de
»la production, l'écoulement des marchandises devient
» un problème et le commerce, par là, passe du rang
» de métier à celui d’art ou de science » (Sombart) *.
Malgré la tendance à la concentration commerciale ”
et celle à l’élimination des intermédiaires (vente directe
par les fabriques aux consommateurs), le petit commerce
 aurait eu la partie belle dans le monde moderne
s’il avait bien voulu montrer la souplesse nécessaire et
s'imposer l'attitude rationaliste, en même temps que
l’activité intense, sans lesquelles un homme d’affaires
est inconcevable dans une société capitaliste. Il est en
effet impossible de se passer de lui, il l’était encore davantage
 au moment où la grande production a commencé
 à chercher d'autres instruments de distribution.
Une organisation de distribution ne se crée pas en un
jour. Le petit commerce avait sur tout organe de distribution
 hypothétique et futur l’avantage inappréciable
 d’être là, de n’être plus à faire. On ne comprend
pas qu’il n’ait pas mieux tiré parti de cet avantage, Le
fabricant n’a ni le temps, ni la compétence, ni les capitaux
 requis pour se lancer dans le commerce de détail.
 Que quelques fabricants se soient risqués avec succès
 sur ce terrain ne diminue en rien le danger que
courraient les autres à vouloir les imiter, Une entreprise
de vente comme celle des Chocolats de Villars S. À. reste
 nécessairement un phénomène exceptionnel. Concoit-!«Infolge

 der Steigerung der Produktion aber ist der
» Absatz der Waren ein Problem, und der Handel dadurch
» aus einem Handwerk zu einer Kunst oder Wissenschaît
» geworden.» (Conférence de Breslau).
? «C’est une singulière erreur de croire qu’on puisse
» arrêter ce mouvement de concentration. Tout conspire à
»le développer. Il n’est même encore qu’au début, l’on peut
» affirmer qu’il ira beaucoup plus loin ». (Leroy-Beaulieu, op.
cit, p. 316).
        <pb n="89" />
        — 74 —

on que tous les fabricants veuillent imiter cet exemple ?
I] en résulterait un renchérissement insensé de la vie,
en même temps que la pire incommodité pour le consommateur
 obligé de chercher dans vingt magasins ce
qu’il devrait pouvoir trouver dans un seul et privé de
l'avantage principal qui le fait payer, sans discuter, à
« l’épicier du coin » un prix supérieur à celui du marché
 : la proximité de la source où couvrir ses besoins
sourants, Une telle révolution de l’état de choses exislant
 se heurterait à une forte résistance de la part du
public, engloutirait des capitaux énormes et troublerait
 l’équilibre politique du pays, en jetant dans les
rangs du prolétariat militant les milliers de détaillants
qu’elle exproprierait.
Grande production est-elle synonyme de grands magasins
 de vente ? L’un entraîne-t-il l’autre avec une
rigoureuse nécessité ? C’est ce que semble dire Fautherre*
 et ce qu'on trouve en termes tout à fait clairs
zhez Wernicke?. Il y a du vrai là-dedans, si l’on en-!
 Mittelstandsbewegung und Konsumgenossenschaften, pase
 8.
? Ce passage prétend limiter le petit commerce à la
vente des produits aisément corruptibles (lait, légumes) et
des objets fabriqués par les artisans. La production des
labriques, par contre, ne pourrait s’écouler normalement
que grâce au grand magasin :
«Von den nicht verderblichen, nicht für den täglichen
&amp;gt; Gebrauch bestimmten Waren dagegen eignen sich zum
» Vertrieb durch die distributiven Kleinbetriebe eigentlich
&amp;gt;nur die durch die ebenfalls von Kleinbetrieben, also von
» Handwerkern, in kleinen Mengen hergestellten, während
»der Absatz von den Massen-Erzeugnissen unserer Gross-&amp;gt;industrie
 unter der Verteilung an viele Detaïlbetriebe
»sich verteuert und infolgedessen erschwert und einge-»
 schränkt wird.»
Et l’auteur de conclure, faisant allusion à la politique
négative et mettant en garde contre elle: «Fin Eingriff
&amp;gt;in diese sich mit Naturnotwendigkeit ergebenden Verhältpnisse
 ist ungerechtfertigt nur auf Kosten der Allgemeinbheit
 und des Fortschrittes ». (Wernicke, op. cit., p. 314.)
        <pb n="90" />
        75

tend par là que le fabricant considère comme bienvenue
 l'existence du grand magasin, qui est un gros preneur
 et qui lui épargne des frais de vente. Mais c'est
certainement un non-sens, si l’on veut dire que le fabricant
 cesse d’avoir intérêt à traiter avec le détaillant
(avec ou sans intermédiaire), comme cela est exprimé
en propres termes dans la seconde des sources que nous
mentionnons. (« La distribution à beaucoup de magasins
 de détail renchérit la vente des produits fabriqués
en masse ; elle est par là rendue plus difficile et subil
une limitation »). En fait, la production de l’organisme
économique actuel est si intense que celle-ci lui sort
en quelque sorte par tous les pores. Si minuscule que
soit un canal de distribution, le peu qui y passe est
autant dont on n’a plus à se préoccuper. L'élevage en
grand (qu’on nous passe cette expression) de détaillants
 surnuméraires par les grossistes est précisément
la preuve que le petit magasin, sérieux ou pas, demeure
 un auxiliaire essentiel du fabricant, comme les intermédiaires
 qui ont assumé la lourde tâche de liquider
sa production.
I] n’est alors pas équitable que le fabricant, trop
heureux de recourir aux services du petit commerce,
succombe à la tentation de lui couper l'herbe sous les
pieds, en venant directement aux consommateurs *.
Parmi les résolutions du Congrès international des
classes moyennes de 1924, on peut lire, sur cette ques-1

 Cette tentation a une double origine : augmenter encore le
chiffre d’affaires et s'approprier le bénéfice dû au commerçant.
 Sur cette question de la vente par les fabriques, Champion
 (op. cit, p. 37) est plus indulgent que nous : « So lange
» der Fabrikant nicht durch Spezialpreise die übrigen Ver-»treter
 seiner Ware unterbietet, kann m. E. der Selbsde-»
 taillierung nichts entgegengehalten werden.» Mais il est
arrivé, hélas, que le fabricant contraignît le détaillant à
tenir un certain prix, cependant qu’il vendait lui-même aux
particuliers à un prix inférieur.
        <pb n="91" />
        76 —

tion, le texte suivant, dont la clarté ne laisse rien à
désirer :
« Le commerce de détail pratiqué par les fabriques.
«Le groupe du Commerce de l’U. I. G M. s'élève
énergiquement contre la pratique des ventes au détail
» effectuées directement par les industriels. IL désire
» que du côté des fabricants également on reconnaisse
» le principe * de la division du travail, et tout spéciale-»
 ment de la part de ceux qui ont besoin du commerce
de détail et des artisans pour livrer leurs produits
aux consommateurs »,
Les plaintes contre les livraisons directes ont natu--ellement
 pour corollaire les plaintes contre les voyazeurs
 au détail’. Aux livraisons directes se rattachent
aussi les livraisons par l'intermédiaire de colporteurs.
Les colporteurs sont, dans la classe moyenne, l’objet
de clameurs universelles, et le problème du colportage
est assez important pour que nous lui consacrions le
premier paragraphe de notre revue des rivaux du petit
-Ommerce.

&amp;gt;

! Ce n’est pas un principe, c’est une méthode, et qui plus
st, une méthode qui ne peut se justifier en raison que par
les arguments capitalistes. Les inconséquences de ce genre
sont assez fréquentes chez les politiciens de la classe moyenne.
 Dans le cas particulier, étant d’accord avec eux sur le
fond, nous pouvons passer sur une divergence dans l’argumentation.


: V. dans Wernicke, op. cit, p. 174 les plaintes de la Chambre
des métiers d’Ulm, tirées de son rapport pour 1902, à ce sujet.
(La Chambre des métiers d’Ülm a ceci de sympathique
qu’elle est possédée de tendances libérales et fait cas de la
politique positive, tandis qu’un esprit réactionnaire mesquin
 et l’amour de la politique négative caractérisent, ou en
tout cas caractérisaient alors les chambres des métiers
d’Allemagne).
        <pb n="92" />
        71

Le colportage.

Les colporteurs jouissent d’une réputation extrêmement
 fâcheuse auprès des défenseurs de la classe moyenne.
 On comprend cette mauvaise humeur de la part des
détaillants, surtout des détaillants en denrées alimentaires
 et coloniales, en mercerie, qui n’ont aucun moyen
de remplacer par de la clientèle plus éloignée celle qui
leur est dérobée dans leur voisinage immédiat*!. Le
détaillant ne peut rien contre le colporteur ; le colporteur,
 par contre, peut tout contre le détaillant. Or, une
concurrence qui s'exerce dans ces conditions cesse
d’être loyale. Un duel cesse d’être un duel et devient un
assassinat si un seul des deux adversaires est armé. Et
c’est le cas ici.
La situation est à peu près la même entre colporteurs
et clients. Le colporteur sait toujours où prendre le
client, si celui-ci lui a fait quelques torts ou lui redoit
quelque chose. Mais qu’un colporteur ait fourni une
marchandise défectueuse, qu’il ait trompé, volé ou
commis quelque autre délit, il devient fort difficile de
lui courir après. Il est fort malaisé de recourir au gendarme
 contre un commerçant dont on ignore le nom,
l’adresse et tout le reste. Aussi l’expérience montre-elle
que le métier de colporteur est assez souvent l’avant-1

 ]l n’en est pas de même du détaillant en textiles, par
exemple, dont, par la nature des choses, le champ d’activité
est beaucoup plus étendu, et qui peut visiter la clientèle, qui
le doit même : Sigfried Bloch estime, en effet, que le marchand
 de drap qui ne « voyage» pas n’a aucune chance de
faire des affaires (Entwicklungstendenzen im Tuchhandel.
p. 158).
        <pb n="93" />
        — 78 —

dernier refuge de sujets fort dangereux, le dernier étant
le crime. Enfin, le colporteur exerce souvent une véri-‘able
 pression sur la clientèle, surtout quand celle-ci
sonsiste en femmes ignoranies, Ce sont là des mœurs
que l’on ne saurait admettre, ni du point de vue commercial,
 ni du point de vue social. Autrement dit, le
commerçant établi a toutes les responsabilités, le colporteur,
 point. Le premier paye de lourds impôts, se
soumet à de minutieux contrôles et n'échappe pas toujours
 à de lourdes amendes pour des contraventions
vénielles. Il n’échappe pas non plus à mille formes de
mendicité auxquelles il est bien difficile de ne jamais.
prêter l'oreille ; sans parler des demandes de crédit, il
y a les quêtes, collectes, dont le souci de conserver sa
zlientèle oblige le commerçant de tenir compte. Le ‘colporteur
 se rit de tout cela. Il paye sa palente, c'est vrai,
mais il se rit des contrôles, de l’impôt sur le revenu et
de tout le reste. Aussi comprend-on que le Congrès
international des classes moyennes (résolutions de 1924)
en ait fait bon marché :
« Le colportage et les étalages ambulants doivent être
» limités autant que faire se peut par tous les moyens
» convenables en considération du fait qu’ils ont perdu
tout droit d’existence dans la vie économique moderne.
 Des autorisations de colportage et d’étalages ambu-&amp;gt;»
 lants ne doivent être accordées qu’aux personnes qui
» ont un domicile fixe dans le pays en question et seu-»
 lement lorsque le besoin en a été reconnu par les autorités
 compétentes ».
Quoique venant nous-même de citer les inconvénients
rès graves du colportage, la phrase que nous soulignons
lans la citation précédente nous cause un certain étonnement.
 Elle mériterait au moins une démonstration en
-ègle, sinon elle se retournera contre ceux qui la proaoncent.
 Elle l’a même déjà fait, car il arrive assez
souvent aux protagonistes des coopératives de consom-
        <pb n="94" />
        —

79 —

mation de parler des détaillants sensiblement dans le
même style qu’il est parlé ci-dessus des colporteurs *.
Nous aimerions bien savoir en quoi consiste ce fameux
 droit à l’existence dont on fait si grand bruit.
Aussi longtemps qu’on ne nous l’aura pas défini d’une
manière satisfaisante, nous persistons à croire que ce
n’est pas une notion scientifique. En matière économique,
 le droit à l’existence se prouve par l'existence
même : a droit à l’existence ce qui est viable. Or, le col-1

 «Das hin und wieder vorkommende systematische und
» hässliche Hetzen gegen die Privatbetriebe hat schon genug
» Unheil angerichtet und das Ansehen der Konsumvereinssa-»
 che nicht erhôht, sondern weite Kreise über deren wahre
» wirtschaftliche Bedeutung total irre geführt. » (Konsumver-»eine
 und Privatgeschäfte, von Dr J. Steiger, Verlag von
Helbing und Lichtenhahn, Basel, 1908, p. 24).
? Les coopérateurs qu’on pourrait appeler « mystiques »
contestent par exemple que la coopération combatte le commerce
 privé : elle ne le combat pas, elle le supplante pacifiquement
 par sa supériorité même. C’est ainsi que le Dr.
Hans Muller, ancien secrétaire de l’Union suisse des sociétés
de consommation (aujourd’hui exécré dans ce milieu parce
que trop idéaliste), écrit dans son livre Konsumgenossenschaftliche
 Entgleisungen (Zurich et Leipzig, Rascher &amp;amp; Cie.
1915), à la page 422 :
« «Die Genossenschaft » gliedert sich, trotzdem sie in sich
» eine neue Wirtschaftsweise verkôrpert, der bestehenden Ge-»
 sellschaft organisch ein, sucht der Arbeit zu ihrem
» Recht zu verhelfen, ohne erworbene Rechte auf andere
» Weise zu negieren, als dadurch, dass sie ihnen sacht ihr
» ôkonomisches Fundament entzieht. »
Nous ne croyons pas, bien entendu, avec le Dr. Muller, à
cette victoire généralisée du principe corporatif, mais nous
retenons de sa pensée, pour l’appliquer au commerce de
détail tel qu’il doit être et ne manquera pas d’être après la
réforme des abus qui le minent, l’idée que les formes économiquement
 supérieures s'imposent sans fracas et n’ont pas
besoin, sauf peut-être à titre provisoire, de béquilles légales
pour devenir dominantes et priver de terrain d’action les
formes rivales. Un commerce établi donnant vraiment satisfaction
 à la clientèle rend celle-ci beaucoup plus dure
d’oreille à la voix des colporteurs.
        <pb n="95" />
        — 80 —

portage est singulièrement plus viable que ses adversaires
 n’affectent de le croire, Il est naturellement possible
de le gêner par des mesures légales, mais nous doutons
fort qu’on arrive à l’extirper, à moins que les circonstances
 économiques n’amènent cette extirpation d’ellesmêmes.
 Nous n’en voulons pour preuve que l’importance
qu’il avait acquise au temps même où il était le plus
durement comprimé par des mesures légales :
« Au dix-huitième siècle, ils * sont remuants pour ré-»
 pondre aux besoins de luxe qui s’éveillent à la campa-»
 gne, en faisant le commerce du tabac, du thé, du café
»et du sucre, des articles de mode, autant qu’ils y réus-&amp;gt;
 Sissent au travers de toutes les difficultés et de toutes
» les défenses. Ils parcourent tout le pays avec leurs va-&amp;gt;
 lets. Beaucoup d’entre-eux ont en même temps à la
&amp;gt; ville un commerce établi. Les négociants chrétiens de
» la petite ville se sont rarement écartés de leur vieille
» routine. » ?
Les défenses que mentionne ce.texte étaient innombrables,
 et la dernière phrase de la citation nous montre
Jue les détaillants se sont trop reposés sur elles. Cet
extrait prouve aussi que les colporteurs ont eu, tout au
moins, une période de droit à l’existence, et cela à une
époque où ce droit leur était, pour le moins, aussi vio-!

 Les colporteurs, parmi lesquels dominaient les Juifs. Il
y avait une bonne dose d’antisémitisme dans l’exécration
vouée aux colporteurs.
? «Im 18. Jahrhundert sind sie rührig, dem auf dem
&amp;gt;» Lande erwachenden Luxusbedürfnis im Handel mit Ta-&amp;gt;
 bak, Tee, Kaîfee und Zucker, mit Mode- und Ellenwaren,
»so gut es unter all den Schwierigkeiten und Verboten ge-&amp;gt;hen
 will, entgegenzukommen und streifen mit ihren
&amp;gt; Knechten das ganze Land ab. Viele haben gleichzeitig in
» der Stadt einen stehenden Handel. Die christlichen Kauf-»leute
 der Kleinstadt sind selten von dem altbewährten
» Schlendrian abgewichen…»
(Joh. Plenge, cité par Sombart, Der moderne Kapitalismus,
vol. II, p. 451.)
        <pb n="96" />
        21

lemment contesté qu'aujourd’hui*. Voilà qui doit nous
enseigner la prudence dans l'appréciation du droit d'autrui
 à l’existence, surtout quand notre jugement est
handicapé par le fait que cet autrui est un concurrent
abhorré.
Les colporteurs ont puissamment collaboré à l’instauration
 de l’économie capitaliste. Et, si laides que soient
les plaies de celle-ci, il n’est personne de sérieux, même
parmi ceux qui ont à nous proposer un autre type de
vie sociale et de collaboration économique, qui ne la
considèrent comme un stade fécond et nécessaire de
l’évolution humaine? Cette ‘influence des colporteurs
dans le sens capitaliste est double : ils ont, nous venons
de le voir, élargi le marché ; d'autre part, par leur conduite
 même, ils portaient un coup aux théories corporatives,
 à l'affirmation d’un droit à la clientèle (puisqu'ils
s'emparaient sans hésiter de celle des autres), à la théorie
 d’un droit de chacun à sa nourriture (puisque leur
activité était comme un témoignage qu’on n’a droit qu’à

! Admettre le contraire, ce serait affirmer qu’il n’était pas
dans l'intérêt de la civilisation et du développement économique
 que les possibilités de vente du thé, du café, du sucre,
s’élargissent… Il arrive donc au colporteur de préparer les
voies au commerçant établi. Sombart dit à ce propos (page
148): «Wenn wir diese Tatsachen ohne moralisierende
» Tendenz in ihrer entwicklungsgeschichtlichen Bedeutung
»zu würdigen versuchen, so besagen sie : dass durch die
» Tätigkeit des Hausierers der Markt für zahlreiche Gegen-»
 stände ausgeweitet, deren Erzeugung und Handel im Gros-»
 sen, das heisst in diesem Falle in kapitalistischer Form,
» also ermôglicht oder vorbereitet wurde.» On trouve la
même idée, sous une forme plus simple, chez un écrivain
du temps, Justus Moser (Patriotische Phantasien, citée par
Sombart), qui, si nous lisons bien entre les lignes, n’est pas
ravi de sa constatation : «Der Packenträger ist der Mode-»krämer
 der Landwirtinnen, und verführt sie zu Dingen,
» woran sie ohne ihn niemals gedacht haben würden.» .
? V. Le discours de Trimborn, prononcé le 16 avril 1905,
reproduit par Wernicke. op. cit… 425.
        <pb n="97" />
        — 89 —

la nourriture que l’on a su conquérir). Ce ne sont pas
les gens en place, ce sont au contraire les individus
rejetés hors des cadres sociaux qui révolutionnent la
mentalité d’une époque “.
Les étalages ambulants suscitent les mêmes inimitiés
que le colportage et pour les mêmes raisons. Nous pouvons
 nous dispenser de leur consacrer un paragraphe
spécial. Leur fonction la plus claire consiste dans l’écoulement
 au rabais de marchandises tarées ou de lots
qu’on ne pourrait mettre dans le commerce régulier
(mais qu’on confie aussi aux colporteurs, quand le lot
n’est pas ‘trop considérable). Cette fonction donne, dès
l’abord, à la vente ambulante un caractère de concurrence
 déloyale,

1 V. Sombart, 1 op. cit, p. 449: «Die geistbildende Kraît
» der Hausiererei erblicke ich darin, dass die Absatziorm
» zunächst ihrem inneren Wesen nach dazu angetan war,
» die traditionalistische Wirtschaftsgesinnung des vorkapita-»
 listischen Menschen zu revolutionieren… In allen Zeiten sta-»
 tisch-traditionalistischer Wirtschaftsgesinnung, also bis
ptief in die frühkapitalistische Epoche hinein, ist deshalb
pauch der Hausierer immer als «Stôrer der Nahrung »
» von den handwerkerlich denkenden Menschen empfunden
» worden und demgemäss behandelt. »
        <pb n="98" />
        83 —

Les grands magasins.

Leur place est ici, après les étalages ambulants, ces
deux formes de commerce ayant été assez bizarrement
assimilées par certains auteurs *. Elles n'ont pourtant de
commun que l'esprit capitaliste, anti-artisanal, dont
elles sont la manifestation et, jusqu’à un certain point
l’infériorité des qualités vendues. Encore faudrait-il,
à ce cernier égard, faire une distinction entre le grand
magasin genre parisien, où se vendent des marchandises
 inférieures peut-être, mais à tout le moins utilisables,
 et le bazar genre Warenhaus germanique, où domine
 la pacotille ?.

1 «Nach der Ansicht des Herrn Schwander stammen die
» Warenhäuser von den Wanderlagern die sich sozusagen
&amp;gt;in Permanenz erklärt hätten. Das ist nun offen herausge-»
 sagt-Blôdsinn.» (Theophil von Thur, Der Grossbetrieb im
Detailhandel, Buchdruckerei A. Maeder, Lichtensteig, imprimeur-éditeur,
 p. 9). Nous ignorons la date de cette brochure
 de 44 pages (probablement 1904). Elle constituait une
réponse à une brochure de J. G. Schwander, secrétaire de
l’Union suisse des services d’escompte, Bienne, contre les
grands magasins, laquelle, à en juger par quelques extraits,
doit avoir passablement quitté le terrain des arguments objectifs.


* von Thur repousse cette distinction comme superficielle.
C’est qu’elle consacre l’infériorité de la sorte de magasin
qu’il était chargé de défendre. Sa brochure est un plaidoyer,
au sens étroit du terme, et un plaidoyer en faveur du Warenhaus.
 Par contre, le professeur Schulze est pleinement
de notre avis :
«Herr Professor Schulze will den gut geführten Warens
 häusern, Wie sie in London, Paris und Berlin zum Teil in
p solider und vornehmer Art, ohne jede aufdringliche und
» unschône Reklame geführt werden, nicht zu nahe treten,
» dagegen findet er es geboten, den Grossbazaren geringerer
» Art, die mehr Wert auf Billigkeit und Aussehen der Waren
» als auf Solidität legen und dabei hochfahrende und lär-
        <pb n="99" />
        84 —

Le grand magasin vend de tout. En cela, il représente
en quelque sorte un retour au commerce indifférencié
dont nous parlions page 9. Uni auteur qui vient de plaisanter
 agréablement la multiplicité des produits qu’on
trouve dans un Warenhaus* nous rappelle ensuite que
cette multiplicité ne suffit pas à définir le grand masasin
 :
«Au coin près du marché», dans les plus petites
&amp;gt; villes, on trouvait déjà, depuis des siècles, presque une
&amp;gt;manière de petit Rotschild chez qui l’on pouvait,
&amp;gt; comme le dit une vieille ronde, acheter « de l’eau de
»|Gologne et du fromage suisse, des foulards avec une
» fraise, des saucisses au foie, des lunettes vertes, des
» livres de prière, des pilules digestives », etc. Mais, seul
» l'esprit commercial et non le local de vente de ces
&amp;gt; marchandises fait songer plus ou moins à un Wa-»
 renhaus?. »

»mende Reklame machen, im allgemeinen Interesse zu be-»
 kämpien. Am ehesten würde sich das nach seiner Meinung
» durch einen umgemodelten erstarkten Detailhandel selbst
» bewerkstelligen lassen. » (Blumer-Egloff, op. cit, pp. 10-11).

* «Es scheint nur noch eine Frage der Zeit, ob nicht das
» Warenhaus, gleich noch mit Pension, Standesamt, Trau-»
 kapellen aller anerkannten Religionsgemeinschafîten und so
» weiter durchs Eheleben bis zum Beerdigungsinstitut ver-»
 sehen, alle Lebens-und Todesbedürfnisse des Zukunftsmen-»
 schen befriedigen wird.» Geschäfts-und Warenhäuser, von
Hans Schliepmann, Sammlung Gäschen, Berlin und Leipzig,
 1913, vol. I, p. 72).

? CAn der Ecke am Markt» (nous dirions : chez l’épicier
» du coin) im kleinsten Städtchen sass schon seit Jahrhun-»
 derten fast irgend ein kleines Rotschildgenie, bei dem man,
»wies im alten Gereim heisst «Eau de Cologne und
» Schweizerkäse, Kragentücher mit einer Fräse, Leberwürste,
» grüne Brillen, Andachtsbücher, Magenpillen » usw. kaufen
» konnte. Aber nur der Geschäftssinn, nicht der Geschäftsraum
» dieser Kaufleute hat etwas wie Ahnentum vom Waren-»
 haus. »
        <pb n="100" />
        C,

C’est dire fort pittoresquement les choses, et nous
pouvons pardonner à un architecte ! j’erreur qui consiste
 à prétendre qu’il y avait dans le boutiquier d’antan,
 qui tenait tout, quelque chose de la mentalité d'un
directeur commercial. de Warenhaus.Cela n’a dû se
produire que fort exceptionnellement. Le génie seul devance
 son temps dans une pareille mesure.
Ces Warenhäuser au petit pied, bien que devenus
rares (cf. notre note 1. p. 10), n'ont pas encore perdu,
pour employer un jargon que nous avons critiqué, « tout
droit d’existence. »

! Hans Schliepmann avait le titre de « Kônigl. Baurat ».
Du reste, d’autres que lui s’y seraient trompés. Il n’y a rien
de plus facile, en histoire économique, que de prendre la
lorme pour le fond. Sombart se plaint, dans sa critique bibiographique
 de l’histoire du commerce (op. cit, vol, II, page
129) que ce soit même la règle :
«… unzählige allgemeine Geschichten des Handels... Schla-&amp;gt;gen
 wir aber irgend einen Band dieser Geschichten des
» Handels auf..…, so wird nns eine schwere Enttäuschung bepreitet.
 Wir erfahren zwar eine Menge interessanter DLin-»ge:
 wir lesen von Waren, die hierhin oder dorthin ver-»
 sendet werden, von Kaufleuten und deren Verbänden, vom
&amp;gt; Blühen und Niedergang einzelner Länder und Städte.…. nur
vom Handel erfahren wir nichts. Das heisst : nichts von
» den eigentümlichen sozialen Beziehungen, die sich bei der
&amp;gt; berufsmässigen Ausübung der Tätigkeit des Güteraustau-»
 sches…. besonders heraushilden.
» Nirgends so greifbar deutlich wie hier bei der Geschich-»te
 des Handels tritt die immer wieder von mir betonte
» Wahrheit in die Erscheinung, dass man nicht Wirtschaîts-»
 geschichte schreiben kann ohne eine ganz bestimmte Fra-»
 gestellung, durch die allein das Erkenntnisobjekt für die
» Forschung geschaffen wird. Es ist ein schlimmer Wahn,
» zu glauben, dass «der Handel » schon ein Erkenntnisobjekt
&amp;gt; sei, während der doch hôchstens ein Erfahrungsobjekt ist.
» Und wenn man drauflos schreibt, ohne zu wissen, was man
» erf&amp;amp;orschen will, so kommen eben jene im Grunde wertlosen
» Sammelsurien heraus, die uns als « Geschichten des Han-»
 dels» schrecken. Auffallen kônnte es, dass die Hunderte
» von Historikern des « Handels » nicht schliesslich, Wenn
» auch nur durch Zufall, ebenso wie auf die tausend andern
» Dinge, von denen sie uns erzählen, auch einmal auf den
» Handel zu sprechen gekommen sind. Die Erklärung für
à» diese Tatcache dürfte darin zu finden sein. dass all’die
        <pb n="101" />
        — 86 —

Quant au Warenhaus proprement dit, s’il n’est pas,
comme le veut Schwander, un étalage ambulant qui
s’est fixé ; on peut cependant le comparer à un marché
tenu par une seule personne et en permanence dans un
bâtiment définitif. A Schliepmann, il rappelle la basilique
 des Romains et le bazar oriental (dont il prend
du reste souvent le nom), et Leroy-Beaulieu reprend
cette comparaison avec une espèce de lyrisme :
« Les bazars renaissent ainsi au centre des villes, sui-»
 vant la coutume orientale.» *.
Le grand magasin est comme la manifestation concrète
 d'une tendance à la concentration du commerce
de détail. Cette tendance est-elle normale ? Résulte-ielle
 de causes aussi inéluctables que celles qui ont
amené la constitution de la grande industrie ? Pour
Leroy-Beaulieu, cela ne fait pas de doute :
«La transformation du commerce, pour être moins
» avancée que celle de l’industrie, se poursuit néan-»

 Dinge, von denen die « Geschichten des Handels» angepfüllt
 sind, die zunächst sichtbaren sind, hinter denen erst
» die sozialen Beziehungen liegen, an die wir denken müs-»
 sen, wenn wir mit einigem Sinn einen Begriff wie den :
« «cHandel » bilden wollen. »

+ Op. cit, p. 315. Cette phrase est précédée du texte que
voici: Les moyens d’information «permettent à quelques
» vastes magasins installés au centre du pays de ‘faire
»rayonner leurs produits sur tout le territoire et même à
pl’étranger. Ces puissantes maisons peuvent se passer des
» marchands en gros, des courtiers, même ‘des commis-»
 voyageurs ; elles parlent aux yeux par leurs magnifiques
» étalages d’objets variés, par leurs prospectus enluminés ou
» leurs échantillons. »
L’allusion que contient ce texte à l’activité exportatrice
des grands magasins nous explique pourquoi ils ont fini par
jouir en France d’une véritable faveur : ils répandent au
loin les articles de Paris et font couler vers Paris l’argent
de l’étranger.
        <pb n="102" />
        87

» moins dans le même sens, c’est-à-dire qu’une grande
» concentration s'opère dans la distribution et l'échange
» des produits. » (pages 311-312).
Est-ce à dire que cette concentration ne laissera rien
subsister en dehors d’elle ? Nous savons déjà que l'auteur
 estime qu’il y aura toujours des petits magasins
(cf. notre note 3, p. 19). Est-ce à dire d’autre part que les
grands magasins se verront un jour les maîtres du marché
 et en profiteront pour juguler le consommateur ?
L'auteur ne le croit pas :
« Quant à la constitution de monopoles gigantesques
» qui relèveraient les prix, après avoir tué la concur-»Tence
 des petits marchands, l’idée nous en paraît ab-»
 surde dans un pays où règne la liberté du commerce
»et où les capitaux sont abondants… Il serait toujours
» facile de créer de grands magasins nouveaux si les
» anciens abusaient de leur situation. La concurrence
»la plus efficace, ce n’est pas tant la concurrence ac-&amp;gt;
 tuelle que la concurrence éventuelle. L'action préven-»
 tive est ici très forte. »
Clerget, d’ailleurs moins emballé que Leroy-Beaulieu
en faveur des grands magasins, ne croit pas non plus à
leur dictature future ou simplement éventuelle :
« Consacré à la vente de l’article courant, le grand
» magasin ne favorise pas les industries d'art dont les
» spécialités restent un des domaines réservés au petit
s commerce, Son monopole, qui n’est pas à souhaiter, ne
» doit pas être redouté. Le grand magasin ne peut ré-&amp;gt;
 pondre à l’infinie variété des goûts et des moyens d’as
 chat, pas plus que sa concentration n’est à même de
» satisfaire le besoin local immédiat. Sa croissance, d’autre
 part, a des limites qui ne sauraient être dépassées
» sans surcharger à l'excès les frais généraux et sans
s aggraver les difficultés de surveillance et de direc-»
 tion » (op. cit, pp. 11-12).
Nous n’en sommes pas encore, donc, à « l’enrichisse-
        <pb n="103" />
        88

ment de quelques unités en attendant le monopole intégral
 qui appauvrira, tout le monde » *.
Quels sont les avantages du grand magasin? C'est
encore Leroy-Beaulieu qui va nous indiquer ceux qu’il
lui trouve, en même temps qu’il répliquera à diverses
critiques en ce qui concerne leur droit d’être (la sempiternelle
 question !), la mauvaise qualité de leurs marchandises
 (à laquelle il refuse entièrement de croire) et
la déloyauté qui entacherait leurs procédés commerciaux:

« Cette concentration du commerce de détail offre
» beaucoup plus d’avantages que d’inconvénients, Elle
» est d’abord respectable parce qu’elle est un effet de la
» liberté individuelle. Elle épargne le temps de l’ache-&amp;gt;teur
 en lui faisant rencontrer dans le même édifice
» mille objets différents, tout achevés, qu’il eût dû au-»
 trement chercher dans vingt boutiques et souvent com-»
 mander d’avance. Elle fournit, d’ordinaire, à meilleur
» compte, de meilleures marchandises. Dans une grande
» ville, la responsabilité d’un grand magasin. est beau-&amp;gt;»
 coup plus sérieuse que celle d’un petit. Celui-ci, qui
» Vit souvent sur une clientèle de passage et variable,
» peut tromper l'acheteur sans en éprouver de préjudice
» durable ; le premier détruirait rapidement sa réputa-&amp;gt;
 tion s’il n’était pas loval » ?, 3.

* L. Goyard, La Crise du Petit Commerce et le Syndicalisme,
 Paris, M. Giard &amp;amp; E. Brière, libraires-éditeurs, 1911,
p. 7. «Syndicalisme » ne signifie ici ni plus ni moins qu’organisation
 professionnelle.
? Les commerces de détail dont la clientèle principale est
ane clientèle de passage sont certainement en infime minorité.


3 C’est tout à fait l’opinion de Wernicke, qui décore les
grands magasins du titre de «Vorbilder strengster Reellität»
 (Die wirtschaftliche und soziale Bedeutung der Warenhäuser,
 p. 10.) Le même auteur pose en quelque sorte
en principe l’affirmation suivante : « Die Vorwürfe, die man
» den Waren- und Kaufhäusern macht, sind ganz unzutref-»
 fend.» (même ouvrage, page 2.)
        <pb n="104" />
        RQ

On le voit, le seul point de vue auquel l'auteur consent
 à se placer c’est celui de l'avantage du grand magasin
 pour le consommateur, but, et « cause finale »
(pour parler comme les philosophes) de la production.
[i fait bon marché de d’intermédiaire évincé, sans sonser
 que le consommateur ne peut être consommateur que
parce qu’il est en même temps producteur ; que, pour
pouvoir dépenser, il faut d’abord gagner sa vie, et
qu’une baisse des prix n’est pas bénie du public si elle
s'accompagne d’une crise de chômage : elle se traduit
alors, pour lui, par une hausse, le manque à gagner
agissant comme un supplément de dépenses. Or, le détaillant
 est aussi un consommateur et, nous l’avons vu,
un consommateur fort répandu, trop répandu *.
Donc, l’économiste même, qui se fait un dogme de
l'intérêt exclusif du consommateur, ne devrait pas se
préoccuper des conséquences de l’expansion des grands
magasins pour le petit détaillant, si vraiment « la sta-&amp;gt;
 tistique montre (?)” aussi que le procès de dissolution
* Si l’on compte que chaque commerce de détail de la catégorie
 qui nous intéresse fait vivre trois personnes, ce qui
est une appréciation très modeste, et qu’il existe, chiffres
ronds, un détaillant par 120 habitants, on arrive à la con.
clusion qu’un consommateur sur quarante tire ses ressources
 du petit commerce.
? Elle semble plutôt montrer le contraire. V. la note cidessus
 et nos chapitres I et II. Même en comptant tous les
commerçants dans la classe moyenne (et l’on verra au chapitre
 suivant que nous excluons la très grande masse des
détaillants surnuméraires), et même en admettant que le
membre de la classe moyenne est dans la règle rongé de
soucis et surchargé de travail, on est forcé d’avouer que,
prise globalement, la classe moyenne n’est point tellement
à plaindre. Dans l’Allemagne d’avant la guerre, Wernicke
(Kapitalismus und Mittelstandspolitik, pp. 358-359) constatait,
 d’une part, que le revenu moyen de la population était
en augmentation continue, de l’autre, que l’accroisement numérique
 de la classe moyenne, quoique plus lent que celui
du prolétariat, était encore deux fois plus rapide que celui
de la population dans son ensemble. C’était le « bourgeois »
(et le noble) qui était en régression. Wernicke comptait alors
dans la classe moyenne le 40 % de la population allemande
        <pb n="105" />
        » auquel nous assistons (?) a toujours plus pour effet
» de faire disparaître la classe des artisans et des dé-»
 taillants sous la pression du capital international d’une
&amp;gt; part, de la tactique révolutionnaire sociale et de l'ex-»
 tension des sociétés de consommation d’autre part » *.
C’est là ce que Leroy-Beaulieu semble ne pas comprendre,
 et il fonce sur les victimes de la concentration
commerciale avec des violences de langage qui étonnent
de la part d’un ‘économiste d’une aussi haute valeur
scientifique *. Il y a donc dans son aversion pour l’inter-+

 Résolutions du Congrès international des classes moyennes,
 1924, page 38

? Op. cit, pp. 319-320 :
«Dans le cas qui nous occupe, ces victimes ce sont les
)» intermédiaires ; toute celte nuée de commerçants en gros,
»en demi-gros, en détail, de courtiers, de commis-voya-»
 geurs. Le progrès ne les épargne pas ; il les réduit, parfois
» les supprime. L’opinion publique a toujours considéré com-»me
 des inutiles, comme des parasites, tous ces négociants,
&amp;gt; du moins beaucoup d’entre eux qui passent leur vie à achebter
 pour revendre, et qui du fabricant jusqu’au consom-&amp;gt;»
 mateur définitif forment une longue chaîne d’anneaux
» dont chacun grève la marchandise de nouveaux frais et
»la renchérit. L'économie politique du commencement du
p siècle. s’épuisait à démontrer que tous ces intermédiaires
» rendent un service, gagnent légitimement leur vie. C’était
» à tort ; on est, grâce au ciel, revenu de cette notion. Qua-»tre
 ou cinq, huit ou dix personnes, qui s’interposent entre
»le fabricant et le consommateur, sous les noms de courp
 tiers, de marchands en gros, en demi-gros, au détail, for-»
 ment un véritable poids mort qui alourdit le travail so-»
 cial et retarde l’essor de la production et du bien-être, »
Que dire aussi de ces lignes aimables consacrées à ces défaillants
 «n’ayant dans l’esprit aucun mouvement, aucun
» goût de progrès, aucun sentiment du beau, aigris contre
» les hommes et contre les choses, et ne sachant jamais que
» se plaindre ? On les a appelés parasites ; et ce nom leur
» convient, ils ont de ces animaux l’immobilité et l’inutili-»té.»
        <pb n="106" />
        y

médiaire un véritable fanatisme’. Le condamne-t-il
donc à mourir de faim ? Pourtant pas :
« La disparition ou du moins la diminution de ces
» intermédiaires (car il en restera toujours quelques-&amp;gt;
 uns (sic !) et il en est qui rendent des services) ne nuira
» en rien à la société : ce sera pour elle un soulagement.
» La fonction distributive des produits qui est le com-»
 merce, employant un moins grand nombre d'hommes,
&amp;gt; il en restera un plus grand nombre disponibles pour
» la production à proprement parler ».
C’est donc à la prolétarisation que Leroy-Beaulieu
semble inviter le petit commerçant. Il est probable que,
mis en face de cette conséquence, notre auteur n'aurait
pas bronché. Car d’une part, la thèse à la défense de
laquelle est consacré son livre, c’est celle d’une « tendance
 à une moindre inégalité des conditions », c'est-àdire
 à l’ascension continuelle de l’ouvrier, la meilleure
époque pour le bourgeois et le haut fonctionnaire étant
passée sans retour. Devenir ouvrier, c'est donc passer
dans le groupe social qui a, pour ainsi dire, le vent en
poupe. D'autre part, le détaillant qui végète est le plus
misérable des prolétaires. Tout changement ne peut
être pour lui qu’un changement vers le mieux *.

* Leroy-Beaulieu a donné d’autres preuves d’un esprit
passablement entier. C’est la rançon de son style vigoureux
et de son abondance de formules heureuses, qu’il s’imagine
quelquefois avoir résolu une question ou enterré un problème
 parce qu’il leur a consacré quelques éclats de voix
particulièrement virulents. Nous songeons en ce moment
à la manière cavalière dont il a prétendu liquider en trois
phrases l'économie politique mathématique. L'école de Lausanne
 a heureusement la vie un peu plus dure (comme les
iéiaillants !)

? C’est aussi l’avis des socialistes, quand ils sont sincères
st que les nécessités de leur cuisine politique ne les obligent
pas à se faire passer pour les plus malheureux des hommes,
 que la situation des ouvriers est bien supérieure à celle
d’une foule de citoyens soi-disant à leur compte :
        <pb n="107" />
        92 —

Vingt ans avant Ford, Wernicke exprime déjà l'avis
connu de l’industriel américain, c’est que de nos jours
le salariat offre de plus belles perspectives que l’indépendance
 pour des hommes ayant de l’ambition et des
qualités d’organisateurs et de chefs. Pourquoi végéter
dans sa propre entreprise, quand on pourrait, dans
l'entreprise d'autrui, arriver au plein développement de
ses qualités ?
«L'évolution continuelle de notre économie crée
heureusement la possibilité d’uitiliser autrement les
&amp;gt; forces devenues superflues dans un domaine ou dans
&amp;gt;la position d'entrepreneurs ‘indépendants. Et une
&amp;gt; quantité de commerçants précédemment indépendants
 ont fait une bien meilleure carrière, se sont
&amp;gt; créés une existence beaucoup plus satisfaisante que
&amp;gt; celle qui était la leur, au temps de leur indépendance,
» en devenant employés dans les Warenhäuser.» *, ?

«Les artisans et les commerçants de détail sont actuel-&amp;gt;
 lement menacés dans leur existence même. Ils s’appauvris-»
 sent toujours plus — écrit par exemple le socialiste Kaut-»
 sky dans la préface de l’édition de 1900 du fameux mani-»
 feste communiste de Marx et Engels —; «tandis que, de-»
 puis des dizaines d’années, les prolétaires diminuent sans
» cesse leur temps de travail, élèvent les salaires, la durée
» du travail pour les artisans, comme pour les petits pay-»
 sans, reste la même, atteint les limites de leurs capacités
» physiques. Et toujours plus, les conditions de vie des arti-»
 sans, des petits négociants et des petits paysans se rappro-»
 chent du minimum d’existence. … La situation de plusieurs
» couches des ouvriers non propriétaires est meilleure. »
(Tiré du livre du Dr. Marcusen sur la démocratie, cité par
les Résolutions du Congrès international des classes moyennes,
 page 38).
! Il n’y a naturellement rien à objecter à un jeune homme
 qui a fait un apprentissage de commerce, s’il trouve prélérable
 de ne pas se mettre à son compte. Au contraire, dirons-nous,
 fidèle au regret que nous avons exprimé de voir
trop de gens devenir commerçants indépendants. En revanche,
 quoique un chef de rayon de grand magasin dispose
d’un savoir professionnel incontestablement supérieur à celui
        <pb n="108" />
        93

Comme parmi les « sauveurs de la classe moyenne »,
ainsi que Wernicke appelle les Suchsland et autres, il
ÿ a tout de même peu de gens qui osent soutenir que le
vingtième siècle pourrait se passer des fabriques et de
la centralisation industrielle, ils sont obligés d’argumenter,
 avec quelque subtilité, pour établir que concentration
 industrielle et «concentration ploutocratique
dans le commerce »* ce n’est point la même chose,
sinon il deviendrait difficile de contester aux grands
magasins le droit d'existence :
« Que cette énorme puissance industrielle ainsi cons-&amp;gt;tituée
 soit un danger social, comme certains l’affir-»
 ment, nous nous garderons d’un pareil paradoxe.

d’une proportion énorme des détaillants, la conscience publique
 considérera toujours comme une déchéance l’échange
d’un travail où l’on avait à prendre ses pleines responsabilités
 contre un autre où on les partage avec une direction...
en gardant pour soi-même la plus petite part. Il est probable
 que les directeurs de grands magasins se méfient de
l’ancien détaillant qui vient demander une place d’employé,
estimant à juste titre qu’il s'agit fort probablement d’une capacité
 de second ordre. Hans Muller (op. cit.) parle avec un
beau mépris des bouchers qui ont consenti à devenir déposants
 de Bell S. A., à Bâle. Il estime que la personnalité de
tels gérants de succursales démontre déjà qu’une boucherie
à succursales n’est pas en mesure de tenir ce qu’elle promet
et de faire mieux que la petite entreprise. Attitude mentale
nstructive, si l’on songe que c’est celle d’un coryphée du
rcoopératisme !

? «Die in stetem Flusse begriffene Volkswirtschaft ist ja
»auch glücklicherweise in der Lage, die auf einem Gebiete
&amp;gt; oder als selbständige Unternehmer überschüssig gewordenen
&amp;gt; Kräfte anderweitig nützlich zu verwenden. Und zahlrei-»che
 früher selbständige Kaufleute haben in den Warenund
 Kaufhäusern als Angestellte ein weit besseres Fort-»kommen
 und eine befriedigendere Existenz gefunden, als
à» Wie früher bei ihrer Selbständigkeit». (Wernicke, Die
wirtschaftliche Bedeutung der Warenhäuser, p. 13).
: Cette expression se lit dans une des circulaires dont
l'envoi a précédé le congrès de 1923 de l’Union internatianale
 des classes movennes. à Berne.
        <pb n="109" />
        — 04 —

&amp;gt; Pour le commerce, j'entends le commerce de dé-&amp;gt;
 tail, la situation n’est pas comparable : lui appliquer
» les mêmes arguments serait raisonner à faux.
» Les innombrables branches dont il fait l’objet ne
&amp;gt; présentent entre elles, la plupart du temps, aucune
&amp;gt; connexité, et l’expérience prouve qu'on a avantage
» pour la qualité à s’adresser au spécialiste‘: donc
&amp;gt; l'exercice simultané de ces diverses branches et par
&amp;gt; suite l’unité de direction ne s'imposent pas”; pour
»la même raison les gros capitaux ne sont pas indis-»
 pensables.
» Mais, si l’existence du grand magasin n’est pas un
fait économique rigoureusement scientifique (?),
» naturel et raisonnable, d’où vient alors sa réussite et
» son extension croissante ?
» Tout simplement de la coalition d'intérêts et
&amp;gt; d’égoïsmes * particuliers... * ».
Personnellement, nous admettons bien certaine différence
 entre la concentration industrielle et la con-1

 Ci. Leroy-Beaulieu, cité plus haut, qui dit exactement
le contraire. Les deux points de vue sont en partie conciliables,
 si l’on tient compte du fait que les magasins spécialisés
 et les grands magasins ne se font concurrence que
pour les qualités inférieures et moyennes, dans lesquelles
il n’est naturellement pas exclu que les seconds « fournissent
 à meilleur compte de meilleures marchandises ». La
fourniture de luxe, par contre, reste l’apanage de la bonne
maison spécialisée. (Cf. Engel, op. cit. p. 44).
? Il n’en résulte ni qu’elles soient illégitimes, ni qu’elles
ne soient pas profitables, ce qui est le point de vue auquel
se juge une institution capitaliste.
3 Singulière idée que de reprocher à une réalisation dans
le domaine économique d'être un fruit de l’égoisme, comme
si l'égoïsme n’était pas la cheville ouvrière de toute lactivité
 économique ! Est-ce donc par charité qu’un candidat
au commerce de détail ouvre une nouvelle boutique dans
un quartier où l’on en trouve déjà une toutes les deux maisons
 ?

: L. Goyard, op. cit, pp. 6-7.
        <pb n="110" />
        95

centration commerciale, en ce sens qu’on imagine le
monde marchant en l’absence totale de la seconde, au
moins dans le commerce de détail, tandis que la suppression
 de la première, au moins au-delà d'un certain
 degré, est absolument ampossible à concevoir.
['artisan ne songe d’ailleurs plus à demander la fermeture,
 même partielle, des fabriques: il sait bien
qu’on ne le comprendrait plus et que d'ailleurs, dans
l’état actuel des choses, la réduction de la grande production
 appauvrirait tout le monde. Mais nous croyons
que la grande différence entre la concentration industrielle
 et la concentration commerciale, c'est que l’on
s'est habitué à celle-là, plus ancienne, tandis qu’on ne
peut se résigner à celle-ci. Le commerce est en retard,
dans son évolution, sur l’industrie, et l’organisation des
détaillants, sur celle des artisans. Le petit commerce
combat encore ses concurrents capitalistes, tandis que
les artisans ont déjà passé à une phase subséquente de
leur mouvement, cherchant « à regagner du terrain en
développant les particularités qui peuvent aider l’artisanat
 à tenir contre la concurrence *. »)
L'apparition d’un grand magasin est un phénomène
beaucoup moins artificiel que L. Goyard ne consent à
l’admettre. Le nivellement des besoins, la disparition,
par exemple, des costumes locaux qui dispense plus ou
moins de s'arrêter à des desiderata spéciaux, l’insuffisance
 du pouvoir d'achat des classes prolétarisées (dès
avant la guerre, la hausse des loyers et celle de la viande
 atténuaient considérablement l'effet des augmentations
 de salaire), qui oblige ces classes à se jeter sur
les qualités inférieures, autant de causes qui ont ouvert
la voie aux grands magasins ?.

! Phrase empruntée par Faucherre à Lederer, Mittelstandsbewegung.
 Cf. Faucherre, Die wirtschaftliche Lage
des Kleindetailhandels, p. 4.
? Nous donnons cette analyse des causes du succès des
Warenhäuser d’après Engel, op. cit, p. 13.
        <pb n="111" />
        pe

96 —

Il y a cependant quelque chose de juste dans l’idée
de Goyard que la concentration commerciale consistant
en une juxtaposition d'opérations, non en une différenciation
 (division du travail) comme la concentration
industrielle, il n’est pas pleinement admissible de conclure
 de l’une à l’autre. Chez l'artisan, peu d'outils servent
 à beaucoup d'opérations ; dans la, fabrique, beaucoup
 de machines accomplissent chacune une petite
partie du travail. Il fallait que von Thur fût bien à
court d'arguments pour voir la même opposition organique
 entre un petit et un grand magasin *.
Toutefois, de même que la fabrique, c'est par la possibilité
 de produire (en prenant ce mot dans le sens tout
à fait général de : mettre à la disposition du client) à
meilleur compte que le Warenhaus menace la petite entreprise.
 Lorsqu’un magasin occupe toute une maison, il
paye tout naturellement le mètre carré de superficie utilisée
 moins cher qu’un magasin situé au rez-de-chaussée.
 Et cette superficie, il l’utilise mieux ; il l’utilise
même trop bien, si l’on se place au point de vue du danger
 d'incendie ; nulle part ailleurs on ne voit tant de gens
plongés dans un pareil amoncellement de matières inflammables.
 Achetant en gros, en très gros, le Warenhaus
 est aussi en mesure d’exercer une forte pression
sur les fournisseurs et d'acheter ainsi à très bon compte.
Toutefois, depuis que les détaillants ont constitué des
sociétés d’achat, ils se sont aussi transformés en gros
preneurs et peuvent exercer la même pression.

+ «Nicht die Form des Warenhauses oder des Grossma-»
 gazines oder ciner Konsumgenossenschaft bedrängt die
» Kleinhändler, sondern es ist der Grossbetrieb überhaupt,
» genau wie beim Handwerk, das nicht von der Fabrik oder
» von der elektrischen Kraft bedrängt wird, sondern von der
» jeder Teiloperation angepassten Maschine, die sich nur
» der Grossbetrieb anschaffen und dauernd beschäftigen kann,
» während beim Handwerk wenige Werkzeuge vieles ver-»richten
 müssen. » (Op. cit., p. 9).
        <pb n="112" />
        97

« Ce qui fait la faiblesse du petit commerçant, c'est
» qu’il est toujours forcé de passer par l'intermédiaire
d’un grossiste qui, doit prélever, sur le prix de re-»
 vente de ses marchandises, un pourcentage pour les
frais généraux et un autre pour le bénéfice met.
» Dès que les petits commerçants sont capables de se
» passer du grossiste, ils s'acheminent “vers une forme
&amp;gt; commerciale modernisée qui leur permet, peu à peu,
s de mieux soutenir la concurrence et d’acquérir plus
» de bien-être.
« On est moderne en commerce, non pas quand on
»a une grande façade et beaucoup de capitaux à uti-&amp;gt;liser,
 on est moderne quand on n’est pas routinier
»et qu’on applique, en affaires, des principes que ne
» connaissaient pas nos arrière-grands-pères. » *
Ainsi se trouve rattrapée une partie de l’avance que
le grand magasin avait sur le petit. Le grand magasin
a longtemps aussi eu sur le petit l’avantage de la supériorité
 de l’organisation. Il la garde naturellement sur
les détaillants ignares. Les autres en revanche ont assez
appris de lui pour l’égaler :
« Les grands magasins donnent par leur organisation
set leur système de vente un enseignement précieux
» à tout le commerce de détail. » ”,
D'autre part, une administration énorme et « parfaite
 », c’est-à-dire précise, automatisée dans son fonclionnement,
 est guettée par un mal grave : la bureaucratie.
 C’est plus qu’il n’en faut pour que la lutte entre
grands et petits magasins ait cessé d'être inégale: —
« Nombreux sont ceux qui penseront immédiatement

t Gilles Normand, Le Grand Commerce de Détail, (Librairie
 académique Perrin et Cle, Paris, Ge édition, 1920).
Le passage cité se trouve pages 114-115.
? André Blum, article : Le commerce de détail en 1928,
Les bilans des grands magasins et leur enseignement. (Délaillant
 de l’Est. 25 décembre 1928. p. 1).
        <pb n="113" />
        98 —

» que ces divers genres d'activité * possèdent une incon-»
 testable supériorité sur le commerce moyen ou petit.
» Leurs principaux avantages résideraient soi-disant
&amp;gt; dans les achats en gros et dans une organisation par-»
 faite, parce que soigneusement étudiée. Mais on feint
&amp;gt;» d'oublier que l’exploitation est compliquée, lourde et
impersonnelle, et que tous les détaillants qui se sont
» affiliés à une société d'achats, à l’« Union » par exem-&amp;gt;ple,
 bénéficient eux aussi des achats par grosses
» quantités. Au point de vue des frais généraux, la petite
 entreprise est mieux placée que la grande et pos-»
 sède en outre un second avantage dans la possibilité
&amp;gt;de servir individuellement sa clientèle. »”
Tout ceci ne veut pas dire que nous assistions au crépuscule
 des grands magasins ; au contraire, ils sont encore
 en pleine période d’expansion. Et si le détaillant
n’a pas l’œil ouvert, le Warenhaus pourrait reprendre
son avance primitive par le perfectionnement de ses
méthodes :
« L'expansion des grands magasins en province et à
l'étranger conduira ces sortes d’entreprises vers une
» perfection toujours plus grande, vers une rationali-»
 sation toujours plus intensive : c’est dire tous les ef-&amp;gt;
 forts, tout le travail qui incombent aux commerçants
&amp;gt;détaillants en face de cette envahissante concur-»
 rence. » $

&amp;gt;

Il est de nature du capitalisme d’étendre ses opéraons
 de plus en plus loin, d’abord extensivement, en
envahissant des pays de plus en plus lointains, puis

! L’auteur vient de citer le Warenhaus, la maison à succursales,
 et la maison de vente par catalogues.
? G. Brandenberger, La Croisée des routes, étude de la
situation en Suisse du commerce de détail de la branche
alimentaire, 1928. (Tirage à part du Journal des épiciers
suisses). Page 8.
$ André Blum, loc. cit, p. 7.
        <pb n="114" />
        39 —

intensivement, en exploitant plus à fond les marchés
dont il est obligé de se contenter, quand il ne s'en ouvre
pas de nouveaux. C’est ainsi que des grands magasins
surgissent chaque jour aux antipodes :
« Les grands magasins sont une des créations du
» nouveau Japon, qui était par excellence le pays des
» magasins, des petites boutiques, il y à vingt ans à
s peine. Non seulement, il commence à y avoir un cer-;
 tain nombre de ces grands caravansérails où l'ache-»teur
 trouve tout ce qu’il est possible de se procurer,
» mais quelques uns de ces établissements marchant
s sur les traces de leurs modèles, américains et euro-»
 péens, entreprennent d'être leurs propres fournis-»
 seurs et fabricants pour un certain nombre d'articles
» Courants » *.
Ces magasins qui fabriquent eux-mêmes, c'est là encore
 un phénomène économique bien moderne, fort
âtendu, et qui fait paraître bien précaire le soi-disant
« principe » de la division du travail. ?
Aux Etats-Unis, où seul le colossal fait impression,
les grands magasins atteignent des dimensions fabuleuses
 :
x Nous avons trouvé des établissements qui vraiment
&amp;gt; sont pleinement conformes à l’idée courante de l'énor-»
 mité américaine. Nous en avons visité un qui occupe
» 12,000 employés. Le magasin possède 13 étages au-»
 dessus du sol et trois au-dessous. » *
Tout en nous demandant comment il est possible de
caser 12,000 employés et encore les clients dans 16 étases,
 et en nous demandant aussi si ce chiffre, à l’ordinaire
 des chiffres américains, ne comporte pas un ou

! Au pays du Mikado. Les grands magasins et leur chiffre
 d'affaires. Article de la Tribune de Genève, du 9 août
1929.
* Cf, notre note 1, page 76.
} Brandenberger, Le commerce de détail en Amérique.
        <pb n="115" />
        — 100 —

deux zéros surnuméraires, nous nous sentons impressionné.
 Et ce saisissement ne diminuerait pas, tant s’en
faut, s’il nous était donné de contempler des photographies
 des magasins Marshal Field &amp;amp; Co, à Chicago,
ou Wanamacker, à Philadelphie, par exemple.
Est-ce à dire que la croissance des grands magasins
est sans limites? Naturellement pas. Il faut d’abord que
la clientèle puisse les atteindre : ils pourront se développer
 d'autant plus que la population sera plus concentrée.
 Si la ville est très étendue, il leur faudra avoir
recours à des succursales de quartier. Et indépendamment
 de cela, il y a un certain optimum que le grand
magasin a avantage à ne pas dépasser et une certaine
grandeur limite qui ne saurait être dépassée par lui.
C’est sur quoi Hentschel insiste beaucoup *.
Venons-en aux critiques adressées aux grands magasins,
 Ils gâtent le goût du public ?, ils corrompent
même sa morale °, ils brouillent les notions qu’il peut
avoir ide la valeur des choses *, ils exploitent honteuse-*

 Op. cit., passim. L’auteur a l’air de ne pas croire au
danger des grands magasins et à peine à leur avenir. Il
Écrit, page 36 :
« Die imponierende Entwicklung, die die Warenhäuser in
» den Anfängen ihrer Entstehung zurückgelegt haben, war
»nach den vorausgeschickten Darlegungen dem Umstande
» zuzuschreiben, dass die neuen Finzelhandelsgrossbetriebe
» zahlreiche, brachgelegene Verbraucherkräfte angetroffen
» haben, und heute, wo diese zu einem guten Teil bereits
» mobilisiert sind, die Môglichkeiten jener grossbetriebs-»
 günstigen Jahre realisiert sind und neue nicht mehr in
p annähernd gleichem Umfange hinzukommen, haben pabrallel
 der Unkostenzunahme auch für die Warenhäuser
» die Rentabilitätssorgen eingesetzt. »
? Luzerns Handelsstand, p. 106.
3 De l’avis d’une Chambre des métiers d’Allemagne. Cf.
Wernicke, Kapitalismus und Mittelstandspolitik, p. 171.
* Sous le sous-titre: Situation anarchique et irrationnelle
 du commerce de détail, Goyard, op. cit p. 7, a cette
phrase :
«Faussé par les méthodes tapageuses où quelques arti-
        <pb n="116" />
        (31

ment leur personnel *, ils donnent à la réclame un caractère
 de concurrence déloyale, ils poussent le peuple
à vivre au-dessus de ses moyens, et surtout ils attirent
à eux la clientèle à laquelle le petit détaillant croit
avoir droit. -
I] y a à prendre et à laisser dans ces critiques, Quelques-unes
 sont en partie insincères, vu qu'il faut bien
trouver quelque chose à dire pour appuyer l'agitation
en faveur de l’oppression légale du commerce capitaliste,
 D’autres traduisent l’envie qu’éveille toujours celui
 qui a su réussir chez celui qui s’est laissé distancer.
C’est le cas de l’affirmation que le grand magasin pousse
 le peuple aux dépenses inutiles. Tout commerçant
n’en fait-il pas autant, peu ou prou? « Pousser» un
article, n’est-ce pas suggérer au public qu’il en a plus
besoin qu’il ne croit ? Et surtout, la vente à crédit n’estelle
 pas la méthode par excellence qui amène le pauvre
à trop dépenser ? Or, justement, les grands magasins ne
font aucun crédit. D’autres de ces critiques, enfin, sont
pleinement justifiées ou d’ont été. En ce qui concerne
la morale du consommateur, il est certain que le grand
magasin a donné à la réclame «et à l’exposition des
marchandises une telle puissance de suggestion qu'il
a favorisé la cleptomanie et la manie morbide d’acheter
 (Clerget). Quoique d'autre part, nous l’avons vu,
il ne soit pas seul à vendre certaines choses au-dessous
du prix d’achat, il a appliqué cette méthode de manière
 à brouiller complètement les têtes faibles en

b cles sacrifiés sont mis en relief comme trompe-l’œil, le
» client n’achète plus en connaissance de cause. »
! Govard, loc. cit, sous le sous-titre : Exploitation des faibles.
 Il y a aussi quelque chose de cela dans Clerget, qui
parle de sweating system. et de surmenage du personnel
au moment des fêtes.
        <pb n="117" />
        _— 102 —

vendant, par exemple, au prix de neuf centimes les
timbres de deux sous *
Il y a contradiction, au moins partielle, entre le reproche
 de dérober la clientèle et celui de faire trop
dépenser au public. Ce que le public dépense au Warenhaus,
 et qu’il n'aurait pas dépensé du tout, n’est en
effet pas pris au détaillant? Van der Borght, dans son
discours, déjà cité, à la Chambre prussienne disait :
« Je suis obligé ® de contredire l’opinion que tout le
» chiffre d’affaires des Warenhäuser doit être considéré
» comme pris aux détaillants. Cela n’est pas exact, Mes-»
 sieurs, Dans le chiffre d’affaires des Warenhäuser se
» cache toute une masse de chiffres d’affaires qu’ils ont
» créé eux-mêmes, qui sans eux n’existerait pas et qui
»ne peut par conséquent avoir été pris à personne » *.
Comme exemple d'article débité par les Warenhäuser
 en grande quantité, tandis que la vente en. était
précédemment négligeable, l’auteur cite les conserves,
précédemment trop chères. Mises à la mode par les

! Cf. Brandenberger, La Croisée des routes, p. 10. Cf.
aussi Blumer-Egloff et d’autres.
? A moins qu’il n’en résulte une compression d’autres
dépenses ou un recours plus énergique au crédit.
3 «Widersprechen muss ich der Auffassung…., als ob nun
» der ganze Umsatz der Warenhäuser zu betrachten sei als
pein Umsatz, der den Ladenhändlern entzogen sei. Das
» stimmt nicht, meine Herren. In dem Umsatz der Waren-»phäuser
 steckt eine ganze Menge Umsatz, der neu erzeugt
bist durch die Warenhäuser, der ohne die Warenhäuser
» überhaupt gar nicht vorhanden sein würde, also auch
» niemandem entzogen werden kann. »
* Faucherre, Mittelstandsbewegungen und Konsumgenossenschaften,
 reprend, page 27, cet exemple et le fait suivre
des remarques suivantes :
«Es zeigt sich hier eben eine alte, oft übersehene volks-&amp;gt;
 Wirtschaftliche Wahrheit, dass niedere Preise ihrerseits
» die Nachfrage erweitern und dass niedere Preise breite
&amp;gt; Schichten des Volkes in die Konsumfâhigkeit hinein-»
 wachsen lassen. ».
        <pb n="118" />
        103

grands magasins, elles ont ensuite été abondamment
vendues par les petits. Qui donc a pris la clientèle ? *
Sombart voit des avantages à la pacotille des grands
magasins. Il met d’abord en doute que la pauvre femme
 d’ouvrier puisse soustraire quelque chose à son
budget pour acheter de l’inutile Puis quand cela
serait ? dit-il :
« Je suis d’avis que l’article artistique même le plus
&amp;gt; inférieur peut exercer une influence éducative et
&amp;gt; ennoblissante, Il vaudra toujours mieux que rien.
» J'ai passé bien des heures dans ces bazars à bas prix
&amp;gt;et ai souvent observé avec. joie comment la femme
&amp;gt; d’ouvrier achète peut-être en plus de ses emplettes
&amp;gt; nécessaires un vase qu’elle voit exposé là pour 30
» pfennig, ou une mauvaise copie de peinture à l'huile,
»ou quelque ornement. C’est pourtant quelque chose
&amp;gt; qui fait vraiment s’éveiller dans ces âmes un premier
» pressentiment d’un autre monde que celui de la mi-»
 sère où elles vivent ordinairement » ?,
Quant au reproche d’exploiter les employés et surtout
es employées, il reste mérité par beaucoup de maisons,
mais pas par les meilleures. Dans celles-ci, la direction
sait, au besoin, pour élever les salaires, tenir ‘tête à des
actionnaires avides de dividende. Le président du con-:

 Ibid.

? Conférence de Breslau, Cf. Wernicke, op. cit. p. 229.
«Ich bin der Meinung, dass auch der minderwertigste
»bKunstartikel einen fôrdernden, einen veredelnden Einpfluss
 auszuüben imstande ist. Er ist immer besser wie
»gar keiner. Ich habe manche Stunden verbracht, in diepsen
 minderwertigen Bazaren und habe oft mit Freude
» beobachtet, wie sich die Arbeiterfrau zu ihren notwen-»
 digen Ausgaben vielleicht eine Vase kauîft, die sie für 30
» Pfennige da sieht, oder einen schlechten Oeldruck oder
&amp;gt; sonst ein Schmuckstück. Ja, das ist doch etwas, was
» tatsächlich eine erstmalige Ahnung von einer anderen
» Welt als der Misère, in der sie sonst leben, in diesen
à» Seelen aufkommen lâsst »
        <pb n="119" />
        104

seil d’administration des Galeries Lafayette est d'avis
que « si un employé ne gagne pas sa vie, il n’y a rien
» à en attendre. De la marchandise, tout le monde en
&amp;gt;» trouve, mais on ne trouve pas aussi facilement le per-»
 sonnel ». Et il agit en conséquence *.
On peut se demander du reste si c’est bien aux représentants
 de la classe moyenne à se faire Jes portevoix
 des revendications sociales des employés de commerce
 prolétarisés. I] y a bien des raisons de croire que
la dure situation des employés de Warenhäuser les laisseraient
 froids s’ils n’étaient pas à la recherche de tout
ce qu’on peut objecter à ces maisons, s'ils n'étaient pas
prêts à enrôler dans leur lutte contre le commerce
capitaliste n'importe quelles troupes et faire flèche de
tout bois. Ils ne semblent pas en effet exagérément bien
disposés envers les ouvriers et employés lorsque les
Warenhäuser ne sont pas en cause :
«Enfin », disait le leader catholique Trimborn, énumérant,
 dans le discours déjà cité, ce que les hommes
politiques qui prennent la défense de la classe moyenne
sont en droit d’exiger d’elle en retour, « la classe moyensne
 doit accorder aux autres classes ce qu’elle réclame
» pour elle-même. Ceci s'applique entre autres à la clas-»se
 ouvrière. Lie patron qui appartient à la classe
» moyenne doit lui aussi reconnaître l'égalité de droits
sde l’ouvrier au point de vue économique » *.
Il y aurait d’autres abus à reprocher aux Warenkäuser,
 sans qu’on ait jamais la garantie d’avoir cité

! Voir toute la discussion relative aux frais généraux
des Galeries Lafayette, aux pages 3 et 5 du Détaillant de
l'Est du 25 décembre 1928.

? Endlich muss der Mittelstand anderen Ständen das
» gewähren, was er für sich selbst beansprucht. Das gilt
»namentlich gegenüber dem  Arbeiterstand… Auch der
» Arbeitgeber im Mittelstande muss die wirtschaftliche
» Gleichberechtigung des Arbeiters erkennen. »
        <pb n="120" />
        (05

le dernier. Car, il en peut naître chaque jour de nouveaux,
 de même qu’il y en a, nous l’avons vu, qui s’atténuent
 et disparaissent. D’autres aussi sont rapidement
imités par d'autres groupes du commerce de détail. Ne
citons que pour mémoire les fausses liquidations qui,
sous des noms divers, durent le long de l’année. Liquidations
 où l’on débite au rabais, non seulement des fonds
de tiroir dont il faut se débarrasser, mais des articles
commandés exprès pour la circonstance et de qualité particulièrement
 médiocre, ou pourvus de fausses étiquettes,
dans le but de donner l'impression d’un rabais énorme
qui n’a jamais été consenti. L'usage abusif des primes
constitue un chapitre à part. Il semble fort innocent, car
chacun de nous fait de son bien ce qu’il veut et peut aussi
le donner au premier venu. Cependant, cet usage des primes
 sent la concurrence déloyale à plusieurs titres, en
particulier parce que Je client s’exagère la valeur de la
prime reçue et se livre sans défense à une suggestion
qui dépasse le degré normal de pression que la réclame
èst en droit d'exercer sur la clientèle. La publicité qui
trompe n'est plus de la publicité admissible *. Mais il y
a tant d’attrait à recevoir quelque chose sans payer, ou
en s'efforçant de s’imaginer qu’on ne le paye pas, que
le système des primes aura bien certainement la vie
dure. Si nous en croyons des interventions législatives
récentes, il fleurit plus que jamais en Allemagne et y
revêt des formes plus que jamais intolérables?. C’est

‘ La Chambre des métiers de Leipzig parle ainsi des
» primes : «…die vielfach zu beobachtenden Zugaben oder
» Beipackungen von Gegenständen für gekaufte Waren in
&amp;gt; Verbindung mit den hierbei angewendeten Geschäîts-&amp;gt;
 gebahren, um Kunden anzulocken.…. »
? V. le Bulletin de l'Institut International des Classes
moyennes (55, Avenue de la Couronne, Bruxelles, numéro
de décembre 1928). A la page 141, se trouve un projet de
loi déposé au Reichstag, le 30 décembre 1928, pour com-
        <pb n="121" />
        — 106 —

en Allemagne aussi que des grands magasins ont eu
recours à une pratique à peine croyable : ils ont établi
des caisses d’épargne où les dépôts reçoivent un intérêt
de 12 %, mais sont bloqués et ne peuvent servir qu'à
payer des achats faits dans le magasin *.
Au Japon, les grands magasins ont augmenté le volume
 de leurs affaires par le système des bons, qui rappelle
 la pratique des contremarques délivrées par les
coopératives de consommation, et qui aboutit au même
résultat : faire payer le client d’avance, Ce n’est plus
l’acheteur à qui le magasin fait crédit, c'est l'inverse :
les inconvénients du crédit changent en quelque sorte
de camp, mais le public ne semble guère s'en apercevoir,
 car ces bons jouissent d’une grande faveur *.

battre «la plaie des primes et réglementer l’allocation de
rabais. »
Les seules primes permises sont celles dont le caractère
d’objets de réclame est indéniable (calendriers ?). Les
rabais doivent être consentis en argent ou en timbresrabais,
 ceux-ci n’étant remboursables qu’en argent.
1 Ceci résulte d’une autre motion au Reichstag reproduite
 à la page 146 du même numéro du Bulletin de l'institut
 International des Classes moyennes.
? V. l’article déjà cité de la Tribune de Genève :
«Une coutume fort curieuse est l’émission de bons de
&amp;gt; marchandises, pour une valeur déterminée, par les
» grands magasins de Tokio et d'Osaka ; le client verse une
» somme et il reçoit en retour un ou plusieurs bons échan-»
 geables contre telle ou telle marchandise à son choix.
» Ces bons n’étant pas nominatifs peuvent être cédés ou
» vendus à des dockers qui en font un gros commerce en
» escomptant au rabais aux cédants et en les revendant
» avec bénéfice à ceux qui en demandent. Les Japonais,
» grands donneurs de cadeaux, aiment beaucoup ce systè-»
 me qui les dispense d'avoir à acheter un objet qui peut ne
» pas plaire. Les grands magasins y trouvent leur compte,
» ne serait-ce que par la perte d’un certain nombre de
» bons vendus ». Le journal ajoute qu’il se vend par an pour
50 à 60 millions de francs de ces bons. Il nous renvoie à la
revue mensuelle Japon (en japonais ?) Peut-être les noms
de Mitsukoshi, de Matsuya, de Shirokiya, seront-ils un
jour aussi connus que ceux de Wanamaker, du Louvre ou
de Tietz.
        <pb n="122" />
        107

On le voit, les Warenhäuser ne sont pas démunis de
ressources pour attraper la clientèle*. Mais on s’illusionnerait
 dangereusement en s’imaginant que leur
puissance ne tient qu’à des manœuvres déloyales et
qu’une lutte plus énergique contre la concurrence déloyale
 suffira à les paralyser *.

! «Leider wird diesen Zugmitteln gegenüber keine Wa-»
 renhaussteuer etwas helfen.» (Rapport de la Chambre des
métiers de Francfort sur l'Oder pour 1900-1904, cité par
Wernicke, op. cit, p. 179).
? Die Tatsache, dass eine nicht einwandfreie Geschäfts-»
 praxis zum Erfolge der Warenhäuser vielfach beigetragen
&amp;gt; hat, ist nicht zu bestreiten. Aber damit ist die Frage nach
» den Ursachen des Erfolges der Warenhäuser noch nicht
» ganz und endgültig beantwortet. Die Frage ist noch zu
vprüfen, ob nicht die Geschäftsform des Warenhäuses seivnen
 Erfolg mitbedingt.» (Cf. Engel, op. cit, p. 18).
        <pb n="123" />
        — 108 —

Les sociétés à succursales multiples.

La société à succursales multiples représente la forme
capitaliste du magasin spécialisé *. Par cela même, elle
est beaucoup plus dangereuse pour le petit commerce
que le grand magasin, car il est impossible à celui-ci de
faire concurrence pour les spécialités et les qualités de
luxe. À un autre point de vue encore, la société à succursales
 multiples est très redoutable au détaillant. C’est
que, comme lui, elle va au-devant du client ; elle le
poursuit dans son quartier. Fort heureusement, ces entreprises
 sont coûteuses et le contrôle des gérants trop
compliqué (Clerget). Le choix n’en est du reste point
facile. Le détaillant reste moralement plus près du
client, avec qui il est souvent en relations personnelles.
C’est un fait auquel la succursale ne changera rien,
même en étant porte à porte avec le détaillant :
« C’est un peu pour toutes ces raisons, et en particulier
 pour réduire leurs frais généraux, que plusieurs
&amp;gt; sociétés à succursales multiples ont renoncé à ouvrir
» des magasins, dont l’exploitation est trop onéreuse, et
» ont préféré installer des dépôts dont la gérance a été
&amp;gt;confiée à des détaillants. Et ajoutons que, pour la
» plus grande honte du commerce indépendant, il s’est
&amp;gt; trouvé des négociants qui ont accepté ces dépôts » ?, 3.

! CË Engel, op. cit, p. 44.
? Relire notre note page 92. La Société à succursales multiples
 est en infériorité même avec le système des dépôts,
les détaillants qui sont venus à elle ne représentant pas des
éléments de premier ordre de la profession.
3 Brandenberger, La croisée des routes, pp. 8-9.
        <pb n="124" />
        109 —

Cependant, Gilles Normand ! estime que les sociétés
à succursales multiples correspondent à un besoin :
« Les maisons à succursales sont nées parce qu'elles
»répondaient à des besoins nouveaux ; elles se dévelop-&amp;gt;
 peront parce que, à la faveur du cataclysme mondial,
» les besoins se sont accentués. La hausse des salaires
&amp;gt;» accroissait le pouvoir de consommation ; le désir de
» bien-être et de faux luxe a envahi les couches profon-»
 des de la société. De plus en plus, les rouages sociaux
» inutiles tendent à disparaître, à s’éliminer » ?,
Le même auteur leur attribue une valeur éducative,
si l'on peut dire :
« Que les succursales d’une firme alimentaire s’ins-»
 tallent, et, bientôt, l’on ne verra plus, chez maints épi-»
 ciers, les denrées mélangées sans ordre sur les rayons :
»le pétrole à côté du café, par exemple. Si ce n’est le
» pétrole, ce peut être le fromage, et cela ne vaut guère
mieux. Le petit commercant, pour secouer ses néglis
 gences, a besoin du coup de fouet de la concurrence,
» comme, souvent, il n’a point été préparé à l’exercice de
&amp;gt; la carrière qu’il a embrassée, s’il se perfectionne, c’est
» davantage par imitation, quand sa prospérité est me-&amp;gt;
 nacée, que par intuition » 3,
Le système des sociétés à succursales multiples est en
pleine période d’extension. Cela tient au fait que le capitalisme,
 qui avait d’abord laissé de côté, plus ou
moins, le commerce des denrées alimentaires, s’y jette
aujourd'hui avec vigueur, les autres filons commencant
 à s’épuiser *, 5.

* Gilles Normand, Le Grand Commerce de détail.
? Op. cit, p. 107.
* Op. cit, p. 105.
* Cf. notre note 1 page 100.
*«Nous remarquons pendant les dernières années une
» concentration très forte dans ce commerce de détail.»
Celui des denrées alimentaires). Extrait d’une lettre de
M. Stauff, directeur de l’Office municipal de statistique de
Strasbourg, du 8 novembre 1928.
        <pb n="125" />
        110 —

Les sociétés coopératives de consommation.

La théorie et le mécanisme de ces sociétés sont suffisamment
 connus pour que nous n’ayons pas besoin
de nous y étendre ici. Elles apparaissent à un moment
défini de l’évolution capitaliste au moment où les
formes classiques du capitalisme commencent à fléchir.
Ces formes classiques sont la grande entreprise par l'entrepreneur
 indépendant et la société par actions. La
seconde représente elle-même un fléchissement du capitalisme,
 L’entrepreneur à son compte est remplacé par
le directeur salarié, qui n'apporte évidemment plus à son
œuvre le même élan. Il n’est plus propriétaire, du
moins plus exclusivement. Le propriétaire, c’est l’actionnaire
 et rien n’empêche le consommateur d’être parmi
 les actionnaires des maisons qui couvrent ses besoins
et d’apporter à l'assemblée générale quelque chose d’une
mentalité capitaliste pure, orientée vers le seul prolit
du producteur. La coopérative représente le dernier
stade de ce développement, celui où l'organisme capitaliste
 est entre les mains des consommateurs, à l'exclusion
 de tous les autres. Que la société coopérative soit
une organisation capitaliste, quoique les doux rêveurs
qu’elle contient encore voient en elle une organisation
destinée à évincer le capitalisme (on peut fort bien être
évincé par son semblable), cela résulte évidemment du
sens dans lequel elle dévie peu de temps après sa création.
 Le Dr Hans Müller, ancien secrétaire de l’Union
suisse des sociétés de consommation, s’indigne en près
        <pb n="126" />
        {11

de 500 pages (op. cit.) contre la déviation de cette union
dans le sens capitaliste. Cette déviation est allée si loin
qu’on a pu voir, en 1904, l’Union établir entre elle et la
société par actions Bell une communauté d’intérêts extrêmement
 suspecte, si on la juge du point de vue du
profit qu’en pouvait retirer le consommateur. Müller est
indigné que les milieux coopérateurs aient laissé triompher
 une mentalité de profiteurs, sans voir que le contraire
 est quasi inconcevable, à moins de sortir du monde
et de ses réalités. Estimant que lui et son livre représentent
 la vérité, il leur prédit une victoire certaine
pour tout de suite ou plus tard. Nous craignons que ce
« plus tard » ne se fasse terriblement attendre.
La société coopérative appartient au crépuscule du
capitalisme. Elle représente l’entreprise capitaliste d’une
époque où les fondements de la société actuelle auraient
été renversés. Elle serait l’entreprise par excellence dans
une société collectiviste, la seule possible même, car il
va sans dire qu’un monopole d’Etat embrassant toute la
vie sociale, ainsi que le rêvent les socialistes, ne créerait
rien, à supposer même qu’il soit viable. Les initiatives
créatrices devraient se faire jour ailleurs, et nous ne
c&amp;amp;ncevons pas d'autre forme sous laquelle les réaliser
dans l’économie collectiviste que précisément la société
coopérative, la seule société commerciale qui ne laisserait
 en apparence, aucun profit aux mains de l'entrepreneur.
 Aussi y a-t-il longtemps que le mariage est consommé
 entre socialisme-communisme et coopératisme,
quoique les socialistes se soient tenus, assez longtemps,
dans l’expectative pour n’abandonner leur prudente réserve
 que lorsque l'identité des deux mouvements, d’origine
 indépendante, est apparue dans toute son aveuglante
 clarté *.

* «Die Genossenschaft hat sogar innige, geistige Beziebhung
 zum Sozialismus». (Hans Müller, op. cit, p. 421.
Cette phrase est tirée de sa leçon inaugurale comme privat-docent
 sur les questions coopératives à l’Université de
Zurich. en 1915).
        <pb n="127" />
        112 —

Que cette identité soit niée par les cercles dirigeants
des coopératives, voilà qui n’étonnera personne : il s’agit
de garder à ces sociétés leur clientèle bourgeoise, fort
nombreuse, et la plus intéressante *, Ce sont surtout les
paysans qui la constituent, probablement parce que le
paysan, naturellement regardant, est séduit par un sysième
 qui élimine, soi-disant, le profit de l’intermédiaire
 2. « Combien souvent j'ai déjà observé, dit l’organe

! Elles comptent même des détaillants. Thur (op. cit, p.
25) prétend avoir vu de nombreux détaillants d’autres branches
 que l’épicerie acheter leur épicerie à la coopérative.
Cela ôte naturellement du poids à leurs protestations contre
l’existence des coopératives. Quant aux artisans, il est bien
difficile de les faire renoncer aux coopératives. Lorsqu’on
les presse, il peut leur arriver de répliquer avec une grande
violence et de contre-attaquer sur un ton bien plus inamical,
 à l’égard des détaillants, que celui des pamphlets des
coopératives. Cf. Gewerbezeitung, passim, surtout No 14 de
1918. Cf. aussi Faucherre, Mittelstandsbewegung und Konsumgenossenschaften,
 p. 38. Mais il va sans dire que les
milieux officiels des arts et métiers ne veulent rien savoir
d’une rivalité entre artisans et commerçants. Le vingtneuvième
 rapport de l’A. E. S. contient, p. Z un passage
très intéressant sur le sujet qui nous occupe :
«L'’artisanat suisse a, par deux fois, à l’instigation de
» dirigeants du mouvement des détaillants, pris des résolu-»
 tions qui posent en principe l’incompatibilité de l’appar-»tenance
 à une société d’arts et métiers avec l’apparte-»
 nance à une coopérative de consommation. Le bien-fondé
» de ce point de vue est incontestable. Quoique plusieurs
» porte-parole du mouvement artisanal, d’accord en prin-»
 cipe avec cette exigence, aient trouvé prématurée l’accep-»
 tation des résolutions en question et en aient recommandé
»le rejet, celles-ci ne furent pas moins votées à une forte
» majorité. Et si, plus tard, la direction de l’Union suisse
» des arts et métiers a dû essuyer des reproches parce que
» ces résolutions n’ont pas été suivies d’application, ces re-»
 proches sont injustes. Il est facile de voter des résolutions
» dont chaque membre sent le bien-fondé, mais on devrait
» se garder de les provoquer avant que le terrain soit pré-»
 paré. » La grande masse ne possède pas encore la capacité
 de « penser et d’agir conformément aux intérêts de
»la classe moyenne. »
? Cf. notre note 3 page 31.
        <pb n="128" />
        Baf 458 etre 44 464,

113

sde l’Union suisse des services d’escompte ‘, que la
s population rurale appartient aux meilleurs clients de la
» société de consommation ». Aussi la presse coopérative
ne manque-t-elle pas de répéter sur tous les tons que
les coopératives sont neutres, se tiennent hors des luttes
de partis, etc. ?. L’affirmation que les coopératives sont
une institution socialiste, même si quelques bourgeois
s’y égarent, est traitée de vieille tromperie *, « Qui trompe-t-on
 ici ? » pouvons-nous répondre, en reprenant une
phrase célèbre, quand nous mettons en face de ces pudiques
 protestations de vertu bourgeoise les affirmations
des socialistes :
« Un député socialiste disait, il y a déjà des années :
« Grâce au coopératisme, nous désagrégeons l'Etat bour-»
 geois». Un autre chef socialiste s’exprimait, il n’y a
pas longtemps, en ces termes : « Par les coopératives de
&amp;gt; consommation, nous nous proposons de ruiner l’ordre
» économique actuel » *.
C’est une singulière idée que de définir par l’égoïsme
humain. comme le fait BrandenbergerS, la cause de

! Cité par le Genossenschaftliches Volksblatt, du 30 août
1999.

? I faut que ce mensonge soit bien nécessaire pour qu’on
ose l’imprimer encore dans une ville (Bâle) où paraissent
la plupart des traités et journaux coopératifs, mais où les
élections au Conscil de la coopérative locale, la plus puissante
 de la Suisse, ont lieu exactement sur le modèle des
élections politiques, avec le même déchaînement de haines
et de mensonges. Ici, il n’est plus fait mystère au moins sur
les affiches électorales, du fait que la coopérative est la
« chose » des ouvriers, et que les membres bourgeois du
Conseil doivent en être expulsés si possible. Cette politisation
 de la coopérative bâloise dégoûte profondément Hans
Müller (op. cit.).
* Alter _Schwindel. Cf. Genossenschaftliches Volksblatt
30 août 1929.
* 29e rapport de l'A. E. S. (Association des Epiciers suisses),
 page 3.
* La Croisée des routes, p. 1, paragraphe intitulé Le passé.
        <pb n="129" />
        — 114 —

l’apparition des coopératives. D'abord, l'égoïsme n’est
pas une explication en économie politique, celle-ci ne
connaissant que l'homme égoïste; ensuite, même en
passant là-dessus, la définition n’est pas scientifique,
parce qu’elle n'embrasse pas tout le défini (il y a des
coopérateurs idéalistes : Hans Müller !), et parce qu’elle
ne s'applique pas au seul défini (l’égoïsme a toujours
existé mais mon pas les coopératives).
Cependant, le mot d’égoïsme, si défectueux qu’en soit
l’emploi dans un travail scientifique, a un grand avantage
 : il est la clef de cette évolution rétrograde des
coopératives qui désolait si profondément Hans Müller.
Quoi qu'elles aient prétendu devenir, elles ne sont plus
aujourd’hui que de grosses maisons de commerce semblables
 à beaucoup d’autres, et où une quantité d’abus
se sont implantés. Or, la cause en est justement l’égoïsme,
 ‘c’est-à-dire le malentendu entre l’idée directrice
du mouvement, qui est que les consommateurs constituent
 une communauté à laquelle chaque acheteur
isolé se doit de consentir certains sacrifices (un pour
tous !), et l’idée directrice de l'individu qui devient
membre d’une coopérative, qui est de tirer tout le profit
possible de J’existence de la communauté (tous pour
un !). Cela suffit pour fausser toute l'institution et lui
enlever toute justification théorique ?.

! CÎ. notre note 4 p. 94. L’égoïsme n’est du reste pas le monopole
 des consommateurs groupés en coopératives : «ces
» consommateurs furent encouragés aussi, en partie, par
» l’égoïsme de quelques négociants qui ne surent pas résister
» à la tentation et prélevèrent en plus du salaire auquel ils
» avaient droit un pourcentage qui suscita l’envie des au-»tres
 ». (Brandenberger, loc. cit.).
? P. Beuttner, op. cit, consacre toutson paragraphe B. 4
à démontrer la faillite de l’esprit coopératif, après avoir
consacré son paragraphe B. 3 à démontrer l’identité foncière
 du mouvement coopératif et de la lutte des classes. Il
dit aussi, p. 14 : « Der genossenschaftliche Gemeinschaftssinn
» existiert leider nur in der Einbildung der Theoretiker. »
        <pb n="130" />
        115 —

Les sociétés coopératives de consommation ont, à un
certain moment, constitué une menace extrêmement
srave pour le commerce privé. Cela tint surtout à ce
qu’elles eurent avant celui-ci, non l’idée des achats en
commun, mais le sens pratique nécessaire pour la réaliser!.
 Mais aujourd’hui, leur puissance d’expansion
semble avoir considérablement reculé, comme ce que
nous avons dit plus haut permettait de le prévoir. Elles
maintiendront vraisemblablement leur position, et à
cela leur rôle d’instruments de politique révolutionnaire
 ne contribuera pas peu, mais leur rêve de mettre sur
le pavé tout le commerce de détail attendra sa réalisation
 jusqu’aux calendes grecques, alors même que les
scrupules qui, il y a vingt ans, empéchaient les gens
« bien » de recourir à leurs services se sont probablement
 volatilisés ?. La guerre a opéré bien d’autres « miracles
 »,
Le petit commerce, étonné de l'apparition des coopératives,
 est revenu de sa surpriseS. Il s’est organisé, il a
passé aux achats en commun. Toutefois, le danger des
coopératives étant non seulement commercial (et comme
 tel susceptible d’être écarté par les efforts du comt

 Cf. Brandenberger, loc. cit. p. 2.
* Le Dr. J. Steiger écrivait en 1908 (op. cit, p. 47): «Es
) gibt viele Leute, die aus natürlichem Gerechtigkeitsgefühl
à nicht einzusehen vermôgen, warum die Privatgeschäfte
» nicht vornehmlich von denen unterstützt werden sollen,
» die im Leben besser gestellt sind und die der durch die
» Konsumvereine gebotenen Vorteile nicht so bedürftig sind,
»m. a. W. für die man die Konsumvereine nicht geschaffen
» hat. »
3 P. Beuttner, op. cit, p. 13: «Die Revolution in der
» Wirtschaîtstechnik — das soll zugegeben werden —
p überraschte die kleinhändlerische  Warenvermittlungsp
 tätigkeit. Die zôgernde Haltung des Kleinkaufmannsstandes
&amp;gt; beim Uebergang zur wirtschaftlichen Selbsthilfe leistete
» den besten Vorschub in der Entwicklung der wirtschaft-»lichen
 Gegner. »
        <pb n="131" />
        — 116 —

merce privé, si celui-ci sait tirer parti à fond de ses
avantages naturels), mais politique, nous ne voudrions
pas affirmer, avec les détaillants lucernois, que le danser
 coopératif ait disparu pour toujours*. Il faut se
garder de sous-estimer un adversaire, même lorsqu'on
croit avoir ruiné son offensive : le détaillant a tout à
gagner à se rendre compte des causes du succès des
coopératives, même si celui-ci lui semble passager”.
C'est manquer de foi dans l’ordre moral que de croire
qu’une institution peut se développer puissamment sans
avoir des côtés utiles et légitimes. Et le détaillant qui
considère comme un devoir de la part du consommateur
de renoncer aux coopératives doit aussi considérer comme
 un devoir de sa propre part de reconnaître les avantages
 desdites sociétés, afin d’en faire jouir ceux qu’il
voudrait voir les quitter. C’est d’autant plus facile qu’il
n’y a jamais eu, à proprement parler, un abîme entre ce
que les coopératives sont capables de faire et ce que
font les détaillants :
« Même un protagoniste aussi zêlé du mouvement
coopératif que L. Parisius déclare, comme je l’ai déjà
mentionné, dans l’année 1868 des Feuilles coo-»
 pératives, page 173 : On se convaincra de plus en plus

&amp;gt;

! Luzerns Handelsstand, p. 96 : «Dank der geschlossenen
» Organisation unserer Handelsleute und der mâächtig ge-&amp;gt;
 wordenen Einkaufsgesellschaît der Spezereihändler ist
»die konsumgenossenschaftliche Gefahr beschworen, sie
» kehrt nicht wieder ! »
? Engel, op. cit, p. 33: « Vielfach erklärt man, ohne sich
» weiter zu bemühen, die Einrichtung und Bewegung näher
»zu verstehen, geschweige denn gerecht zu würdigen,
»rundweg den Konsumverein für eine ‘überflüssige und
» verderbliche Einrichtung, « weil» er dem berufsmässigen,
»zum Teil alteingesessenen Kleinhandel empfindlichen
» Schaden zufüge. Ein solches Verhalten schlägt aber
»notwendig zum Schaden des Detaillistenstandes selbst
» aus. Nur dann kann man einem Konkurrenten erfolgreich
»entgegenwirken, wenn man von seiner Art und den
» Ursachen seiner Erfolge Einsicht gewonnen hat. »
        <pb n="132" />
        117

s que la société coopérative de consommation ne peut
» inventer un système de vente au détail flambant neuf,
» et surtout en ce qui concerne les prix » *.
Mieux encore : il tombe sous le sens que, sauf dans
un pays entièrement prolétarisé, les coopératives, même
fonctionnant à la perfection, ce qui n’est point le cas,
ne peuvent rendre superflus les magasins indépendants.
{1 y a une énorme exagération à prétendre que le coopératisme
 peut faire disparaître le commerce libre. Si
cela s’est produit ici ou là ?, il faut admettre qu'il
s'agissait de contrées où la situation sociale est anormale,
 de régions industrielles où les besoins sont en
quelque sorte nivelés par la misère. En effet, « nous
» arrivons ici à un point qui, lorsqu’on porte un juge-»
 ment sur la question des coopératives, est souvent
négligé, à savoir la supériorité tout à fait évidente

! «Auch ein so eifriger Fôrderer des Konsumvereins-»
 wesens Wie L. Parisius erklärt — wie ich schon erwähnte
» — im jahrgang 1868 der Blätter für Genossenschaftswesen
&amp;gt; S. 173: «Man wird sich mehr und mehr überzeugen,
» dass der Konsumverein kein funkelnagelneues Detail-»
 verkaufssystem erfinden kann — am allerwenigsten in
» Anschung der Preise.» (Wernicke, Kapitalismus und
Wiftelstandspolitik, p. 201).
P. Beuttner dit aussi (op. cit, p. 31) : « Noch vor wenigen
» Jahren erhoben die schweizerischen Konsumvereine den
&amp;gt; Anspruch einer verbilligten Warenvermittlung unter
) Ausschaltung des selbsterwerbenden Kleinhandelsstandes….
» Dass sich ein solches Ideal durch die Konsumgenossen-»
 schafît nicht erwirken lässt, haben wir bereits an dieser
» Stelle dargetan. »
* Brandenberger, La Croisée des routes, p. 3: « L’épicier
indépendant a été complètement supplanté dans certaines
régions de France et de Belgique par les sociétés à suc-»
 cursales et les coopératives qui seules — ou presque — asy»
 surent le ravitaillement de la population.» À côté de la
pauvreté de cette population, on peut se demander si la
médiocrité professionnelle des détaillants de ces régions
n’a pas puissamment contribué à amener ce résultat et s’il
ne serait pas possible au commerce privé de se livrer à une
-ontre-offensive au moins partielle.
        <pb n="133" />
        — 118 —

» d’une entreprise privée sur une entreprise coopérative
» dans la spécialisation des marchandises et la prati-»
 que commerciale en général, que ce soit à l’achat, que
&amp;gt;ce soit à la vente » *,
L'auteur que nous citons revient à plusieurs reprises
sur cette idée et la développe. Nous y reviendrons avec
lui, car il n'est pas superflu d’y insister :
« Les magasins privés ont sur les dépôts de la société
» coopérative le grand avantage de relations beaucoup
&amp;gt; plus personnelles avec leur clientèle. La coopérative
» Gonne souvent l'impression d’un dépôt officiel où tout
» doit marcher à la baguette d’après les règlements. On
&amp;gt; ne peut guère demander aux vendeuses de prendre un
» véritable intérêt aux affaires de la maison et à la
» clientèle aussi longtemps qu’elles ne sont pas intéres-»
 sées au chiffre d’affaires, Ce qui ne veut pas dire que
&amp;gt; cet intérêt au client n’existe pas en beaucoup d’en-&amp;gt;
 droits » ?

« Grâce au pouvoir d’adaptation, en général meilleur,
&amp;gt; du commerce privé, aux besoins surtout de la meil-*

 (Dr Steiger, op. cit, p. 19, sous le titre : Konsumvereine
und Privatgeschäfte) « Hier kommen wir nun auf einen
» Punkt, der bei der Beurteilung der Konsumvereinsfrage…
» oft übersehen wird : nämlich das ganz selbstverständliche
» Uebergewicht eines sorgfältigen Privatbetriebes über den
» Genossenschaftsbetrieb in der Spezialisierung der Waren,
» und des Geschäftsbetriebes überhaupt, sei es im Einkauf,
» sei es im Verkauf.
? «Die Privatgeschäfte haben den grossen Vorteil gegenbüber
 den Konsumvereinsablagen, dass sie meistens in
p einem vie] persänlicheren Verhältnis zu ihrer KundschaËft
» stehen. Im Konsumverein hat man oft mehr das Gefühl
» von einer staatlichen Ablage, wo alles am Schnürchen
plaufen muss nach den Reglementen. Ein wirkliches
» Geschäftsinteresse und Interesse an der Kundschaft kann
»den Verkäuferinnen kaum recht zugemutet werden, so
» Weit sie nicht am Umsatz interessiert sind. Damit soll
» nicht gesagt sein, dass es nicht manchen Orts existiert. »
(ibid, p. 29).
        <pb n="134" />
        119 —

»leure clientèle, un vaste domaine lui reste définiti-&amp;gt;
 vement garanti. » *
Dans les Basler Nachrichten du 20 mars 1908, le même
 Dr Steiger conteste également que la coopérative
de Bâle ait acculé le commerce privé à la ruine. Mais,
il ajoute : ?
« En vérité, une influence ne peut être niée, c’est que
»les magasins privés ne sont demeurés rentables que
» s’ils sont exploités par des gens véritablement compé-»
 tents, actifs et pourvus du capital nécessaire, en oppo-&amp;gt;
 sition avec une époque antérieure où tout au moins le
» petit commerce pouvait s’adonner à une existence con-»
 templative » *,
Si les ‘entreprises sérieuses résistent mieux que les
autres à l'assaut du coopératisme, celui-ci n’a vraiment
pas rien que des mauvais côtés. A quelque chose
malheur est bon. Nous savons, en effet, que les dé-‘aillants
 surnuméraires et incapables doivent disparaître.
 Tant mieux, après tout, si les coopératives contribuent
 à cette œuvre d’assainissement. En cela elles
lravaillent sans le vouloir à renforcer leurs adversaires
 véritablement sérieux; Faucherre, quand il loue
les coopératives d’avoir, en mettant le petit commerce
en danger, réveillé celui-ci de sa léthargie, ne fait pas
autre chose, comme coopérateur, que de louer ses
ennemis d’être devenus capables de se défendre *

! «Dank dem im  Allgemeinen bessern Anpassungs-»
 vermôgen des Privathandels an die Bedürfnisse haupt-»
 sächlich der besseren Kundschaît, bleibt diesem stets eine
» weite Domäne gewahrt.» (Ibid, p. 47).
? Cf. notre note 3, p. 71.
3 « Allerdings der Einfluss lässt sich nicht leugnen, dass die
&amp;gt; Privatgeschäfte nur noch rentieren, wenn sie von wirkblich
 geschäftskundigen, fleissigen und mit dem nôtigen
» Kapital ausgerüsteten Leuten geführt werden, im Gegen-»satz
 zu früher, wo wenigstens der Kleinhandel sich einer
» gewissen Beschaulichkeit hingeben konnte. »
* Die wirtschaftliche Lage des Kleinhandels, p. 26.
        <pb n="135" />
        120

« On ne peut prouver, chiffres en mains, que tant et
» tant d’existences sont tombées victimes des coopéra-&amp;gt;
 tives, Sans aucun doute, il n’a pu s'agir que des plus
&amp;gt; faibles, des éléments nuisibles au commerce privé
» sérieux. Si dur que puisse être le sort pour ceux
&amp;gt; qu’il frappe, pour le développement économique, de
&amp;gt; telles éliminations sont nécessaires et saines. » ‘
Le même auteur dit encore, et en cela il se trouve
en un accord, assez rare chez lui, avec les détaillants
lucernois, qu’il cite d’ailleurs en note : *
« Les coopératives de consommation ont moins re-»
 foulé le commerce des denrées coloniales qu’elles ne
&amp;gt;l’ont en un certain sens endigué, en ce que le nom-»
 bre des commerçants pas sérieux ne s’accroît plus
» dans une proportion aussi angoissante. Que malgré
&amp;gt; les coopératives, le nombre des marchands augmente
encore, nous l’avons déjà montré ailleurs, avec
» chiffres à l’appui ». °

1 « Zahlenmässig kann nicht bewiesen werden, wie viele
» Existenzen den Konsumvereinen zum Opfer gefallen sind.
» Zweifellos waren es nur die schwächsten, den soliden
b privaten Detailhandel schädigende Elemente. So hart das
» Schicksal für die Betroffenen sein mag, für die wirtschaft-»
 liche Entwicklung sind derartige Ausschaltungen notwendig
» und gesund.» (Faucherre, même lieu).
? En ces termes : «Der Kompass, Organ der Luzerner
» Kleinhändler und des Rabattsparvereins, schreibt in Nr.
» 22, 1907 selbst : « Es bewahrheitet sich halt auch bei uns
» wie anderwärts, dass trotz dem Aufkommen der Kon-»sumvereine
 die selbständigen Detailgeschäfte in bestän-»
 diger Zunahme und Erweiterung ihres Umsatzes begriffen
» sind, falls nicht die Inhaber selber mit ihrer Geschäfts-»
 führung den Krebsgang bewirken. »
3 «Die Konsumvereine haben den Kolonialwarenhandel
»weniger verdrängt, als viel mehr in gewissem Sinne
» eingedämmt, indem sich die Zahl der unsoliden Händler
» nicht mehr in einem so beängstigenden Masse vermehrt.
» Dass sich die Händler trotz der Konsumvereine noch
» vermehren, haben wir bereits an anderer Stelle zahlen-»
 mässig nachgewiesen » (Faucherre, op. cit, p. 23). On lit
        <pb n="136" />
        t21

Le commerce privé a-t-il appris quelque chose des
coopératives? Sans doute !. Les sociétés d’achat de détaillants
 eussent vu le jour avec bien plus de peine
si la centrale des coopératives n’avait démontré concrätement
 l'avantage de ‘telles sociétés. Les services
d’escompte ont pris quelque chose au système de la
ristourne. Et les coopératives, quoique elles n’aient
pu et ne puissent maintenant encore ? assurer le respect
 de la vente au comptant, ont cependant beaucoup
contribué au recul du déplorable système de la vente
à crédit. Enfin, elles ont exercé une influence régulatrice
 sur le mouvement des prix *.
Est-ce que ces « services » rendus au commerce par
les coopératives justifient l'établissement de l’état de
paix ou tout au moins de support réciproque que le Dr
Steiger aimerait voir s'établir entre elles et les détaillants
 ? * Nous ne le croyons pas, et le crussions-nous,
nous ne verrions pas la possibilité de le réaliser, Steiger

p. 500 de Wernicke, Kapitalismus und Mittelstandspolitik,
ces lignes qui sont la contre-partie. ou le commentaire, du
passage de Faucherre :
«Würden alle Konsumvereine vernichtet sein, so würde
&amp;gt; dadurch die Lage der Händler keineswegs verbessert, da
p anstelle jedes Konsumvereins mehr als die entsprechende
&amp;gt; Anzahl neuer Verkaufsläden entstehen würden. »
(«Es unterliegt KkKeinem Zweifel, dass die Privat-&amp;gt;
 geschäfte von den Konsumvereinen gelernt haben.» (Dr.
Steiger, op. cit, p. 25).
? V. l’entrefilet intitulé Barzahlung dans le Genossenschafiliches
 Volksblatt, du 6 septembre 1929. V. aussi notre
note 2, page 49.
* V. sur le jeu de la concurrence régulatrice dans le
commerce de détail, notre page 60.
* Op. cit, p. 24 : «Die Stellung der Konsumvereine
»gegenüber dem übrigen Privathandel soll nicht eine
&amp;gt; feindliche, sondern eine freundliche oder wenigstens
à verträgliche sein. Das ist human, jede andere Tendenz ist
» unmoralisch und der Konsumvereinssache unwürdig.» Ce
petit sermon s’adresse donc aux coopératives. Mais l’auteur,
comme on peut le voir au bas de la dite page 24, en tient
autant au service des détaillants et blâme expressément les
attaques du commerce privé contre les coopératives.
        <pb n="137" />
        (29

nous apparaît également trop bienveillant, lorsqu'il
qualifie d’injuste (op. cit, p. 27) le parallèle tiré par
les détaillants entre les coopératives et les Warenhäuser.
 À nos yeux, c’est tout de même farine. Nos préférences
 iraient même plutôt aux Warenhäuser, institution
 franchement capitaliste, au vieux sens du terme,
et par conséquent pas suspecte de pactiser avec la révolution.
 D’après Steiger, les « trompeuses maximes de
la concurrence déloyale » ‘devraient être mises à la
charge de « certains » Warenhäuser. Quant à la concurrence
 des coopératives, elle n’est pas déloyale, « parce
qu’elle est née tout naturellement des circonstances. »
Une société qui ne veut pas faire de bénéfice s'exposerait
 à des pertes graves si elle essayait de vendre
juste à son prix de revient. Des frais imprévus peuvent
surgir ; le débit peut rester au-dessous des prévisions
et, par suite, chaque article s'être trouvé affecté d’une
fraction trop faible des frais généraux, etc. Bref, le seul
procédé viable, c’est de vendre à un prix tel qu'un
profit soit à peu près certain, quitte à distribuer ensuite
cet excédent de recettes à ceux qui l’ont payé et à qui,
en définitive, il appartient, puisqu’on s’est engagé à
ne pas réaliser de profit à leurs dépens. Ainsi se trouve
fondé en raison le système de la ristourne, et il n’y
aurait vraiment rien à y objecter si la ristourne n’était
que cela. Mais elle se charge rapidement d’autres caractères
 qui rendent explicable la passion avec laquelle
son interdiction a été demandée, d’ailleurs ‘sans succès,
 en Allemagne, par exemple par l'Association centrale
 des commerçants allemands, en 1896, ou par la
Chambre des métiers de Leipzig (rapport pour 1905).
Le consommateur ne voit pas dans la ristourne la restitution
 d’un trop perçu, il y voit une recette proprement
 dite et même un but! La ristourne est donc un

! Ceci tient en bonne partie à ce que, dans beaucoup de
ménages, c’est la caisse du ménage, c’est-à-dire en dernière
analyse, le mari, qui a payé les achats à la coopérative,
        <pb n="138" />
        (93 —

puissant moyen de réclame, et cela explique la colère
des «détaillants qui, avant le développement des services
 d’escompte qui font appel aux mêmes tendances du
public, n’avaient rien à lui opposer. Cela explique aussi
que les coopératives évitent autant que possible de
payer moins de ristourne une certaine année que la
précédente, et que par conséquent le taux de la ristourne
 tende à se stabiliser, ainsi qu’un coup d'œil jeté
sur la statistique des ristournes d’une société donnée,
depuis sa fondation, permet de s’en convaincre aisément.
 La ristourne tend à devenir indépendante du
bilan. Elle est payée, si besoin est, aux dépens des
réserves ; le « bénéfice » est réparti les années où la
société est en perte, de sorte que les coopératives contribuent
 à J’éclosion de cette mentalité de fictions financières
 qui se traduit, à l’heure actuelle, par l’épidémie
 d’escroqueries la plus extraordinaire que l’histoire
ait enregistrée *.
D'une manière générale, du reste, les fondements financiers
 des coopératives et de leur centrale sont loin
d’être irréprochables, surtout en Suisse. Hans Müller
le remarquait déjà (op. cit.) en 1915, à propos des engagements
 exagérés pris par la dite centrale avec Bell
S. A. comme à propos d’une « manière de faire les bitandis

 que c’est la femme qui touche la ristourne et l’emploie
 à son gré, la considérant comme un menu profit personnel.
 (Il n’est d’ailleurs pas toujours menu).
* «@ Speziell die Rückvergütungs- oder Dividendenpolitik
&amp;gt; wird im praktischen Konsumgenossenschaftswesen weniger
» auf genossenschaftliche Forderungen, als auf handels-»
 psychologische Momente eingestellt. Dies haben wir durch
» die Tatsache bewiesen, dass selbst in zahlreichen Vereinen
&amp;gt; Rückvergütungen auf Kosten der Reserven ausbezahlt
&amp;gt; werden.» (Die Finanzgebarung der Genossenschaften mit
hesonderer Berücksichtigqung der schweiz. Bank- und
Konsumgenossenschaften. Thèse de Genève, quoique en allemand.
 Imprimé à Bischofzell, chez Salzmann, 1925). Auleur:
 Paul Beuttner. Le passage cité ici est pris “ la
page 128.

4
        <pb n="139" />
        194

lans », inventé par le professeur ‘Schär, de Berlin, pour
les besoins de son fils, resté jusqu’aujourd’hui une personnalité
 dirigeante de l’Union suisse des sociétés coopératives
 de consommation. Cette manière de faire les
bilans revenait à les obscurcir pour rendre plus optimiste
 l’impression du sociétaire qui en prend connaissance.

Entre 1915 et l'heure actuelle, il y a eu la crise de
1922 qui a englouti nombre de coopératives et l'argent
de leurs sociétés, venant ainsi confirmer les doutes que
l’on avait pu concevoir au sujet de leur solidité. Quoique
 tenant à des erreurs commerciales, les désastres de
1922 auraient pu être évités, dit Paul Beuttner (Die
Finanzgebarung, page 92), si les besoins d'argent et le
financement des coopératives suisses avaient été déterminés
 rationnellement au lieu de l’être d’une manière
purement empirique.
Le savoir commercial qui manque, nous l'avons vu,
aux idétaillants, manque à plus forte raison aux gens
des coopératives, négociants improvisés s’il en fut. L'interposition
 d’une société d’achat entre la coopérative et
ses fournisseurs ne peut pallier qu’insuffisamment
l’ignorance du gérant :
« La crise des coopératives après la guerre est due essentiellement
 à l’achat irrationnel des marchandises. » *
Steiger déclare ? qu’il est impossible, avec les traitements
 payés par les coopératives (les plus grands personnages
 de l’A. C. V., à Bâle, ne touchaient pas plus
de 7000 fr. par an en 1908), d’obtenir un personnel dirigeant
 vraiment qualifié, d’autant plus que peu de latilude
 est laissée à l’initiative individuelle, dans un or-1

 «Die nachkriegszeitliche Konsumgenossenschaftskrisis ist
pin der Hauptsache auf den unrationellen Wareneinkauf
» zurückzuführen.» Paul Beuttner : Enttäuschungen, p. 27).
? Konsumvereine und Privatgeschäfte, p. 22.
        <pb n="140" />
        125

ganisme très démocratique, et par là même jaloux des
prépondérances personnelles :
« L'égalité et la fraternité pénètrent toute l’organi-&amp;gt;
 sation, seule la liberté, de l’avis de fonctionnaires su-»
 périeurs, laisse maintes fois à désirer. »
Cependant ces vues ont été contestées, mais à tort, à
notre avis. Le Dr Grüger, cité par Wernicke ?, dit en
effet :
« Mais si la société prend un grand développement,
» on engage toujours des personnes qui connaissent les
» affaires $, de sorte que le reproche des détaillants que
»les dirigeants des sociétés de consommation ne com-»
 prennent rien au commerce est, comme le montre
‘la pratique, dénué de fondement. » *
Nous avons vu plus haut que la constitution démocratique
 des coopératives nuisait à leur développement
commercial. Pourtant, elle n’a pas même l'avantage
d'empêcher que s’établisse, malgré toutes les précaulions
 démocratiques qui figurent sur le papier (statuts),
le gouvernement d’une coterie ou même d’un individu
isolé pour les avantages exprès de la société ©.

{ &amp;amp;cEgalité» und «Fraternité» ziehen sich durch die
bganze Organisation hindurch, nur die « Liberté » lässt
&amp;gt;nach Ansicht hôherer Beamten hin und wieder zu
&amp;gt;» Wünschen übrig. »
* Kapitalismus und Mittelstandspolitik, p. 491.
* Cf. les renseignements positifs de Steiger donnés plus
haut sur la coopérative de Bâle. Avec un chiffre d’affaires
atteignant des dizaines de millions, celle-ci n’est-elle pas
encore assez dévelopée pour mériter une bonne direction
commerciale ? Il ne suffit pas de vouloir engager des gens
capables, il faut les trouver, et pour cela, il faut les paver en
ronséquence.
* «Nimmt aber das Geschäft erst grôsseren Umfang an, so
» werden auch stets geschäftskundige Personen angestellt,
» und der Vorwurf der Kleinhändler, dass die Leiter der
&amp;gt; Konsumvereine nichts von dem Geschäft verständen, ist
» wie die Praxis zeigt, aus der Luft gegriffen. »
° Cf. Hans Müller, op. cit, en entier, et surtout les 38
premières pages.
        <pb n="141" />
        — 126 —

Si, même pour le travail proprement commercial,
«les capacités, évidemment faisaient défaut », comme
nous croyons l'avoir démontré, si par conséquent « les
groupements de consommateurs payèrent fort cher leur
période d'apprentissage » *, on peut se représenter audevant
 de quelles difficultés allaient les coopératives
qui se lancèrent dans la production. Elles y étaient
doublement incompétentes, et directement, par l’absence
 de préparation de leurs dirigeants, et indirectement,
par leur caractère de sociétés commerciales et non industrielles,
 On avait compté sur l’enthousiasme collectiviste
 de l’ouvrier des coopératives de production, soidisant
 propriétaire des moyens de production. Mais
comme il est, en fait, un salarié comme les autres, avec,
en moins, l'espérance de se rendre un jour indépendant,
le zèle qu'on attendait de lui fit défaut ?. On avait oublié
 que l’ouvrier révolutionnaire ne se représente pas
la société future sous les mêmes couleurs qu’un théoricien.
 C’est essentiellement, pour lui, une société où l’on
pourra vivre sans travailler. Le bonheur universel porte
le masque de la paresse * Dans ces conditions-là, l’ouvrier
 des coopératives est surtout un monsieur appliqué
à en faire le moins possible, d’où une élévation sensible
du coût de la production. Si les coopératives ne vendaient
 que des marchandises produites par elles-mêmes,
 elles iraient rapidement à la catastrophe, à moins
de posséder un monopole qui leur permette de relever
tes prix * Ce n’est donc qu’avec la complicité de l’éco-!

 Brandenberger, La Croisée des routes, p. 2.
? V. sur ce sujet, le paragraphe B. IL, p. 9, de Beuttner
« Entläuschungen ».
$ Cf. Ford, passim, dont l’opinion est abondamment étayée
£t confirmée par toute la politique syndicale.
* Cf. les déficits de la boulangerie de PA. C. V. N’y peuvent
 être engagés que des socialistes. Tout autre qu’eux y
        <pb n="142" />
        127

nomie privée qu’elles peuvent combattre efficacement
l’économie privée. Ne nous étonnons pas si, « au lieu de
la grosse supériorité qui devait étrangler le commerce
privé, le contraire peu à peu se produisit » * et si beaucoup
 de coopérateurs, ‘désillusionnés, rendirent leur
confiance au commerce privé, sans nécessairement pour
rela démissionner de la coopérative.
Résumons-nous : Les sociétés coopératives de consommation
 sont une entreprise à la fois capitaliste et
révolutionnaire, et, comme telle, doublement dangereuse
 pour la classe moyenne, sans présenter pour la collectivité
 d'avantage que la classe moyenne ne pourrait
lui donner, en le voulant bien. C’est leur prêter un mérile
 imaginaire que de dire qu’elles ont préservé le domaine
 du commerce des denrées alimentaires de l’emprise
 du grand capital ?.

serait soumis à une persécution qui le forcerait rapidement
à abandonner sa place. Et comme il s’agit que le plus de camarades
 possible puissent profiter de l’admirable filon, la
production par homme est systématiquement abaissée. C’est
une sorte de grève perlée permanente : « Surtout, pas de
zèle.» Avec cela, les traitements sont élevés, le rôle politique
 de la coopérative lui ôtant la liberté de discuter le tarif
avec les ouvriers avec l’énergie qu’y mettrait un patron bourgeois.
 Trop payée par en bas, trop peu payée par en haut,
la hiérarchie coopérative présente l’image fidèle de celle
des fonctionnaires d’Etat, avec pour conséquence la même
‘nsuffisance de rendement.
 Brandenberger, La croisée des routes, p. 2.
? On lit dans Wernicke, op. cit, p. 495: « Wohl nur dem
&amp;gt; Vorhandensein der Konsumvereine haben wir es zu dan-»
 ken, dass das Grosskapital auf dem Gebiete des Verkaufes
» von Lebensmitteln u. s. W. noch wenig zu sagen hat.»
Tout aussi imaginaire nous paraît l’opinion de Wernicke
Die wirtschaftliche Bedeutung der Warenhäuser, p. 16))
quand il assigne aux grands magasins le rôle de résister aux
irusts, ce que, dit-il, des détaillants isolés ne sauraient faire.
Et les sociétés d'achat ? Il est vrai que Wernicke semble en
être adversaire. On dirait même qu’il ne conçoit pas ou ne
prévoit pas les associations professionnelles de petits dé-‘aillants
        <pb n="143" />
        — 198 —

Ne citons que pour mémoire les coopératives commerciales
 de fonctionnaires, dont le caractère nettement
abusif n’échappera à personne ‘

! Voir à ce sujet l’article: A propos des sociétés d'achat
de fonctionnaires, dans le Journal des Epiciers suisses, No du
11 septembre 1920.
        <pb n="144" />
        190 —

Autres formes du commerce capitaliste.

L'institution des remboursements postaux et le sys-‘ème
 des petits paquets expédiés à bon compte par la
poste à un tarif invariable, quelle que soit la distance,
sent en eux-mêmes un bien. L’embarras cruel où nous
mettrait bientôt leur suppression nous ferait apprécier
sans délai leur évidente utilité. Mais ils ont apporté
cependant au petit commerce un désavantage marqué,
en permettant aux grands magasins d'effectuer commodément
 par la poste des ventes à grande distance, Le
client éventuel est à la fois renseigné et séduit par les
catalogues tentateurs qui lui sont adressés. Certaines
maisons se sont même spécialisées dans cette vente
par la poste; en Suisse, il s’agit presque uniquement
de maisons de la branche textile *. Mais ailleurs, elles
vendent tout au monde et peuvent parvenir à une énorme
 extension, ainsi au pays de l'énorme, les Eats-Unis
 :
« Nous avons visité à Chicago les locaux de travail
&amp;gt; d’une de ces dernières maisons. Elle reçoit de 1000 à
» 1400 commandes par heure. Son chiffre d’affaires quo-»tidien
 atteint en moyenne un million de dollars. Ses
» catalogues parviennent aux familles par la poste et
&amp;gt; sont tirés à des millions d’exemplaires, La maison
&amp;gt; livre toutes les choses imaginables, par exemple, jus-»
 qu’à la dernière vis, tous les matériaux nécessaires à
» l'édification d’une maison complète. » ?
Le professeur Schär a consacré une brochure * à une
autre invention mirifique d’une cervelle capitaliste. C’est

! V. à ce sujet la fin de notre note 1, page 50.
: Brandenberger, Le Commerce de détail en Amérique.
3 Die Wandlungen im Detail-Handel, par Prof. Dr. J.-Fr.
Schâär, Berlin. (Tirage à part de Schweiz. Konsumverein.
        <pb n="145" />
        — 130 —

la formule « Vente au prix de revient plus 10 % », qui
a fait fureur un instant à Berlin, comme attrape-gogos.
Il semble, au premier abord, que le commerçant qui
applique ce système n’a pas intérêt à acheter au meilleur
 marché possible. Toutefois, on arrive à une conclusion
 toute autre, si l’on songe qu'il est tenu à faire circuler
 son capital aussi rapidement que possible. Gagnant
 10 % chaque fois, moins longtemps il a les marchandises,
 plus il gagne. Il en résulte qu’il ne pourra tenir
que des marchandises courantes, des qualités qui se vendent
 bien *. Mais il donnera ses qualités pour ce qu’elles
valent. Ayant intérêt à ce que les gens reviennent, il ne
les trompera pas, il ne leur livrera pas de la camelote, ou
moins que le poids, ou moins que la mesure, ce qui
d'ailleurs n'aurait pas de sens. En effet, le prix de revient
 s’en trouverait diminué d’autant, et, par conséquent,
 le bénéfice aussi. N’oublions pas, en effet, que
de nombreux procès en concurrence déloyale ont obligé
la maison qui a adopté ce système à se soumettre à un
contrôle si serré que toute tricherie sur le montant réel
du prix de revient semble à peu près impossible.
On peut illustrer d’une manière frappante le côté
intéressant de cette méthode de vente en songeant que,
la maison dont nous parlons ayant vendu du vin, elle
n'aurait pas gagné, vu sa manière de calculer les prix,
un centime à le baptiser !

Nos. 15 et 16 de 1913). Nous avons déjà mentionné le prof.
Schär à propos des bilans de l’Union suisse des coopératives
(Voir notre page 124) Pour caractériser son genre, mentionnons
 qu’il cite pêle-mêle, au début de sa brochure, parmi
les « évolutions des mœurs commerciales » (il faut lire entre
les lignes : parmi les progrès), la vente à prix fixe, la vente
au comptant, les services d’escompte, et… la vente directe
des fabriques aux consommateurs !
* Nous n’avons donc rencontré aucune forme de commerce
 capitaliste qui ait avantage à tenir les belles qualités
et à se tourner vers la clientèle de luxe. Ceci reste le domaine
 incontesté du magasin spécial de dimensions réduites.
        <pb n="146" />
        131

Les Juifs.

Les Juifs méritent une mention spéciale parmi les
rivaux du petit commerce. Mieux que cela : ils en sont
le rival par excellence. On n’oublie pas, en nous parlant
des colporteurs du dix-huitième siècle dont l'influence
a élé si grande pour le bouleversement de l'ancienne
mentalité commerciale, de nous dire qu’ils étaient surtout
 Juifs*. D'autre part, qui mène les grands magasins
 ? Des Juifs. Qui mène les sociétés à succursales ?
Des Juifs. Les magasins dits à prix uniques, qui sont des
bazars-camelote par excellence ? Encore des Juifs, sinon
toujours, du moins beaucoup plus fréquemment que la
proportion de Juifs dans la population totale ne le laisserait
 attendre °.
Faucherre voit une tendance antisémite dans les
services d’escompte. Cependant, il admet des exceptions
et concède, d'autre part que si les Juifs sont en dehors
des services d’escompte, ce n’est pas toujours qu’on les
exclue, c’est aussi qu'ils s'excluent eux-mêmes, pour
garder leur indépendance *. Ils aiment, en effet, d’autant
plus leur liberté d'action qu’ils s’estiment, non sans
quelque raison d’ailleurs *. supérieurs à leurs concur-!

 Voir plus haut nos citations de Sombart à ce propos. Un
passage intéressant sur ce suiet se trouve page 44 de Luzerns
Handelsstand.

* Le Journal des Epiciers suisses du 21 août 1929, conlient
 à propos d’un magasin à prix unique devant s’ouvrir
à Zurich, la phrase suivante : « Dans le Conseil d’administra-&amp;gt;tion
 de la nouvelle société, nous trouvons même un Gene-»
 vois, un Israëlite, bien entendu.» (sic. C’est nous qui souignons.)

* Die Handels-Rabattsparvereine, p
* Cf. notre note 2, p. 80, la fin.
        <pb n="147" />
        — 139 —

rents non sémites. Cela n’empêche pas qu'on trouve
quelques Juifs même parmi les dirigeants du mouvement
 des détaillants.
La présente étude n’étant pas consacrée spécialement
au problème juif, nous n'avons pas cru devoir relever
en détail les nombreux passages où Israël est pris à
partie par les sauveurs de la classe moyenne. En Suisse
(Blumer-Egloff), ils ne sont pas plus oubliés qu’ailleurs.
 On nous montre en style pathétique ces Orientaux
 au nez crochu venant drainer, à l’aide des grands
magasins, l’épargne d’un peuple déjà pas trop riche,
pour l’emporter à l'étranger.
Il s'est trouvé des auteurs pour prétendre que si les
organisateurs de la classe moyenne n’avaient pu faire
appel, pour grouper cette classe, à une haine de race‘
(implicitement, sans avoir besoin de le crier sur les
toits), ce groupement n’aurait jamais pu être réalisé,

! V. Wernicke, Kapitalismus u. Mittelstandspolitik, p. 451,
où il cite Biermer (Die Mittelstandsbewegung und das Warenhausproblem,
 Giessen, 1905). Biermer estime que le bon
accueil fait par le public aux réclamations des détaillants
tient à ce qu’elles flattaient la passion antisémite. Et en effet,
il est difficile de trouver une autre explication plausible de
cette faveur du public. Ce ne peut être une affaire de conscience
 de classe, celle-ci manquant dans la classe moyenne,
ainsi qu’il est dit à la page 3 du 29e rapport annuel de l’A.
E. S. («Ce fait est d’une importance si capitale, est-il mê-»
 me ajouté, qu’il faut l’exprimer sans relâche, sans vaine
» crainte des redites. ») Ce ne peut non plus être une affaire
d’iniérêt, comme Brandenberger Favoue sans ambages
quand, parlant de la propagande des sociétés de consommation
 (et la même chose pourrait être dite des grands
magasins), il affirme que, «de son côté, le consommateur
»n’avait aucun intérêt à y faire une obstruction quelcon-»
 que.» (La Croisée des routes, p. 2.) À cet ordre de considérations
 se rattache le fait déjà constaté que parmi ceux
qui tonnent le plus contre l’existence des grands magasins
et des coopératives, il en est à qui ils sont utiles, puisqu’ils
les fréquentent. Leur animosité a donc nécessairement une
autre source que l’intérêt personnel.
        <pb n="148" />
        133

la classe moyenne n'étant pas une, mais étant divisée,
au contraire, par les plus violentes oppositions d'intérêts
 *, Mais les ennemis de nos ennemis étant nos amis,
l’antisémitisme aurait fait merveille pour amener les
chrétiens à passer l’éponge sur leurs divergences, sans
compter qu’une haine de race possède un caracière
instinctif qui en fait un auxiliaire bien plus puissant
de l’action que ne le serait un mobile purement intel-\ectuel
 et formulable sous forme de griefs précis.
Si la classe moyenne a, ou croit avoir, intérêt à combattre
 les Juifs, son intérêt coïncide-t-il sur ce point
avec l'intérêt général ? Il semble bien que non. Sombart
a consacré un gros livre (Die Juden und das Wirtschaftsleben,
 Leipzig, Verlag v. Dunker et Humblot, 1911)
à démontrer entre autres choses que les Juifs, dans
leurs migrations intra-européennes, transportaient avec
eux le centre de gravité économique de l’Europe ! Les
pays d’où on les chasse vont, sitôt après leur départ, au
déclin économique (Espagne, Portugal). Ceux où ils se
réfugient voient entrer avec un maximum de prospérité
commerciale (Amsterdam au 17e siècle, Hambourg,
Francfort sur le Main). Ceux où on leur accorde le droit
d’asile, après leur proscription d’Espagne, pour le leur
retirer après un certain temps, connaissent pendant leur
séjour une période de prospérité éclatante, qui a été
précédée de marasme avant leur arrivée et sera suivie de
marasme après leur départ. (Anvers, au 16e siècle, est
un instant le centre du monde commercial, mais ce
n’est qu’un feu de paille. IL s’éteint sitôt que les
Juifs. expulsés, sont contraints de gagner la Hollande).

*V. notre note 1, page 4, l’allusion au mouvement de Berlin,
 caractéristique de la rivalité entre artisans et commeranis.
 Cf. aussi notre note 1, page 112. Cf. encore, sur cette rivalité,
 Faucherre, Mittelstandsbewegung u. Konsumgenossenschaften,
 p. 5, pour qui il est clair que les artisans achetant
 en fabrique concourent au marasme des commercants.
        <pb n="149" />
        — 134 —

S'il en est ainsi, ceux qui donnent comme argument
contre les grands magasins que ceux-ci sont, pour la
plupart, la création des Juifs, se servent d’une arme à
deux tranchants : si les Juifs font du tort aux détaillants
moins actifs qui sont leurs concurrents, on ne peut pas
prétendre pour autant qu’ils ruinent le commerce local,
 puisque c’est depuis qu’ils s’en mêlent qu’il est
réellement florissant. Tout au plus pourrait-on dire
qu’ils l’asservissent,
        <pb n="150" />
        135 —

CHAPITRE CINO.

La crise du petit corrmerce et la classe moyenne.

« Tout le monde est d’accord, avons-nous dit au cha-»
 pitre premier *, pour compter les petits commerçants
» dans la classe moyenne. » Le moment est venu d’apporter
 à cette affirmation les restrictions nécessaires.
Nous avons donné, au même lieu, certaines conditions
qui doivent être remplies pour qu’un sujet économique
puisse légitimement prétendre à appartenir à la classe
moyenne, Or, il est évident que les conditions ne sont pas
remplies par les milliers de détaillants que nous avons
déclarés surnuméraires. Ils ne possèdent pas un revenu
moyen : quand il n’est pas négatif et qu’ils ne se ruinent
pas, leur revenu n’est pas un revenu moyen : c’est un
revenu de prolétaire ?.

t Page 4. V. aussi p. 7.
? «Nicht alle Detaillisten kônnen zum Mittelstand gerech-&amp;gt;net
 werden ; die grosse Masse der sogenannten Zwergbzbtricbe
 führen ein ausgesprochen proletarisches Dasein. »
Faucherre, Mittelstandsbewequna und Konsumagenossenschaften,
 p. 4).
«En résumé, d’un côté, frais généraux qui ne cessent de
» s'accroître : impôts, loyers, transports, assurances, em-»
 ployés, etc, d’un autre côté diminution des bénéfices, voi-&amp;gt;là
 l'étau dans lequel est enserré le commerce de détail.
» Sera-t-il finalement écrasé ? voilà le point.
» Certains sociologues l’espèrent et s’en réjouissent comme
» d’un bien.» (L. Goyard, op. cit. p. 3.) La dernière phrase
vise peut-être Leroy-Beaulieu, mais celui-ci n’était pas seul
de son avis; nous avons affaire ici avec toute une école,
comme en témoigne cette phrase de Hentschel, op. cit. p.
29: «Noch weniger aber ist eine Auffassung berechtigt die
»etwa seit den 80er Jahren des vorigen Jahrhunderts den
&amp;gt; kleinen « Epicier du coin » jede Existenzberechtigung ab-»streitet
 und sie als «Parasiten der Gesellschaft » bezeichpnei.»
 Voir aussi à ce propos notre note 1, page 0
        <pb n="151" />
        136

« Une culture supérieure à la simple instruction primaire
 » manque naturellement aussi aux détaillants de
hasard. Où l’auraient-ils prise ? Non seulement c'est une
absence de culture professionnelle qui les caractérise,
mais ‘c’est aussi une absence de culture générale. À ce
point de vue-là encore, cette couche sociale tombe hors
de la classe moyenne *. De la condition d’avoir une certaine
 fortune, ne parlons pas non plus ; nous avons faït
plus haut des constatations suffisamment tristes.
Et qu’en est-il de la fameuse indépendance économique
 qui distingue la classe moyenne « ancienne », la
seule qui compte aux yeux d’un Suchsland, de la classe
moyenne « nouvelle », de seconde cuvée, si l’on peut dire,
 parce qu’elle est formée de salariés ?
« L’artisan et le détaillant sont pour le moins aussi
» dépendants de leur clientèle que l’employé à traite-»
 ment fixe de son patron : tous doivent travailler avec
» la même conscience pour assurer leur existence. » *
Si ce n’était que cela, il n’y aurait pas grand mal,
mais hélas ! il y a les soucis que donnent la concurrence
et la situation économique générale, ce que les Allemands
 appellent la conjoncture, et qui diffèrent singulièrement
 de la tranquillité d’esprit, de l’insouciance des
« traitements fixes ». I] y a la nécessité de courber l’échine
 devant les puissances politiques, ce que le salarié

! «Diejenigen Mittelstandsfreunde, die prinzipiell und unter
 allen Umständen die Vorzüge des Kleinbetriebes prei-»sen
 und ihn auf alle Fâälle erhalten wissen wollen, über-»sehen
 dabei, dass, Wie gesagt, die Mehrzahl dieser Klein-»
 betriebe gar nicht zum Mittelstand gehôrt, dass die In-»haber
 viel mehr, was ihre technisch-kaufmännische und
» allgemeine Bildung, wie ihre Mittel und soziale Stellung
» betrifft, zu den unteren Kreisen, zum Proletariat, gehô-»
 ren.» (Wernicke, op. cit, p. 312.)
? Dr O. Leimgruber, dans son rapport sur Les buts et les
tâches de l’Union internationale des classes moyennes, p. 32
du Compte-rendu du Congrès international des Classes
moyennes de 1924.
        <pb n="152" />
        137

évite en se syndiquant et en devenant lui-même une
puissance politique, Il n’y a pas si longtemps que le
journal socialiste Volksrecht adressait aux détaillants
zurichois une lettre leur ordonnant (il n’y a pas d'autre
mot !) de s’abonner, sinon. c'était le boycott ! Ménager
la chèvre et le chou devient le grand art. Mais qu'en
est-il alors de la dignité de cette classe « dont l'Etat ne
saurait se passer » (Jaccard et Blanc)? Et comme le
soi-disant propriétaire des moyens de production n’est
souvent qu’un employé, mal payé, de son bailleur de
fonds, « la soi-disant indépendance n’est donc pour un
&amp;gt; grand nombre d'artisans et de commerçants pas
» grand’chose de plus qu’un concept vide, » ‘
Aussi peut-on dire que l'artisan ou le commerçant
prolétarisé qui meurt de faim ne sort pas de la classe
moyenne quand il est enfin obligé de fermer boutique,
mais au contraire il y entre véritablement Je jour qu’il
levient un salarié à son aise?
« Les petites existences indépendantes diminuent ;
&amp;gt; par contre, le nombre des employés bien payés aug-»
 mente. La classe moyenne ne va pas à sa ruine, mais
» elle prend d’autres formes sociales. L'organisation à
» laquelle recourent ou recourront les employés de tous
» les degrés pour se protéger contre la puissance de con-&amp;gt;
 centration du capital, que ce soit sous forme de société
» anonyme, ou de grande entreprise privée, ou même de
&amp;gt; société de consommation, fait déjà le nécessaire pour
&amp;gt; leur assurer la liberté et l’indépendance indispensa-‘bles,
 de sorte que leur position sociale reste aussi ho-&amp;gt;
 norable que précédemment (quand ils étaient indé-»
 pvendants). Et beaucoup ont pu ainsi, et ce n’est pas un

{ «Die sogenannte Selbständigkeit ist also bei einer gros-)sen
 Zahl von Gewerbetreibenden fast nur ein leerer Be-)
 griff.» (Wernicke, op. cit 332.)
&amp;gt; Ci. Wernicke on ds
        <pb n="153" />
        138 —

» mal, passer à des épaules plus solides leur fardeau
» de soucis qui était inévitablement lié avec la soi-di-»
 sant indépendance qu’ils maintenaient si pénible-»
 ment. » ‘
En tenant compte de tous ces facteurs, on arrive peu
à peu, sinon à concilier les points de vue contradictoires
 des auteurs, du moins à concevoir qu’ils aient pu
subsister aussi longtemps ensemble et malgré les démentis
 infligés par les faits. Nous avons vu les entreprises
 du petit commerce pulluler effroyablement, Jes
grands magasins ne faire qu’une très faible partie du
chiffre d’affaires total”, et cependant «de même que
» chez les artisans, la dernière heure de la petite entre-»
 prise doit avoir sonné dans le petit commerce, à en

1 «Die kleinen selbständigen Existenzen nehmen ab, daà
 gegen die Zahl der besser bezahlten Angestellten wächst.
» Der Mittelstand geht nicht zu Grunde, aber er nimmt andere
» soziale Formen an. Die Organisation, die die hôhern und
» niedern Angestellten treffen oder noch treffen werden zu
bihrem Schutz gegen die Macht der Kapitalkonzentration,
»sei es einer Aktiengesellschafît, eines grossen Privatge-»
 schâäftes oder sogar eines Konsumvereins, sorgt schon da-»
 für, dass ihnen die nôtige Freiheit und Selbständigkeit ge-»
 Wahrt bleibt, und dass sie sozial genau so ehrenhaît da-»
 stehen wie vorher. Wohl aber haben Viele ihre drückenden
» Sorgen, die unwandelbar mit ihrer kümmerlich behauppteten
 sogenannten Selbständigkeit verknüpft waren, auf
» Stärkere Schultern abwälzen kônnen und das ist kein Un-»
 glück. »
(Dr. J. Steiger, Konsumvereine und Privatgeschäfle, p.
19),

? «Der industrielle Mittelstand hat von dem Entstehen
»der Warenhäuser nur den grôssten Nutzen, während der
» Detaillisten-Mittelstand weit mehr durch seine ungesunde
» Ueberfüllung, als durch die Konkurrenz der Warenhäuser
» leidet. Das geht schon daraus hervor, dass, während der
» gesamte Detailhandel in Deutschland mindestens 20- Mil-»liarden
 umsetzt, der Umsatz der ca. 150 Warenhäuser nur
» hôchstens 300 Millionen oder 1 % % davon beträgt.»
(Wernicke, Die wirtschafiliche und soziale Bedeutung der
Warenhäuser, p. 7)
        <pb n="154" />
        139 —

&amp;gt; croire les affirmations des politiciens de la classe
»s moyenne. » !‘

On peut se ranger à cet avis si l’on distingue l’entreprise
 viable de l’entreprise prolétarisée, si l’on néglige
la multiplication de cette dernière, en n'ayant en vue
que l’affaiblissement de la première. Et même alors,
parler de dernière heure, c’est un peu tout de même se
donner un rôle de croquemitaine :
« Les cercles compétents sont d’ailleurs parfaitement
» au clair sur la valeur des affirmations qu’on fait de la
» disparition de la classe moyenne et du recul du bien-»
 être de la population, et que les politiciens de la classe
» moyenne répandent à plaisir sans apporter la moindre
» preuve ; ces affirmations sont inexactes et controu-&amp;gt;
 Vées, » ?
Wernicke écrivait avant la guerre. Et les choses ont
pu changer, la situation s’aggraver depuis dans les
Etats qui l’ont perdue S, *, sans que, pour cela. dans l’en-*

 cAehnlich wie beim Handwerk soll auch nach den Bephauptungen
 der Mittelstandpolitiker die Stunde des
» Kleinbetriebes im Kleinhandel gezählt sein.» (Wernicke,
Kapitalismus und Mittelstandspolitik, p. 186). Cf. nos notes
), p. 89 et 1, p. 90 et le texte qui s’y rapporte.
? «In massgebenden Kreisen ist man sich denn auch voll-»
 kommen klar, dass all’ die Behauptung von dem Ver-»
 schwinden des Mittelstandes und dem Rückgang des Wohl-)»
 standes der Bevôlkerung, wie sie von den einseitigen Mit-»
 telstandspolitikern ohne Erbringung eines Beweises stän-»
 dig verbreitet und wiederholt werden, unzutreffend und
» unWahr sind.» (Wernicke, Kapitalismus und Mittelstandspolitik,
 p. 357. Ce point de vue est appuyé d’une déclaralion
 du prince de Bülow, ce qui est à coup sûr une référence
 d’une certaine portée).
3 En France, on constate plutôt le contraire. Cf. notre
page 14.
* «Certaines «lois d’usure» (?), «Lois sociales», «Or-»
 donnances de guerre » ont par la méconnaissance de leurs
» auteurs du rôle et de l'importance des arts et métiers ou
» par l’hostilité de certains milieux vis-à-vis des artisans et
» des détaillants, poussé au désespoir et à la misère pendant
        <pb n="155" />
        — 140 —

semble, le tableau qu’on aurait tracé de la situation en
1914 ait cependant cessé d’être exact dans les grandes lignes.

Il faut éviter de parler du destin de la classe moyenne
en style alarmiste ‘. Nous avons constaté nous-même, au
cours de cet écrit, que sa situation est grave, la prolétarisation
 ayant pénétré dans ses rangs, mais nous avons pu
nous rendre compte aussi qu’elle garde un noyau dont
l'importance sociale est plus grande et les conditions de
vie plus larges que jamais. Ce sera note tâche, dans la seconde
 partie de la présente étude, de montrer que
la classe moyenne du commerce a plus d’un moyen pour
se tirer du mauvais pas où elle se trouve actuellement,
que tout ne reste pas à faire, et que ce qui a déjà été
fait est très encourageant.
La classe moyenne aurait sans nul doute intérêt à se
désolidariser de ses éléments prolétarisés. Elle sait jusqu'à
 un certain point agir en conséquence, comme nous
le verrons à propos des services d’escompte. Malheureusement,
 dans les Etats démocratiques, où la valeur d’un
mouvement se mesure au nombre de ses adhérents, les
détaillants peuvent être entraînés à admettre un peu
n’importe qui dans leurs rangs, car si piètre que soit un

» la guerre ou tôt après les classes moyennes, surtout des
p» Etats centraux, occupées soit dans la production, soit dans
» l'échange des biens.» (Sic.) (Le Dr. Leimgruber, auteur
de l’original, n’est évidemment pas responsable du style de
cette traduction. Ce texte est pris à la page 38 du Compterendu
 du Congrès des classes moyennes, de 1924.)
! Comme Paul Beuttner (Mittelstandsgrundsätzliche Gedankengänge,
 brochure de 16 pages, éditée par l’auteur qui
a le titre de Thurgauischer Gewerbesekretär. La brochure
est de 1928, et la présente citation, prise de la page 4, qui a
cette phrase : «Die mittelständische Berufs- und Standesperhaltung
 ist im heutigen wirtschaftlichen und geschäftli-»
 chen Entwicklungsgange zu einer ausgesprochenen Schickd
 salsfrage geworden. »
        <pb n="156" />
        141

teneur de boutique, il compte toujours pour un, lors du
recensement. ‘
Il est important de noter que l'importance sociale de
la classe moyenne est reconnue même par ses adversaires,
 à l’occasion. Ceux-ci considèrent son recul comme
un mal nécessaire ; nous sommes d’un autre avis, mais
cependant nous constatons avec satisfaction que sa disparition
 laisserait au moins des regrets La classe
moyenne participe à la stabilité sociale ?. Elle est l’échelon
 important de l'élévation de la bourgeoisie. Mais
cet échelon serait vite affaibli si les détaillants cessaient
de contribuer à sa consolidation :
«Cette élimination des intermédiaires est néanmoins
» défavorable à la formation et à l’élévation de la bour-»
 geoisie, au recrutement de la classe moyenne : ce ne
&amp;gt; sont pas seulement, en effet, les petits commerçants au
&amp;gt; détail qui sont menacés ; les commercants en gros ou

‘Il compte même à l’occasion pour plusieurs. « Ein
» Beispiel dafür bietet die Protestversammlung der Händler
» gegen den Verband schweizerischer Konsumvereine vom
&amp;gt;3. Oktober 1928, in Bern, an der nach Angabe des Vorbsitzenden
 45,000 private Firmen allein der Nahrungs-»
 mittelbranche vertreten waren. Dass diese eine einfache
» Addition der Mitgliederzahl der vertretenen Handwerkerund
 Detaillistenverbände, Berufs-, Standes- und Zweck-»
 verbände war, und so ein einzelner Detaillist 8-9 mal
&amp;gt; gezählt werden konnte, wurde in den Versammlungsb
 berichten nicht rektifiziert und gab dem Uneingeweihten
bein falsches Bild von der Stärke der Kleinhandelstach-»
 verbände.» (A. Schnurrenberger, op. cit, p. 48).
Faucherre, qui n’est pourtant pas un non initié semble
lui-même prendre, quelque part, ou affecter de prendre, au
sérieux ce chiffre de 45,000 pour exploiter jusqu’à l’absurde
argument de l'encombrement du petit commerce.
* «Que cette concentration qui, chaque jour, se complète
&amp;gt; et s'étend davantage ait des inconvénients, c’est incontes-&amp;gt;
 table; mais elle rend beaucoup plus de services qu’elle
»ne porte de préjudice. En définitive, elle est un bien ;
» peut-être enlève-t-elle quelque chose à la stabilité sociale :
» mais elle ajoute beaucoup à la prospérité publique. » (Leroy-Beaulieu,
 op. cit. p. 319).
        <pb n="157" />
        _- 149

» en demi-gros le sont presque autant, parce qu’ils ont
» pour clients les premiers. Les grands magasins n’ont
&amp;gt; que faire d’intermédiaires entre eux et les fabricants ;
» ils peuvent s’en passer, et de plus en plus ils s’en pas-»
 seront. Nous voyons ‘ainsi se fermer peu à peu plu-»
 sieurs des voies qui permettaient à la bourgeoisie d’ar-»
 Tiver à de rapides fortunes. » !
Leimgruber, un chaud protagoniste, lui, du mouveraent
 des classes moyennes, donne cette référence : ?
« Martin Saint-Léon, le célèbre économiste, estime
» que la classe des détaillants et artisans indépendants
»Teprésente une merveilleuse école de formation de
&amp;gt; l'intelligence et du caractère. Selon lui, l’existence de
» nombreux patrons, artisans et négocianits libres cons-&amp;gt;
 titue l’une des conditions les plus favorables pour la
&amp;gt; création et le développement d’une nation libre et
&amp;gt; forte, «
Pour mériter ces éloges, la classe moyenne du commerce
 doit naturellement joindre à l’amour de sa prolession
 la capacité de s’y consacrer avec succès 3. Le premier
 point exige que la profession de détaillant ne soit
embrassée que par des gens aux aptitudes et au tempérament
 de qui elle convienne : c’est une affaire d’'orientation
 professionnelle. Le second point exige que le détaillant
 ait été préparé à sa tâche, qu’il ait joui d’une
bonne formation professionnelle.

! Leroy-Beaulieu, ibid.
? Compte-rendu du Congrès des classes moyennes, p. 35.
3«Wo der Handel nur als Nebenfunktion ohne Fach-&amp;gt;
 kenntnis und Berufsfreudigkeit seim Leben fristet oder als
» seelenloses Gebilde ohne innige Beziehung zur Ware und
» Kundschaft… über alles Selbständige hinwegsetzt, hat er
» aufgehôrt ein staatserhaltendes und kulturfôrderndes Ele-»
 ment zu sein.» (Luzerns Handelsstand, p. 116).
        <pb n="158" />
        LES REMÈDES A LA CRISE
        <pb n="159" />
        DEUXIÈME PARTIE

LES REMÈDES A LA CRISE

CHAPITRE SIX

La politique négative.

La définition de ce que nous appelons politique négative
 résulte déjà de notre première partie : la politique
 négative est l’ensemble des efforts accomplis par
la classe moyenne, et tout particulièrement par la classe
moyenne commerciale, pour mettre la puissance de
l'Etat au service de ses intérêts.
Pour que ces efforts puissent être légitimes, il faut,
cela va sans dire, que plusieurs conditions soient réalisées.
 Nous en retenons deux : les intérêts de la classe
moyenne doivent tout d’abord coïncider avec ceux de
l’Etat, puis, ensuite, il est de toute importance que la
classe moyenne connaisse elle-même ses véritables intérêts.

L’utilité pour l'Etat d’une classe moyenne forte n’est
contestée par personne. Ce qui est en revanche sujet à
controverses, c’est la définition de ceite classe moyenne
soutien de l'Etat. Les politiciens qui se sont spécialisés
 dans les appels au secours en faveur de cette classe
ont naturellement d'autant plus de chances de se faire
écouter qu'ils sont plus alarmistes : on ne secourt que
ceux qui sont en danger. On peut craindre alors qu’ils
ne définissent la classe moyenne en en excluant les
parties saines, afin de mieux décider les pouvoirs pu-
        <pb n="160" />
        — 146 —

blics à agir en faveur des autres. Dans notre première
parlie, en citant Suchsland, nous avons déjà vu combien
 il est malaisé de dire exactement où commence et
où finit la classe moyenne ; nous avons aussi parlé de
la distinction entre la classe moyenne ancienne et la
nouvelle. La classe moyenne ne disparaît pas, elle se
transforme ; pour trouver qu’elle disparaît, il faut s’obsliner
 à confondre une forme transitoire de la classe
moyenne, un groupe de celle-ci qui a pu être dominant,
mais a décliné ensuiie, avec la classe moyenne ellemême.
 Si l’on donne de la classe moyenne une définition
suffisamment large, on voit s’envoler comme par enchantement
 les causes d'alarme :
« À aucune époque il n’a existé une classe moyenne
&amp;gt; Si vigoureuse, si florissante, si régulière dans son ac-»
 croissement que de nos jours. Seulement, ce sont en
&amp;gt; partie des formes nouvelles et différentes que revêt
sla classe moyenne d’aujourd’hui, » *
« La classe moyenne ne décline pas ; il est bien plus
» vrai de dire qu’elle se fortifie continuellement. » ?
Ainsi parle Wernicke. Aussi ne devons-nous pas nous
étonner de le voir éclater en propos extrêmement durs
contre ceux qui prétextent la crise de la classe moyenne
pour mettre la force publique à leur propre service.
La préface de Kapitalismus und Miitelstandspolitik
contient ce passage :
« Je suis toujours plus arrivé à la conviction que la
&amp;gt; politique des classes moyennes que poursuivent les

! «Es hat… zu keiner Zeit einen so kräftigen und
» blühenden und stetig zunehmenden Mittelstand gegeben,
» Wie in der Gegenwart, nur sind es zum Teil andere und
» neue Formen, in denen sich der neuzeitliche Mittelstand
bbildet.» (Wernicke, Die wirtschaftliche und soziale
Bedeutung der Warenhäuser, p. 7).
? «Der Mittelstand geht nicht unter, sondern erstarkt
» vielmehr beständig.» (Ibid, p. 2).
        <pb n="161" />
        f
'

7

» soi-disant politiciens de la classe moyenne et le mou-,
 vement actuel des classes moyennes, avec ses exi-»
 gences extrêmes, en particulier celle de l’étranglement
»de la concurrence, n’est pas seulement tout à fait
» erronée, mais encore extrêmement dangereuse. Cons-»
 truite sur le sable mouvant de l’envie, de la haine et
» de l'injustice, elle ne peut conduire finalement qu’à
» un recul général, et en particulier aussi à l'affaiblisse-»
 ment de la classe moyenne artisanale. » *
Qu’on nous permette une image triviale : La classe
moyenne a commis une erreur capitale, origine de bien
des malentendus ; elle a prétendu « se faire aimer pour
elle-même ». Elle a identifié son intérêt avec l'intérêt
général. Or l'intérêt général lui-même est malaisé à
définir ; ces mots recouvrent, dans la plupart des cas,
une conception confuse qui est également une source
de malentendus, de disputes stériles et d'illusions.
« Chaque transformation, disait Sombart à Breslau,
» fait naître des oppositions d’intérêts; aussi n'’est-il
» jamais possible que quelque transformation que ce
» soit satisfasse tout le monde, Un soi-disant intérêt gé-&amp;gt;
 néral qui serait un intérêt commun à tous n'existe pas.
» Dans toute évolution, certains intérêts doivent être
&amp;gt;» léscés. » ?

t «Ich bin immer mehr zu der Ueberzeugung gekommen,
&amp;gt; dass die von den sogenannten Mittelstandspolitikern und
à der jetzigen Mittelstandsbewegung betriebene Mittelstandsà
 politik mit ihren extremen Forderungen, insbesondere der
» Strangulierung der Konkurrenz, eine nicht nur durchaus
» verfehlte, sondern auch eine hôchst gefährliche ist, weil
» sie auf dem Flugsande des Neides und Hasses und der
» Ungerechtigkeit aufgebaut, schliesslich zum allgemeinen
» Rücktritt fûhren und namentlich auch zur Schwächung
» des kleingewerblichen Mittelstandes ausschlagen müsste. »
?«Jede Umgestaltung schafft Interessengegensâtze ;
»daher wird es niemals môglich sein, dass irgend eine
» Gestaltung alle Leute befriedigt. Fin sogenanntes Allge-
        <pb n="162" />
        — 148 —

Veut-on identifier l'intérêt général avec l'intérêt de
l’Etat? Il faudrait alors démontrer, et non seulement
affirmer, que cet intérêt coïncide avec celui de la classe
moyenne. Nous avons cité, au cours de notre première
partie, plusieurs passages tendant à faire cette démonstration.
 Néanmoins, chez les auteurs, la volonté de persuader
 dépasse la volonté de prouver. Ils adopent le
mode affirmatif, Avoir trouvé la vérité leur importe
peut-être moins que d’avoir convaincu une majorité.
Comment expliquer, sans cela, qu’on se donne au fond
si peu de peine pour démontrer à l’aide de preuves historiques
 que la grandeur et la décadence des Etats vont
de pair avec la grandeur et la décadence des classes
moyennes ? Nous ne nous rappelons pas avoir rencontré
 une seule fois, au cours de nos lectures sur la question,
 le nom de Montesquieu, auteur de l’« Essai sur les
causes de la grandeur des Romains et de leur décadence
 », dont la mention serait cependant inévitable dans
des travaux de cette nature s’ils étaient conçus avec
tout le sérieux désirable.
Il va sans dire que l'Etat ne se laissera pas aisément
convaincre de l'identité de ses intérêts avec ceux de la
classe moyenne. D’autres classes lui tiennent ce langage.
 Il est lui-même, soit l’émanation de toutes, et comme
 tel peu enclin à favoriser les unes aux dépens des
autres, soit l'émanation de l’une d’entre elles, et comme
tel enclin à une partialité dont la classe moyenne n’aura
pas nécessairement le profit, d’autant moins qu’elle se
déclare anti-étatiste dès qu’il ne s’agit plus pour elle de
tirer profit de l’organisation politique. Ses représentants
n’en font du reste pas mystère :
« Quand bien même les classes moyennes sont par

» meininteresse im Sinne eines gleichen Interesses gibt es
pnicht. Bei jeder Neugestaltung müssen bestimmte
» Interessen geschädigt werden. » (Sombart, conférence cit).
        <pb n="163" />
        149 —

» principe hostiles à l’immixtion de l'Etat dans leurs af-»
 faires, elles ont pu non seulement approuver certaines
» de ses interventions, mais les réclamer avec énergie
» parfois. Mais il (le commerce de détail) est l'ennemi
» déclaré et résolu de l'Etat. qui, par des mesures poli-»
 cières, chicanières et bureaucratiques essaie de l'en-»
 serrer dans ses mailles de fer. »
Le but de l'Etat, c’est le bien de la collectivité. *, *
Si l'Etat et la collectivité elle-même arrivent à ètre
en désaccord sur la question de savoir où est le bien de
celle-ci, le premier finit toujours par avoir le dessous,
compromettant dans sa reculade les intérêts qui se sont
solidarisés avec lui. Aussi la politique négative est-elle
condamnée à l’échec aussitôt qu’elle contrarie des courants
 vraiment puissants de l’évolution économique et
sociale :
«Le résultat des exigences négatives de la classe
moyenne est un résultat négatif », dit Faucherre *, qui
cite l'exemple de l'interdiction faite en plusieurs lieux
aux coopératives de vendre aux non sociétaires. Il en
est résulté le renforcement des coopératives par l’augmentation
 du nombre des membres et du capital social *

t Ch. Blanc et R. Jaccard, op. cit, p. 23.
? Les adversaires du petit commerce ne manquent pas
de signaler malignement à toute occasion que les petits
commerçants ont été libéraux aussi longtemps que l’économie
 libérale ne s’est pas retournée contre eux. Cf. à ce
point de vue Faucherre, Die wirtschaftliche Lage des
Kleindetailhandels, p. 4.
$ Die wirtschaftliche Lage des Kleindetailhandels, p. 48 :
» Das Resultat der negativen Mittelstandsforderungen ist
» ein negatives. »
* Les détaillants allemands semblent avoir attendu merveille
 de cette interdiction. Cf. Wernicke, Kapitalismus u.
Mittelstandspolitik, p. 380. Cependant, une réunion de représentants
 de chambres de commerce tenue à Osnabrück
le 9 décembre 1895, les avait mis en garde en ces termes
(Ibid, p. 406) :
        <pb n="164" />
        — 150 —

Il est très légitime de se plaindre que « l’Université,
»la politique économique et sociale méconnaissent à
» l'envi la valeur de la classe moyenne et que les détail-&amp;gt;lants
 soient voués plus qu'aucun autre groupe proessionnel
 à une guerre d’extermination. » ! Mais il faudrait
 se demander aussi si cette valeur est restée intacte
et si les membres de la classe moyenne la démontrent
par des faits, par les services qu’ils rendent de facon
à emporter la conviction, non seulement de l’Etat, mais
ce qui est beaucoup plus important, de la conscience
publique, de la société :
« Car l'Etat n’est pas un dictateur, mais bien la so-&amp;gt;
 ciété, et celle-ci n’a qu’un intérêt relatif à la conser-»
 vation d’un commerce de détail indépendant. Cet in-&amp;gt;
 térêt n'existe que dans la mesure où le petit commerce
vest véritablement encore viable et n’a besoin que de

«Es ist. die Gefahr zu bedenken, dass das lediglich
» lormale Verbot des wissentlichen Abgebens von Waren
pan Nichtmitglieder und seine Strafbedrohung eine
» entgegengesetzte Wirkung hervorrufen und mit der Hinzubführung
 zahlreicher neuer Mitglieder an die Konsum-»
 vereine eine Stärkung der letzteren herbeigeführt werden
» kônnte. »
| «Akademie, Wirtschaft und Sozialpolitik gehen Hand in
» Hand in der Verkennung des Wertes der bürgerlichen und
» selbständig freien Erwerbstätigkeit…. Keinem Berufsstand
bist vom Gesichtspunkt sicherer Weiterexistenz mehr der
» Vernichtungskampf angesagt, als dem Detailhandelsstand. »
(Das Schweiz. Wirtschaftliche Volksblatt in Wesen und
Wert, von C. Olivier, Redaktor-Administrator. Graphische
Anstalt Schüler A.-G., Bienne, 1927, p. 4).
La situation n’est peut-être point si tragique, au moins
sur le premier point, à en croire P. Beuttner, Mittelstandsgrundsätzliche
 Gedankengänge, p. 3. L'auteur, après avoir
constaté que la «science de la classe moyenne» a de la
peine à percer dans certains milieux, constate tout de
même :
«Immerhin &amp;lt;darf die erfreuliche Feststellung gemacht
» werden, dass die mittelstandspolitischen Probleme bei
» der heutigen akademischen Jugend mit erhôhtem Interesse-»
 wissenschaftlich durchforscht werden. »
        <pb n="165" />
        JS

151 —

» Voir rafraîchir ses forces pour pouvoir s'affirmer par
« lui-même dans la lutte économique. L'intérêt de la
» société ne va pas jusqu’à conserver un fantôme d’in-»
 dépendance petite-bourgeoise et de subventionner aux
» frais de la collectivité des existences moyennes qui ne
font, quant à elles, aucun effort pour assurer leur
» propre conservation. » ‘
Wernicke dit à peu près la même chose en une seule
phrase :
« Les besoins du peuple sont le critérium supérieur
» de l'utilité et de la nécessité de certaines formes d’en-&amp;gt;
 treprises, » *
La politique négative est contraire aux intérêts de
l'Etat moderne parce qu’elle est contraire à ses principes
 ; un Etat qui renie les principes au nom desquels
il a été fondé ne repose plus que sur l’arbitraire. C’est
un principe de l'Etat moderne que l'égalité des citoyens
devant l’impôt, au moins à égalité de ressources. Or ce
principe est violé lorsqu’on fait payer aux grands magasins,
 à seule fin de les affaiblir économiquement au proit
 des détaillants, un impôt vingt fois plus élevé *

t «Denn der Staat ist kein Diktator, sondern die Gesell-»schaît,
 und diese hat nur ein bedingtes Interesse an der
» Erhaltung eines selbständigen Kleinhandels, nämlich nur
pinsoweit, als der Kleinhandel wirklich noch lebensfähig
vist und er nur einer Auffrischung seiner Krâäfte bedarf,
»um sich selbständig im wirtschaftlichen Wettbewerbe zu
» behaupten. Das Gesellschaftsinteresse geht nicht so weit
»einen Schein kleinbürgerlicher Selbständigkeit zu konser-»
 vieren und mittelständische Existenzen auf Kosten der
» Allgemeinheit zu subventionieren, die keine entspre-»chenden
 Anstrengungen zur Eigenerhaltung machen ».
(Dr. Hentschel, op. cit, p. 74).
* «Die Bedürfnisse des Volkes sind das oberste Kriterium
&amp;gt; für die Nützlichkeit und Notwendigkeit gewisser Betriebsvarten.»
 (Kapitalismus und Mittelstandspolitik, p. 312).
$ Ce chiffre se rapporte à l’Allemagne de 1904, Cf. Wernicke,
 Die wirtschaftliche und soziale Bedeutung der Warenhäuser,
 p. 18.
        <pb n="166" />
        152

qu’aux autres entreprises, quelles qu’elles soient, à égalité
 de bénéfice net. Si cette pratique de l'imposition du
gros pour protéger le petit et le nourrir débordait du commerce
 sur l’industrie et sur toute l’organisation économique
 (une fois qu’on a commencé, il n’y a plus
aucune raison de s'arrêter), on tuerait les maisons qui
exportent et on ruinerait la prospérité nationale. Il y a
mieux : Cette « réforme » de nos principes de gouvernement
 nous conduirait droit au collectivisme, c’est-àdire
 à la ruine de cet ordre social dont la classe moyenne
 est censée être le bastion.
L'extension de la loi fiscale d’exception à toutes les
grandes affaires « serait, malgré ses suites fatales, au
» Moins une reconnaissance logique du principe que le
» petit a le droit d’être alimenté par le grand. Sans
»idoute, l'application conséquente de ce principe nous
&amp;gt; conduirait bientôt à l’état socialiste. » ‘
La politique négative n’est pas seulement contraire
au principe de l’égalité devant l'impôt, elle est contraire
au principe de l’égalité devant la loi. Elle est même contraire
 tout simplement à la justice :
« La clameur éternelle de certains petits cercles après
»lJ'aide de l’Etat et l’étranglement fiscal de la concur-&amp;gt;
 Tence, est un signe de pauvreté spirituelle et de déca-»
 dence, et aussi d’un sentiment du droit complètement
»abaissé. Car si je lèse mon concurrent à l’aide d’un
» impôt dans l'intention arrêtée d’amener sa ruine éco-&amp;gt;
 nomique ou si je le dépouille de son bien par la vio-&amp;gt;»
 lence, où donc est la différence ?
«Et c’est en faveur de tels éléments que le gagne-!

 «Es wäre das trotz seiner schlimmen Folgen wenig-»stens
 eine logische Anerkennung des Grundsatzes, dass
» der Kleine ein Anrecht darauf hat, von den Grossen ali-»
 mentiert zu werden. In konsequenter Durchführung die-»ses
 Gedankens würde man dann allerdings bald auf den
) sozialistischen Staat kommen. » (Wernicke, loc, cit. p. 20).
        <pb n="167" />
        153 —

&amp;gt; pain de citoyens honorables doit être ruiné, le progrès
» et le développement arrêtés et punis ? » ‘
Wernicke décore l’impôt spécial sur les Warenhäuser
 du nom d'impôt punitif. Le terme traduit bien les
faits.
Un exemple typique de l’abaissement moral qui est le
fruit (ou l’origine) de la politique négative chez ceux
qui s’y adonnent nous est fourni par la rédaction qu’a
osé donner à un des postulats qu’elle a votés le 24 août
1905 la cinquante-deuxième « journée des catholiques
allemands ». Elle demande l’imposition sans scrupules
{rücksichtslos) des grands magasins et des maisons à
succursales multiples ?, Ce qui avait été fait ne suffisait
pas et l’on prétendait aggraver les doses. La malédiction
qui s'attache aux mesures arbitraires, c’est en effet de
ne jamais suffire. Aussi longtemps qu’une parcelle de
liberté reste aux gens entreprenants, ils gênent les autres,
 jusqu’à ce que, la pensée niveleuse ayant été réalisée
 jusqu’au bout, le pays entier réalise l'égalité dans
la stagnation. Poursuivre la destruction du grand maga-|

 Das ewige Rufen bestimmter kleiner Kreise nach Staatsphülfe
 und steuerlicher Totmachung der Konkurrenz ist
bein Zeichen geistiger Armut und Decadence, aber auch
» von vôllig gesunkenem Rechtsgefühl. Denn ob ich meinen
» Konkurrenten absichtlich durch eine Steuer so schädige,
»dass er wWirtschaftlich ruiniert wird, oder ob ich ihm
»sein Hab und Gut gewaltsam raube. wo ist da noch ein
» Unterschied !
» Und zu Gunsten solcher Elemente will man den Erwerb
behrlicher Bürger ruinieren, den Fortschritt und die Ent-&amp;gt;
 wicklung aufhalten und bestrafen ! » (Ibid, p. 24),
Wernicke dit aussi (Ibid, p. 22) :
« Fine aufgeklärte Regierung und obenso die Parlamente,
&amp;gt; die doch die Creme, die Intelligenz des Bürgertums reprä-»
 sentieren sollen, sollen sich nicht von den rückständigen
» Flementen zu Massnahmen drängen lassen, die nach ihrer
» Ueberzeugung verfehlt sind und dem Einzelnen wie dem
&amp;gt;Ganzen zu unberechenbarem Schaden gereichen. »
? CL Wernicke, Kapitalismus und Mittelstandspolitik.
à D. 398.
        <pb n="168" />
        — 154 —

sin, c’est de la part du petit commerçant, un aveu d'impuissance
 et de médiocrité. Car petit commerçant deviendrait
 grand, s’il le pouvait. Tous les grands magasins
 réellement solides sont sortis d'une petite boutique
 dont le propriétaire était réellement doué et actif :*
« Personne n’empêche n’importe quel magasin spé-&amp;gt;
 cial de prendre le développement d’un Warenhaus,
» que ce soit par ses propres forces, ou que ce soit par
» fusion coopérative avec d’autres. » ?
Si la politique négative abaisse le sens moral, il ne
faut pas s’étonner de la voir au service d’abus pires que
ceux qu’elle prétend réprimer. Nous avons constaté dans
notre première partie* la grosse part de responsabilité
qu’ont les propriétaires de maisons ‘dans la crise du
petit commerce, Il ne se fait pas un bâtiment neuf de
quelque importance que le rez-de-chaussée n’en soit
aménagé à l’usage d’un ou de plusieurs magasins"
pour le plus grand dam de la profession de détaillant,
dans laquelle est ainsi attirée l’armée compacte des

1 CË. p. ex. Efficience, passim. Le Journal des Epiciers du
) 25 septembre 1929 consacre une « variété » très intéressante
au cas de William Whiteley.

? «Es ist jedem Spezialgeschäft unbenommen, sich zum
» Warenhaus zu entwickeln, sei es allein, sei es durch ge-»
 nossenschaftlichen Zusammenschluss mit anderen.» (Wernicke,
 Bedeutung der Warenhäuser, p. 9.)
3 V, plus haut page 18.
* «Diese Seite des Bauwesens ist unbedingt ein Krebsscha-»
 den am Leibe der Kleingewerbetreibenden, der es bewirkt,
» dass ständig ein fluktuierender Ueberschuss von ihnen be-»
 steht, der den übrigen eine empfindliche und vielfach auch
» unlautere Konkurrenz macht. »
» Also bei diesen Gewerben der täglichen Lebensbedüri-»nissen
 wird in der Regel ein schädlicher Ueberfluss in
» Kleinbetrieben vorherrschen und gerade immer in solchen
» Gegenden, die noch gar keinen geschäftlichen Verkehr be-»
 sitzen.» (Wernicke, Kapitalismus und Mittelstandspolitik,
p. 312.)
        <pb n="169" />
        155

incompétents. Si l’existence des Warenhäuser avait
pour conséquence de faire diminuer l’intérêt de ce genre
 de spéculation de la part ides propriétaires fonciers,
ce fait serait à compter parmi leurs avantages et non
pami leurs inconvénients. Or, la « Journée allemande
des propriétaires de maisons » (Deutscher Hausbesitzertag)
 a voté le 27 juillet 1905, une résolution
 demandant l’application d’un impôt « efficace »
(wirksam) sur les Warenhäuser, parce que la concurrence
 de ceux-ci fait baisser le prix des maisons
avec locaux à usage de magasins. *
Si ces propriétaires, inquiets pour des bénéfices d’une
légitimité douteuse, avaient régardé autour d’eux, ils
auraient pourtant constaté, comme il est facile de le
faire aujourd’hui, par exemple dans le voisinage des
grands magasins de Paris, et comme Wernicke le remarquait
 déjà, l’année précédente, que leurs craintes
étaient vaines !
« Sitôt qu’un Warenhaus est ouvert quelque part, les
» sauveurs de la classe moyenne se plaignent immédia-&amp;gt;tement
 à grand bruit, quoiqu’il soit notoire que justement
 les affaires sises dans le voisinage des Wa--renhäuser
 tirent de leur fondation le plus grand avan-&amp;gt;
 tage. Dans les environs des grands magasins, les
&amp;gt;loyers de magasins montent notablement, parce que
» ces locaux sont très recherchés par les meilleures mai-&amp;gt;
 sons spécialisées, » ?
De même que la loi faite aux coopératives de ne vendre
 qu’à leurs sociétaires est allée à fin contraire de son

+ Cf. Wernicke, Ibid, p. 402.
? Wernicke, Bedeutung des Warenhäuser, p. 8 : « Sobald..
birgend wo ein Warenhaus erôffnet wird, wird von den
» Mittelstandsrettern sofort ein grosses Klagegeschrei erho-&amp;gt;
 ben, obwohl notorisch gerade die in der Nähe der Waren-»
 häuser gelegenen Geschäfte durch deren Gründung den
» grôssten Nutzen haben. In der Nähe der Warenhäuser
&amp;gt; steigen die Ladenmieten erheblich, weil diese Läden von
» den besseren Snezialgeschäften sehr gesucht werden. »
5
        <pb n="170" />
        — 156 —

but (v. n. note 4 p. 147), de même l'impôt sur les Warenhäuser
 a plutôt stimulé l’activité de ceux-ci en Allemagne
 *. Rœren, dans son discours de Trèves (déjà
cité) exprimait l'avis que l'impôt sur les Warenhäuser
 devait avoir pour conséquence l'augmentation du
chiffre d’affaires de ceux-ci, et, par conséquent, du
dommage qu’ils causent.” Car ce n’est que l'augmentation
 du chiffre d’affaires qui peut rendre supportable
 pour eux la charge de l'impôt. Engel (op. cit, pp.
19 seq.) explique comment les grands magasins se sont
arrangés pour faire payer leur impôt spécial par leurs
fournisseurs.* C’est que ces magasins sont devenus

L En Suisse, un tel impôt, qu’on a essayé vainement d’introduire
 à St-Gall, serait anticonstitutionnel.
? Il est évident que d’augmenter artificiellement les frais
cénéraux desWarenhäuser n’est pas la bonne méthode pour
les amener à renoncer aux manœuvres déloyales dont on
leur a reproché de faire usage pour rendre plus productive
la chasse aux clients :
» Leider wird diesen Zugmitteln gegenüber keine Waren-»
 haussteuer etwas helfen. » (Rapport de la Chambre des métiers
 de Francfort sur l’'Oder pour 1900-1904, cité par Wernicke,
 Kapitalismus und Mittelstandspolitik, p. 179.)
3 Cf. sur ce point aussi Champion, op. cit, p. 27. Il vaut
la peine de citer tout le passage. Les phrases soulignées le
sont par nous :
» Man versuchte das Warenhaus mittelst Sondersteuer und
&amp;gt; mit Verboten aller Art zu Fall zu bringen. Die erzielten
» Erfolge waren jedoch nicht von nachhaltiger Wirkung.
» Der Verfassungssatz der Handels- und Gewerbefreiheit ge-»
 bot allzu starken Einschränkungsbestrebungen zum voraus
» Einhalt. Dann beklagten sich bald auch Gewerbe und Indu-»
 strie, weil die Warenhäuser alle Unbequemlichkeiten auf sie
» zurückwälzten, Endlich musste der kleine Händler das von
s'ihm geführte Messer im eigenen Fleisch spüren. Die Produ-»
 zentenschaft liess die Warenhäuser als Abnehmer nur un-»
 gern los, troizdem die von letzteren verlangten Extrara-»
 batte ansehnliche Breschen in ihr Gewinnbudget schlugen.
» Zwecks Kompensation der Gewininnausfälle wurden die
» Preise der an Kleinhändier abgegebenen Waren mit entspre-»
 chenden Zuschlägen belegt, welcher Umstand naturgemäss
» den Grad der Konkurrenzfähigkeit dieser Wirtschaftsgruppe
» noch mehr sinken liess. »
        <pb n="171" />
        157

une véritable force et qu’il est hautement maladroit
de vouloir faire ce que cherche à réaliser la politique
négative : réduire par la force un adversaire qui a la
force pour lui. Car la force qui compte, dans la lutte
économique, c'est le pouvoir d’achat, et celui des grands
magasins en fait de véritables dictateurs à l'égard de
leurs fournisseurs attitrés. Les sauveurs de la classe
moyenne n’ont pas pensé au tort qu’ils feraient, que les
Warenhäuser disparaissent ou non, aux petits prolucteurs
 (artisans) que ces magasins font vivre, car il
sen faut que les Warenhäuser ne soient clients que
des fabriques ! !
Nous devons ouvrir ici une parenthèse consacrée au
danger d’incendie auquel sont exposés les grands magasins,
 parce qu’il a fourni aux partisans d’une intervention
 légale contre ceux-ci un prétexte qu’ils se sont
gardés de laisser perdre.
Il est de fait que certains constructeurs de Warenhäuser
 ont été terriblement imprudents, surtout en
Amérique. L'énorme bâtiment de Wanamaker à Philadelphie
 est bien divisé en trois par des murs de sûrelé
 avec portes automatiques, mais cela ne serait guère
suffisant pour éviter un malheur dans un cas sérieux
si l'on prend en considération les chiffres suivants :
Le bâtiment a 12 étages, 145 mètres de long, 75 mètres
de large et 74 mètres de haut. Au troisième étage se
trouve une salle de musique calculée pour 1800 auditeurs
 et 500 chanteurs. Et le reste à l’avenant :
« En Europe, on permettrait difficilement l’aménage-»
 ment de telles salles de réunion dans un bâtiment qui,
&amp;gt; sans doute, est par lui-même incombustible, mais où
» un feu serait si richement nourri par les marchandises
&amp;gt; accumulées que la fumée qui en résulterait laisserait
» difficilement la possibilité de s'échapper à tous ceux

Cf. Wernicke, Bedeutung der Warenhäuser, p. 5.
        <pb n="172" />
        — 158 —

&amp;gt; qui se trouveraient dans l'édifice, Mais en Amérique, la
&amp;gt; vie humaine est aussi comprise dans le devis en dol-»lars;
 le calcul des probabilités enseigne que, même
» dans les bâtiments les plus dangereux, il y a si rare-»
 ment des personnes qui perdent la vie par suite d'in-»
 cendie qu’il est encore plus avantageux de payer des
» indemnités s’il s’est produit une catastrophe et de faire
» ensevelir les victimes à ses frais au milieu du deuil
» national, que de prendre des mesures de sûreté si coû-&amp;gt;
 teuses et si génantes pour une exploitation avantageuse
» de l’entreprise.
» Mais il serait injuste d’accuser les seuls Américains
d’insouciance à l’égard du danger d’incendie, Les ma-»
 gasins de Paris, qui constituent un volume unique, non
» pariagé, sont moins dangereux iout au plus parce
» qu’ils ont moins d’étages… Etant donnée l’insouciance
avec laquelle, justement au rez-de-chaussée, parce
» que c’est là qu’il y a le plus de public, on accumule
» régulièrement les étoffes légères, les rubans, les cha-»
 peaux de dames, il suffirait d’une allumette pour pro-»
 voquer un incendie formidable. En particulier à Bru-»
 xelles et à Anvers, on a, dans quelques grands maga-»
 sins, afin de mieux attraper le client, transformé l’en-»
 trée en une sorte de galerie de mine, tellement le pla-»
 fond et les parois sont encombrés de rubans, de jouets
» et de cartes illustrées. Il suffirait d’un fou ou d’un con-»
 current décidé aux moyens extrêmes pour transformer,
» de là, toute la maison en une mer de flammes que les
» tapis ornant les balustrades des escaliers et des galeries
» étendraient rapidement aux étages supérieurs, de sorte
» que pas un chat ne pourrait sortir sain et sauf de ce
bûcher de luxe.
&amp;gt;» Il a fallu la « tutelle », si souvent maudite et pourtant
 indispensable, étant donné ce qu'est l’homo sa-»
 piens, de la police allemande, pour apporter un changement
 à cette situation en imposant aux Warenhäu-&amp;gt;
        <pb n="173" />
        — 159 —

» ser toute une série d’exigences qui en diminuent le
» danger » *.
Les coryphées de la politique négative avaient naturellement
 espéré mieux. Ils obtinrent dans certaines villes
 de Prusse et de Bavière qu’on interprétât les règle-|

 Hans Schliepmann, op. cit, vol. 2, 12-14. «In Europa
» würde man schwerlich derartige Versammlungsräume in
»einem Gebäude zulassen, das zwar an sich durchaus un-»
 verbrennlich hergestellt ist, einem Feuer aber in den anp
 gehäufien Waren so reiche Nahrung bietet, dass der ent-&amp;gt;
 stehende Qualm schwerlich allen im Gebäude Eingeschlosà»
 senen noch das Entkommen freilassen würde. Aber in
&amp;gt; Amerika ist auch schon das Menschenleben in die Dollar-»
 berechnung einbezogen ; die Wahrscheinlichkeitsberech-&amp;gt;
 nung lehrt, dass auch in den gefährlichsten Gebäuden so
»selten Personen durch Brand umkommen, dass es noch
p billiger ist, im schlimmsten Falle die Entschädigungssum-&amp;gt;men
 auszuzahlen und unter Nationaltrauer die Verun-»
 glückten auf eigene Kosten zu begraben, als so und so viele
» teure und dem Geschäfte hinderliche Sicherungen im vorn-»
 hinein anzubringen. »
» Es wäre ungerecht, allein die Amerikaner der Sorglosig-»
 keit gegen Feuergefahr zu beschuldigen. Die besprochenen
» Pariser Warenhäuser, die ja nur je einen einzigen Raum
» bilden, sind hôchstens wegen ihrer geringeren Stockwerkpzahl
 minder gefährlich… Bei der Sorglosigkeit aber, mit
&amp;gt; der gerade im Erdgeschoss regelmässig des Hauptpubli-»
 kums halber leichte Stoffe, Bänder, Damenhüte u. s. w. aus-»
 gestellt werden, würde hier oft ein Streichholz genügen,
» einen Riesenbrand zu entfachen. Namentlich in Brüssel und
&amp;gt; Antwerpen wird des Kundenfanges wegen bei einigen Wa-»
 renhäusern schon der Eingang gerade zu in eine Art Berg-»
 werksstollen verwandelt, so dicht längen von oben und
» von den Seiten Bänder, Spielwaren, Ansichtskarten um
»den Eintretenden. Ein einziger Wahnsinniger oder ab-»
 günstiger Konkurrent kônnte von hier aus das ganze Haus
pin ein Feuermeer verwandeln, das von den Teppichen an
»der Lichthofbrüstung und den Treppengeländern schnell
bin alle Stockwerke hinaufleckte, so dass keine Katze mehr
&amp;gt; heil aus diesen Luxusscheiterhaufen herauskäme. »
» Erst die vielgeschmähte und doch bei der Art des homo
&amp;gt; sapiens einmal unentbehrliche « Bevormundung » der deutp
 schen Polizei hat in diesen Verhältnissen Wandel geschaf-»fen,
 indem sie eine ganze Reihe von Forderungen an Wa-»renhäuser
 stellte. um deren Gefahren zu verringern. »
        <pb n="174" />
        — 160 —

ments de la police des constructions de façon à pouvoir
 interdire que les grands magasins eussent plus d’un
étage. C’eût été un moyen peu franc, mais radical, de les
extirper. Des ordonnances furent édictées dans ce sens,
mais personne ne se trompa sur leur véritable origine
et leur véritable but. Mais l'autorité supérieure veillait.
Elle estima que des règlements purement techniques ne
sont pas là pour qu’on les fasse servir à des manœuvres
de politique de classe et de groupes professionnels et déclara
 nuls les arrêtés pris par la ville de Nüremberg,
puis par celles de Hanovre et de Münster. *
La politique négative agit en toutes choses comme
envers les règlements sur les constructions. Elle fausse
le but des impôts, ceux-ci n'ayant jamais pour but d'anéantir
 l’imposé et rarement celui de nuire à sa prospérité
 (imposition de l’eau-de-vie pour restreindre la consommation).
 En matière de commerce (colporteurs), le
Tribunal fédéral suisse a toujours déclaré inadmissibles
les taxes prohibitives. Et du reste, dans « la vie écono-&amp;gt;»
 mique, la concurrence, c’est tout. Vouloir la réprimer
» en faveur d’une classe de citoyens, c’est donner à celle-&amp;gt;
 ci, au désavantage de la collectivité, une position pri-»
 vilégiée bien difficile à justifier » *

! Cf. Wernicke, Bedeutung der Warenhäuser, pp. 21-22.
&amp;gt; «Im wirtschaftlichen Leben bedeutet die Konkurrenz
) alles. Sie zu gunsten einer Klasse von Mitbürgern unter-»
 drücken wollen, heisst dieser zum Schaden der Gesamt-»
 heit eine nicht recht begründete Vorzugsstellung einräu-»men.»
 (Wernicke, Kapitaliismus und Mittelstandspolitik,
p. 448.)
Si l’on arrive à être contraire à la politique négative tout
en étant d’avis que la concurrence, c’est tout, on le sera à
bien plus forte raison si l'on se fait du commerce une conception
 qui cesse d’accorder à la concurrence la première
place. Les problèmes qui nous ocupent semblent disparaître
pour un Ford, qui met en premier lieu non la notion de
concurrence, mais celle de service :
«Nicht auf Wettbewerb kommt es an, sondern auf die be-
        <pb n="175" />
        161

Le fond d’illégalité de la politique négative a choqué
de bonne heure quiconque était doué de quelque équité
et de quelque sens du droit *. Pour appuyer ce point par
des citations, nous n’aurions que l’embarras du choix.
Voici par exemple les mots excellents que contient le
rapport d’une réunion de représentants de Chambres de
commerce tenue à Osnabrück, le 9 décembre 1895. Après
avoir protesté contre le traitement de faveur octroyé aux
coopératives, l’auteur continue en ces termes :
« D'un autre côté, l'exigence de ceux qui veulent faire
&amp;gt; dépendre la création des coopératives de consomma-&amp;gt;
 tion de la clause du besoin ou même opprimer ces so-&amp;gt;ste

 Art der Leistung. Erfüllen wir unsere Aufgabe auf die
»beste uns bekannte Weise, das heisst versuchen wir geà
 treulich zu dienen, dann brauchen wir uns nicht viel über
»andere Fragen den Kopf zu zerbrechen.» (Ford, op.cit…
pp. 313-314).
‘ Même lorsqu’on est d’accord avec les exigences de la
classe moyenne, ou que, même en les trouvant dangereuses,
on est prêt à en admettre une partie par opportunisme, pour
pallier à la crise, on ne peut qu’être rejeté dans le camp des
adversaires irréductibles par le ton exaspérant sur lequel certaines
 de ces exigences sont formulées. Voici un échantillon
de rapport emprunté à une chambre des métiers d’Allemagne
 :
«… Ein Geschäftsprinzip lässt sich bei solchen Zuständen
&amp;gt; überhaupt nicht mehr ausführen. Solche Auswüchse im
&amp;gt; heutigen Wirtschaftsleben lassen sich nur durch Gesetze
&amp;gt; bessern und beseitigen, deshalb sollten Ausverkäufe und
» Auktionen auf das Mindeste beschränkt, Konsumvereine
und Warenhäuser, wie andere Gewerbebetriebe, konzesp
 sionspflichtig gemacht, Dividendenzahlungen (Par dividen-»
 des, il faut entendre ici les ristournes des sociétés de
» consommations.) verboten und Umsatzbesteuerung einge-»führt
 werden. Ebenso müsste die Anlockung des Publikums
»durch das Versprechen, für gekaufte oder entnommene
» Waren Gutscheine und Zugaben auszuhändigen, beizupak-»ken
 oder zu versprechen, untersagt werden. »
« Die fortgesetzten Bestrebungen der Kammer auf diesem
» Gebiete sind bisher leider ohne Erfolg geblieben. Indessen
&amp;gt; darf man deshalb die Hoffnung auf Erfüllung der diesbe-»züglichen
 Wünsche und Anregungen nicht aufgeben. »
        <pb n="176" />
        162 —

&amp;gt; Ciétés par la violence, doit être considéré comme allant
» trop loin et comme étant incompatible avec les prin-&amp;gt;
 cipes d’un Etat fondé sur le droit. Le droit des ci-»
 toyens de s'associer pour couvrir leurs besoins à meil-»
 leur marché ne peut en effet être mis en doute » *.
Nous avons vu plus haut que l’application conséquente
 et toujours plus étendue de la politique négative
constitue un pas redoutable vers le socialisme d'Etat.
D'autre part, si l’ouvrier, comme il a tendance à le faire,
 identifie la cause du prolétariat avec celle des coopératives,
 le caractère arbitraire et unilatéral des mesures
 de politique négative ne manquera pas de l'induire,
el non sans quelque raison, à crier à l’injustice et à la
législation de classe. La classe moyenne, en prétendant
soutenir  l’Etat, ferait ainsi les affaires du socialisme
révolutionnaire. Il faut se garder de jeter dans les bras
du socialisme les ouvriers qui ne s’y jettent pas d'euxmêmes,
 c’est-à-dire cette partie de la classe ouvrière qui,
bien payée, bien qualifiée, fournit l’étage « inférieur »
de la classe moyenne et en assure le recrutement *
C’est le propre de la politique négative, politique à
courtes ‘vues, d’être riche en conséquences redoutables
dont ses protagonistes, quoique avertis, n’ont pas voulu
se soucier * En même temps, les conséquences qu’on en
attendait ne se produisent que faiblement, parce que, le

! «Auf der anderen Seite muss die Forderung, die Errich-»tung
 der Konsumvereine abhängig zu machen von der Be-)
 dûrfnisfrage, oder diese Genossenschaften sogar gewalt-»sam
 zu -unterdrücken, als zu wWeitgehend und mit den
» Grundsätzen des Rechtsstaats nicht vereinbar bezeichnet
» werden, da das Recht der Staatsbürger, sich durch Ver-»einigung
 ihren Bedarf billiger zu beschaffen, micht in
&amp;gt; Zweifel gezogen werden kann.» (Wernicke, Kapitalismus
und Mittelstandspolitik, p. 406.)
? Les idées exprimées dans cet alinéa sont celles du prof.
Biermer, cité par Wernicke, ibid, p. 449.
3 Qu’on relise à ce sujet notre note 3, page 154.
        <pb n="177" />
        163 —

remède étant illégal au fond malgré l'ombre de légalité
que lui prêtent les ordonnances spéciales, on n'ose procéder
 à l'application avec une énergie suffisamment
efficace et donner aux mesures prévues l'extension progressive
 qu’elles comportent. Quand l'Etat intervient, il
est obligé de redoubler les doses pour que son intervention
 soit suivie d’effets ; l’adversaire sait s'adapter aux
mesures prises, à moins qu’on ne lui ferme absolument
toutes les issues. Et l'Etat se découragera vite d'interventions
 répétées dont il ne récoltera absolument que
les inconvénients.
Il y a quelque chose de plus redoutable encore dans
la politique négative. En donnant à la profession de
détaillant le lustre d’une profession directement protégée
par l’Etat, une sorte d’auréole de fonctionnarisme, elle
rontribue encore à accentuer le recrutement exagéré qui
caractérise cette profession. Et cet afflux nouveau sera
formé d’éléments surtout incapables, volontiers portés
à s’imaginer que la protection officielle rend les capacités
 superflues. Autrement dit, sur ce point capital de
l’assainissement de la profession, la politique négative
ne résout rien, au contraire. Elle ne fait pas appel à l'aclivité,
 mais au contraire à la paresse *. Elle offre une prime
 aux non-valeurs. Intervenant au nom du droit des
détaillants à l’existence, elle protège ceux qui possèdent
le moins ce droit. Elle donne un aspect faux et dangereux
 de bienfaisance officielle à la tâche de l’Etat dans
le domaine économique.
« Les conditions sont peut-être encore pires dans le

! «Certes ces derniers (les détaillants en lutte contre les
&amp;gt; grands magasins) peuvent songer tout d’abord à engager
»la lutte sur le terrain fiscal en demandant que les taxes
&amp;gt; qui frappent les grands magasins soient revisées. Mais à
» côté de cette formule paresseuse, des efforts sont nécessai-»res.»
 (André Blum. Détaillant de l'Est. 25 décembre 1928.
p. 7.)
        <pb n="178" />
        — 164 —

» petit commerce que dans l'artisanat. Beaucoup de
» détaillants qui, par suite de leur méconnaissance de la
» siluation, manquent de l'essentiel, le débit suffisant
» de leurs marchandises, ou qui s’établissent avec un trop
» petit capital ne sont pas de taille à supporter une
» crise, OU qui manquent de toute formation commercia-»le,
 n'ont pas droit à l’existence et ne peuvent préten-»
 dre à se faire protéger par la législation spéciale qu’ils
» réclament à si grands cris. À ce propos, il est digne
» de remarque de constater que, récemment, à Pirna, au
Congrès de l’Union des services d’escompte, un ora-»
 teur avança que la classe des détaillants devrait arri-»
 ver à posséder une conscience de groupe plus accusée.
» Les existences, dit-il, qui ne peuvent se maintenir
&amp;gt; qu'avec l’aide et en recourant à la compassion des
» autres citoyens devraient de préférence être éliminées
» des services d’escompte. » (Deutsche Mittelstandskorrespondenz,
 No 16, 1906, cité par Wernicke, Kapitalismus
 und Mittelstandspolitik) *.

* «Vielleicht noch schlimmer als wie beim Handwerk lie-»gen
 die Verhältnisse im Kleinhandel. Viele Kleinhändler,
» denen es infolge ihrer Unkenntnis der Sachlage und der
» Verhältnisse an dem Grundelement, der genügenden Ab-»
 satzgelegenheit der Waren, mangelt, oder die mit einem zu
» kleinen Grundkapital sich etablieren und einer Krisis nicht
» gewachsen sind, oder denen jede kaufmännische Vorbil-»
 dung fehlt, sind nicht existenzberechtigt, sie haben keinen
» Anspruch auf Schutz durch eine Sondergesetzgebung, nach
» dem sie so laut rufen. Dabei ist es anerkennenswert, dass
» auf dem jüngst in Pirna abgehaltenen Verbandstage der
» Rabatt- und Sparvereine in der Debatte ein Redner her-»
 vorhob, dass der Kleinkaufmannsstand sich ein grôsseres
» Selbstgefühl anschaffen müsse. « Existenzen », die nur mit
» Hilfe und unter Inanspruchnahme der Barmherzigkeit der
» Mitbürger bestehen kônnen, würden am besten ausgeschal-»tet
 von den Rabattsparvereinen. »
Dans le même ordre d’idées, Wernicke dit, op. cit, p. 312 :
«Im Interesse der Hebung des Volkes und der Erhôhung
» der Leistungsfähigkeit der Volkswirtschaft liegt es, nicht
» derartige Betriebe zu konservieren.
        <pb n="179" />
        165 —

Faut-il conclure de ce qui précède que le petit commerce
 n’a aucun droit à la protection de l'Etat? Ce
serait absurde. L'Etat est là pour la protection de tous,
des détaillants aussi par conséquent. Et comme il est
entendu que le rôle de l’Etat moderne ne saurait être
uniquement négatif, que sa tâche ne se réduit pas à
empêcher la collectivité de sombrer dans l’anarchie, mais
qu’il est appelé à atténuer, aux frais de l’ensemble, les
catastrophes qui atteignent injustement certains particuliers,
 il est tout à fait juste qu’une action soit tentée
ici où là en faveur du petit commerce, pourvu, bien enlendu,
 qu’elle vise à éliminer les abus qui l’affaiblissent,
 et non à les perpétuer en les rendant avantageux.
Toute la différence entre la bonne politique négative et
la mauvaise est là. En particulier, toute réforme qui
serait l’œuvre de l’Etat seul, sans que les particuliers
doivent y participer de leurs efforts, est vaine d'avance.
L’Etat est une institution d’entr’aide des citoyens, mais
dès que l’entr'aide prend un caractère de parasitisme,
elle cesse de mériter ce nom. Elle est corrompue dans
son essence même.
« L'aide étrangère (l’aide par l’Etat) a donc pour but
» de rendre les hommes toujours plus capables de s’ai-»
 der à eux-mêmes. » *
«11 y a lieu de confier à la législation les tâches qui
» sont de son ressort pour la protection du petit com-»
 merce ; mais il y a lieu aussi de faire le cas qu’elle
» mérite de l’aide aux détaillants par eux-mêmes pour
&amp;gt; le relèvement de la situation du commerce de détail,
»aide qui a à sa disposition différents moyens dont
» l’évolution des choses a rendu l’emploi nécessaire, On
sne comprend pas encore, dans les cercles de détail-*

 «Die Fremdhilfe (Staatshilfe) hat daher den Zweck, den
) Menschen immer mehr zur Selbsthilfe zu befähigen. »
(Phrase de Wernicke, citée par Faucherre, Die wirtschaftliche
 Lage des Kleinhandels, n 7.)
        <pb n="180" />
        — 166 —

»lants, aussi bien qu’il serait désirable dans l’intérêt
» du petit commerce, combien cette aide à soi-même est
» féconde, cela surtout parce qu’on n’est pas ou pas en-»
 core assez instruit des moyens dont elle dispose. » *
L'auteur des lignes qui précèdent est parfaitement
d'avis que la question d’une protection officielle du petit
commerce doit se poser, puisqu'il est la partie la plus
faible dans sa lutte contre le commerce capitaliste?, Il
estime que l’idée, au premier abord choquante, d’un
impôt spécial sur les Warenhäuser, peut parfaitement
 se légitimer si l’on n’ambitionne pas la prohibition
 des grands magasins, mais seulement des mesures
ralentissant leur développement, de façon à donner aux
petits détaillants le temps nécessaire pour s'adapter à
cette redoutable concurrence *.
Wernicke, dont l’intransigeance libérale a été mise
en lumière par nombre de nos précédentes citations,
n’est cependant pas adversaire de principe de toute intervention
 officielle. C’est sur le degré, la nature et le
but de l'intervention qu’il n’est pas d’accord avec les

* «Es gilt, der Gesetzgebung die ihr entsprechenden Auf-&amp;gt;
 gaben zum Schutze des Kleinhandels zuzuweisen, es gilt aber
»auch, in Erkenntnis der durch die Entwicklung der Din-»
 ge gebotenen Notwendigkeit die verschiedenen Mittel der
y» Selbsthilje als sehr bedeutsam zur Hebung des Kleinhan-»
 dels zu würdigen. Namentlich der letzt genannten Aufga-&amp;gt;be
 wird man in Detaillistenkreisen noch nicht in einem
&amp;gt; Masse gerecht, wie es im Interesse des Kleinhandels wün-»schenswert
 wäre, hauptsächlich deshalb, weil man über
&amp;gt;die Mittel nicht oder nicht genügend unterrichtet ist.»
(Engel, Neue Aufgaben des Kleinhandels, p. 3. Ces lignes
datent de 1907, et la compréhension, par les détaillants, de
leur propre cause s’est certainement améliorée depuis lors.)
? «Wir meinen, dass, wie beim Handwerk, so auch im
» Detailhandel unter diesem Gesichtspunkt ein staatlicher
» Schutz des Detailhandels wohl gerechtfertigt erscheint. »
(op. cit, p. 53)
3 CÎ. op. cit, p. 56.
        <pb n="181" />
        167

corvphées de la politique négative *, ?. Un autre libéral,
le Dr Hentschel (cf. notre note 1, p. 149), estime lui aussi
que les pouvoirs publics ne peuvent rester passifs en face
de l’évolution des phénomènes économiques. Mais leur
rôle ne consiste pas à pratiquer une politique négative,
il est bien plutôt de prendre part, dans la mesure où
cela leur est donné, au mouvement de politique positive
dont nous nous occuperons plus loin *.

1 «Selbstverständlich ist es nicht erfreulich, dass durch
à&amp;gt;das Vordringen des Kapitalismus gewisse Elemente aus
&amp;gt;ihrer bisherigen Position verdrängt werden, und es wâäre
» Wohl die Aufgabe des Staates, diesen bedrängten Elemen-»ten
 nach Kräften, aber auf richtige Weise den Uebergang
»zu erleichtern, nicht jedoch so, dass man dem Vordrin-»
 gen des Kapitalismus, bezw. des ôkonomischen Prinzipes,
à Finhalt zu tun versucht, sondern so, dass man die Be-»
 drängten entweder positiv zu stützen und zu stärken, ihnen
» den Uebergang in andere bessere Stellungen zu ermôgli-»
 chen und zu erleichtern sucht. » (Kapitalismus und Mittelstandspolitik,
 p. 128).
Le « principe d’économie » dont il est question dans ce passage
 veut qu’on atteigne un maximum de résultat productif
avec un minimum de moyens mis en œuvre. L'auteur semble
 quelque peu identifier ce principe avec le capitalisme luimême.

? Wernicke est peut-être l’inventeur de l’expression de politique
 négative (negative Fremdhilfe), qui ne peut, étant
donnée son allure péjorative, avoir été lancée que par un
adversaire. (Cf. Wernicke, op. cit, pp. 454 seq.)

3 «Soll die Einzelhandelszukunft wirklich in gewünsch-»ter
 Richtung erfolgen, dann kann man die Entwicklung
» nicht wie früher nach dem Grundsatze : Laissez aller, lais-»sez
 faire, einfach ihren Lauf nehmen lassen, noch weni-»ger
 sie umkehren wollen, sondern man wird so in ihre
) Speichen eingreifen müssen, dass es allerwärts gleichmässig
» vorwärts geht. Das schafft man aber nicht, indem man die
» Kleinbetriebe entwicklungsnegativ durch Sonderbesteueprung
 der Grossbetriebe zu fôrdern sucht, sondern wirkblich
 erfolgreich nur durch positive Steigerung der Kon-»
 kurrenzkräfte der Kleinbetriebe, Konkurrenzen lassen sich
» nicht fesseln. » (Dr. Hentschel. op. cit. p. 76.)
        <pb n="182" />
        — 168 —

Sigfried Bloch! exprime un vœu qu’on ne retrouve
guère ailleurs avec cette netteté : la politique d'intervention
 doit être cohérente, obéir à des principes généraux,
à un programme. Ce doit être une politique commerciale,
au plein sens du terme, et non une suite de coups de pouce
 qui pallient les maux au lieu de les guérir, et qui peuvent
 être féconds en conséquences fâcheuses imprévues,
et peut-être même inaperçues. La politique d’intervention
 doit être au service du progrès ; elle ne saurait donc
être, comme la: politique négative type, une politique de
réaction, ?
De nos jours, la politique positive a cause gagnée.
Cela ne veut pas dire que la politique négative soit
tombée dans l’oubli. Nombreux sont les hommes qui
sont parfaitement d’accord que le commerce de détail
doit s’aider à lui-même, en attendant, mais que le remède
 idéal, c’est l'intervention de l'Etat. Ils oublient
souvent que cette dernière doit être comprise dans un
sens très limité pour n’être pas contradictoire avec
l’autre :

«Ce serait une grosse erreur d’admettre que le pro-»
 gramme de l’aide du petit commerce par lui-même ait
»eu pour conséquence l’abandon des appels à l’inter-&amp;gt;
 vention de l’Etat. Pas du tout ; tout au plus une petite
» partie des artisans et commerçants réclament-ils main-!

 Sigfried Bloch, Zürich: Neuere Wandlungen in der
schw. Rundstuhlwirkerei, ein Beitrag zur Kleidung des
Schweizer Volkes. (Separatabdruck aus dem Grütlianer Nr.
128 und 129 vom 5 u. 6. Juni 1914.)
? Op. cit, p. 12. Ces mots constituent la conclusion de cette
courte brochure :
« Der privatkapitalistische, Unternehmungsgeist mit seinem
» grossen Spielraum innerhalb der geltenden Wirtschaftsord-»nung
 erfindet zwar immer wieder neue Mittel, den Gep
 winn zu erhôhen ; trotzdem dürîte es einer zielbewussten,
» programmatischen inneren und äusseren Handelspolitik
» gelingen, hôhere Produktions- und Distributionsformen in
» die Wege zu leiten. »
        <pb n="183" />
        169

»tenant avec moins de force l'intervention étatiste ; le
» plus grand nombre, et les détaillants avant tout, sont
» restés prisonniers des vieilles conceptions et des vieil-»
 les erreurs et ne veulent pas entendre les voix qui les
» meltent en garde. »!
Nous ne pouvons clore ce chapitre sans mentionner, à
la décharge des partisans fanatiques de la politique
négative, le fait que ce n’est pas eux qui ont commencé ;
autrement dit : que le petit commerce de détail n’a pas
êté le premier à faire appel à la partialité des pouvoirs
publics. Les idées libérales ont même subsisté dans leur
intégrité beaucoup plus longtemps chez les commer-!

 «Es wWâre ein grosser Irrtum, anzunehmen, mit dem
» Programm der Selbsthilfe seien die Staatshilfeforderungen
» aufgegeben worden. Durchaus nicht, nur werden letztere
»von einem kleinen Teil der Gewerbetreibenden weniger
» Stark betont ; die Grosszahl der Kleinhändler vor allem
» steht noch immer in den alten Anschauungen und Irrtü-»
 mern gefangen und will nicht auf die mahnenden Stimmen
&amp;gt; hôren. » (Faucherre, op. cit., p. 51).
On pourrait objecter à cette remarque de Faucherre que
son ouvrage commence à «dater ». La note suivante, extraite
des Basler Nachrichten du 15 août 1929. fait justice de cette
Yjection :

Baden

Einschränkung des Grenzwarenverkehrs aus der Schweiz ?
Aus badischen Geschäftskreisen wird uns geschrieben :
Wie bekannt, wurde in einer jüngst von der Handelskammer
 Schopfheim abgehaltenen Vollversammlung beschlossen,
 dem Antrag des Einzelhandels stattzugeben und in geeigneter
 Form an die zuständigen Behôrden eine Eingabe
zu richten, wonach der Grenzwarenverkehr weiter einqgeschränkt
 werden soll.
Eine am 13. August abgehaltene Vollversammlung der Betriebsräte
 Rheinfeldens hat sich mit dem von der Handelskammer
 Schopfheim beabsichtigten Vorgehen beschäftigt
and in einer einstimmigen Entschliessung die wirtschaftlichen
 Organisationen der Arbeitnehmer beauftragt, bei den
massgebenden Behôrden Schriite zu unternehmen, damit
dem unberechtigten Verlangen des Einzelhandels, der für
die Konsumenten eine schwere Schädigung bedeutet. keinesfalls
 stattgegeben wird.
        <pb n="184" />
        — 170 —

çants que chez les artisans *. Les coopératives, en effet,
n’ont pas craint de réclamer la faveur officielle, comme
si elles étaient des institutions de bienfaisance. Elles ont
été appuyées dans cette prétention par toutes sortes de
complicités. Le vent étant à la politique sociale, les faiseurs
 de bien social à bon marché et à courtes vues ont
soutenu les coopératives parce qu’elles devaient, semblait-il,
 amener une diminution des dépenses de l’ouvrier.
 Il semblait tout naturel à ces messieurs de soutenir
 le « faible » (l’ouvrier !) contre le « fort » (le commerçant
 !) ?. Le grand capital se devait, bien entendu,
d'appuyer de tout son zèle d’aussi louables efforts. C’est,
en effet, un bon point dans la lutte des classes que de
pouvoir dire qu’on a fait quelque chose pour le bien
du prolétariat, et, d'autre part, si l’ouvrier vit à meilleur
 marché, il réclame avec moins de conviction. des
augmentations de salaire. Aussi ne nous étonneronsnous
 pas d’avoir vu les coopératives s’installer dans des

* Parce qu’elles offraient aux premiers la possibilité de
prospérer aux dépens des seconds, en exposant tout faits,
dans leurs magasins, des objets qui n’étaient précédemment
fabriqués que sur commande, pour le plus grand désavanlage
 des artisans, au moins locaux. (Voir ce point de vue
tel que l’expose Biermer, cité par Wernicke, Kapitalismus
und Mittelstandspolitik, pp. 449-450.)
? Sur l’absurdité de ces notions de « partie forte» et de
« partie faible » appliquées aux conflits économiques, v. Leroy-Beaulieu,
 op. cit. passim. Les formules sentimentales
complètement fausses abondent en économie politique. Telle
cette affirmation que l’ouvrier est la partie faible dans une
grève ou un lock-out. Car « L’entrepreneur peut attendre,
l’ouvrier ne le peut pas » ! Cela a-t-il empêché la plupart des
grèves de tourner, moyennant quelques sacrifices, au profit
final du salariat ? Il n’y a science que là où il y a objectivité,
 et l'introduction de questions de sentiment dans une
discussion scientifique tue l’objectivité. Car c’est alors «sur
ces sentiments que portent nos recherches au lieu de porter
sur les faits qui frappent notre conscience », dit M. P. Boninsegni
 (Manuel élémentaire d’économie politique, Lausanne,
F. Rouge, 1930, p. 102).
        <pb n="185" />
        locaux mis à bas prix ou gratuitement à leur disposition
 par des autorités, et jouir de faveurs fiscales étonnantes
 tenant à des imperfections dans la rédaction de
la loi, sans doute, mais grandement facilitées par la
complaisance du fisc à interpréter celle-ci*. Enfin, il
est arrivé que des fonctionnaires n’observent pas la
neutralité qui est un devoir de leur charge et exercent
une pression (menace de renvoi ou de tracasseries) sur
leurs subordonnés pour les faire entrer dans la coopérative
 * Sans même que les choses aillent aussi loin,
la présence dans la direction d’une société coopérative
d’un fonctionnaire dont dépend plus ou moins le succès
de la carrière de nombreux subordonnés entraîne ceuxci
 à devenir, bon gré mal gré, membres de la société *.
Les partisans d’une politique négative peuvent invo-*

 Le Zentral-Verband Deutscher Kaufleute a dressé, en
(896, une longue liste d’exigences relatives aux coopératives.
Sous le No. 2, on trouve :
« Beseitigung der Bevorzugungen, welche die Konsumver-&amp;gt;eine
 gegenüber den Einzelkaufleuten geniessen, wie die
» Befreiung von Staats- und Gemeindeeinkommensteuern
&amp;gt;für viele Konsumvereine, Hergabe billiger Räume oder gar
» ohne Entgelt seitens der Behôrden.….» (Wernicke. op. cit.
p. 378.)
Ces faits ne sont pas particuliers à l’Allemagne et ont donné
 lieu en Suisse à de violentes polémiques. Steiger (op. cit,
p. 39) prend parti contre un traitement de faveur des coopératives
 au point de vue des impôts, arguant qu’elles ne sont
point des institutions de bienfaisance ou d’utilité publique générale
 (puisqu’elles font de la concurrence aux détaillants ;
mais une utilité publique particulière — en faveur du prolétariat
 — ne leur est pas contestée).
Il serait aisé de découvrir des échos de ces polémiques
dans d’autres pays, en Belgique (Revue de l’Efficience) et
ailleurs.
? V. la mention d’une telle pression chez Wernicke, op.
cit, p. 427.
$ Aussi le Zentral-Verband Deutscher Kaufleute réclamet-il
 l’interdiction aux fonctionnaires et aux officiers d’occuper
 des postes dans l’administration des coopératives. (Cf.
notre note 1 page 169.
        <pb n="186" />
        — 172 —

quer le fait que, plus qu'aucune autre, la classe des
commerçants est mise en coupe réglée par des taxes et
impôts de toutes sortes‘. Ceux dont l’équilibre budgétaire
 est si gravement troublé par l’intervention de l'Etat
peuvent légitimement demander que l'Etat fasse pour
eux quelque chose en retour.
Ce qui importe, c’est le progrès. Il est après tout secondaire
 qu’il soit réalisé par l'Etat ou par d'autres que
lui si seulement il est réalisé. Mais nous avons tenu à
démontrer que le progrès dont on charge l'Etat ne se
réalise guère et produit une foule de maux pour peu de
biens. Ce sera donc à eux-mêmes que les détaillants
demanderont l’amélioration de la situation de leur groupe
 social et économique.

1 A. Blum, dans le Détaillant de l’Est du 25 décembre 1928,
page 1, en note :
« Signalons enfin pour finir, ce tableau peu réjouissant,
p l’entrave apportée par une fiscalité excessive. La lourdeur
» des impôts locaux en Alsace et en Lorraine, la taxe de luxe
» sont des hérésies fiscales, qui tuent le commerce de détail. »
2 V. le livre de Bernhard Pfister : Die Entwicklung zum
Idealtypus (Tübingen, 1928, Verlag Mohr), p. 47, où il cite
l’évolution des idées de l’économiste allemand Schmoller, tel
qu’il apparaît dans le livre de celui-ci, paru en 1870 et intitulé
 : Zur Geschichte des deutschen Kleingewerbes im 19.
Jahrhundert. Le passage intéressant est celui-ci :
«Es verwandeln sich ihm (Schmoller) frühere Abstraktio-»nen
 in konkrete Unterscheidungen, wobei die Reformen
» als die Hauptsache erscheinen und nicht die Frage, ob sie
» der Staat oder die Gesellschaft in die Hand zu nehmen ha-»
 ben.» (Ce sont les paroles mêmes de Schmoller, d’abord
adepte du libéralisme pur.)
        <pb n="187" />
        173

CHAPITRE SEPT

La politique positive.

Nous donnons le nom de politique positive à l’ensemble
 des efforts tentés par les détaillants eux-mêmes pour
dénouer la crise dont leur profession est victime.
« Ce serait une erreur d’attendre tout le secours de
&amp;gt;l'Etat et de son activité de prévoyance. Le secours
» doit naître dans les rangs des détaillants eux-mêmes. »
« En vérité, aucune classe n’est restée aussi en arriè-»re
 dans l’idée de l’organisation que la classe des com-»
 merçants. » *
L'historique des tentatives, souvent manquées et toujours
 reprises, qu’il a fallu pour arriver à une organisalion
 durable et stable des petits détaillants suisses semble
 fait pour illustrer cette constatation peu encourageante
 ?. Le mouvement des classes movennes en Suisse

| «Es wäre verfehlt, das Heil allein vom Staate und sei-»ner
 Fürsorgetätigkeit zu erwarten. Die Abhülfe muss aus
» den eigenen Reihen der Detaillisten erstehen. »
«Es ist freilich kein Stand in der Organisationsidee so
» zurückgeblieben, wie der Kaufmannsstand.» (Entwicklungslendenzen
 im modernen Kleinhandel, von Dr. A. Hättenschwiller,
 Rechtsanwalt. Sonderabdruck aus der Monatschrift
für christl. Sozialreform, Basel. 1903.) Page 17.
?* Cet historique est assez bïen fait par Faucherre, dans :
Die wirtschaftliche Lage des Kleinhandels…. Le même Faucherre
 accuse les efforts des détaillants de manquer d’unité.
et, pour tout dire, de conviction :
«Aber auch die Selbsthilfebestrebungen der Händler zei-&amp;gt;
 gen keine einheitliche Tendenz, sich den gewordenen wirt-&amp;gt;schaftlichen
 Verhältnissen anzupassen, konkurrenzfähig
» und leistungsfähig zu werden, und die bereits vorhande-»
 nen Grossbetriebsformen des Detailhandels anzuerkennen »
(Ibid, p. 51.)
        <pb n="188" />
        — 174 —

a heureusement à sa tête une phalange d'hommes dévoués
 et infatigables qui propagent à toute occasion les
principes fondamentaux de la politique positive :
« C’est par leurs propres moyens seulement que l'arti-»
 sanat et le commerce de détail réussiront à se relever...
» Ces moyens existent : il suffit de savoir s’en servir et
» surtout de les coordonner, L'artisanat et le commerce
&amp;gt; doivent faire preuve d’une plus grande solidarité. En
» Unissant leurs efforts, en recourant encore davantage
»à ce puissant levier qu’est l'association, ils pourront
» améliorer leurs conditions d’existence. » *
Que cette propagande ait encore trop souvent l'effet
de la semence jetée sur le roc, il ne faut pas trop s’en
étonner, étant données les conditions singulières du
recrutement de la profession de détaillant, telles que
nous les avons décrites dans notre première partie :
« Dans plusieurs endroits et dans plus d’une profes-&amp;gt;
 sion ?, on ne semble pas encore avoir compris l’absolue
» nécessité et l’utilité de l’organisation professionnelle. »°
Les associations professionnelles suisses dans les différentes
 branches du commerce de détail (nous ne pouvons
 nous occuper des innombrables associations locales)
 sont assez nombreuses, Sous la rubrique : « Efftectifs
 des Sections en 1928 et 1929 », l’Union suisse des
Arts et Métiers cite vingt-trois noms dans son groupe :
Commerce *. Ce chiffre est un peu exagéré à notre point
de vue, le groupe du Commerce de l’Union suisse des
Arts et Métiers comportant des spécialités qui ont fort

! Quarante-neuvième rapport annuel de l’Union suisse des
Arts et Métiers (Imprimerie Feuz, Berne, 1928), page XI.
? Cette remarque se rapporte tout particulièrement au commerce
 de détail.
3 Même source que la citation précédente.
1 V. le rapport cité ci-dessus, note 1.
        <pb n="189" />
        175

peu de rapport avec le sujet de la présente dissertation *.
Schnurrenberger (op. cit, p. 47) retient une quinzaine
d’associations comme étant des associations professionnelles
 du commerce de détail proprement dit. Il souligne
 la facilité d'une action commune de ces associations
srâce aux relations d’amitié qui existent entre leurs
membres. Mais il estime qu’au point de vue pratique, les
résultats d’une action commune réalisée de cette manière
 sont sujets à caution *, $.

! Union suisse des fabricants d’instruments de musique,
Svndicat suisse des industriels forains, etc.

?«So erscheinen bei Aktionen dèr einzelnen Fachvereini-)
 gungen stets eine Anzahl Verbände im Gefolge, die sich mit
» der betroffenen Organisation solidarisch erklären. Der
) praktische Erfolg solcher Kundgebungen ist freilich nie
&amp;gt; hoch zu bewerten. » (On. cit, pp. 47-48.)

* Pour qui ne s’en tiendrait pas aux problèmes généraux
 et aux associations centrales, mais voudrait entrer
dans le détail, il y aurait toute une énorme littérature à dépouiller,
 fastidieuse parfois, mais susceptible aussi, à l’occasion,
 de donner d’excellentes idées et de mettre en contact
avec des faits concrets fort instructifs. Prenons, tout à fait
au hasard, quelques exemples de brochures qui peuvent être
citées dans cet ordre d’idées :
Entstehung und Entwicklung des Thurgauischen Detaillistenverbandes
 und der Thurg. Rabattvereinigung, v. A. Gubler,
 Gewerbesekretär. (Buchdruckerei Vogt. Solothurn.
1914.)
Gegenwarts- und Zukunftsaufgaben des Thurgauischen
Gewerbeverbandes par P. Beuttner, tirage à part paru dans
une série intitulée : Sammlung gemerbepolitischer Schriften
für den Thurgau.
Der thurgauische Kleinhandels- und Gewerbestand im
Wirtschaftskampfe gegen die thurgauischen Konsumgenossenschaften,
 v. Dr rer. pol. Paul Beuttner, Bischofszell.
‘Buchdruckerei Salzmann, Bischofzell, 1925.)
Nous reviendrons du reste sur cette dernière brochure, où
l’auteur se propose de déterminer dans quelle mesure les
coopératives ont nui au commerce et aux métiers thurgoviens,
 et d’examiner les résultats de la politique de défense.
Ces brochures Beuttner contiennent des statistiques très soignées,
 très bien faites. mais auxauelles nous avons renoncé
        <pb n="190" />
        — 176 —

Sur le fait que les idées de politique positive et d'organisation
 professionnelle sont absolument inséparables,
il n’y a naturellement pas lieu d'’insister spécialement
 : c’est l’évidence même, qui se passe de démonstration.
 Nous avons vu, dans notre première partie,
la crise du petit commerce naître de l’activité des profiteurs
 petits et grands qui considéraient cette branche
 comme une retraite idéale pour vivre aux dépens
de la collectivité, sans faire de travail, sans utiliser de
savoir et sans rendre de services. Ce ne sont pas des
efforts isolés qui peuvent tirer la branche d’une situation
 pareille. Des efforts sans cohésion sont contradictoires
 ; ils se neutralisent les uns les autres et s’usent
inutilement au mur de l'indifférence générale. Le premier
 effort de politique positive consiste à montrer aux
intéressés que, au delà et plus haut que la concurrence
qui les fait adversaires sur le marché économique,
existe entre eux une solidarité sociale qu’il faut tout
d’abord reconnaître, si l’on ne veut pas d’avance rendre
impossible tout progrès :
« Bornons-nous à insister sur le fait qu’à l'avenir
»le commerce de détail doit, davantage que dans le
&amp;gt; passé, être considéré comme un tout. » *
Mais, dès l'instant où l’on déclare indispensable
l'existence d’associations professionnelles possédant une
cohésion suffisante, une redoutable question se pose :
Faut-il donc travailler au retour du système des corporations
 de l’ancien régime? Tout en reconnaissant
qu’il « ne faut pas traiter avec dédain une organisation
&amp;gt; qui a assuré la stabilité du régime pendant plusieurs
» siècles et qui, somme toute, a procuré un certain bienà

 emprunter des éléments qui eussent cependant été instructifs,
 parce qu’il serait imprudent de généraliser des renseignements
 recueillis sur un champ d’observation aussi étroit
que la Thurgovie.
| Brandenberger, La Croisée des routes, p. 17.
        <pb n="191" />
        er ir

» être à l’industrie et au commerce de l'époque, » * nous
répondons sans hésiter: non! Qui dit corporation de
droit public aux règlements étroits dit étatisme, sous
une forme détournée et insidieuse, sans doute, mais
trop réelle. Et qui dit étatisme dit politique négative, et
nous avons vu quelles graves objections on peut et doit
faire à cette dernière. Le monde ne revient jamais en
arrière : il n’existe pas dans l’histoire un seul exemple
de copie servile du passé qui ait mené une institution
humaine à la prospérité. Pourquoi, diront nos contradicteurs,
 ces corporations possibles autrefois ne le seraient-elles
 plus aujourd’hui? Tout simplement parce
que des faits nouveaux sont intervenus dans le problème,
 et qu’il ne suffit pas de les maudire pour les faire
disparaître. L’un de ces faits est économique, c'est le
capitalisme ?; un autre est moral, c'est l’individualisme,
 qu’il ne suffit pas de conspuer sous le nom d’égoïsme
 pour le faire disparaître. *

t L. Goyard, op. cit, p. 11.
? «Die Verdrängung des Mittelstandes erscheint im wep
 sentlichen als eine Frage des Kapitals. (Parole de Stieda.
citée par Wernicke, op. cit, p. 449.)
« Rien n'empêchera la force de la concentration des capi-»
 faux, dit d’autre part André Blum (article cité, p. 7), jointe
» à l’intelligence et à la méthode, sinon des efforts individuels
» vers la spécialisation, vers la belle présentation des mar-&amp;gt;
 chandises, vers l’amabilité vis-à-vis de la clientèle, vers la
» recherche d’un personnel dévoué et bien rétribuë, vers de
» nouvelles formules de publicité, vers les achats judicieux
» appuyés sur des sociétés d’achat en commun. »
On le voit, parmi tous les remèdes cités ici, l’éventualité
d’un retour au système des corporations n’est pas même
{fleurée.
3 Voici un exemple typique du genre de lamentations auxquelles
 se livrent les protagonistes d’un mouvement rétrograde
 dans l’évolution morale et économique de l’humanité :
«Das Wirtschaîtsproblem ist nicht bloss ein Knäuel von
» rechtlichen, staatlichen und sozialen Schwierigkeiten, son-»dern
 vor allem eine Pflichten- und Gewissensfrage. Was
        <pb n="192" />
        — 178 —

Ce n’est pas seulement la structure morale de l’humanité
 qui change avec les siècles. C’est aussi la structure
proprement psychologique, Sous l’influence du développement
 de la culture et de l'instruction, les rapports so-»

 hilft es, über das Unheil klagen, das der Sieg der absoluten
» Gewerbefreiheit, der wirtschaftlichen Ungebundenheit in
»allen Kreisen der Gesellschaft angerichtet hat, wenn im
» persänlichen, wie im ôffentlichen Auftreten die Theorien
pvon der Selbstherrlichkeit des Einzelnen… ohne Beden-»
 ken proklamiert werden ? … Was hilft es, über die Zerstô-»rung
 der einst so segensreichen Zunftverfassungen zu seuf-»zen,
 indessen das Gefühl der Gemeinsamkeit, die gegen-»
 seitige Unterstützung und das Preisgeben kleiner privater
» Vorteile zum Nutzen der Gesamtheit oder einer grossen
: Idee immer seltener werden ? » (Luzerns Handelsstand, pp.
9-90.)
Une grande idée qui n’est plus capable de soulever des
enthousiasmes n’a-t-elle pas bien des chances d’avoir cessé
d’être une grande idée, d’avoir perdu toute relation intime
avec la réalité ?
D’autre part, il ne suffit pas de venir nous dire doctoralement,
 avec un «démagogue déçu» (sic), que «les corpo-»
 rations de l’ancien régime ont été plus profitables aux tra-»
 vailleurs que la proclamation des principes de 89, plus que
»la Déclaration des droits de l'Homme» (L. Goyard, op.
cit, p. 13), il faudrait encore le prouver, et nous croyons
que c’est bien difficile. Réfléchissons un peu : L'histoire des
corporations s’étend sur sept siècles (du 12e au 18e). De ces
sept siècles, deux au moins sont consacrés à leur établissement
 (cf. Wernicke) et trois à leur décadence (cf. Sombart,
 et d’autres). Il reste en tout deux siècles (14e et 15e) où
le système florit véritablement et encore. En effet, d’après
un ouvrage américain (French Protestantismus 1559-1562, by
Caleb Guyer Kelly, Baltimore, The Johns Hopkins Press,
1918), le travail marron (c’est-à-dire exécuté en contrebande
 en dehors des corporations) jouait déjà un rôle important
 en France au milieu du quinzième siècle, Cent ans
plus tard, il représentait déjà les deux tiers de la produc-‘ion
 artisanale totale du pays.
Du reste, l’auteur de Luzerns Handelsstand (cf. p. 40 de
cet ouvrage) est parfaitement d’accord que le système corporatif
 est tombé de plus en plus en décadence dès le dixseptième
 siècle et qu’il était complètement en ruines à la fin
du dix-huitième. Mais alors, que regrette-t-il ? Nous ne
comprenons plus.
        <pb n="193" />
        179 —

ciaux prennent un caractère abstrait, incompatible avec
le maintien ou le rétablissement des formes de relations
qui avaient cours précédemment. Cette considération
suffit à elle seule à condamner les espoirs des néo-corporatistes.
 *
Ainsi donc, l'association professionnelle, mais non la
corporation, fournira le cadre aux efforts de la politique
positive. Nous ne voulons pas pour elle d’un « statut lét

 Sombart (Der moderne Kapitalismus, comme cité) voit
la grande différence entre les corporations de la période
précapitaliste et les associations professionnelles de la période
 capitaliste primitive dans une dépersonnalisation des
rapports entre les membres du groupe. Il résulte clairement
d'innombrables passages de son livre qu’il considère qu’un
rétablissement du système corporatif tel qu’il fut, dans le
même esprit, est impossible, et qu’en tout cas la condition
primordiale de ce rétablissement serait l’extirpation de la
mentalité capitaliste. Il dit, page 563, à propos de la création
des Bourses :
«Von nun an gab es nur den abstrakten « Kaufmann »,
&amp;gt;» der sich mit dem andern Kaufmann vereinigte, ganz gleich,
&amp;gt;» Welcher Herkunft und Art dieser war, wenn er nur die
» gleichen Geschäftsinteressen hatte. Welch ein anderer
&amp;gt;» Geist als seinerzeit in den Amtsstuben der Landsmann-»
 schaîten herrschte in diesen neugegründeten Bôrsenräubmen!
 Da wusste man vom andern nichts anderes mehr
» und wollte von ihm nichts anderes mehr wissen. als dass
»er «ein ehrbarer Kaufmann » war.»
Il est nécessaire d’avoir lu ce qui précède pour bien
zomprendre le passage suivant (page 566) :
«Es war selbstverständlich, dass die neuen Vereinigun-»
 gen der Kaufleute im Laufe der Zeit das Bedürfnis emp-»
 fanden, sich Organe zu schaffen, die sie nach aussen zu
&amp;gt; vertreten und die «allgemeinen Interessen» der Kauft-»
 mannschaît, die nunmehr zusammentfielen mit den all-»
 gemeinen Interessen «des Handels », bei den massgeben-»
 den Behôrden wahrzunehmen imstande waren. So entstan-»
 den allerorts im Laufe des 16. und 17. Jahrhunderts die
«Korporationen der Kaufmannschaft », entstand «der Ehr-&amp;gt;»
 bare Kaufmann » als Organ der Gesamtheit der Kaufleute ».
De là l’auteur passe à la création des chambres de commerce
 où il voit l’instrument d’un rapport entre « l’abstraction»
 Etat et «l’abstraction » Kaufmannschaft.
        <pb n="194" />
        — 180 —

gal », au sens d’un statut de droit public ; nous estimons
qu’elle doit savoir se donner et pouvoir se donner les
règlements qu’il lui plait. Nous ne voulons pas davanlage
 de l'obligation, conception qui sent la politique
négative, et qui dispenserait les dirigeants des associations
 de donner à l’œuvre de celle-ci un maximum
d’utilité : la fossilisation qui a atteint les corporations
les atteindrait rapidement, elles aussi. Etant donné, du
reste, la mauvaise grâce indéniable avec laquelle le
monde des détaillants s’est rallié à l’idée d’une organisation
 *, il y aurait le plus grand danger à lui forcer
la main. Ce serait encombrer l'association professionnelle
 d'adversaires secrets, d’une masse inerte qui en
paralyserait les progrès ?. L'obligation priverait aussi les

! Faucherre est d’avis que les détaillants ne sont capables
 d’union que sous la contrainte de la nécessité, idée qu’il
résume en cette formule : «Ohne Konsumverein kein Händler-Rabattsparverein.»
 (Die — Händler-Rabattsparvereine,
p. 71).
Autrement dit, les détaillants vont à leurs associations
professionnelles non comme à un mariage d’amour, mais
comme à un mariage de raison. L’avocat Georges Beck,
un des fondateurs du mouvement lucernois d’auto-défense
des détaillants, déplore en ces termes cette passivité :
«Es ist eine dornenvolle Aufgabe, im wirtschaftlichen
» Kampfe der die Gegenwart durchtobt, die Trommel zu
» schlagen. Nur Wenige sind es, verhältnismässig von den
» Vielen, deren bedrohte Existenz wir schützen und schir-»
 men, die mit vollem Verständnis, mit Liebe und Ausdauer,
» ja mit Begeisterung mit uns die Posten beziehen. Andere
» anerkennen wohl unser Schaffen, bringen es aber nicht
» über die passive, obligatorische Unterstützung hinaus, und
» wieder andere bekrittein nach dieser oder jener Seite
» unsere Aktion und verlangen von uns Erfolge, die erst
»die stille, aber beharrliche, jahrelange Arbeit zeitigt.»
(Luzerns Handelsstand;, p. 75).
? Sur ces différents points, nous sommes en complet désaccord
 avec L. Goyard qui, dans sa brochure sur la Crise
du petit commerce, s’exprime comme suit :
«Tout cela ne peut aller raisonnablement sans l’obligation
»à la base. Le syndicat (c’est-à-dire : l’association profes-»
 sionnelle) sera obligatoire (souligné dans l’original). La
        <pb n="195" />
        181

sociétés de détaillants de toute possibilité d'action contre
les commerçants surnuméraires ou incompétents, et la
réforme du petit commerce se trouverait entravée sur
un point important. De deux choses l’une : ou l'association
 obligatoire est une foire où l’on admet n'importe
qui, et c’est fort regrettable, ou l’on en revient au système
 du commerce concessionné, dont nous avons eu
l’occasion, au cours de la présente étude, de signaler les
graves inconvénients.
Il existe trois types principaux d’unions de détaillants
 : les associations professionnelles proprement dites,
les services d’escompte et les sociétés d'achat en commun.
 Aux deux derniers types, nous consacrerons un
chapitre spécial. Voyons ici quel est le rôle des associations
 professionnelles.
L'association professionnelle travaille à l'éducation
professionnelle de ses membres. Elle publie à cette fin
une presse professionnelle (technique). Elle leur enseigne
 à ne pas gâcher les prix. Au besoin, elle prend des
sanctions, lesquelles, pour être de droit privé, n’en sont

» justice exige que tous les membres d’une même profession
paient les mêmes droits, jouissent des mêmes avantages ;
» elle exige aussi qu’ils aient les mêmes responsabilités ; pour
» ceux qui seraient tentés de l’oublier, l’obligation le leur
&amp;gt;rappellera. De ce fait, les décisions prises n’étant plus
&amp;gt; l’œuvre de quelques ambitieux ou de quelques violents (?),
» mais la volonté unanime de ses membres, y gagneront en
» autorité et en importance. Les risques de se tromper seront
» aussi moins grands, la sagesse et l’équité faisant presque
» toujours le fond de la masse des timides. »
«En résumé, les professions industrielles et commerciales
» passent par une crise dont il serait téméraire de nier la
p gravité ; le petit commerce, malgré son utilité, voire sa
» nécessité sociale, est sur le point de disparaître (1). Pour re-»
 médier à cette crise, pour assurer l’avenir de ces professions,
p il leur faut une charte ou, comme on dit actuellement, un
p statut légal : le syndicalisme nous paraît tout indiqué. Il
&amp;gt; lui faut en même temps une discipline très forte, … et cette
» discipline ne pourra être réalisée que par l’obligation. »
(op. cit, pp. 30-32).
        <pb n="196" />
        — 182 —

pas moins extrêmement redoutables, dès que l’association
 a acquis quelque puissance *. Elle combat les crédits
 abusifs à la clientèle, les livraisons directes des
fabriques aux consommateurs, le déballage et le colportage.
 Elle cherche par quels moyens elle pourrait
enrayer, sans recourir à l’Etat, la tendance à la concentration
 capitaliste dans le commerce de détail. Elle
collabore avec les organes de l’Etat, avec voix consultative
 ?, dans l'élaboration de la législation, pour autant
que celle-ci touche directement ses membres. Elle s’efforce
 de faire passer dans le domaine pratique les mesures
 qu’on peut envisager pour remédier à la pénurie
de capital d’exploitation dont souffrent beaucoup de
détaillants. Elle travaille à développer la connaissance
des marchandises, laquelle est «au premier rang des
» conditions requises pour l’exploitation rationnelle d’un
» fonds de commerce. » 3, * Elle remédie à une autre des
causes de la crise : l’absence de connaissances suffisantes
 en comptabilité, et les renseigne dans les questions
 de droit et les questions commerciales qui se posent
pour eux. Bref, elle est, sur la plus vaste échelle possible,

* Telles sont les mesures de boycott prises par la Société
suisse des droguistes contre les droguistes qui gâchent les
prix et, si besoin est, contre les fournisseurs qui continuent
à leur livrer.

? La consultation des associations professionnelles par les
pouvoirs publics est actuellement sanctionnée par plusieurs
lextes législatifs. Elle ne constitue, c’est bien évident, aucune
injustice à l’égard des professionnels qui se tiennent à l’écart
 de l’association qui réunit les gens de leur métier.
3 Brandenberger, op. cit, p. 17.
* L'Association des Epiciers suisses a publié en 1928 un
Manuel de l'ordonnance sur les denrées alimentaires, afin de
perfectionner la connaissance des marchandises les plus importantes
 de toutes. Voir à ce propos, ainsi que sur plusieurs
autres points mentionnés dans cet alinéa, le passage intitulé
Association des Epiciers suisses, pages 68 et 69 du rapport
déjà cité de l’Union suisse des Arts et Métiers.
        <pb n="197" />
        183 —

une société d'aide mutuelle, et, ce qui est mieux, une
association de progrès mutuel.
Les services d'aide directe aux membres sont susceptibles
 d’un très grand développement. À la page
159 du numéro déjà cité du Bulletin de l'Institut international
 des Classes moyennes, il est parlé du service de
renseignements de la Fédération générale des petits
commerçants allemands. « À ce service est attaché un
»état-major d’organisateurs expérimentés de petites
»exploilations commerciales. Ces hommes disposent
» d’une expérience de premier ordre.
« Le service s’attache principalement à aider indivi-»
 duellement les petits commerçants dans l’amélioration
&amp;gt;de leur comptabilité, l’établissement de statistiques
» d'exploitation, facilitant le contrôle et le recours à des
» mesures efficaces. Il est encore à leur disposition pour
» le contrôle et le calcul des prix de revient, l’accroisse-»
 ment du rendement de la réclame et l’enseignement
» de méthodes de vente efficaces.
«Il faut croire que les intéressés apprécient haute-»
 ment la valeur de la nouvelle institution, car ils y font
sun appel très fréquent. »
Autrement dit, jointes aux sociétés d’achat, les associations
 professionnelles de détaillants accomplissent
pleinement le programme de réformes que leur prescrivait
 Clerget, en regrettant qu’elles eussent préféré la
voie facile de la politique négative :
« La rénovation doit venir d’une meilleure adaptation
» au milieu. Les réformes devraient consister dans l’ap-&amp;gt;
 propriation des méthodes qui ont fait le succès du
» grand magasin : établissement du prix fixe ; soin plus
» grand de l’étalage ; création de syndicats pour l’achat
» en commun, qui se heurte, d’ailleurs, à l’individualis-»me
 et à la défiance, et aussi à la difficulté de placer
&amp;gt; une capacité dirigeante à la tête du groupement. Il
&amp;gt; faudrait encore ajouter un développement plus grand
        <pb n="198" />
        — 184 —

» de la spécialisation, qui est la forme la plus parfaite
» du commerce de détail, et une certaine instruction
» technique qui procurerait des connaissances profes-»
 sionnelles nécessaires.
« À ces réformes intérieures, plus difficiles à réalis
 ser, mais beaucoup plus efficaces quant aux résultats,
»le petit commerce a préféré, pour lutter contre ses
» concurrents, faire appel à l’Etat, et il a obtenu la
» Suppression des économats et l’application de taxes
» Spéciales qui frappent les sociétés coopératives et les
» grands magasins. Cette tactique négative n’a pas amé-»
 lioré la situation, et l’on peut en dire autant de l’usa-»ge
 qu’il a fait des timbres primes ou des timbres
» rabais. » *
L'imitation des grands magasins, en tant qu’ils ont
eu recours à des méthodes nouvelles et saines pour retenir
 la clientèle, fait donc partie des tâches de la politique
 positive. Il s’en faut de beaucoup que ce souci de
plaire à la clientèle soit contemporain des débuts historiques
 de l’activité des détaillants. ?
Cette imitation est d'autant plus nécessaire qu’on. signale
 chez les grands magasins, qui avaient au début
une certaine tendance à présenter leurs marchandises
pêle-mêle plutôt qu’à les exposer, le souci général d’une

* Nous extrayons cette citation d’une coupure que nous
avions faite, il y a quelques années, dans un journal français,
 sans prendre malheureusement la précaution de noter
la date et le nom de ce journal. À en juger d’après les caractères
 typographiques, il doit s’agir du Bulletin des Halles.

? Cf. Sombart, vol. cit, page 465 :
«Ursprünglich hatte man an eine Aufmachung der Läden,
» die dem Publikum seinen Aufenthalt verschônte und die
» Waren zu besserer Geltung brachte, überhaupt nicht ge-»
 dacht. Erst als sich die Luxuswarengeschäfte entwickelten,
» ging man dazu über, auch der Ausstattung der Läden eine
» grôssere Sorgfalt zu widmen. »
        <pb n="199" />
        185

amélioration dans la présentation des marchandises. *
Dans ce domaine, les petits magasins spécialisés auraient
 d’autant plus tort de se laisser distancer par les
grands que les conditions naturelles dans lesquelles
ils travaillent leur permettent d'arriver, à cet égard,
à des résultats beaucoup plus parfaits que ceux qui
sont à la portée des grandes maisons. L'imitation effective
 des grands magasins est signalée avec satisfaclion
 par les amis du petit commerce ?.
Une forme de politique positive qui a eu assez peu de
succès et qui n’a vraisemblablement aucun avenir vu
que, comme il est possible de s'en passer sans nuire au
mouvement, personne n’en voudra plus assumer les inconvénients,
 c’est la société de vente en commun, la
coopérative de vente. C’est une sorte de Warenhaus tenu
par des détaillants indépendants en lieu et place de
chefs de rayon. On a essayé de ce système à Bâle et
à Zurich en 1911, à Berne en 1922. Ces essais ont abouti
à une impasse, de même que ceux tentés en Allemagne. *
1 V. ce que dit André Blum, Détaillant de l’Est, 25 décembre
1928, page 5.
? Ainsi on lit dans Kapitalismus und Mittelstandspolitik,
de Wernicke, à la page 435, ce qui suit :
«So gestattet man jetzt mehr und mehr den freien Durch-»
 gang durch den Laden, man heftet die Preise an die Wa-»
 ren, sorgt für bessere Bedienung. In dieser Beziehung kann
&amp;gt; der kleine Kaufmann besonders von den grossen Waren-»
 häuser lernen und hat es schon zum Teil getan. »
3 «Ebenso sind aus Deutschland zwei Beispiele bekannt
&amp;gt;(Berlin und Hagen), wo  Detaillisten durch genos-»
 senschaîtliche Warenhäuser ihre Lage zu verbessern such-»ten.
 Beide Versuche scheiterten an der mangelnden Orga-»
 nisationsfähigkeit und zu starker Gebundenheit der Leiter.
&amp;gt; Hirsch, Julius : Organisation und Formen des Handels und
&amp;gt; der Sozialôkonomik, V. Abt, Tübingen 1918, Seite 219. »
(Nous reprenons cette citation à Schurrenberger, op. cit.
p. 31.)
L'avis de Engel (op. cit. p. 97), est aussi que la difficulté de
faire fonctionner de semblables magasins en commun tient
au défaut d’une suffisante discipline coopérative.
        <pb n="200" />
        — 186 —-CHAPITRE

 HUIT

Les services d’escompte.

Par escompte, il faut entendre, soit une remise consentie
 sur le prix de vente par le vendeur, soit une rétrocession
 subséquente d’une partie de ce prix de vente.
L’escompte n’est pas, comme il pourrait sembler, un
simple témoignage fourni par le vendeur qu'il aurait pu
fixer un prix de vente inférieur ; il est, dans des circonstances
 normales, le prix que paie le vendeur en récompense
 du service que lui rend l'acheteur en payant comptant.
 L’escompte n’est donc exigible que moyennant
paiement comptant.
Considéré ainsi, l’escompte est par conséquent un prix
qui dépend, comme tous les prix, des conditions d’équitibre
 du marché. Il ne représente pas un cadeau du vendeur
 à l’acheteur : il est dû, et il est aussi illégitime de
le refuser à l’acheteur au comptant que de l’accorder à
l’acheteur à crédit, Sans l’escompte, l’achat au crédit
revient moins cher que l'achat au comptant, et comme
une marchandise donnée ne peut avoir qu’un. prix dans
des circonstances données, cette situation a pour fatale
conséquence l'élimination de la vente au comptant au
profit de la vente à crédit, de plus en plus répandue.
C’est à quoi on en était avant l’institution: des services
d’escompte, pour le plus grand dam du petit commerce,
ainsi que nous l'avons constaté dans notre première
partie. À cette situation, il n’y avait que deux remèdes :
la suppression radicale de toute vente à crédit, et les
services d’escompte. Au fond, on a essayé des deux re-
        <pb n="201" />
        ]

R7

mèdes à la fois, mais comme la disparition du crédit ne
peut guère être radicale, au moins d’un coup, dans un
monde où cette habitude est profondément enracinée, il
est bien clair que les services d’escompte sont indispensables.


Il résulte de ce qui précède que le taux de l'escompte
sur achats de marchandises ne peut être fixé arbitrairement.
 S’il est trop bas, l'avantage à recourir au crédit
subsiste pour le consommateur ; s’il est trop élevé, c'est
alors le vendeur qui fera peu de cas de la clientèle
payant comptant et n’encouragera pas les habitudes de
paiement immédiat. Il se livrera sur une large échelle
à la pratique, d’ailleurs trop répandue un peu partout,
de ne faire l’escompte qu’à son corps défendant et sur
demande formelle, agissement qui contient, à tout prendre,
 un véritable fond d’escroquerie, car il est évident
que le montant de l’escompte appartient à l'acheteur
au comptant, économiquement en toute circonstance, et
juridiquement toutes les fois que le commercant a dé--laré
 adhérer à un service d’escompte.

Les considérations ci-dessus sont théoriques, en ce
sens que ce ne sont pas elles qui guidaient consciemment
les fondateurs des services d’escompte. En songeant à
enrayer la vente à crédit, ils croyaient bien encourager, à
l’aide des timbres-rabais, le consommateur à payer
comptant, mais ils ne songeaient pas qu’ils lui payaient
un dû, ni qu’ils cédaient, au fond, à une impérieuse nécessité
 économique. Ils avaient surtout en vue d'offrir,
pour des motifs de concurrence, autant d'avantages à la
clientèle que celle-ci en pouvait trouver en fréquentant
les grands magasins ou en s’affiliant aux coopératives
de consommation. Il n’est du reste fait aucun mystère,
jusqu’aujourd’hui, du rôle exclusif de ces préoccupations
 égoïstes. Le service d’escompte de Lucerne, après
s'être étendu avec complaisance sur l’énorme débit de
        <pb n="202" />
        -— 188 —

ses timbres d’escompte ou timbres-rabais, s'exprime en
ces termes :
« Imagine-t-on que les timbres-rabais n'existent pas
» aujourd’hui ? Chacun sait combien les coopératives de
» consommiation et les « grands magasins » font d'efforts
» pour accaparer autant que possible la puissance d’a-»
 chat du public. C’est tout un essaim de moustiques (!)
&amp;gt; qui en veulent terriblement au petit négoce ! Où en
» serions-nous sans les timbres-rabais ? Que le lecteur y
» réfléchisse et il appréciera bientôt doublement les bien-»
 faits du service d’escompte » *.
L’escompte consenti par les détaillants peut très bien
être envisagé comme un équivalent qu’ils offrent à leur
clientèle de la ristourne des sociétés de consommation.
Cette conception est juste historiquement : elle était
sans aucun doute au premier rang des préoccupations
des fondateurs d’une quantité de ces services. Mais ces
services, nous l’avons vu, ont une signification beaucoup
plus profonde. C'est ce qu’ils sont en réalité, et non ce
que leurs fondateurs voyaient en eux, qui importe pour
assurer leur vitalité économique. Aussi trouvons-nous
peu raisonnable l’opinion de Faucherre, qui les considère
 comme une sorte de provisoire que les petits commerçants
 ambitionneraient de supprimer à La première
occasion, c’est-à-dire dès le moment où les coopératives
 auraient cessé d’être dangereuses ?.

1 Article : Le timbre-rabais, dans le Journal suisse des
Artisans et Commerçants, 1er avril 1929, p. 56.
2 V. Faucherre, Die Händler-Rabattsparvereine, p. 95 :
«Der Kleinhändler organisiert sich nur gezwungen; er
» betrachtet seine Organisation auch nur als ein Proviso-»rium,
 um die notwendigen Kräîte sammeln zu kônnen, die
» ausreichen, die wirtschaftlichen Gegner (Konsumvereine
und Warenhäuser) niederzubringen, um alsdann wieder
»zu den alten überlieferten Formen des Detailkleinhandels
» zurückkehren zu kônnen. An dieser Aufgabe sollen sich die
» Konsumenten in hervorragender Weise beteiligen, indem
        <pb n="203" />
        189

Les coopératives n'ont pas manqué, à des fins de contre-propagande
 faciles à comprendre, d'affirmer que le
rabais que les détaillants s’apprêtaient à consentir avait

»sie in den Dienst der Kleinhandelsinteressen gestellt wer-»
 den. Nur die mittelständische Ideologie erklärt diese Takbtik
 und lässt die daran geknüpften Folgerungen erraten.
b Trotz der allgemein anerkannten Handels- und Gewerbe-»
 freiheit betrachten sich die privaten Kleinhändler, durch
» Tradition und Herkommen überzeugt, als die « einzig le-»
 gitime Gruppe im Detailhandel und leiten davon «ein
&amp;gt; Recht auf Kundschaft » ab. Kann nun der Konsument da-»
 von überzeugt werden — so wird argumentiert — dass der
&amp;gt;legitime Kleinhandel durch Händlerrabattsparvereine
» dem Konsumenten die gleichen Vorteile biete wie die Kon-»
 sumvereine ; so gibt es für letztere, da sie « künstliche, ille-»
 gitime » Produkte der Neuzeit sind, keine Existenzberech-&amp;gt;
 tigung mehr… Wir sehen, am Schluss der Argumentation
» steht wiederum der Kleinhändler und nicht der Konsu-»ment…
 Werden durch Nebenwirkungen der Tâätigkeit der
» Händler-Rabattsparvereine die Interessen der Konsumen-»ten
 mitgefôrdert, so geschieht das nur soweit bewusst, als
» damit das Eigeninteresse der Händler selbst wieder ge-»fôrdert
 werden kann. »
Nous nous occupons ici d’économie publique, et non de
bienfaisance ; dès lors nous n’arrivons pas à comprendre
pourquoi le bien économique fait aux consommateurs par
les services d’escompte aurait moins de valeur du fait que
ceux qui le font ont pensé d’abord, et peut-être exclusivement,
 à leur propre avantage. Les consommateurs s’organisant
 en coopératives n’ont pas fait autre chose, et la prélendue
 générosité de celles-ci ne va qu’à elles-mêmes. Au
point de vue moral, cette attitude est identique à celle du
commerce privé.
Quant à l’idée, qui se dégage aussi du passage cité, que
les services d’escompte ne sont qu’un succédané de la politique
 négative défaillante et se proposent de rétablir la
situation corporative du commerce de détail, sur le fondement
 périmé de la théorie du droit à la clientèle, elle nous
semble impliquer pour le moins une forte dose d’exagération.
Faucherre combat à toute occasion la théorie du droit à la
clientèle :
« Ein Recht auf Kundschaft, das die Händler für sich bean-&amp;gt;
 spruchen môchten, gibt es nicht.» (Die wirtschaftliche
Lage, p. 29).
Nous sommes, sur ce point, pleinement d’accord avec lui.
        <pb n="204" />
        — 190 —

été au préalable ajouté au prix de vente. Il a pu en être
ainsi à l’occasion. Ce fait prouverait tout au plus qu’il
existe des détaillants inintelligents. Cependant, on trouve
des coopérateurs isolés qui ont eu le courage de reconnaître
 que ce fait n’est point général, ainsi Max Radestock,
 de Dresde, qui s’exprimait comme suit en
1907 : !

« Les détaillants et autres artisans se sont nui à eux-»
 mêmes en s’obligeant à céder à leurs clients une partie
&amp;gt; de leur bénéfice, ce à quoi ils n’étaient pas tenus au-&amp;gt;
 paravant. » ”
Dans quelle mesure les services d’escompte ont-ils été
une arme efficace contre les coopératives ? D'après Faucherre,
 ils leur ont nui passablement, sans doute, mais
ils n’ont pu entraver le mouvement coopératif d’une manière
 durable. Cet échec serait imputable, de nouveau, à
l’égoïsme de leurs protagonistes. *
Dans le camp des détaillants, on est d’un tout auire
avis, Paul Beuttner trouve considérables les résultats de
la politique de défense. Ils eussent mis, à son avis, les
coopératives en très fâcheuse posture si seulement les
petits commerçants avaient appliqué strictement la dis-!

 Dans le Jahrbuch des Zentralverbandes deutscher Konsumvereine.
 Cité par Faucherre, Die Händler-Rabattsparvereine,
 p. 233.
? «Schaden haben die Krämer und sonstigen Gewerbetrei-»
 benden sich selbst gebracht, weil sie einen Teil des Ge-»
 winnes an ihre Kunden abtreten müssen, was sie vorher
bp nicht nôtig hatiten. »

3 Faucherre, op. cit, p. 251 :
«Nicht die Unfähigkeit der Händler-Rabattsparvereine
»ist schuld an ihrem Misserfolge im Kampfe wider die
» Konsumgenossenschaften, sondern allein die falsche Pro-»
 blemstellung. Für die Händler-Rabattsparvereine kann es
» sich nicht darum handeln zu fragen : wie kônnen wir die
» Konsumgenossenschaften und Warenhäuser vernichten,
» sondern allein darum: wie kônnen wir neben den Kon-»
 sumgenossenschaîten und Warenhäusern konkurrenzfähig
» werden. »
        <pb n="205" />
        191

tribution des timbres-rabais. (On sait que beaucoup
d’entre eux recourent à mille prétextes pour ne les donner
 qu’au compte-gouttes.) ‘
Le même Beuttner déclare ailleurs que la phase critique
 est, à son avis, passée, dans l’histoire du petit
commerce de la Suisse. Le petit commerce a montré pendant
 la guerre et la crise d’après-guerre une forme de
résistance insoupçonnée, et ce sont les coopératives,
èlles, qui n’ont supporté qu’avec la plus grande peine
cette redoutable épreuve. Nombreuses sont celles qui ont
été liquidées. Nombreuses sont celles qui « gisent à Bâle
à l'hôpital » (c’est-à-dire qui sont renflouées à grand’
peine par l’Union suisse des sociétés coopératives de
consommation). D'aucunes ont eu recours à des modifications
 de la ristourne qui reviennent à introduire le
système des services d’escompte. ? *

1 P. Beuttner, Der thurgauische Kleinhandels- und Gewerbestand
 … (cf. notre note 3, p. 173). V. en particulier p. 16 :
« Soll der Rabattspargedanke durchschlagenden Erfolg ha-&amp;gt;ben,
 so muss der einzelne Kleinkaufmann die nôtigen
» Opfer bringen, in der weitgehendsten Abgabe der Rabatt-&amp;gt;
 marken. »
? R. Jaccard et Ch. Blanc (op. cit. p. 17) disent à ce
propos :
«La meilleure preuve des effets salutaires de l’escompte
» uniforme réside certainement dans le fait que les sociétés
» de consommation ont tenté elles-mêmes de l’introduire en
»lieu et place de leur ristourne ordinaire. »
SCf. P. Beuttner, Enttäuschungen in der schweizerischen
Konsumgenossenschaftsbewegung, passim. et en particulier à
la page 34 :
« Noch weniger (que par le passé) wird es gelingen, dank
»der neuzeitlichen kleinhändlerischen Bestrebungen (wir
»denken an die Rabattsparvereinigungen und Einkaufs-&amp;gt;»
 genossenschaften), den wirtschaftlich selbständigen Klein-»
 handelsstand zu ruinieren und auszuschalten. Gerade in
bder kriegs- und nachkriegszeitlichen Krisis hat der
» schweizerische Kleinhandelsstand eine ungeahnte Wider-»
 standskrafît und wirtschaftliche Leistungsfähigkeit an den
» Tag gelegt. In Anbetracht des merklichen Aufschwunges
» des traditionellen Kleinhandels einerseits und der nach-
        <pb n="206" />
        — 192 —

Les services d’escompte, amenés au point de perfection
 qui les caractérise en Suisse *, ne sont pas, pour
ainsi dire, « tombés du ciel ». Au contraire, ils se sont
développés par une série de tâtonnements. Une de leurs
caractéristiques qui nous semble aujourd’hui essentielle,
le caractère uniforme de l’escompte, est un fait acquis.
Ainsi, la société bâloise « Basler Konsumgesellschaft »,
fondée en 1900 pour combattre la Coopérative de Bâle *

» kriegszeitlichen Krisis in der schweizerischen Konsum-)
 genossenschaftsbewegung andererseits Kônnte sich die
» Môglichkeit ergeben, dass die konsumvereinliche Waren-»
 vermittlung ihren Hôhepunkt erreicht, vielleicht über-»
 schritten hat. »

1 Au Congrès international des classes moyennes, de 1924,
la question de l’escompte uniforme figurait en tête des
tractanda du sous-groupe B (Commerce) du groupe II
(Questions d’ordre spécial). L’avocat le plus chaleureux
qu’ait trouvé le service d’escompte a été M. Charles Olivier,
de Bienne, président de l’Union suisse des services d’escompte
 et membre du comité directeur de l’Union internationale
des classes moyennes. Au cours de la discussion sur les
services d’escompte, les orateurs suisses ont été pour sans
restriction ; les orateurs représentant les pays qui ont fait
la guerre, étaient en revanche plutôt peu enthousiastes.
C’est qu’il est facile de se rendre compte de l’effet désastreux
 que l'inflation allemande, par exemple, a dû avoir
sur le fonctionnement des services. C’est là évidemment,
du côté allemand, la cause unique de la mauvaise humeur.
Du côté français, il en est autrement. (Cf. les Résolutions
du Congrès, pp. 372 seq.)
La résolution No 8 du Congrès contenait entre autres
le passage suivant :
«Alors qu’il existe des pays, comme la Suisse, par exem-»
 ple, dans lesquels le système des tickets d’escompte unipforme
 a atteint un degré de développement remarquable,
pil en est d’autres, au contraire, dans lesquels cette insti-»
 tution ne paraît pas encore pouvoir s’acclimater à l'heure
» actuelle. »
? Le nom déjà l’indique, si on le compare à celui de la
Coopérative : Allgemeiner Konsumverein (ou Konsum Verein)
 beider Basel. Eni abrégé, les deux sociétés se dénomment
 : B, K. G. et A. C. V. La confusion est facile et voulue.
Ce procédé mesquin sent la concurrence déloyale. Il est très
        <pb n="207" />
        193

et, accessoirement les grands magasins *, distribue aujourd’hui
 un escompte uniforme de 6 %. Mais au début,
cet escompte n’était pas unique ; il variait, suivant les
possibilités des sociétaires, de 5 % à 15 %.
D'autre part on peut dire que c'est une nécessité impérieuse
 qui a imposé bon gré mai gré les services d’escompte
 aux détaillants. On peut constater qu’en Allemagne,
 tandis que les services d’escompte se développaient
vigoureusement, au point qu’en sept ans (1898-1905)
cent mille détaillants y adhéraient, les unions de détaillants
 élevaient contre eux une protestation aussi véhémente
 que vaine. *
C’est tout à fait indépendamment l’une de l’autre que
la Suisse et l’Allemagne ont développé leurs services
d'escompte, à ce point que la société bâloise déjà citée a
pu s'imaginer que c’était elle qui avait donné aux délaillants
 allemands l’idée de cette forme de politique porévélateur

 de l’état. d’esprit de certains milieux de détaillants
 estimant que tout est permis envers des gens assez
indignes pour «frustrer» le commerce de détail traditionnel
 de son « droit à la clientèle ».
* «Aber auch den Warenhäusern gegenüber, die mit der
&amp;gt; Unkenntnis der breiten Massen rechnen, gilt unsere Stel-&amp;gt;lungnahme.»
 (Cité par Faucherre, Die Händler-Rabattsparvereine,
 p. 58).
* Ce ne serait plus possible aujourd’hui, à moins de recourir
 à la pratique du «double timbre », que l’on rencontre
 quelquefois, mais que nous estimons condamnable. Nous
iaisons également toutes nos réserves sur la pratique qui
s’est établie dans certains endroits en marge du service
d’escompte et qui consiste en ceci: certains spéculateurs
au petit pied rachètent à vil prix les carnets de timbres non
complets de ménagères en mal d’argent, les complètent, puis
les négocient pour leur propre compte. Le service que
rend ce «petit commerce » à la clientèle qui change de domicile
 ne compense pas le tort qu’il fait au principe même de
l’escompte uniforme.
3 «Die Idee der Händler-Rabattsparvereine stiess anfäng-&amp;gt;lich
 bei allen Kleinhändler-Verbänden, auf heftigen Wi-»
 derstand. » (Faucherre, op. cit, p. 55).
        <pb n="208" />
        — 194 —

sitive. Or, tandis que la société bâloise date de 1900,
deux sociétés allemandes ayant enregistré des succès
éclatants, celle de Hanovre et celle de Brême (Brema) ‘
remontent, la première à 1898, la seconde à 1899. C’est à
1899 également que remonte le service d’escompte de
Magdebourg*. Il résulte de cette indépendance des sociétés
 suisses et allemandes, quant à l’origine et aux circonstances
 de leur développement, une notable différence
 de structure. *.
Les services d’escompte constituent si peu une création
ex nihilo de la politique positive, qu’il y a lieu plutôt de
voir en eux la transformation très adroite d’un vieil
abus qui ruinait les détaillants en une institution qui
leur assure les plus grands avantages. Le rabais, qui
exprime normalement la valeur du service que le client
rend au commerçant en le payant immédiatement, a été
longtemps, et est encore pour certains détaillants restés
en dehors de l’organisation professionnelle, un simple
instrument d’avilissement des prix en faveur de certains
groupes sociaux dont la clientèle est particulièrement
recherchée, en particulier des fonctionnaires. Les associations
 de fonctionnaires et leurs prétentions ont exercé
 une influence dévastatrice sur l’évolution de la situation
 du petit commerce. Avant la fondation du service
d’escompte de Hanovre, il était consenti par certaines
maisons des rabais allant jusqu’à 50 % à des fonctionnaires
 hanovriens. * ©

* Sur la Brema, cf. l’article de Bôhm : Ueber Rabattsparpereine
 dans la Zeitschrift für die gesamt. Staatsw. ?
l'ebruarheft 1905.
? Ct. Faucherre, op. cit, p. 55.
&amp;gt; Ibid, p. 57.
Faucherre, op. cit, p. 12.
3 Encore aujourd’hui, on trouve des institutions de bienfaisance
 (?) et de progrès social (!) pour obtenir de détaillants
 retardataires des rabais spéciaux en faveur de leurs
        <pb n="209" />
        195

Il existe dans le public un goût inné pour les cadeaux
et les primes. Nous n’avons pas à faire ici la psychologie
de ce goût. I] nous suffit de constater qu’il existe, et qu’il
en doit logiquement résulter que le rabais, en tant que
lel, ne peut qu’être un usage vieux comme le monde.
Si, aujourd’hui, les détaillants font servir le rabais à
l’assainissement de la situation de leur profession, il est
naturel de supposer que, avant que cet intérêt passât au
premier plan, d’autres intérêts ont dù chercher à se salisfaire
 en mettant à profit le goût pour les rabais. L'histoire
 nous enseigne qu’il en est bien ainsi. Le capitalisme
s’est emparé des rabais avant la classe moyenne et a créé
les services d’escompte à but lucratif, aujourd’hui défunts,
 mais qui ont vécu pendant bien des années en parasites
 de la classe movenne *.

souscripteurs. Ainsi l’association romande «Pro Familia »
a obtenu un rabais de 10 % en faveur de ses membres de
toute une série de négociants vendant des denrées de consommation
 courante. Le but avoué de cette combinaison,
c’est que les cotisations de «Pro Familia» ne coûtent rien
à ses membres, et qu’ainsi ceux-ci augmentent rapidement
en nombre. On voit que « Pro Familia» préfère la quantité
à la qualité. Mais que dire d’une association en faveur de
la restauration de la famille, et qui sabote délibérément les
intérêts de la classe moyenne, c’est-à-dire du milieu par
excellence où toute société recrute ses familles solidement
constituées. Le proverbe a raison qui dit, quelque peu mélancoliquement,
 que «faire et défaire. c’est toujours travailler
 ! »

! Aux différents systèmes de services d’escompte sont
restés attachés les noms de ceux qui les ont inventés, ce
qui indique bien qu’il ne s’agit pas de trouvailles quelconques.
 Parmi les systèmes à but lucratif, on cite le système
Wiedenbach, et d’autres. Ce n’est point notre affaire d’entrer
 dans les détails, ces systèmes ayant tout été que des facteurs
 de politique positive. Comme créateur de la conceplion
 moderne, on donne Lœwental, qui n’excluait pourtant
pas complètement ‘le but lucratif, et qui préconisait l’idée
compliquée (d’origine anglaise) de faire servir le rabais à
une assurance sur la vie (à titre de prime). Cette idée a
dû. bien entendu. être bientôt éliminée.
        <pb n="210" />
        — 195 —

La Suisse a vu sévir, il y a un quart de siècle, la Société
 suisse de timbres-escompte S. À, qui opérait à Zurich
 et à Genève. On remboursait les carnets de timbres
en marchandises. de pacotille ; la société en tenait un
bazar spécial où tout coûtait 12 fr. 50, montant d’un
carnet. Ainsi, le public était dupé, payant 12 fr. 50 des
objets dont il n’avait aucun besoin et qui ne les valait
pas ; et le négociant était dupé, puisqu’il envoyait luimême
 sa propre clientèle à un Warenhaus. En fait, il ne
ne s’agit pas d’autre chose. ‘
Il est clair que le seul rabais logique et défendable.,
c'est le rabais payable en espèces. L'escompte est, nous
l’avons vu, le prix d’un service ; il doit donc se payer en
argent comme tous les prix. C’est en avoir une conception
 tout à fait fausse que de le considérer comme un
cadeau dont la remise peut être liée à telles conditions
qu’il plaira au donateur d’imposer au bénéficiaire. Le
système intermédiaire qui consiste à obliger le client à
dépenser le montant de son rabais dans un des magasins
ayant adhéré au service, c’est-à-dire à remettre au
client un bon accepté par tous les adhérents au service,
au même titre qu’une quantité de monnaie ayant même
valeur nominale, pour le payement d’achats, sans que le
bénéficiaire puisse exiger l’échange contre des espèces, est
moins mauvais que celui de la Société de timbres- escompte,
 mais il reste contraire au droit pour les raisons
que nous avons vues. Il trahit du reste une conception
infiniment mesquine de la vie commerciale.
La résistance du monde du commerce à l'octroi de
l’escompte uniforme, laquelle a gravement nui à l’effica-*

 V. à ce propos, aux pages 14 et 15, la brochure : Entwicklungstendenzen
 im modernen Kleinhandel, von Dr A.
Hättenschwiller,  Rechtsanwalt (Sonderabdruck aus der
Monatschrift für christliche Sozialreform», Basel, 1903).
        <pb n="211" />
        197

cité de ce moyen de politique positive, * s'est non seulement
 traduite par l’habitude funeste de n’offrir les timbres-escompte
 qu’aux clients qui les demandent, ce qui
a pour résultat de les priver de toute efficacité comme
moyen de réclame, mais encore par le système illogique
des articles nets, c’est-à-dire des articles exclus du service
 de l’escompte sous divers prétextes. Dans certains
cas, on argue du fait que la concurrence ne laisse qu’une
marge très limitée de bénéfice sur certains articles : on
doit fixer le prix de vente si près du prix d'achat qu'une
nouvelle réduction ne se conçoit pas. Cet argument aurait
 une certaine consistance si ce n’étaient pas justement
 les articles auxquels on l’applique qui se vendent
le plus à crédit, et, partant, pour lesquels il serait le plus
légitime de rémunérer l'acheteur au comptant pour le
service qu’il rend, Pour d’autres articles, on se fonde sur
le fait que les fabriques imposent le prix des articles de
marque pour exclure ceux-ci de l’escompte. C'est donner
au client l’idée qu’on lui refuse l’escompte parce que le
tarif fixé par la fabrique empêche de l'ajouter d’abord au
prix de vente : l’effet moral est déplorable. Comme les
articles nets varient d’un magasin à l’autre, certains
clients ne manquent pas d’avoir l’impression que l’escompte
 est toujours accordé. sur les articles dont ils
n’ont pas besoin ! En cela encore, l’effet de réclame nésative
 est fort prononcé et fort regrettable. Il est vrai
que ce sont les fabriques d’articles de marque ellesmêmes
 qui, très inintelligemment, exigent souvent que
leurs articles soient livrés sans escompte. Comme elles

* «Es ist klar, dass sobald es den Rabattvereinen gelingen
&amp;gt; wüûrde, die Barzahlungsumsätze der Händlermitglieder zu
&amp;gt; verdoppeln, die Nettoartikel zu streichen und den Rabatt
» auf die ganze Einkaufssumme auszudehnen, die Rückver-)»
 gütungssummen der Konsumvereine nicht nur eingeholt.
» sondern sogar mit Leichtigkeit verdoppelt werden kônnten.»
 (Faucherre, op. cit, p. 121).
        <pb n="212" />
        — 198 —

ne peuvent exiger des coopératives de consommation
qu’elles les livrent sans ristourne (la ristourne est un
bénéfice, qu’on ne peut empêcher la société de remettre
aux ayants-droit conformément à son règlement intérieur),
 il en résulte que ce système favorise les coopératives
 aux dépens du commerce libre sans qu’on puisse
imaginer même l'ombre d’un argument cohérent qui
légitimerait ce mode de faire. Les détaillants allemands
sont entrés en lutte avec les fabriques sur ce terrain, en
1908-1909 ; ils ont éprouvé un échec, lequel eût été évité,
d’après Faucherre, si le service d’escompte avait été complété
 par une une société d’achat * Remarquons à ce
propos qu’il existe actuellement en Suisse de puissantes
sociétés d'achat en commun : le syndicat de réglementation
 pour la vente des produits de la branche pharmaceutique
 n’en réussit pas moins à faire triompher jusqu'à
 maintenant les principes (?) de la vente au prix net
sans rabais.
Il est évident que, une fois groupés en service d’escompte,
 les détaillants peuvent faire servir leur union à
d’autres fins qu’à la distribution de rabais, à condition
qu'une certaine unité subsiste entre les différents buts du
groupement. Celui-ci se propose, entre autres, toujours
de développer entre ses membres la conscience de groupe
et le sentiment de la solidarité ?. Le service d’escompte de
Lucerne, un des mieux organisés et des plus actifs
qu’en puisse citer, est non seulement une organisation
d’escompte, mais un instrument de lutte contre la concurrence
 déloyale, lutte qu’il poursuit devant les tribunaux
 *. La Société commerciale de Lyss, fondée en mars
1905, était à la fois un service d’escompte et une société

* Ibid, p. 167.
? «Hebung des Standesgefühles und der Solidarität in
» den eigenen « Reihen.» (Cité par Faucherre, op. cit. p. 1,
parmi les buts d’un service d'escompte).
3 V. Luzerns Handelsstand, p. 65.
        <pb n="213" />
        199

d'achat, il est vrai quelque peu rudimentaire. Son but
était de prévenir la création d’une coopérative à Lyss.
Ce but ne fut pas atteint *.
Les services d’escompte des villes se gardaient en général,
 au moins au début, d’admettre dans leurs rangs
des détaillants de la campagne environnante, sauf exception
 motivée *. Le but de cet ostracisme était d'attirer
en ville la clientèle rurale par la garantie d'un avantage,
qu’elle ne puisse trouver à son domicile et qui compense
 les frais de déplacement. D'une manière toute générale,
 du reste, les services d’escompte sont de puissants
irstruments d’épuration de la profession. Ils n'admettent
pas n’importe quel détaillant dans leurs rangs. Lorsqu'un
concurrent est « surnuméraire », on le prive des bénéfices
 du service et de la faveur dont ceux qui en sont
membres jouissent auprès de la clientèle. Le malheur
est que les critères d’élimination se réduisent fatalement
au jeu de jalousies terriblement personnelles. D'autre
part, prétend Faucherre, en restreignant les rangs de la
profession, les commerçants procèdent précisément à
l’œuvre à laquelle ils reprochent aux coopératives de
procéder : l'extirpation du petit commerce parasitaire *.
Les tendances éliminatrices dont nous parlons ici ont
une tendance fatale à aller en s’exagérant à mesure que
* La coopérative commença de fonctionner le 1er mai 1905
et réussit à se maintenir. Cf. Faucherre, op. cit, pp. 64, 66.
* «Um dem Allgemeinen Konsumverein Luzern, der in
»allen der Hauptstadt nahe liegenden Ortschaften Filialen
» besitzt, môglichst erfolgreich entgegentreten zu kônnen,
» wurden auch die Händler der umliegenden Dôrfer in die
» Rabattvereinigung einbezogen. Diese Tatsache ist bemer-»
 kenswert, da sonst in den städtischen Rabattgenossenschaf-»
 ten die Tendenz beobachtet werden kann, sich streng auf
&amp;gt; das städtische Wirtschaftsgebiet zu lokalisieren, um die
» ländliche Konkurrenz kalt zu stellen und die Käufer vom
&amp;gt; Lande in die Stadt zu ziehen.» (Faucherre, op. cit, p. 68).
3 die systematische Ausschaltung der wirtschaftlich schä-»
 digenden Elemente im Verteilungsprozess.» (Faucherre.
op. cit, cf. pp. 139-140).
        <pb n="214" />
        — 205 —

le temps passe et qu’un service d'escompte devient plus
sûr de sa puissance. Dans la règle, plus une de ces
sociétés est ancienne, plus il est difficile, plus il est coûteux
 aussi, de s’y faire admettre *. L'écueil de cette politique,
 c’est que les négociants éliminés peuvent s'entendre
 pour créer un service d’escompte concurrent ?.
Si, en France, les personnalités compétentes en économie
 commerciale sont presque unanimement adversaires
 des timbres-rabais, la faute en est à ce que ce
pays a connu les graves abus des services d’escompte à
but lucratif, mais n’a pas su aller au delà. La coutume
du sou par franc, très répandue, et qui consiste en ce
que le détaillant accorde une commission de 5 % aux
domestiques de bonnes maisons qui couvrent chez lui
les besoins des maisons où ils servent, constitue naturellement
 un obstacle capital au triomphe des services
d’escompte. On ne peut exiger du négociant qu’il fasse
le sou par franc et encore l’escompte, et s’il fait l’un ou
l’autre, il entre en: conflit soit avec le maître, soit avec
le valet.

Si momentanée qu’ait été l’existence des services d’escompte
 à but lucratif, l’idée d’exploiter, en vue d’en tirer
un bénéfice, le goût du public pour les cadeaux de plus
ou moins bon aloi est trop bonne, du point de vue capitaliste,
 pour n’être pas ressuscitée sous de nouvelles
formes. Nous ne pouvons prévoir celles que l'avenir apportera.
 Mais, à l'heure actuelle, une forme de rabaisaitrape-nigauds
 est surtout exploitée, C’est le système
dit des primes, qui consiste à forcer à la fois le prix et
la vente d’un article de valeur médiocre, grâce à l’appât
d’un autre article, non demandé, joint au premier à titre

t Ibid, p. 141.
? C’est ce qui s’est produit à Bâle, où existe la Liga à côté
 de la B. K. G. Cf. Faucherre, op. cit, p. 146. La Liga, section
 de l’Association des Epiciers Suisses, a deux activités :
l’achat en commun et le service d’escompte.
        <pb n="215" />
        201

soi-disant gracieux, et sur la valeur duquel l'acheteur
(c’est le principe du système) porte naturellement un
jugement toujours trop favorable. Une vigoureuse campagne
 a été faite, en Suisse, en 1929, contre les articles
à primes ; elle a abouti à la fondation d’une Union contre
 le système des bons et primes. Notre intention n'est
pas d’énumérer ici toutes les raisons qu'ont les détaillants
 de considérer le système des primes par les fabriques
 comme nuisible à leur profession : ces raisons
sont nombreuses et solides. Mais nous devons insister
sur les dangers du système des primes pour les services
d’escompte. Ils se résument en ceci : les soi-disant bons
d’escompte des fabriques créent dans l’esprit du public
une sorte de confusion avec les rabais du commerce de
détail. Et le discrédit qui ne peut manquer d’atteindre
les premiers s’étendra fatalement, à la longue, sur les
seconds. Peu importe aux fabriques, qui, lorsqu’un
moyen de réclame est usé, ont toujours la possibilité de
passer à un autre. Il n’en va pas de même pour le petit
commerce, pour qui la ruine du système des services
d’escompte présenterait une catastrophe.‘ ?

! La vigoureuse campagne de presse entreprise par exemple
 par le Journal suisse des Artisans et Commerçants contre
 le système des primes mériterait d’être analysée de près.
(V. les numéros des 1er février, 15 mars, 1er mai, 15 juin,
etc. 1929), Nous reproduisons ici, comme présentant bien
rassemblés, avec une particulière netteté, tous les éléments
caractéristiques de la question, l’article du 1er mai 1929, signé
 D, et intitulé : Timbres-rabais faux et véritables.
Dans une brochure intéressante de M. Huth intitulée Du
système des bons et des primes, l’auteur fait remarquer
 que les bons sont souvent appelés «timbres-rabais ».
C’est un true fort apprécié chez les maisons qui pratiquent
ce système ; elles prêchent les bienfaits du rabais auquel elles
assimilent leurs bons-primes avec une candeur touchante,
histoire de mettre fin aux initiatives qui voudraient que le
système des bons-primes soit prohibé par la loi. M. Huth
explique avec raison qu’il faut faire la différence entre les
timbres-rabais faux et les timbres-rabais véritables Ces der-
        <pb n="216" />
        — 202 —

niers représentent une valeur, une somme qui peut être réalisée
 en espèces ou en marchandises.
Une fabrique de savons d’Allemagne ne délivre plus des
bons, mais des «timbres-rabais» en échange desquels elle
remet des « primes-rabais» consistant en savons de toilette,
 ou aussi en espèces ; mais pour toucher le rabais en argent
 sonnant, le consommateur doit collectionner un nombre
 considérable de timbres. Ainsi l’on reçoit pour 36 timbres
 trois savons de toilette, alors qu’il en faut déjà 180 pour
toucher la somme dérisoire de 2 marks, On conçoit aisément
que pour un ménage moyen, cette prime en espèce devient
aléatoire. Une autre entreprise berlinoise, s’occupant du
commerce de margarine, pratique le même système. Elle
offre «aux ménagères avisées » une margarine surfine, «au
goût délicieux, comparable au beurre le plus cher», à 1
mark la livre. « Vous recevez 10 pfennings de rabais ; li-»
 vraison à domicile.» La «ménagère avisée » ne reçoit toutefois
 pas 10 pfennings, mais un timbre qu’il lui reste à
coller dans un carnet spécial édité par la maison. « Bientôt
votre carnet sera garni de timbres valant 5 marks, en échange
 duquel vous pourriez toucher dans un de nos dépôts un
objet de ménage à votre choix et d’une valeur correspondante.
 »
Lorsqu’on a collectionné 100 de ces timbres, il n’est donc
pas question de recevoir 10 marks en espèces ou tout au
moins 10 livres de margarine. On a seulement droit à un objet
 de ménage, qui représente naturellement de la pacotille.
« Peut-être, dit l’auteur de la brochure en cause, la ménagère
apprendra-t-elle à faire la différence entre le faux et le véritable,
 ce qui serait fort réjouissant pour le commerce honnête.
 »
Pour notre part, nous voudrions inviter les commerçants
à lutter avec une énergie farouche contre tout le système des
primes, sinon la confusion finira par s’aggraver, au grand
détriment de nos excellents timbres-rabais. Qui en paierait
la casse ? C’est toujours la classe moyenne du commerce.

? Nous citons encore ici, pour terminer quelques documents
 en rapport avec la question des services d’escompie :
Statuts de l’Union suisse des services d'escompte (Bienne,
1920).
Jahresbericht des Schweiz. Rabattverbandes umfassend
das Jahr 1920. (Il est clair que tous ces rapports annuels
sont intéressants.)
Schweiz. Rabatt.-Verband: Statistische Erhebungen, 1915
(Buchdruckerei Schweizer, Bienne, 1916).
        <pb n="217" />
        203 —

CHAPITRE NEUF

Les sociétés d’achat en commun.

Les sociétés d’achat en commun sont toujours citées
à côté des services d’escompte comme partie indispensable
 de l’armature de défense des détaillants. Qui mentionne
 l’un ne peut en quelque sorte s'empêcher de mentionner
 l’autre immédiatement après. Ce sont comme
deux chapitres inséparables des mêmes traités. Nous ne
voulons pas essayer d'échapper à cette règle. Engel (op.
cit.) et bien d’autres nous ont montré l'exemple. *
Le Congrès international des Classes moyennes de
[924 s’est longuement occupé de la question des achats
en commun. Il a adopté à leur propos la résolution suivante
 : ?

«Le groupe du commerce du Congrès international
&amp;gt;» des Classes moyennes reconnaît la nécessité d’effec-&amp;gt;
 tuer des achats en commun, pour autant que cela est
» possible, afin de conserver aux classes moyennes indé-&amp;gt;
 pendantes du commerce leur situation et leur solidité
sen face de leurs adversaires économiques. Le groupe
&amp;gt; en question est heureux de constater la prise de con-&amp;gt;tact
 qui s'est manifestée sur le terrain international
&amp;gt; entre les organisations déjà créées dans ce but par
» différents pays ».

! Cf. Faucherre, Die Händlerrabaitsparvereine, p. 260 :
«Die Einkaufsgenossenschaft ist die erste logische Ergän-&amp;gt;
 zung des Rabattsparvereins. »
? 2e section, B) Commerce, point 9, immédiatement après
le passage sur le rabais uniforme.
        <pb n="218" />
        — 2904 —

Avant de voter ce texte, le Congrès avait entendu de
nombreux rapports sur la question. *
Le premier exposé avait été celui de « Edeka », coopérative
 des commerçants en détail d'Allemagne, à Berlin.?
 Le rapporteur avait désigné trois types de sociétés
 d’achat : les sociétés simples, les sociétés coopératives,
 les sociétés par actions, Les petites coopératives
manquant de capital jouent le rôle de simples commissionnaires.
 Le rôle d’acheteurs a été adopté par les
grands groupements et par les sociétés qui, par suite de
leur ancienneté, sont solidement constituées. « Un autre
» problème à résoudre, c’est celui de la manière d’effectuer
 les commandes individuelles. Certaines coopéra-&amp;gt;
 tives font visiter leurs membres par un voyageur.
» D’autres communiquent les prix par circulaires heb-&amp;gt;
 domadaires, bi-mensuelles ou mensuelles; Le plus
» souvent ont lieu à la coopérative des journées d'achats,
» Chaque semaine, tous les quinze jours ou tous les mois.
» Les offres sont alors discutées et chaque membre passe
&amp;gt;la commande des marchandises dont il a besoin. Ces
» assemblées ont toutefois donné lieu à des difficultés

&amp;gt;

1 Voir les résolutions, tractandum No 2: Les achats en
commun, pp. 396 seq. L’exposé de la situation en Allemagne
se trouve aux pagesi 401-402 (résumé français); le résumé
français du rapport sur la situation en Autriche est à la
page 402. Page 406 se trouve le résumé français de l’exposé
de M. Brandenberger, directeur de l’« Union», à Olten.
? Edeka veut dire E. D. K. (Einkaufsgenossenschaft Deutscher
 Kaufleute). Il est à remarquer que les détaillants d’Alsace-Lorraine
 ont conservé ce nom à leur société d’achat,
au grand scandale des patriotes, quoique l’Edeka d’Alsace-Lorraine
 soit, depuis la guerre, complètement distincte de la
société allemande. Ce menu fait est symptomatique du crédit
 que, dès avant 1918, la société d’achat en commun avait
acquis sur les esprits en Alsace-Lorraine.
Ceci n’empêche pas les personnalités qui dirigent en AIsace-Lorraine
 les destinées coopératives du petit commerce
d’estimer que les achats en commun ne sont pas encore assez
développés dans ce pays. Ainsi M. André Blum, déjà cité.
        <pb n="219" />
        205 —

»et à des critiques, notamment en ce qui concerne la
» perte de temps.
» Mais le commerçant détaillant affilié à une coopé-&amp;gt;rative
 d'achats y trouve encore une autre source de
» force par les facilités qui lui sont ménagées dans le
‘domaine de la réclame. Livré à lui seul, il est exposé
» à tous les risques d’une publicité mal comprise ; dans
&amp;gt; son organisation d’achats, il trouve un appui dans
» ses collègues ; il trouve aussi des conseillers et des
» guides. La réclame collective deviendra l’une de ses
»armes les plus efficaces et en même temps les moins
&amp;gt; coûteuses à cause de la répartition des frais ».
Dans l'exposé présenté par l'Autriche, le rapporteur
souligne le besoin de faciliter l’amélioration des assorliments
 parmi les causes qui ont provoqué la création
de coopératives d’achats. « Une condition essentielle de
» leur succès, c’est qu’elles soient dirigées d’une maniè-»
 re absolument irréprochable au point de vue commer-»cial
 et suivant des principes d’exploitation constants.
» La possibilité de s’adresser aux meilleurs fournisseurs,
» d'obtenir à bon compte de bonnes marchandises et
» d’unifier le prix de revient est aussi un avantage im-&amp;gt;
 portant ».
Le rapport au nom de la Suisse était présenté par
M. Brandenberger. L’honorable directeur de l’Union a
créé, de toutes pièces cette société en 1907. Sous son
énergique impulsion, grâce à son initiative et à son travail
 intelligent et incessant, elle est devenue un beau
monument de solidarité professionnelle dont s’enorgueillit
 à juste titre la classe moyenne de la Suisse

t Dans La Croisée des Routes, p. 10, M. Brandenberger
consacre à l’œuvre de sa propre vie la mention suivante :
« Organisons l’achat et la répartition ! Depuis plus de
vingt ans que nous sommes à la tête d’une société d’achats
» qui étend son activité sur tout le pays, nous sommes bien
&amp;gt; placé pour donner ce conseil. On affirme ici ou là que notre
» société est un modèle du genre et qu’elle a rendu des ser-
        <pb n="220" />
        — 206 —

« Îl est certain, disait M. Brandenberger, que le petit
commerce de détail indépendant doit aussi se grouper
et concentrer ses forces. L'organisation des consom-»
 mateurs veut la ruine des existences indépendantes,
»l’organisation du petit commerce veut au contraire
»leur maintien. Les consommateurs dans les sociétés
» coopératives de consommation, le gros capital dans les
» Warenhäuser, les producteurs, tous ‘s'unissent et se
» groupent, Le petit commerce veut-il être une excep-&amp;gt;
 tion unique ? Non, car alors il sera, réduit à être laissé
» de côté. Comment arriver à une organisation du petit
» commerce ? Il faut, au préalable, que le petit com-»merce
 se conquière lui-même, qu'il combaite son
&amp;gt; égoïsme et sa commodité *. Il lui faut reconnaître que
le concurrent n’est pas un adversaire, mais son com-»
 pagnon d’infortune. C’est en unissant tous les efforts
qu’on réussira à améliorer le sort de chacun...»
« Qui peut devenir membre de l’Union ? » reprend le
rapporteur, après avoir sommairement décrit cette société.
 « Seuls les détaillants qui possèdent en propre un
» magasin. Les gros consommateurs, même lorsqu’ils ont
» besoin de marchandises plus considérables? que le
» détaillant, sont exclus de l’Union... Par l’achat en com-S



» vices inappréciables au commerce de la branche alimen-»
 taire. Il ne nous appartient pas de juger, mais sans fatuité
» nous croyons pouvoir prétendre que quelque chose déjà
» a été fait. Et pourtant ce n’est rien en comparaison de ce
» qu’on doit faire ou, pour mieux dire, de ce qu’on devrait
» arriver à faire ».
1 Sie. Nous serions désolé qu’on mît, en lisant ces citations,
 sur le compte de M. Brandenberger lui-même certaines
 étrangetés de style qui sont simplement le fait d’un traducteur
 pressé. Mais d’autre part, nous nous en voudrions
de refaire un texte officiel en retraduisant l’original. Nous
reprenons donc ces rapports tels que nous les trouvons imprimés,
 Aussi bien, c’est le fond qui importe, et il est nulle
part méconnaissable.
’ Même remarque qu’à la note précédente.
        <pb n="221" />
        M7

» mun, on arrivera à ceci, que le commerce des outsiders
» sera impossible à la longue. D'autre part, à côté de la
» formation continuelle de rings et de trusts de la part
»des fabricants, la grande Union pourra infiniment
»mieux défendre ses droits que des petits groupe-»
 ments qui, souvent, n’ont aucun point de contact entre
eux et qui, souvent aussi, ne sont pas d'accord ».
Au cours de la discussion qui suivit la lecture des rapports,
 deux voix s’élevèrent contre les achats en commun,
 et, chose curieuse, ce furent toutes deux des voix
de délégués suisses. M. Haïtemer « estime que les achats
en commun ne sont pas dans l'intérêt des Classes
s moyennes. Ils restreignent l'initiative et l'action indi-»
 viduelle et font courir aux membres des classes
&amp;gt; moyennes le danger de cesser d’être indépendants. ‘
» En outre, grâce aux achats en commun, des gens
&amp;gt; se font détaillants qui, privés de cet appui, seraient
» restés à l'écart de cette profession. »
La première de ces affirmations est une affaire d’appréciation.
 Quant à la dernière, elle proclame le rebours
du bon sens, Il est faux que les sociétés d’achat en commun
 favorisent les détaillants parasitaires, pour la bonne
 raison qu’elle ne sont pas forcées de les admetire,
et qu’en les excluant, elles peuvent leur porter le coup
décisif qui amène leur élimination de la profession.
Ure coopérative d’achat n’est pas un moulin où puisse
entrer de son propre chef quiconque le trouve opportun.
 Au contraire. et M. E. Thom, délégué allemand. a

* C’est peut-être pour cela que Wernicke ne les aime pas.
(Cf. Kapitalismus u. Mittelstandspolitik, p. 381.) Mais c’est
une inconséquence de la part d’un libéral ! On ne saurait en
effet, si l’on proclame le principe du laisser faire, laisser
passer, en refuser l'application aux sociétés d’achat en commun,
 qui sont incontestablement le produit de la liberté
économique et de la liberté de contrat de leurs membres,
sS’associant dans la recherche d’un avantage économique
Quoi de plus conforme aux doctrines libérales ?
        <pb n="222" />
        — 208 —

relevé aussitôt que «en Allemagne, la situation du
commerce de détail n'a pu être assainie que grâce au
système des achats en commun ». Un autre Allemand,
M. Melchner, « voit dans les achats en commun une
arme beaucoup plus efficace que celle des timbres d’escompte.
 Il faut relever qu’en Allemagne, les restrictions
apportées à la réception des sociétaires dans les organisations
 d’achats en gros, ont eu des effets favorables
à l'assainissement du commerce de détail. » **.
Un autre Suisse, M. Stückelberger, s'élève à son tour
contre les achats en commun. Il est vrai qu’il n’apparlent
 pas à cette branche alimentaire que nous avons
plus spécialement en vue dans ces pages. Il estime que
« ces organisations d’achat exercent une contrainte sur
» leurs membres, Or, nous voulons maintenir le com-&amp;gt;
 merce libre et la concurrence libre. Les achats en
&amp;gt; commun ne sont pas à conseiller dans la branche
textile. »

&amp;gt;

À ces objections, on ne peut que répliquer, avec M.
Brandenberger, que «le danger d’un écrasement de
&amp;gt; l'individualisme par les coopératives d’achats est
&amp;gt; inexistant, Nos sociétaires conservent leur entière li-&amp;gt;
 berté. Les achats en commun ont aussi pour but

: C’est bien l’avis de Sombart : « Fine sehr beachtliche und
» zunehmende Gruppe der Ausschaltung von Handelsver-»mittlern,
 bilden die Einkaufsgenossenschaften des Klein-»
 handels…. (Gerade die bedeutendsten Finkaufsgenossen-»
 schaften sind in der Wahl ihrer Mitglieder sehr zurück-»
 haltend. Aus diesem Grunde dienen diese Genossenschaften
»mehr zur Kräftigung lebensfähiger, als zur Erhaltung
»schwacher Handelsunternehmungen.» (Conférence de
Breslau. Cette citation: est empruntée à la page 249 de Wernicke,
 op. cit.)
Résolutions, p. 413.
? M. Melchner n’a cependant qu’une demi-confiance en la
politique positive, puisqu’il n’en persiste pas moins à demander
 que l’épuration de la profession soit poursuivie par
la voie du droit public.
        <pb n="223" />
        209

» l’abaissement de nos frais d’intermédiaire. L'orateur
» est heureux de constater qu’à l'étranger également, on
» est d’avis que les coopératives d’achats doivent entrer
» en contact entre elles sur le terrain international. »
Le but même de l’organisation corporative du commerce
 de détail, c’est de conserver aux détaillants indépendants
 leur indépendance. Il est par conséquent
essentiel de montrer que leur principale arme corporative
 et coopérative, l'achat en commun, n’est pas un
instrument d’asservissement. Brandenberger revient ailleurs
 * sur ce point capital en ces termes :
« Depuis des années, l’Association suisse des grossis-»ies
 en denrées coloniales a boycotté l’organisation
» d'achat des détaillants, c’est-à-dire l’« Union » d’OI-»ten.
 Une amende de 5000 fr. doit punir les coupables.
» Qu’avons-nous fait ? Nous avons laissé nos membres
» entièrement libres d'acheter où bon leur semble, où ils
» croient trouver un profit. Et le résultat ? Le boycott a
»lamentablement échoué. L'« Union », cependant, ne
» connaît pas encore l’obligation d'achat et ne la con-»naîtra
 jamais. Voilà la vraie libre concurrence. Elle
»rend de précieux services aux détaillants et leur ap-»
 prend à ouvrir les yeux pour voir où se trouvent leurs
&amp;gt; véritables intérêts. »
Ce principe de liberté est la pierre angulaire de la
société d’achat en commun. Il la met au-dessus de critiques
 trop faciles qui lui ont bien des fois été faites. On
a en effet souvent objecté aux sociétés de détaillants
qu’elles réclament le droit d'association pour elles et
qu’elles le combattent chez les consommateurs. Nous
avons déjà vu, dans notre première partie, ce qu’il fallait
penser de ce genre d'arguments. On feint d'ignorer que
la tendance des sociétés coopératives de consommation
est avant tout d’englober le commerce, sous ses multi-La
 Croisée des Routes, page 17.
        <pb n="224" />
        — 210 —

ples formes, en éliminant tout esprit d’indépendance. La
société d’achat, au contraire, veut rendre le détaillant
indépendant pour qu'il puisse supporter la concurrence.
D'un côté, on cherche à socialiser, de l’autre on veut
servir et défendre la classe moyenne. Toute la différence
est là. * ?

1 Cest l’esprit qui importe, et non la lettre. Aussi le commerce
 de détail ne craint-il pas le reproche d’hypocrisie
parce qu’il combat les institutions qui veulent son anéantissement
 par d’autres institutions analogues par la forme,
mais opposées par l’esprit. Non seulement il oppose aux coopératives
 de consommateurs les coopératives d’achat des
détaillants, mais encore, c’est en partie à l’aide de suceursales
 qu’il se propose de regagner le terrain qu’ont conquis
sur lui les magasins à succursales. Voici comment Brandenberger
 s’exprime à ce propos (La Croisée des routes, pp. 11-12)
 :
«Pour concurrencer avec succès les coopératives et les
» sociétés à succursales dans le domaine du ravitaillement,
»le perfectionnement de l’achat et une répartition plus ra-»
 tionnelle ne suffisent pas. Le commerce de détail qui s’af-»
 filiera à temps voulu à la grosse organisation en retirera
» aussi des profits. Il est vrai qu’il trouvera un jour devant
plui une frontière naturelle qui signifiera que l’écoulement
» des marchandises ne ‘pourra plus être dépassé dans un
» certain rayon. Nous pensons en particulier aux magasins
» de la branche alimentaire, la situation se présentant sous
un jour différent pour les magasins dits «spécialistes ».
» Devant cette limitation des moyens de répartition des
» marchandises, le commerçant actif et entreprenant est
palors dans l'obligation de prendre une grave décision :
&amp;gt; doit-il, pour ne pas piétiner sur place, adjoindre à son com-»
 merce de nouvelles marchandises ou bien doit-il se confi-»
 ner dans la vente des articles qu’il connaît bien et diriger
» alors son regard vers un domaine nouveau où les condiptions
 sont plus favorables ? En d’autres mots, il arrive un
» moment où l’augmentation du chiffre d’affaires n’est plus
&amp;gt; possible à l’emplacement primitif d’un magasin, mais
) qu’elle peut se produire ailleurs. Comment ? par l’intermé-»
 diaire précisément de succursales. Cette solution, à notre
&amp;gt; point de vue, est la bonne. Pour combattre les magasins des
» sociétés à succursales et des coopératives de consomma-»
 tion, le petit commerce ouvrira lui-même des filiales. L’a-»
 vantage réel du moyen que nous préconisons sur l’adjonc-
        <pb n="225" />
        211

On pourrait croire, de prime abord, qu'en procurant
à tous les membres des marchandises aux mêmes prix,
l’achat en commun empêche le jeu de la concurrence.
C’est faux, car il ne faut pas oublier que les prix de
vente ne peuvent pas être fixés arbitrairement par les
détaillants. Les sociétés d’achat ont pleinement répondu
à ce que l’on attendait d'elles, Grâce à ces organismes,
les petits commerçants ont pu soutenir la concurrence
d’adversaires tout puissants, sociétés de consommation
ou à succursales, et cela non seulement en raison de la
diminution des frais généraux, mais encore parce qu'ils
peuvent, par l’intermédiaire de la société, acheter des
marchandises à des conditions favorables, tant au point
de vue du prix qu’à celui de la qualité.
Les sociétés d'achat ont, en outre, eu un avantage
inestimable : elles ont éduqué leurs adhérents et ont
mis de l’ordre dans le système des paiements dont l’état
était auparavant désastreux. Des termes de trois à six
mois étaient fréquents. De nos jours, le terme de 30
jours seul est usuel. De son côté, et pour faire face à

ption de nouveaux articles, réside dans le fait que le chef
» de l’entreprise n’a pas à résoudre des problèmes pour les-»
 quels il n’est pas préparé ; par contre, grâce aux achats
» plus importants des marchandises tenues en magasin, les
» prix et les conditions sont plus favorables, les réserves
» plus petites, le virement plus grand et le rendement meil-»leur.»

«Nous remarquons qu’un certain nombre de collègues se
»sont décidés déjà pour cette voie. Selon les observations
» que nous avons faites, il semble qu’ils ne le regrettent pas.
» Nous avons la ferme conviction que cette forme d’extension
» (succursales) deviendra de plus en plus usitée. »
* La fin de ce chapitre est empruntée textuellement à notre
 article : Une arme pour le commerce privé : L'achat en
commun, paru dans le numéro spécial de juin 1929 du Journal
 suisse des artisans et commerçants. En ne citant pas
seulement, mais en intégrant ce morceau au présent chapitre,
 nous ne faisons que tirer partie de notre propre bien.
re que personne, pensons-nous. ne trouvera illégitime.
        <pb n="226" />
        - 212

ses engagements, le détaillant doit exiger le paiement
comptant, ce qui n’est qu’un bienfait, pour le commerçant
 comme pour le consommateur.
Rien de plus naturel que les efforts individuels du
commerce de détail trouvent des adversaires. Le commerce
 de gros notamment se sent préjudicié par ce
mouvement d’émancipation, par l’importation directe et
la tendance qu’ont les sociétés d’achat d'augmenter les
relations directes entre le fabricant et le détaillant. Les
grossistes ont donc tout essayé pour enrayer cette évolution.
 Ils sont allés jusqu’à employer l'arme du boycott.
Peine perdue. Une fois de plus, le char du progrès a
avancé irrésistiblement et les grossistes en ont été pour
leurs frais. Il est entendu que l’activité des sociétés d'achat
 empiète sur le terrain du commerce de gros, Mais
aucune d’entre elles ne connaît la contrainte d'acheter
à l'égard des membres. S’ils sont capables de supporter
la concurrence, les grossistes peuvent par conséquent
lutter avec elles quant aux prix. Le commerce de gros ne
possède, du reste, aucun monopole et si, au lieu de soutenir
 les coopératives naissantes, il eût appuyé le commerce
 privé, il ne serait pas aujourd’hui en concurrence
avec les sociétés d’achat. Ces dernières n’existeraient
pas.

L'origine, la forme et le travail des sociétés d’achat
dénotent les mêmes particularités dans les différentes
branches. Après un début modeste, les organisations se
développèrent et ne tardèrent pas à jouer un rôle important
 dans l’économie des peuples. Dans notre pays, les
associations d'achat en commun sont nombreuses. Nous
ne retiendrons ici que celles de la branche alimentaire
qui nous touchent de plus près et qui sont, de loin, les
plus importantes.
La première société d’achat créée en Suisse fut la Sociélé
 commerciale suisse (Schweiz, Handelsgesellschaft)
fondée en 1883, à Oerlikon, dans le but de pourvoir di-
        <pb n="227" />
        Baf 458Veét44, 4,61,

213 —

rectement, en achetant à la source même, aux besoins de
ses membres. La société s’imposait la tâche de tenir
compte des prix du jour et de défendre les intérêts de
ses sociétaires. Plus tard, en 1896, les épiciers de la ville
de Zurich fondèrent une société qui prit rapidement une
grande extension. Il en est de même de la Société de
l'épicerie au détail créée à Genève, l’année suivante. À
l’intérieur et à l’extérieur des associations professionnelles,
 des groupements d’achat se fondèrent, dès 1900,
dans un grand nombre de localités. Quelques-uns se
sont dissous ou ont été absorbés par des sociétés plus
puissantes. Aujourd’hui, nous avons, à part les sociétés
déjà nommées, la « Liga » à Bâle, la « Kolonial E. G. », à
Berthoud, l’ « Union », « Société suisse d’achat » à Olten,
l’Union des épiciers détaillants du canton de Genève et
la Société lausannoise des membres « Union » qui travaille
 principalement avec l’ « Union » d’Olten.
Si ce mouvement du commerce des denrées coloniales
s'est accru par la réunion des associations qui achètent
directement et livrent leurs marchandises aux adhérents,
le véritable développement n’a commencé qu’à l’époque
relativement récente où ce trafic des marchandises a été
réglementé par des contrats avec les fabriques indigènes.
L'idée du trafic par contrat trouve son origine dans le
désir d’embrasser la puissance d’achat des membres et
de la concentrer sur un choix de fournisseurs de confiance.
 On amène ainsi ces fournisseurs à faire des conditions
 de livraison toujours plus favorables. La société
d'achat s’occupe en outre du règlement des factures et
des remises aux sociétaires ; elle est débitrice de droit
pour toutes les marchandises livrées à ces derniers.
Après avoir effectué un relevé périodique (mensuel) des
livraisons faites aux membres, le fournisseur touche, en
une seule fois, la somme qui lui revient. Il trouve ainsi,
en même temps qu’un écoulement augmenté, de la sûreté
 et de la ponctualité dans les paiements et. dans la
        <pb n="228" />
        — 214 —

simplification du trafic, de grands avantages compensant
 largement les conditions exceptionnelles qu’il octroie
 aux sociétés d’achat. Dans les relations dites « contractuelles
 », la marchandise va directement du producteur
 indigène (fabricant ou grossiste) aux membres ; le
travail effectif des sociétés d’achat consiste donc à recommander
 aux fournisseurs la réexpédition des relevés
et à percevoir les sommes dues auprès des adhérents.
Dans le trafic d’entrepôt, la société d’achat remplit les
fonctions d’un grossiste. Elle achète dans le pays ou à
l'étranger, elle emmagasine et elle répartit. Par cela
même, elle accepte tous les risques du commerce de gros.
L'organisation des achats peut, en connexion avec
les contrats conclus et le trafic d’emmagasinage, suffire
aux exigences de ses membres ; elle a la faculté de s'interposer
 pour les achats, à des conditions favorables, de
marchandises indigènes ou étrangères. Pour remplir
son but, la société doit alors disposer de ressources financières
 considérables. Une somme (versée à titre de
garantie), proportionnellement minime, suffit en premier
 lieu pour les contrats stipulés avec les fournisseurs
du pays. Cette somme est versée comme caution pour
les achats de chaque membre en particulier et des autres
 membres en général. Ces versements sont déposés
en banque et utilisés exceptionnellement, en cas de
graves pertes par exemple. La situation se présente sous
un autre aspect, dans le trafic d’emmagasinage. L'entrepôt,
 les stocks, les dispositions pour la vente, l’approvisionnement,
 etc, facteurs vitaux pour une société
d’achat, demandent de forts capitaux, Des réserves sont
également nécessaires pour parer aux événements imprévus.
 À défaut de ces réserves, le danger est grand.
Même les moindre fluctuations du marché peuvent être
désastreuses.
Si la société d’achat est rigide pour l’admission des
membres et exige d’eux de la solvabilité, de la capacité
        <pb n="229" />
        — 92915 —

et de la loyauté, elle doit aussi prendre en considération
 leur surface financière. C’est ainsi qu’un adhérent
de la Société commerciale suisse, à Oerlikon, doit faire
un versement de fr. 500.—. Le bénéfice de la société n'est
pas réparti, mais porté au crédit des membres jusqu'à
concurrence de fr. 5000—, sous forme de parts. L'acceptation
 volontaire d'obligations forme le complément
des autres engagements que doit accepter le sociétaire.
L’ « Union », Société suisse d’achat, Olten, exige de
chaque nouveau membre l'acceptation d’au moins une
part de cinq cents francs et l’obligation de souscrire
d’autres parts dépend du chiffre d’affaires de l’adhérent.
L'administration a la faculté également de demander
aux membres, suivant une proportion déterminée, des
sûretés importantes, soit par la souscription de parts,
soit sous forme de nantissement (dépôt) ou de caution.
L’ « Union », en outre, émet des obligations à 5 et 5 % %.
Les autres sociétés d’achat de la branche alimentaire se
procurent les capitaux nécessaires d'après les mèmes
procédés. Dans toutes les sociétés, on a constaté que la
levée des capitaux indispensables est facile, pour autant
que la confiance des membres est acquise à une direction
 bonne et prudente.
Plus de cinq mille détaillants sont affiliés aux sociétés
 d’achat de la branche des denrées coloniales. La
« Liga » groupe les commerçants des deux Bâle et des
régions avoisinantes, la « Kolonial E. G. » ceux des cantons
 de Berne, Soleure et de la partie allemande du
canton de Fribourg ; la Société commerciale suisse recrute
 ses membres en Suisse allemande, tandis que
l « Union » a son activité déployée dans toute la Suisse
et englobe aussi plusieurs associations locales ou régionales.
 Au début de 1930, les deux sociétés de Zurich —
Uto et Spezereihändlergesellschaft — ont passé avec armes
 et bagages à l’ « Union ». Cette fusion a été dictée
par de sérieux motifs, dans le seul but de permettre aux
        <pb n="230" />
        — 216 —

épiciers zurichois d’être mieux en mesure de soutenir la
concurrence d’adversaires très puissants. L’ « Union » a
formé et forme encore dans tout le pays des groupements
 qui font venir des marchandises des entrepôts ou
par wagons pris à une gare frontière ou à Olten. Les
tarifs élevés des chemins de fer obligent les membres à
profiter de tous les avantages de l’approvisionnement
par wagons, de la répartition immédiale aux sociétaires
d’une même région, de l’emploi rationnel des camions,
etc. A joutons encore que l’ « Union », pour ne pas désavantager
 ses adhérents des contrées éloignées, livre ses
marchandises franco de port jusqu’à concurrence de
fr. 3—. La « Kolonial » E. G. réapprovisionne ses sociétaires
 uniquement par camions.
Malgré les circonstances économiques défavorables,
créées par la guerre, les sociétés d’achat ont sans cesse
augmenté leur chiffre d’affaires. Celui-ci s’élève aujourd’hui
 à près de cent millions de francs pour les différentes
 sociétés. Tandis que la période critique de la
baisse des prix se montrait si féconde en conséquences
funestes pour les coopératives de consommation, elle a
pu être surmontée par toutes les sociétés et cela grâce à
une administration judicieuse et une solide base financière.
 Tout laisse prévoir que les années prochaines leur
apporteront un essor plus grand. Après les maladies infantiles
 inévitables et les premiers tâtonnements, l’horizon
 s’est éclairci et l’achat en commun peut envisager
l’avenir avec confiance. Des améliorations sont, certes,
toujours possibles et partout on cherche à les appliquer
en s'inspirant de l'expérience acquise.
Voici quelques chiffres qui donnent une idée de la
prospérité et de l’extension prise par l’achat en commun
dans notre pays :
Chiffre d’affaires de la « Liga»,
1915. . . fr. 1057000
(920. » 3495 000
        <pb n="231" />
        217

(925.
1926.
1927. .
1928. .
1990.

5 105 000
5 288 000
à 756 000
6 231 000
5 760 000

Chiffre d'affaires de la Spezereihändler-Einkaufsgenossenschaft,
 Zurich *)
fr. 1381201
1 766 080
2 265 000
2 382 000
2 595 000
2 868 000

1917.
1922.
1925.
1926. .
1927.
1928.

*) Fusion avec l « Union » en 1930.

Chiffre d’affaires de la Société commerciale
suisse, Oerlikon.

1924.
1925.
1926.
(927.
1998

fr.

1 918 000
1 930 000
1 900 000
2 350 000
2700 000

Chiffre d'affaires de l’ « Uto », Zurich. *
fr. 1536000
1 771 000
1 874 304
2 091 000
2 045 000

*) Fusion avec l’ «Union » en 1930
Chiffre d'affaires de la « Kolonial E. G. », Berthoud.
“917. -_ 2000000
329, . 200 000
100 &amp;gt; 165 000
        <pb n="232" />
        218

1926.
1927.
1928.
19990,

»

&amp;gt;

»

5 454 000
5 627 000
6 500 000
6 863 000

La Société de l’épicerie au détail de Genève enregistre
 chaque année un chiffre d’affaires d'un million de
francs environ. Ce résultat est magnifique si l’on songe
que cette organisation comprend une quarantaine de sociétaires
 seulement. Et voici maintenant le

Chiffre d'affaires de l’ « Union » d'Olten.

1907.
1911.
1915.
1919.
1923.
1926.
1927.
1928.
19920.

fr. 100 000
484 000
6 566 000
33 851 000
47 800 000
54 600 000
56 500 000
63 500 000
64 175 000

&amp;gt;

Au 31 décembre 1929, l’« Union » comptait 3475 membres.
 Son capital (parts bénéficiaires) s'élevait à la même
 date à fr. 3,090,000. Les réserves et le capital obligations
 ascendaient à fr. 1,010,839 et à fr. 1,391,000.
En 1929, 10,284,829 kg. de marchandises sont entrés
dans les entrepôts de l’« Union ». 10,750,989 kg. en sont
sortis. Il est intéressant de constater que sur ces 10 millions
 de kg. 7,311,734 kg. ont été transportés par camions
 (68,01 % du trafic total).
L’« Union » avait, à fin décembre 1929, 158 employés
et ouvriers à son service.
Ces quelques chiffres donnent une idée de l'envergure
de cette entreprise.
Nous avons déjà dit plus haut que l’« Union » a été
        <pb n="233" />
        219 —

fondée en 1907, par M. Brandenberger, lequel aujourd’hui
 encore, se trouve à la tète de cette société.
Si de nos jours et malgré ses détracteurs, le petit et
moyen commerce subsiste encore, c’est à cette trilogie —
organisation professionnelle, société d’achat en commun,
service d’escompte — qu’il le doit. Il sait et ne l’oubliera
pas de sitôt.
Peut-être nous répéterons-nous quelque peu, mais
nous nous résumerons et nous nous compléterons en
même temps, en citant ici, pour conclure, le passage
consacré à la protection mutuelle dans le domaine de
l’achat en commun par M. J. Lauri, président de l'Asso-‘jation
 des Epiciers suisses, dans son exposé intitulé :
«Union internationale du commerce de détail de la
branche alimentaire ». (M. Lauri est aussi président de
ceite Union internationale) *.
« L'achat en commun représente de nos jours le meil-»
 leur moyen de protéger le petit et moyen commerce.
«Il peut sembler étrange que pour sauvegarder son
» existence, le commerce privé ait dû avoir recours aux
&amp;gt;» mêmes procédés que ceux employés par ses adversai-&amp;gt;
 res, Mais il n’avait à sa portée cependant aucun autre
&amp;gt; moyen pour éloigner le danger qui le menaçait ; il fut
&amp;gt; obligé d’organiser la puissance d'achat des com-»
 merçants. Il l’a fait en créant des coopératives d'achat.
»Le plan du socialisme est de conquérir la puissance
» commerciale d’abord, afin de pouvoir mieux imposer
&amp;gt; sa volonté dans le domaine beaucoup plus difficile de
» l’industrie. Pour réaliser ces visées, le socialisme s’en
&amp;gt;» prend en première ligne au commerce privé ; celui-ci,
» pour se défendre, s'est vu contraint de passer à l’achat
» en commun et de développer ce genre d’institution. De
nombreux milieux industriels ont pu, avec le temps,

1 Nous citons d’après le Journal des Epiciers suisses du
11 décembre 19929.
        <pb n="234" />
        290 —

&amp;gt;» se convaincre que le procédé adopté par le commerce
» privé n’était pas en contradiction avec les ‘intérêts
» économiques de la communauté. D'autre part, bon
»nombre de fabricants ont compris qu'après l'expé-»rience
 commerciale tentée par les socialistes, le jour
» viendra où l’expérience industrielle s'effectuera. Aussi
&amp;gt; n’ont-ils pas ménagé leurs sympathies au petit com-»
 merce, Il y a eu certes des commerçants qui ont sug-»
 géré l’idéé de créer des fabriques qui appartiendraient
» aux organisations commerciales, Il s'agissait toutefois
» de personnes qui n’étaient pas à la tête des associas
 tions professionnelles et qui n'avaient pas tâté le pouls
» des milieux du petit commerce. Le principe des socié-»ités
 d’achat est de travailler au comptant. Le produc-»
 leur en retire lui aussi des avantages, car les pertes
» sont pour lui, pour ainsi dire, exclues, L'organisation
» du petit et moyen commerce intéresse donc au premier
s degré l’industrie, car grâce à elle les relations commer-»
 ciales s’améliorent et deviennent plus faciles. La création
 d’une société d’achat en commun internationale
»ne pourrait s'effectuer que pour l’achat de quelques
» articles d’outre-mer (café, thé, riz, etc.) Chaque pays
» S’intéresse pour son propre compte à l'achat en com-»mun.
 L'industrie a donc la possibilité de maintenir
&amp;gt; les relations avec les organisations des preneurs. Elle
» doit toujours, dans son propre intérêt, se baser sur le
» principe de la clause la plus favorisée. L'Union inter-»
 nationale fera toujours tout son possible pour travail-&amp;gt;
 ler, sur le terrain national et sur le terrain internatio-»
 nal, avec les milieux de la production et cela en par-»
 faite bonne foi et en toute confiance ».
Il n’est pas exclu qu’il se rencontre parmi les partisans
 les plus étroits d’une renaissance de l'esprit corporatif
 des gens qui estiment que les sociétés d'achat
en commun n’ont pas le droit à l’existence parce qu’on
n’en trouve pas de modèle-type parmi les institutions
        <pb n="235" />
        du temps des corporations, et que, par conséquent, on
peut supposer que c’est parce qu’il y a antinomie entre
elles et l’esprit corporatif. Mais en réalité, si les sociétés
d'achat sont d’origine si récente, c'est pour une tout autre
raison. L'idée de faire acheter par procuration, que ce
soit par un commissionnaire ou par une personne morale,
 ne peut être que toute moderne, car le commissionnaire
 acheteur est inconcevable dans un temps où
n’existaient ni échantillons ni standards, mais tout au
plus une idée morale des conditions que doit remplir
une marchandise donnée. (Le caractère uniquement moral
 des pseudo-standards d'autrefois n’est pas changé
par le fait que les conditions que devait remplir une
marchandise étaient souvent fixées par la loi ou par un
règlement corporatif). On ne peut, par exemple, donner
par lettre une idée exacte de la teinte dont on a besoin.
Savary, dont le livre : Le parfait négociant, a longtemps
été comme le bréviaire de la classe commerçante, résume
 la situation par ce proverbe qui avait cours de son
lemps (17e siècle) : « Qui fait faire ses affaires par com-»
 mission va à l'hôpital en personne. » (Cf, Sombart, Der
moderne Kapitalismus. IT, p. 554).
Pourquoi donc, pouvons-nous nous demander d’autre
part, les services d’escompte ne constituent-ils, sans les
sociétés d'achat, qu’une demi-mesure ? Tout simplevient
 parce que l'escompte n'étant que le prix dont on
paye le service que rend au commerçant l’acheteur qui
s’acquitte au comptant, il ne représente pas, au moins
dans des conditions normales, une remise sur le prix
de base de la marchandise et n’empêche pas celui-ci
d'être trop élevé. Sans doute, le paiement comptant,
en diminuant les pertes (intérêts, débiteurs insolvables)
éprouvées par le commerçant, fait diminuer aussi les
frais généraux, et exerce par là une influence sur les
prix, mais cette influence est bien indirecte et pas assez
marquée. Pour tenir contre ses adversaires, le petit com-
        <pb n="236" />
        299 _—

merce doit lutter de bon marché avec eux, Il ne le peut
qu’en se mettant comme eux au bénéfice de l’achat en
gros, en très gros même (wagons complets), c’est-à-dire
en recourant aux sociétés d'achat en commun. Car on
aura beau agiter les principes et en appeler du public
mal informé, la question du prix ne cessera pas de jouer,
pour l’acheteur, un rôle déterminant quant au choix
de son fournisseur. (Cf. Brandenberger, La Croisée des
routes, p. 10, 2e colonne). '
        <pb n="237" />
        223 —

CHAPITRE DIX

Autres aspects de la politique positive.

La presse pour consommateurs.

Sous le titre « Eclaircissements à donner aux acheteurs.….»,
 le Congrès international des classes moyennes a
voté, en 1924, la résolution suivante :
« Les éclaircissements donnés aux acheteurs par des
» journaux propriété des classes moyennes pour déve-»lopper
 et sauvegarder les intérêts du commerce libre
» constituent un moyen excellent, utilisé par la Suisse
» depuis plus de vingt ans et par d’autres pays égale-»
 ment. »
C’est M. J. Lauri, président de l'Association des Epiciers
 suisses, qui a insisté devant le Congrès sur l’imporlance
 considérable de l’éducation de la clientèle par la
presse gratuite ! (Kompass ?, Berner Geschäftschaft.
Journal de l'Acheteur, Wirtschaftliches Volksblatl).
Une brochure de 24 pages (déjà citée) a été consacrée
au dernier nommé de ces périodiques ® par son rédacteur-administrateur,
 M. Charles Olivier. Elle signale
l'arme efficace qu'a été la presse gratuite du petit commerce
 pour briser l’élan des coopératives. L'auteur met
la presse gratuite sur le même pied d’utilité que les sert

 V. Résolutions, p. 428.
? Sur le rôle de celui-ci, voir Luzerns Handelsstand, passim.

3 L'Union suisse des détaillants à Bienne, qui édite le
Wirtschaftliches Volksblatt — le plus important des journaux
 dont nous parlons ici — fait paraître également un
journal en français. L’Economie du Fouer.
        <pb n="238" />
        DE

vices d’escompte. Il estime que les frais consentis ont été
couverts une douzaine de fois par les avantages obtenus.
A un certain point de vue, on peut regretter que celte
presse gratuite. soit gratuite, Comme elle donne en
effet des articles de portée générale, des articles récréalifs,
 et même certaines informations, elle représente une
concurrence non négligeable pour la presse payante,
pour la presse moyenne en particulier, laquelle, on le
sait, a déjà pas mal de peine à vivre. Tant il est vrai
qu’il est difficile de réaliser son propre bien, même fort
légitime, sans nuire à personne. Les détaillants ont ici
pour excuse, comme dans le cas de la création de sociétés
 d’achat ou de celle de succursales, la nécessité
d’adopter les armes de leurs adversaires pour pouvoir
leur tenir tête. Il est absolument impossible de laisser
le public sous la seule influence de la presse gratuite
des coopératives. Celle-ci veut un antidote. Mais la presse
 défensive de la classe moyenne ne saurait être uniquement
 défensive, sous peine de ne pas être lue. Il faut
qu’elle s’attache le lecteur en le captivant, en même
temps qu’elle l’instruise économiquement et socialement.
Elle offre aussi aux détaillants organisés un puissant
moyen de réclame.
Les journaux adversaires de la classe moyenne ne
peuvent donc se combattre que par d’autres journaux.
«Nous savons. que certains de nos adversaires, au
» moyen de la presse, ne se lassent pas d'attaquer les
» détaillants : nous connaissons cette ‘espèce de mer-»
 cantis et nous avons entendu et entendons comment
&amp;gt;ils dorent la pilule aux gogos. Que pourrions-nous
&amp;gt; faire là-contre, si nous n’avions pas l’appui de nos
&amp;gt; organisations professionnelles ? Le journal de l’Ache-»
 feur est vraiment une puissante arme aux mains des
petits négociants ; il est un agitateur inlassable et
&amp;gt; tenace, qui mériterait encore d’être mieux apprécié de
&amp;gt;la part de chaque détaillant. On le craint, tout en le
        <pb n="239" />
        295

s considérant, et c’est pourquoi il est constamment en
» butte aux attaques de la presse coopérative. Mais le
&amp;gt; Journal des détaillants tient bon, et la modeste sub-&amp;gt;
 vention que lui accordent les membres rapporte au
&amp;gt; centuple, en procurant au commerçant individuel une
&amp;gt; Clientèle toujours plus nombreuse, N'oubliez pas
» Cela. » !

A côté de la presse pour consommateurs, il faut citer
la presse pour détaillants, dont le rôle est essentiel.
Elle sert de liaison entre l’organisation professionnelle
et ses membres, permet d’arriver à l’unité de conduite
et de vues ; elle est un instrument de formation professionnelle
 ; ses avertissements commerciaux évitent de
coûteuses erreurs ; elle déracine les préjugés, combat les
pratiques nuisibles qui affaiblissent le corps de métier
et qui n’ont parfois d'autre excuse que d’être très anciennes
 ; il lui arrive aussi de devoir étaler au grand
jour certaines malpropretés morales et commerciales
Jue se permettent pour leur profit certains amis prélendus
 des détaillants, et qui, sans cela, floriraient dans
l'ombre. La pression salutaire exercée par les organisalions
 professionnelles sur les fabricants et les grossistes,
 qui ont appris à compter avec le petit commerce, a
en grande partie eu la presse pour instrument, non pas
la grande presse, peu disposée à se compromettre, mais
la presse professionnelle. La citation suivante souligne
quelques points intéressants et montre comment l’Association
 des Epiciers suisses comprend le rôle de la
presse professionnelle :
« Ce n’est pas dans les journaux de l’Association que
» les attaques dirigées contre le petit commerce peuvent
être réfutées avec le plus d’efficacité. Lu par des épi-&amp;gt;



! Article déjà cité : Le timbre-rabaïs, du Journal suisse des
artisans et commerçants, qui emprunte le passage que nous
reproduisons à un rapport du service d’escompte de Lurerne
        <pb n="240" />
        — 2296 —

» ciers, ces journaux atteignent des lecteurs dont l’opi-&amp;gt;nion
 au sujet du petit commerce ést déjà faite. Par
» contre, ces lecteurs doivent être exactement renseignés
&amp;gt; sur tout ce qui se passe dans la branche. C’est pourquoi
» nous avons renoncé à ouvrir de longues polémiques
» avec nos adversaires économiques. De temps en temps,
» nous signalons ce qui se passe dans leurs rangs, dans
»le seul but de permettre à nos lecteurs de faire usage
» de ces données auprès des consommateurs. Les colla-»
 borateurs et les rédacteurs des journaux s'efforcent
» dans leurs articles d’éviter toute pédanterie. Ils cher-»
 chent un juste milieu entre la théorie et la pratique et
font toujours en sorte de donner aux journaux un
» caractère intéressant. Chaque année, à cette place, nous
» nous plaignons que les épiciers eux-mêmes ne collabo-»
 rent pas assez à leurs journaux. Nous avons reçu, l'an
dernier, plusieurs articles de nos collègues et nous nous
plaisons cette fois-ci à enregistrer une amélioration
dans cet ordre d’idées. » *

&amp;gt;

1 Association des Epiciers suisses. 30e Rapport annuel
présenté par le comité-directeur, 1er juin 1929-31 mai 1930.
(Imprimerie Rôäsch, Vogt et Cie, Berne). Page 26.
        <pb n="241" />
        227 —

L’organisation du crédit
dans les classes moyennes.

Il ne s’agit pas ici de ce crédit que le détaillant consent,
 en général à son détriment, à ceux qui achètent
“hez lui, mais bien de formes de crédit destinées à
mettre à la disposition du commerce de détail les capilaux
 dont nous l’avons vu si gravement manquer. Le
crédit que nous devons énumérer parmi les éléments de
la politique positive n’est, en d'autres termes, pas un
rédit de consommation, mais un crédit de production.
Le problème du crédit était à l’ordre du jour du Consrès
 international des classes moyenes de 1924, qui a
chargé une future conférence de présenter des propositions
 concernant :
« 1. les crédits pour les petites entreprises ;
&amp;gt;» 2. les sociétés coopératives de cautionnement ;
&amp;gt;» 3. la formation et la reconstitution des associa-&amp;gt;
 tions de crédit pour les classes moyennes
&amp;gt; ou la création de banques pour les classes
&amp;gt; moyennes ;
» 4. le problème hypothécaire et celui des crédits
» de construction. » !
L'importance des besoins en capitaux du petit commerce
 est sous-estimée non seulement par la foule de
ceux qui rêvent de se « mettre dans le commerce ». avec

* Les crédits de construction, très importants pour d’autres
 groupes de la classe moyenne, jouent cependant un rôle
secondaire en ce qui concerne les détaillants, auxquels, nous
’avons vu, il est offert plutôt trop de locaux d’exploitation
que pas assez.
        <pb n="242" />
        298

une somme ridicule, et marchent gaiement à la catastrophe,
 mais même par des économistes en renom. * Il
est certain, d’autre part, que les banques, qui se proposent
 tout naturellement de faire des bénéfices plutôt
que de se dévouer au salut de la classe moyenne, préfèrent
 placer leurs fonds dans les grandes affaires relativement
 sûres, ou qui, même si elles ne le sont pas,
rapportent gros aussi longtemps qu’elles tiennent (anciens
 emprunts russes), plutôt que de gérer sans profit
une multitude de placements sans portée, sinon sans
risques. Le processus formidablement accentué de la
concentration des banques est, d’autre part, fort nuisible
aux petites entreprises. Non seulement une banque voit
d'autant plus grand qu’elle est plus grande et sera d’autant
 plus dédaigneuse des petites affaires qu’elle disposera
 de capitaux plus considérables, mais encore elle
aura d'autant moins de contact avec les petites gens.
Elle sera amenée à leur appliquer un chablon uniforme
et mécanique : quelles garanties ? quelles cautions ?
sans pouvoir faire intervenir les facteurs personnels :
quelle volonté de travail ? quel sérieux ? quelle capacité
professionnelle ? Or cela, une petite banque locale le
pourrait sans trop d’inconvénient, car ses administraleurs
 auraient eu des relations sociales avec les emprunteurs
 avant d’avoir avec eux des relations d’affaires.
L'impérieux besoin de capitaux et la difficulté de
lrouver prêteur livrent les petits entrepreneurs pieds et

: «Platter urteilt der Detailhändler komme heute
» «schneller» vorwärts als ehedem, erwerbe rascher Ver-»
 môgen, übersieht aber, dass die Ausgaben der Kleinhan-»
 delsbetriebe gestiegen sind. Man vergleiche doch Lokal-»
 mieten, Reise- und Lokalspesen (Propaganda), Angestell-»
 tenhonorare, Lebenshaltung, die Proportion der Zahl der
» Händler zur Bevôlkerung bezw. der Konsumenten von
p»heute und früher.» (Sigir. Bloch, Entwicklungstendenzen,
p. 155. L'auteur auquel il fait allusion est le Dr. Julius Platter,
 Grundlehren der Nationalôkonomie, Berlin, 1903, p. 580.)
        <pb n="243" />
        290

poings liés à des exploiteurs malhonnêtes, prêts à les
dépouiller du peu qu’ils ont encore, et contre lesquels
les lois sont loin d’offrir une protection suffisante. *
Le professeur Huber, de Stuttgart, qui ne croit pas à
la légitimité et à l'efficacité de la plupart des mesures
de politique négative, estime cependant que l'Etat a un
rôle à jouer dans l’amélioration du crédit pour les clas-Ses
 movennes *.

* Sous le titre : Unlauterer Wettbewerb im Bankgewerbe,
les Basler Nachrichten publiaient à ce propos, en date du 20
août 1929, un extrait du rapport de la Société suisse des
vanquiers. Nous en extrayons un passage consacré à une
société «Dargo», dont l’activité semble vraiment typique
au point de vue qui nous occupe (exploitation abusive du besoin
 de capitaux des petits entrepreneurs) :
«Die Darlehensgenossenschafît «Dargo», die dem klei-»nen
 Publikum unter verklausulierten, für den Darlehens-»nehmer
 sehr onerôsen Bedingungen ungedeckte Darlehen
&amp;gt;in Aussicht stellt, jedoch vor Bewilligung des Geldes stets
prelativ hohe Geldanzahlungen verlangt, war auch im ver-»
 gangenen Berichtsjahre der Gegenstand vielfacher Erôr-»terungen.
 Unsere Vereinigung warnte wiederholt offiziell
&amp;gt;» vor diesem Unternehmen. Die Genossenschaft, die nament-»lich
 in der Ostschweiz eine intensive Propaganda zu beà
 treiben scheint, wurde auf Veranlassung der thurgauischen
» Handelskammer einer Strafuntersuchung unterzogen, die
» indessen zur Einstellung des Verfahrens führte. Immerhin
» sah sich das Justizdepartement des Kantons Thurgau ver-»anlasst,
 eine amtliche Warnung vor der Geschäftspraxis
&amp;gt;der «Dargo» zu verôffentlichen. Ein vom Vorort des
» Schweizerischen Handels- und Industrievereins gestelltes
» Gesuch betreffend Entzug des Postfaches wurde leider von
» der Oberpostdirektion abgewiesen mit der Begründung, es
» sei bis jetzt nicht gelungen, nachzuweisen, dass das Postfach
» zum Zwecke eines unlautern Geschäftsgebarens zum Nach-»teil
 der Konkurrenz verwendet werde. Die Schweizerische
) Zentrale für Handelsfôrderung suchte ebenfalls duch War-»
 nungen in verschiedenen Blättern dem gefährlichen Treiben
» der « Dargo » entgegenzuwirken. Dieser Fall zeigt wieder,
» wie bedauerlich es ist, dass keine gesetzliche Handhabe
» besteht, um derartigen Unternehmungen das Handwerk
&amp;gt; zu legen. »
? «In der Hauptsache wird sich die Staatshilfe auf die
&amp;gt; Hebung des Bildungswesens und ferner auf die Hebung
»des Kreditwesens für den Mittelstand beschränken müs-»sen.
 » (Wernicke. op. cit. p. 453. citant Huber.)
        <pb n="244" />
        230 —

Que le commerce de détail puisse fournir l'occasion
de manœuvres financières malhonnêtes, non seulement
aux prêteurs, mais encore aux détaillants eux-mêmes,
est évident. On a proposé pour y remédier la création
de chambres de détaillants. ‘

+ Cf. Wernicke, op. cit, p. 435:
« Um alle diese Fragen (les questions concernant le petit
» commerce), auch die des leichtsinnigen Konkursmachens,
»richtig zu erfassen, würde ich es für ganz vorteilhaft hal-»
 ten, wenn sich die betreffenden Kreise zu Detaillistenkam-»
 mern zusammenschlôssen. Man hat ja in Hamburg eine sol-»
 che errichtet. aber eine einzelne schafft es noch nicht. »
        <pb n="245" />
        Ji

Les syndicats de réglementation.

Ces syndicats concrétisent l'effort fait par les fabricants
 d'articles de marque pour empêcher l'avilissement
du prix de détail de leurs produits. Lutter contre la
sous-enchère, contre l’avilissement des prix, c'est bien
faire une œuvre de politique positive qui profite à la
cause des détaillants. Mais on se tromperait si l’on
croyait que c’est là le but de ceux qui l’accomplissent.
Leur pensée est en réalité tout autre : ils représentent
un adversaire de plus du petit commerce, et un adversaire
 qui ne manquerait pas d’abuser singulièrement de
son pouvoir s’il ne rencontrait pas en face de lui les
formations compactes de l’organisation professionnelle.
Les produits de marque se trouvent naturellement
dépréciés, au sens qualificatif, s’il est permis de les vendre
 à n’importe quel tarif. Les fabricants ont donc raison
 d'imposer par contrat à leurs revendeurs un prix
de vente donné. C’est alors à l’intermédiaire, si la combinaison
 ne fait pas son affaire, à refuser de tenir le produit.
 En lui imposant la clause du prix, le fabricant ne
lui fait aucun tort, puisque le détaillant reste libre de
refuser l'affaire en bloc.
Mais la pensée du fabricant va bien au-delà du désir
de lier sa marque à un prix déterminé qui en fasse en
quelque sorte partie, qui en rende le souvenir plus net
et lui aide à s'attacher la clientèle. « Le fabricant s’imas
 gine qu'il peut faire bon marché du commercant, et
»que la publicité qu’il pratique sur une vaste échelle
» suffira pour amener le public à exiger ses produits, si
&amp;gt; bien que le revendeur sera forcé de les tenir ou man-
        <pb n="246" />
        939 —

» quera des ventes. Ceci étant, il réduit le taux du béné-»
 fice qu’il concède au détaillant, de telle manière que
&amp;gt; celui-ci n’a plus un gain suffisant pour lui permettre
»de prospérer. » ‘
Heureusement pour lui, le commerçant a dans son jeu
un atout que la publicité la plus coûteuse ne peut mettre
entre les mains du fabricant : il est en contact immédiat
 avec la clientèle et peut défaire dans l'ombre et en
détail le travail de Pénélope accompli sur un vaste plan
par l’affiche ou l’annonce de la fabrique, « Le détail-»
 lant, furieux de voir qu’il n’a plus ses coudées franches,
&amp;gt;» qu’il gagne moins sur chaque unité vendue et qu’il ne
&amp;gt;» peut plus faire accepter par le public les produits qu’il
» préfère tenir, — soit parce qu’il y a plus d'avantage,
» soit parce qu’il en a l’habitude — manifestera pour les
» marques une hostilié ou une antipathie réelle. Il ne
&amp;gt;les tiendra qu’à son corps défendant, substituera ce
» qu’on appelle une contremarque et fera au profit de
» celle-ci une propagande verbale qui aura pour résultat
» de restreindre le débit de la dite marque.
« Constatons que, en fait, il ne peut sortir de cet an-&amp;gt;
 tagonisme que des conséquences néfastes, qui, toutes,
&amp;gt; se traduisent par une diminution de bénéfices, —
&amp;gt; sinon toujours du chiffre d’affaires, — aussi bien pour
» le commercant que pour l'industriel. » ?
Le commercant peut aussi lutter en apposant et en
imposant sa propre marque, et, s’il arrive à le faire ,

! Savoir vendre, Principes et applications pratiques, par
Louis Angé, Editions Piter, Bruxelles (1930 ?), p. 73. V. aussi
Francis Elvinger, La Marque, son lancement, sa vente, sa
publicité (Librairie d’Economie commerciale, Paris.)
? Angé, même lieu.
3 Donnons comme exemple de marque commerciale la
marque Coop de l’Union suisse des sociétés de consommation,
 laquelle, sur ce point, a les mêmes intérêts que les
détaillants, comme d’ailleurs dans la lutte contre les primes,
 qui ne sont pas autre chose qu’un autre instrument
        <pb n="247" />
        233

il est le maître du terrain. Mais on conçoit que, sur ce
point plus que sur aucun autre, le détaillant isolé n’est
rien, C’est le groupement solidement uni qui est tout.
«L'enjeu de cette lutte est d'importance : le consom-»
 mateur rivé au fabricant, c’est le commerce sous la
s tutelle de l’industrie ; au contraire, l’industrie est do-»
 minée par le commerce si le consommateur est dans la
&amp;gt; main du négociant. » !
Le seul moyen, pour le commerce et l’industrie, de
sortir de cet état de guerre sourde si nuisible aux deux
parties, c’est de collaborer loyalement. « Les caractéristi-&amp;gt;
 ques de cette coopération seront les suivantes :
«1. Le fabricant, comprenant qu’il ne saurait se passer
 du concours actif des intermédiaires ou que, du
» moins, il doit mettre à profit l’existence de ces inter-&amp;gt;
 médiaires, se fera une loi de leur accorder une remise
» suffisante sur le prix fort de ses produits ;
» 2. Au lieu de faire une publicité qui soit dirigée con-&amp;gt;
 tre le détaillant, il associera le détaillant au bénéfice
» de la publicité qu’il entreprendra et qui sera à la fois
une publicité pour ses produits et pour les détaillants
» qui tiennent ces produits ;
&amp;gt; 3. D'une manière plus générale, il aidera le détail-*lant
 en lui fournissant le moyen de développer ses
&amp;gt; affaires par des conseils, par des documents et des
» instruments de publicité, et par un outillage de vente
ou un matériel d'organisation mis à sa disposition,
» soit gratuitement, soit à un prix avantageux. ?

employé par les fabricants pour s’attacher les consommateurs
 aux dépens du commerce de détail. Ajoutons que, du
côté des détaillants, l’« Union» a lancé avec succès sa marque
 « USEGO », connue déjà très avantageusement dans !a
Suisse entière.
* Cette phrase est d’Elvinger (cité par -Anoé
p. 71).
? Angé, op. cit, p. 74.
        <pb n="248" />
        — 234 —

Cette procédure est la bonne, et des maisons gravement
 menacées par la crise d’après-guerre s’y sont engagées
 résolument, comme sur la seule voie qui pouvait
 les conduire au salut. Aucune n’est probablement
allée plus loin dans cette direction que la Société Anonyme
 Chocolats Tobler S. A, Berne, dont les efforts
peuvent servir de modèle. *
Il en va autrement du Syndicat de réglementation
des produits pharmaceutiques suisses, dont les membres
 font des bénéfices qui les dispensent de songer à
des égards et à une limitation de leur égoïsme, En s'opposant
 à ce que l’escompte par timbres-rabais soit fait
sur leurs produits, sous prétexte qu’il en résulte « une
diminution indirecte du prix de vente », ces gens montrent
 à la fois qu’ils n’ont rien compris à la véritable
nature de l’escompte unifié et que la prospérité de la
classe des détaillants leur est totalement indifférente.
C’est d’autant plus inconcevable que ces fabricants ne
possèdent aucun moyen sérieux de s'opposer à ce qu’une
ristourne sur leurs produits soit payée par des entreprises
 coopératives. Quoique les ristournes soient prévues
 parmi les pratiques interdites par le syndicat, cette
clause reste forcément lettre morte, vu le caractère de
la ristourne, qui est un partage de bénéfices. On peut
bien prescrire à une société des conditions de vente,
mais on ne peut lui prescrire valablement la facon de
disposer de son bénéfice. La situation est tout autre
à l'égard des services d’escompte, qui ne répartissent
pas un bénéfice, mais se proposent précisément d’introduire
 certaines conditions de vente, auxquelles d’autres
conditions de vente peuvent être opposées d’une façon
plausible. Il y a là une criante injustice à l’égard du
commerce indépendant. Le syndicat de réglementation
ne donne pour le moment aucun signe qu’il s'apprête
! Cf. la page des TOBLER-ACTUALITES, Journal des
Epiciers suisses, 1929 et 1930, passim.
        <pb n="249" />
        935 —

à désarmer.! Jusqu'ici, l’association de détaillants la
plus directement intéressée (l’Association suisse des droguistes).
 pourtant très puissante, n’a rien pu contre lui.
Les rapports entre les deux syndicats, pour être forcément
 fréquents, n’en sont pas moins fort peu cordiaux. *
Mais les temps peuvent changer, et, comme cela a été
le cas pour les grossistes, les fabricants de produits
réglementés auront peut-être un jour l'occasion de se
repentir d’avoir recouru à la force brutale comme seul
argument en réponse aux prétentions légitimes des détaillants.
 Il n’est pas du tout sûr que la force sera tou-!

 Témoin cet avis paru le 17 mai 1930 dans le Journal
suisse de droguerie, p. 251 :
« Réglementation. »
«La Direction de la Réglementation a constaté que l'es-»
 compte, notamment par timbres ou tickets de caisse sur
&amp;gt;les produits réglementés est encore pratiqué dans certaip
 nes régions, Il est donc rappelé à Messieurs les droguistes
» qu’aux termes de leur engagement ils ne peuvent sous aubcun
 prétexte et sans commettre une infraction accorder
» nimporte quel escompte, rabais, ristourne, cadeau, etc.,
» sous quelle forme que ce soit, qui constitue une diminution
» directe du prix de vente. »
«Il est rappelé également que les signataires d’engage-»
 ments sont responsables de leur personnel à cet égard.»
Direction de la Réglementation. »
? Nous pouvons le conclure du ton de la note suivante,
parue également dans le Journal suisse de droguerie, No du
31 mai 1930, page 297, et qui constitue un extrait du procèsverbal
 d’une séance du comité central de l’Association suisse
des droguistes :
« Après une longue discussion il a été décidé de notifier
bà la direction de la réglementation par lettre que l'Assobciation
 suisse des Droguistes est comme elle l’a toujours
b été, d'avis que la réglementation est uniquement une insti-»
 tution pour régler les prix, mais qu’il ne lui appartient pas
»de s'occuper de questions quelconques touchant les droits
» de vente et qu’il ne lui incombe donc nullement d’interve-»nir.
 La réglementation doit être priée en outre de faire
» auprès de son organe de direction le nécessaire pour que
» nous soyons représentés encore par un délégué. M. Schulé
» doit être désigné dès maintenant en cette qualité. »
        <pb n="250" />
        2360

jours du même côté. « Nous déclinons donc toule res-»
 ponsabilité pour l'avenir, et si le commerce de détail
» doit se défendre, certains fabricants ne devront s’en
» prendre qu'à eux-mêmes. » ‘
Loin de voir dans le système des marques à prix
fixes un moyen de politique positive, l’'éminent économiste
 qu’est le Dr Hentschel, le considère comme aussi
funeste dans son genre et peut-être plus, que l'influence
des grands magasins. Ce système fait disparaître la liberté
 des prix, c’est-à-dire la forme normale de la concurrence,
 sans faire disparaître la concurrence ellemême,
 dont les manifestations persistent, sous des formes
 probablement plus malsaines.

1 Paroles de M. J. Lauri, prononcées à l'assemblée des délégués
 de l’Association des Epiciers suisses (assemblée annuelle
 de 1930). Cf. Journal des Epiciers suisses, No du 25 juin
1930, p. 1, col. 4.
? Dr Hentschel, op. cit, p. 42:
«Gerade im Markenhandel sind trotz der ausgeschaltenen
» Preiskonkurrenz die Kleinhandelsnôte zufolge ausserordent-»licher
 Betriebsvermehrung besonders gross, wesentlich
» grôsser als in Branchen, wo es an grossbetrieblichen Ratio-»
 nalisierungseinfluss nicht gefehlt hat. Auch diese Sachlage
» verdeutlicht nur, dass den Kleinhändlern nicht durch Aus-»
 schaltung der Grossbetriebskonkurrenz, auch nicht durch
&amp;gt; Aufhebung der Preiskonkurrenz und ähnliche Mittel und
» Massnahmen geholfen werden kann, sondern dass sie selbst
»ihre Betriebe auf eine Leistungshôhe bringen müssen, die
»bei Kleinen und grossen Betrieben Bedingung und Voraus-»
 setzung gesicherter Existenz und rentabler Betäâtigung ist. »
Ibid, p. 71 :
«Es wäre sowohl im Markenhandel, als auch in den
» schicksalsverbundenen anderen Branchen längst nicht zur
pheutigen Notlage gekommen, wenn die freie Preisbildung
» nicht unterbunden und die Grossbetriebe nicht ausgeschlos-»sen
 worden wâren. »
        <pb n="251" />
        237 —

La rationalisation.

« Le commerce au détail est la partie la plus impar-»
 faite du mécanisme de la production et de la distribu-»
 tion des produits, c’est elle dans laquelle les plus
» grands progrès sont à réaliser. Si ces progrès pou-»
 vaient s'étendre au genre le plus important du com-&amp;gt;
 merce au détail : celui des susbtances alimentaires,
&amp;gt; on obtiendrait des économies et, par conséquent, une
» augmentation générale de bien-être qui ne serait
&amp;gt; comparable qu’à celle qu’on a obtenue par l'invention
» des chemins de fer. » ‘
C’est dire que la croisade pour la meilleure rentabilité,
 cet ensemble d’efforts récents qu’on comprend sous
le nom générique de rationalisation, ne saurait trouver
nulle part un champ d'application où sa mise en pratique
 soit plus urgente que dans le petit commerce. Cette
application se heurte toutefois à la grosse difficulté, que
les efforts des rationalisateurs ont surtout consisté jusjusqu'ici
 à faire de petites économies sur des opérations
[réquemment répétées, économies dont l’accumulation
souvent formidable compense les frais appréciables
occasionnés par la mise en œuvre. Il est même évident
qu'ils doivent faire plus que de les compenser, sinon
l'on piétinerait sur place. Pour qu’il vaille la peine, par
exemple, de posséder une machine à coller les enveloppes,
 il faut qu’on en ait à coller un si grand nombre
qu'il en résulte : 1) une économie appréciable sur le
salaire du personnel chargé de cette besogne ; 2) une

* Vilfredo Pareto, Cours d'Economie politique (Lausanne,
Rouge. 1897) tome second. p. 273.
        <pb n="252" />
        — 238 —

économie de temps appréciable dans l’expédition du
courrier, économie qui permettra peut-être à la maison
qui l’a fait d'arriver, avec ses offres, dans des cas décisifs,
 avant la concurrence, ce qui peut présenter d’énormes
 avantages, Ces deux économies doivent compenser
 : le loyer du capital engagé dans l’achat de la
machine (et qui est appréciable), et l'amortissement sur
la valeur de celle-ci (y compris la prime pour le risque
que celle-ci doive être remplacée, avant d’être usée, par
une combinaison encore plus rationalisée.) Dans ces
conditions, il est évident sans plus qu’un boutiquier qui
n’écrit que quatre ou cinq lettres par jour (les voyageurs
 de commerce ne le dispensent-ils pas d’une foule
de missives ?) accomplirait tout le contraire d’une rationalisation
 en immobilisant une portion précieuse de
son minime capital dans une telle acquisition.
Heureusement, grande entreprise, mesures coûteuses,
fabrication ou distribution en masse n’épuisent pas
toutes les possibilités de la rationalisation. Plusieurs
auteurs se sont préoccupés de son application aux petites
 entreprises et sont arrivés à des conclusions positives.!
 Le droit à l’existence, du point de vue de
la rationalisation, des petits détaillants, résulte déjà du
fait que ceux-ci sont, dans beaucoup de cas, infiniment
mieux placés que leurs concurrents pour assurer la
distribution des produits de la manière la plus conforme
 aux besoins de l’économie générale. Dans ce sens,
les petits magasins n’ont pas besoin d’être rationalisés,

: On trouvera entre autres la rationalisation du commerce
de détail définie et sa nécessité affirmée par le Dr Bothe, qui
occupe une place importante dans une institution vouée au
progrès de la formation commerciale (Geschäftsstelle des
Deutschen Verbandes für das kaufmännische Bildungswesen).
 (Cf. Rudolf Seyffert, Das Kôlner Einzelhandelsinstitut,
C.-E. Poeschel Verlag, Stuttgart, 1929, p. 6.)
        <pb n="253" />
        230

ils ont déjà, quoi qu’en pense Vilfredo Pareto *, adopté
et mis en pratique, pour certaines parties de l'appareil
 de distribution économique, les conceptions rationalisatrices?”
 Même là où les grands maga-!

 «Une entreprise quelconque, société coopérative ou au-»tre,
 qui saura attirer les clients d’un grand nombre de
» petits commerçants, donnera certainement de bons résul-»tats,
 même avec une administration médiocre, grâce à la
»réduction considérable des frais généraux.» (Pareto, loc.
cit, p. 275) .
? Dr Hentschel, op. cit, p. 29.
«Erst aus der Kenntnis der Zusammenhäânge von Kund-»
 schafîtsbedürfnis und Einzelhandelsinteresse, lassen sich
» Gross- und Kleinbetrieb kritisch gegenüûberstellen. Bei Be-»
 trachtung derjenigen Einzelhandlungen, die der Verbrau-»cherschaît
 den «täglichen Bedarf» vermitteln, kann an
»das vom Haushaltsverkehr Gesagte angeknüpft werden.
» Wenn diese Geschäftsgruppe eine Regelmässigkeit erkennen
» lässt, so bestcht sie darin, dass hier eher kleinere, als grôs-»
 sere Betriebe vorherrschen. Gerade im Lebensmittelhandel
&amp;gt; gibt es eine grosse Reihe von Zwergbetrieben, ohne dass
»sich von diesen sagen liesse, sie müssten den Einzelhan-&amp;gt;»
 delsgrossbetrieben unterliegen, weil sie der Kundschaft die
&amp;gt;» Ware nicht so billig verabfolgen kônnte als beispielsweise
&amp;gt;die Warenhäuser… Das Bestehenbleiben der Kleinbetriebe
» neben dem Grossbetriebe ist nicht Willkür oder Zufall, son-»dern
 hat seine triftigen, realen Gründe und bringt eine in-&amp;gt;nere
 Gesetzmässigkeit zum Ausdruck, von der das gesamte
» Wirtschaftsleben beherrscht wird. Der Kleinbetrieb im
» Finzelhandel leitet seine Existenzberechtigung aus der Tat-»
 sache her, dass der Grossbetrieb nicht auf allen Bedarisge-&amp;gt;
 breten einen genügend grossen Markt vorfindet, um Tatio-»
 neller arbeiten zu kônnen als der Kleinbetrieb. »
Un quart de siècle avant Hentschel, Hättenschwiller (op.
cit, p. 16) exprimait en termes moins savants et en moins de
mots à peu près les mêmes idées quand il écrivait :
« Das Gebiet, welches sich der Grossbetrieb aneignen kann,
bist beschränkt Wir befinden uns mittendrin in einem
» Umbildungsprozesse zu neuen Betriebs- und Organisations-&amp;gt;formen
 und nach Ablauf einer  Uebergangsperiode wird
»dem Kieinhandel noch immer ein ansehnliches Gebiet zur
» weiteren Entfaltung verbleiben. »
Dans le même ordre d’idées, une autre pensée de Hentszhel
 mérite encore d’être citée (op. cit, p. 33) :
        <pb n="254" />
        — 240 —

sins semblent concrétiser une pensée rationnelle, ils
cesseraient d’être rationnels s'ils subsistaient seuls. ‘
Les sociétés d’achat représentent la réalisation d’une
conception rationalisatrice par excellence.” Mais on
ne saurait uniquement chercher la rationalisation dans
cette direction : on se heurterait à des frontières trop
vite atteintes. °

«Für einen Teil und heute die weitaus Üüberwiegende
&amp;gt;» Mehrheit der Kundschaft bietet der nähere, kleinere Be-»trieb
 trotz hôhrer Preise grôssere Vorteile, Nur muss die
» unterschiedliche Preishôhe in grossen und kleinen Betrie-»ben
 deren verschieden hohen Dienstleistungen für den
» Verbraucher entsprechen. »
«Négliger la valeur économique du grand ou du petit
 détaillant, c’est ne pas tenir compte d’un facteur qui
» restera, par la souplesse et la variété de ses fonctions, un
» élément principal de progrès. » (Paroles de M. Léopold
Dubois, président de la Société de Banque suisse, citées par
le Journal des Artisans et Commerçants du ler août 1928,
p. 129.)

* «Schon durch seine Ladengebundenheit ist der gesamte
» reguläre ‘Einzelhandel, Gross- und Kileinbetriebe, auf Ge-&amp;gt;
 deih und Verderb mit einander verbunden. » (Dr Hentschel,
op. cit, p. 67).
*«Wenn wir uns vergegenwärtigen, dass manches Unp
 ternehmen missglückte, weil es ungünstig einkauîte, haben
» Wir von der Wichtigkeit des Wareneinkaufs einen Begriff ».
«In der Tat kommt es drauf an, Wo, wann, wie, was eingekauft
 wird. »
(Sigfried Bloch, Beobachtungen aus dem Leben erfahrener
Kaufleute, Zürich, Rascher’s Erben, 1909, p. 17.)
3 V, dans la revue « Der: deutsche Volkswirt », No du 12
octobre 1928, p. 49, l’article : Rationalisierungsarbeit im Eirl
zelhandel, par Heinz Grünbaum. Après avoir exposé ce qui
s’oppose à la rationalisation du commerce de détail, l’auteur
continue,
«Trotz dieser grundsäâtzlich anderen Einstellung beginnt
» der Einzelhandel jetzt ebenfalls den Weg der Rationalisie-»rung
 zu gehen. Um so zwangläufiger, als der Versuch, alle
» Ersparnisse im Einkauf zu suchen (etwa durch Zusammen-»
 schluss zu Einkaufsgemeinschaften) seine natürlichen Gren-»
 zen hat. Es scheint, als beginne gerade jetzt eine « Renais-»
        <pb n="255" />
        241 —

Les aspects que peuvent revêtir la rationalisation en
particulier el la politique positive en général sont naturellement
 innombrables, et nous ne songeons pas à
en faire une énumération complète, Citons encore les
expositions *, et le moyen le plus important de tous, la
réforme des procédés d’instruction et de formation
zommerciales, si important que nous devons lui consarer
 un chapitre spécial.

» sance des Grosshandels » ; die Ausschaltungsära düûrfte vor
» dem Abschluss stehen. Man hat erkannt, dass es keineswegs
»pimmer der billigste Weg ist, den Grosshandel auszuschal-»ten,
 dass Vvielmehr die damit übernommenen Risiken und
» Belastungen die errungenen Vorteile nicht selten empfind-&amp;gt;lich
 übertreffen.» (Nous retenons de ce passage la pensée
que le petit commerce peut et doit chercher ailleurs encore
que dans l'achat en commun des procédés de rationalisation,
mais nous sommes en complet désaccord, il va sans dire,
avec le pessimisme de l’auteur à l’égard des sociétés d'achat
et des avantages qu’elles procurent.)
! Il en est question dans Wernicke, op. cit, p. 457. CÎ.
aussi l’exposition d’Essen. en 1979.
        <pb n="256" />
        242 —

CHAPITRE ONZE

La formation professiornelle commerciale.

L'importance primordiale de ce problème a été démontrée
 tout au long de la présente étude.
Le détaillant, étant le moins spécialisé des commerçants,
 sera celui qui devra réunir en lui le plus de qualités
 diverses. Un grand magasin a ses acheteurs et ses
vendeurs : le détaillant est acheteur et vendeur à la fois
et doit, s’il veut réussir, réunir les qualités de l’un et de
l’autre, et le reste à l’avenant*, Il doit être homme de
volonté ? et d’initiative®, Cette initiative doit se montrer
en particulier lors de l’achat. Le détaillant ne doit pas
seulement subir les offres des représentants de com-1

 «Le détaillant doit concentrer en lui seul toutes les ca-)
 pacités que l’on trouve réunies dans une société, I] doit
» être à la fois son acheteur et son vendeur, son agent de
» publicité et son conseiller financier, son directeur du per-)
 sonnel et son voyageur commercial. »
» S’il lest avec compétence, il bénéficiera instantanément
» de toutes les faveurs dont jouissent les grands magasins,
» sans souffrir de leurs défauts. »
(Efficience, No de février 1929, article: La chance du
petit détaillant).

? «Il reste d’énormes chances de réussir pour le petit
» détaillant. Il peut y parvenir quelle que soit la situation
» de son magasin. Mais il faut qu’il le veuille. Il doit avoir
p» l'ambition de dépasser son petit volume d’affaires.» (Même
 source).

5 «Un détaillant ne peut se contenter de faire du
» commerce, c’est-à-dire de nouer les deux bouts. Il doit
» construire une affaire, c’est-à-dire apprendre à gagner
» heureusement de l’argent.» (Même source).
        <pb n="257" />
        9243 —

merce et y réagir en commandant ou en ne commandant
 pas ; il doit exiger ce que le consommateur aura
besoin d'acquérir, et non se laisser simplement imposer
ce que le fabricant ou le grossiste a besoin de vendre *.
[ n’est pas jusqu’à son éducation morale à laquelle le
détaillant ne doive travailler, afin de dissiper certaines
 hostilités”. De grands progrès ont du reste déjà été
accomplis à cet égard.

* Voir à ce propos l’excellent article: Einkaufen, nicht
bestellen, paru le 16 août 1929 dans la Schweizerische
Spezereihändler-Zeitung, et d’ailleurs emprunté par elle à
a revue Wirtschaftliche Geschäftsführung im Einzelhardel
(Verlag für Wirtschaît und Verkehr, Pfizerstrasse, 20, Stuttsart).
 Nous en extrayons le passage suivant :
« Dieser Mangel an eigener Initiative beim Einkauf ist es,
» der unendlich viele Geschäfte daran hindert, vorwärts zu
» kommen. Sie lassen sich zu Bestellungen treiben. anstatt
&amp;gt; selbst auf den Markt zu gehen. »
? «Le commerce doit aujourd’hui encore compter avec
pune certaine antipathie qui l’environne. D’où provientpelle
 ? Est-ce une survivance des temps anciens où l’esprit
» de caste considérait les professions commerciales comme
pétant dégradantes ? N’y a-t-il pas là une tendance que
» nous devons tenter de corriger ? Ou bien est-ce purement
» et simplement une variété de cet égoïsme dont nous avons
» déjà parlé et qui joue un rôle si prépondérant dans nos
» destinées 2?» (Brandenberger, La Croisée des routes, p.
5). (Nous avons déjà eu lieu d’exprimer, dans notre première
 partie, la crainte qu’au contraire, dans certaines classes
 sociales, le commerce ne jouisse de trop de considération,
 ce qui contribuerait au recrutement exagéré de la
profession. On conçoit très bien, que la même personne qui
estime qu’il est noble de ne pas travailler ait le commerce
en considération parce qu’elle s’imagine que le commerçant
 n’a rien à faire, et en déconsidération parce que la
mentalité commerciale s’oppose à celle du «grand seigneur
 ».. Sur ces deux mentalités, v. Sombart. Der moderne
Kapitalismus, passim.).
s Cette idée est exprimée naïvement, mais sans ambages,
par une femme de lettres: «Le commerce ne se diminue
» plus par les petites pratiques du bas marchandage, de
» l'écoulement des « Rossignols….». Ce n’est plus J’art de
» tromper habilement. comme par le passé : c’est la science
        <pb n="258" />
        2944 —-«

 Ayez une formation professionnelle suffisante. Con-&amp;gt;
 naissez vos marchandises, votre clientèle, ses goûts,
&amp;gt;» ses habitudes et ses besoins. À tout âge il est possible,
» aujourd’hui, de combler les lacunes d’une éducation
» commerciale incomplète, l’enseignement commercial
&amp;gt; public, avec ses cours spéciaux pour adultes, et les
&amp;gt; écoles de commerce dues à l'initiative privée, avec le
» merveilleux instrument que sont les leçons par corres-&amp;gt;»
 pondance, offrent à chacun la possibilité d’enrichir ses
» Connaissances commerciales. » ‘
Dans ce domaine du perfectionnement des connaissances
 commerciales des adultes, des commerçants
hommes faits, ou tout au moins ayant terminé leur
apprentissage, la Suisse ne reste pas en arrière :
« Des choses très intéressantes ont été accomplies
&amp;gt; dans ce domaine durant l’exercice écoulé. Des confé-&amp;gt;»
 rences ont été faites et le succès qu’elles obtinrent
» prouve que dans les milieux les plus étendus de la
» profession on sent le besoin d’entendre et d’apprendre
» des choses qui peuvent être d’une utilité pratique dans
»la vie des affaires quotidiennes. On peut dire égale-»
 ment que nos journaux sont lus beaucoup plus atten-»
 tivement et sérieusement que ce n’était le cas autre-»
 fois, Tout collègue pour qui le commerce n’est pas
» seulement une chose accessoire, mais un facteur prin-»cipal,
 doit avoir le sentiment qu’aujourd’hui se joue
» une partie décisive grosse de conséquences. Nous pen-&amp;gt;
 sons organiser dans le cours de cette année encore,
» pendant l’automne, un ou plusieurs cours profession-»

 du calcul, des connaissances élargies, universelles, abou-»
 tissant à lutter contre la concurrence par de Jloyales fa-»
 çons de procéder. »
(Georges Régnal, Comment la femme peut gagner sa vie,
Librairie J. Taillandier, 8, rue St-Joseph, Paris, page 2.
Date ? en tout cas, publication d’avant-guerre).
! Angé, op. cit. p. 82.
        <pb n="259" />
        paf

» nels destinés tout particulièrement à ceux de nos jeu-»
 nes gens qui veulent et qui tiennent à se perfectionner
» dans quelques-uns des problèmes qui touchent notre
s corporation » *.
Si important qu’il soit de remédier aux lacunes du
savoir des adultes, de corriger ce « manque d'instruction
technique des tenanciers, qui vendent et surtout achètent
 dans de mauvaises conditions » ?, il est plus indispensable
 encore de tâcher de former tout de suite convenablement
 les jeunes gens qui veulent se vouer au
commerce, de se consacrer avec un soin particulier au
problème de l’apprentissage au sens étroit et courant du
lerme.
Dans son remarquable ouvrage : L'Apprentissage en
Suisse (Louvain, Ecole des sciences politiques et sociales,
 1910), le Dr Emile Savoy consacre tout un chapitre
a l’enseignement commercial. Malheureusement, il ne
sépare pas du problème d’ensemble celui de l’apprentissage
 des détaillants et de l’apprentissage chez les détaillants.
 Nous avons déjà émis en note, dans notre premiière
 partie, de forts doutes au sujet de l’adaptation de
l’enseignement commercial tel qu’on le comprend en

* 30e rapport de l'A. E. S., pp. 17-18. Le même rapport
dit aussi, à la p. 18: «Plus que jamais, le détaillant doit
» aujourd’hui connaître les marchandises qu’il met en vente.
» Il faut qu’il puisse, cas échéant, donner à sa clientèle tous
» les renseignements voulus sur la nature des produits qu’il
»tient en magasin. La chimie et la technique apportent
» chaque jour quelque chose de nouveau sur le marché, ce
» qui nécessite un effort spécial pour rester au courant de
» toutes ces nouveautés. »
Pour se tenir ainsi au courant, il faut beaucoup lire.
Malheureusement, demander de grandes lectures d’un ’étaillant,
 c’est parfois trop exiger.
«Der Detaillist ist vielfach eine von Sorgen derart ge-»
 plagte Persônlichkeit, dass er wenig Zeit und Lust hat,
»sich noch mit Lesen von Büchern abzugeben.» {Sigfried
Bloch, op. cit, 7 7
? Clerget, loc.

.
        <pb n="260" />
        — 246 —-général

 à la tâche des détaillants. Même l'apprentissage
chez les détaillants forme des employés et non des négociants
 à leur compte *, et il est de plus en butte à toutes
 sortes de critiques, au moins quand il s'agit de petits
détaillants :
«Il faut ajouter qu’une petite maison n’est pas non
» plus ? favorable à un bon apprentissage : l’apprenti
» devra se livrer plusieurs années à un même travail ;
» C’est l’école de la routine ». $
Mais on aurait tort de tomber d'un extrême à l’autre
et de se fier à l’école seule pour former de jeunes commerçants
 :
« Le stage pratique, après ou pendant la formation
&amp;gt; par l’enseignement commercial, la pratique des affai-»res,
 le séjour dans les grands centres de commerce, à
» l'étranger, donneront au futur commerçant la sûreté
» du coup d’œil, la rapidité de la décision, l’intelligence
» des affaires. »
« Nous maintenons le principe de l’apprentissage pra-»
 tique dans la maison de commerce, dans les bureaux
» de la banque, etc. Cet apprentissage est nécessaire à la
» formation de l’apprenti ». *

* «Im allgemeinen ist zu sagen, dass die Schule darüber,
» wie man selbständigerweise Geld erwirbt, wenn man z.B.
» keine Stelle hat oder keine wünscht, wenig belehrend
» Wirkt. So wird die Geschäftsleitungslehre äusserst ober-»
 flächlich veranschaulicht. » (Sigfried Bloch, op. cit, p. 38).
? La grande maison a contre elle, entre autres, le risque
du cantonnement étroit dans un département toujours le
même, où il n’y ait plus rien à apprendre après quelques
jours de mise au courant. On nous a cité le cas authentique
d’un apprenti d’une société de navigation rhénane qui
avait passé ses trois ans d’apprentissage à la caisse, exclusivement,
 Il payait des factures, mais ne possédait pas
l’ombre d’une idée de la véritable nature des opérations de
la maison. C’est en tout cas l'impression qu’il donnait lors
de son examen de sortie d’apprentissage.
$ Savoy, op. cit, p. 348.
* Ibid, p. 349.
        <pb n="261" />
        V7

Une enquête de 1904 de l'Association suisse pour l’enseignement
 commercial‘ a amené divers patrons à des
aveux délicieux : « Les apprentis doivent apprendre la
» comptabilité à l’école.» «Le négociant forme ses
» apprentis suivant ses besoins.» « Les apprentis peu-»
 vent apprendre la correspondance pendant le repos de
» midi à deux heures » ?. « Les patrons ne sont pas dans
s ce monde pour former des apprentis ». *
Mais tous les torts ne sont pas du même côté. Tels
pères, tels fils. Si la génération aux affaires oublie ses
devoirs éducatifs envers celle qui la suit, il faut reconnaître
 que cette dernière ne se laisse éduquer qu’à son
corps défendant et apporte dans la vie professionnelle
celte peur d’en trop faire, qui est une des caractéristiques
 dominantes du monde du travail (si tant est qu’il
mérile encore ce nom !) au vingtième siècle :
« Si les patrons manquent trop souvent à leurs
» devoirs envers les apprentis, il faut aussi reconnaître
» que ces derniers oublient fréquemment les ,-.urs guvers
‘eux-mêmes et envers leurs patrons ». *

! Ibid, p. 351.

* Il n’était pas question, bien entendu, à cette bienheureuse
 époque. de la journée de huit heures.

* Doit-on s’étonner que des patrons de cette trempe
soient bien indifférents à la prospérité des écoles auxquelles
ls abandonnent tout le soin de former leurs apprentis, non
pas à faire gratuitement une besogne de manœuvres, mais
à être de véritables commerçants ? Sigfried Bloch dit à
ce propos (op. cit., p. 38) :
«Im allgemeinen hat sich der Detailhandel nicht viel um
» die Fôrderung von Handelsschulen gekümmert ; wenn es
pauch einzelne Firmen gibt, namentlich in kKleineren
» Städten, die dem modernen Unterrichtswesen grôssere Auf-»
 merksamkeit schenken. Diese Ausnahmestellung ist sehr
»zu bedauern ; denn der Konkurrenzkampf erfordert eine
» systematische, fachgemässe Vorbereitung.» (Suivent des
exemples du parti qu’un détaillant pourrait tirer d’un savoir
 scolaire.).
* Savoy, op. cit, p. 352.
        <pb n="262" />
        2438 —

Savoy cite à ce propos l'opinion de Louis Poirier-Delay,
 un des hommes qui ont le plus fait et font encore
le plus pour le relèvement de l'apprentissage dans le
canton de Vaud. M. Poirier affirme que les apprentis,
« l'esprit tout rempli de prouesses sportives, ne songent
&amp;gt; Guère, la plupart, à compléter leur développement
»technique et intellectuel, à se préparer à subir l’exa-»
 men de fin d'apprentissage ». *
Qui osera affirmer que, depuis vingt ans, ces ravages
de la mode des sports sur la volonté de travail des apprentis
 aient diminué ?
Depuis 1904, l’orientation professionnelle, la protection
 des apprentis, la réglementation de l’apprentissage
par les pouvoirs publics et par les organisations professionnelles,
 sa surveillance, ont fait sans doute de splendides
 progrès. Mais ces mesures se heurtent malheureusement
 encore trop à l’égoïsme indéracinable des employeurs,
 à leur incurie, à leur insuffisance comme éducateurs.
 Elles n’ont pas suffisamment vieilli, ces paroles
 de Savoy, que nous nous devons de citer encore :
« Tous ceux qui se sont occupés des apprentis de com-&amp;gt;
 merce savent combien il faut lutter, pour obtenir des
» patrons une observation plus ou moins complète de
» la loi en ce qui concerne la durée du travail des ap-»
 prentis. Les difficultés rencontrées lors de l’organisa-»
 tion des cours professionnels durant le jour, sont une
» preuve de l’acharnement que mettent certains patrons
&amp;gt; à ne pas vouloir se priver des services de leurs appren-&amp;gt;
 tis durant quatre ou cinq heures par semaine ». ?

! L'apprentissage commercial, par Louis Poirier-Delay,
Montreux. Dans : La Suisse économique, T. I, Lausanne,
1908, pp. 135 seq.
? Savoy, op. cit, p. 397.
        <pb n="263" />
        240 —-On

 a fait plusieurs fois le reproche, et nous nous y
sommes nous-même associés, à l’enseignement universitaire
 de traiter le petit commerce en parent pauvre, et
de dédaigner de lui faire une place dans l’enseignement
de ces Ecoles de Hautes Etudes commerciales qui existent
 aujourd’hui un peu partout. * Le Congrès international
 des classes moyennes, en reconnaissant la nécessité
 «d’introduire l’étude du problème des Classes
» moyennes dans les cours d’économie politique et de
» Sociologie partout où ceux-ci sont donnés », s'est associé,
 en somme, à ce reproche.
Une réalisation brillante vient de faire droit, au moins
en Allemagne ?, à ces vœux des amis de la classe moyenne
 du commerce. Un Institut a été annexé, en janvier
1929, à l’Université de Cologne, avec le triple but d’étudier
 scientifiquement les problèmes spéciaux que pose
le commerce de détail, de fournir des cadres à ce commerce,
 et d’en fournir également aux écoles de commerce
 $. Réaliser ce troisième but permet de réaliser le se-!

 «Aus allen Kreisen derjenigen, die sich mit dem kaufpinännischen
 Bildungswesen beruflich beschäftigen, ertônt
bimmer wieder die Mahnung: «Die Hochschulen müssen
»das Gebiet des Einzelhandels mehr als bisher pflegen. »
(Rudolf Seyffert, op. cit. p. 6.)
? La France n’en sera pas de sitôt à ce stade. Flle n’a même
pas le doctorat ès sciences commerciales :
«… ce doctorat ès sciences commerciales qui, malheureu-»sement,
 manque encore à la France, — laquelle en ‘aurait
» tant besoin pour rehausser chez nous le prestige des cho-»ses
 commerciales. » (Angé, op. cit. p. 71.)
* Rudolf Seyffert, op. cit, p. 5:
«Der Zweck dieses Institutes soll sein, geeignete Lehr-&amp;gt;kräfte
 für die kaufmännischen Berufsschulen heranzubil-)
 den und denjenigen, die einst in unserem Beruf selbstän-»dig
 werden wollen, vor allem den Sôhnen und Nachfol-»
 gern der Besitzer von Einzelhandelsgeschäften, neben ihrer
&amp;gt;» praktischen Ausbildung auch eine auf ihren Beruf und
» i$nre Tätigkeit zugeschnittene wissenschaftliche Ausbildung
» zu verschaffen.. »
        <pb n="264" />
        250 —-cond

 : il est clair que si les maîtres des écoles de commerce
 étaient parfaitement à la hauteur de leur tâche,
le problème de la formation d’une élite commerciale
serait bien près de sa solution. Le problème est donc
avant tout une question de pédagogie, ou pour tout
dire : d’école normale *, C’est là le premier pas à accomplir
 ; le second sera d’utiliser ce personnel scolaire
nouveau à populariser cet art de vendre qui est la partie
vitale du commerce. Le bon vendeur est en effet, pour
une maison, le collaborateur sans lequel toute mesure,

«Mit der Frage des kaufmännischen Bildungswesens der
&amp;gt; Angestellten im Einzelhandel haben sich zahlreiche Inter-»
 essenkreise seit Jahren beschäîtigt. »
Et qu’on ne croie pas que, si les cercles dirigeants du commerce
 de détail de Cologne ont ainsi voué leur attention à
la formation commerciale, ç'ait été parce qu’ils étaient poussés
 par des considérations théoriques. Tout au contraire,
c’est une impérieuse nécessité qui les a obligés, quoique bien
d’autres problèmes sollicitassent leur intelligence, à toujours
revenir à celui-là :
«Schon seit Jahren haben wir im Einzelhandel, die wir
uns mit der Frage des Nachwuchses in unserem Berufs-»
 stand immer mehr beschäftigen mussten, erkannt, dass ‘es
» notwendig und nützlich sei, für eine gründlichere Ausbil-»dung
 unserer zukünitigen Kollegen und unseres Personals
» zu sorgen. Immer klarer wurde es uns, dass der Kampf
»ums Dasein eine umfassendere und vertiefte Ausbildung
»unseres Nachwuchses und unserer Mitarbeiter notwendig
»mache, Dabei wurde uns immer bewusster, dass unsere
» Hauptsorge zunächst sein müsse, für Ausbildung tüchtiger,
» kenntnisreicher Lehrkräfte zu sorgen. Da soll in dem zu
» gründenden (l'Institut en question n’est pas à fonder, il
»est en plein fonctionnement) Betriebswirtschaftlichen Insptitut
 für Einzelhandelsforschung geschehen. » (Ibid, p. 4.)
 « Als das schwierigste aller Probleme, die sich bei der
» Organisation der theoretischen Berufsausbildung des Ver-&amp;gt;»
 kaufspersonals ergaben, wurde die Frage der Beschaffung
» geeigneter Lehrkräfte bezeichnet. »
«Es wurde betont, dass die Ausbildung zahlreicher Lehr-»kräfte
 für Verkäuferschulen die erste Voraussetzung für
» die Durchführung aller Bestrebungen bilde, die auf die Fôr-»derung
 der Fachausbildung von Verkaufspersonal hinzie-»jen.
 » (Ibid, p. 6.)
        <pb n="265" />
        D51

même géniale, est vouée à l’insuccès *. Lorsqu'un sang
nouveau aura ainsi, en quelque sorte, été infusé à l’organisme
 commercial, une philosophie nouvelle, plus optimiste,
 plus saine, plus scientifique, une conception
plus juste de leur rôle et- de leurs moyens domineront
chez les commerçants et achèveront le relèvement de
leur corporation ?. Une des conséquences les plus heureuses
 de ce changement de mentalité, ce sera de reléguer
 la politique négative au rôle d’un moyen secondaire,
 qu’on n’emploiera qu’en temps et lieu opportuns,
mais dont on ne songera plus à faire une sorte de panacée
 pour le plus grand dam de la collectivité, *

t«Deshalb sei eine systematische Fortbildung und Durch-&amp;gt;bildung
 aller im Einzelhandel tätigen Kräfte notwendig.
»Ganz besonderer Wert sei auf die Ausbildung der Angepstellten
 zu legen, um sie zu brauchbaren, am Geschäft in-»teressierten
 Mitarbeitern zu erziehen.» (Ibid, p. 6.)
? «Immer mehr bricht sich die Erkenntnis Bahn, dass hinpter
 der gegenwärtigen Wirtschaftskrise zugleich eine Kri-&amp;gt;sis
 des kaufmännischen Denkens verborgen ist. Denn es
»handelt sich um die -entscheidende Auseinandersetzung
» zwischen dem in Traditionalismus befangenen Kaufmanns-»denken
 und dem modernen betriebswirtschaftlichen ge-»schulten
 Wirtschaftsdenken, das erst unter den heutigen
» Verhältnissen den Betrieb zur rationellsten Hôchstleistung
sbringen kann, Dieser Umstellung kann sich auch der
» Finzelhandel nicht entziehen, im Gegenteil, er muss sich
» als der Sachwalter des Konsums mit an erste Stelle in die-»
 ser Bewegung setzen. » (Ibid, p. 6.)
3 «Die Gesellschaît der Freunde des Einzelhandelsinstitu-»
 tes ist vorbildlich dafür, dass Stände in Zeitnôten nicht un-»kritisch
 nach Staatshilfe rufen sollen, sondern dass sie
» zunächst mithelfen müssen, zu erforschen, welches die
» Voraussetzungen und Vorbedingungen der heutigen Wirt-»
 schaîtslage sind, welche Entwicklungslinien aus der Verpgangenheit
 über die Gegenwart in die Zukunft weisen.
» Erst danach kann geprüft werden, wieweit durch Selbstphilfe
 Besserung angestrebt werden kann, wieweit Umorp
 ganisationen Vorteile zu bringen vermôgen, wieweit das
» Finsetzen der Staatsautorität jaussichtsreich erscheint. »
(Ibid, p. 27).
        <pb n="266" />
        CONCLUSION

Le petit commerce va au devant de temps très difficiles.
 La concurrence qui se dresse devant lui se fait de
jour en jour plus forte. Elle prend les formes les plus
diverses et s’étend depuis les coopératives de consommation
 jusqu'aux magasins à succursales multiples, en
passant par les Warenhäuser, le commerce ambulant,
 le colportage, les magasins à prix uniques.
Dans tous les pays, l'existence même du petit commerce
 est menacée. En France, déclarait au Congrès de
l’Union internationale du commerce de délail de la
branche alimentaire, tenu à Vienne en mai 1930,
M. Georges Collas, président de la Fédération française
des Sociétés d'achats en commun, il y avait, en 1919,
8200 succursales d’épicerie. Il y en a à l'heure actuelle
plus de 21,000. Durant la même période, les coopératives
 de consommation ont plus que doublé le nombre
de leurs adhérents et triplé le chiffre de leurs ventes.
Le même phénomène est enregistré en Allemagne, en
Autriche, en Angleterre et ailleurs.
Prise entre deux feux, coincée entre l’économie collectiviste
 et l’économie capitaliste, la classe moyenne du
zommerce doit se défendre ; elle doit lutter pour assurer
ses positions.
Nous avons, dans cet ouvrage, indiqué les moyens
dont elle dispose. À elle de les mettre en pratique en
se souvenant, comme disent les Anglais, que « God help
those who help themselves ». Mais, au fait, pourquoi
employer un adage anglais, alors que nous avons un
bon vieux proverbe qui dit : « Aide-toi, le ciel t'aidera ».
Ce sera notre conclusion.
        <pb n="267" />
        BIBLIOGRAPHIE

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Revue commerciale en langue anglaise. Rédaction-Administration
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Brochure
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L'escompte uniforme en Suisse. Imprimé chez Kradolfer,
Bienne, 1926.
BLANc, Dr. C.

Rédacteur du journal Der kaufmännische Mittelstand,
Seevorstadt 117, Bienne, et éditeur de nombreux documents
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BLocH, Sigfried.
Beobachtungen aus dem Leben
Zürich, Ed. Rascher’s Erben, 1909.
BLocH, Sigfried.
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Tuchhandel der Stadt Zürich. Zürich, Ed. Rascher’s Erben,
1904,
BLUM, André.

Le commerce de détail en 1928. Les bilans des grands
magasins et leur enseignement. Paru dans le Détaillant
de l’Est du 25 décembre 1928.

BLUM-EGLOFF, J.

Die modernen Grossbazare oder Warenhäuser nebst einigen
 Streiflichtern über andere dunkle Punkte im Schweiz.
Kleinhandel und Kleingewerbe. Editeur : Arnold Bopp, Zurich,
 1901.

ROHM.

Ueber Rabattsparvereine. Zeitschrift für die gesamte
Staatswissenschafît, Februarheft, 1905.

BONINSEGNI, P.
Manuel élémentaire d'Economie politique. Lausanne, F.
Rouge, 1930.

BRANDENBERGER, G.

La Croisée des Routes. (Etude de la situation en Suisse
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à part du Journal des Epiciers suisses 1927-1928. (18 pages
in-8).

BRANDENBERGER, G.
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 suisses, 31 juillet 1929.
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        57

Brion, Dr. D.

La Science de la vente et sa place dans l’enseignement
commercial. Thèse de Doctorat de H. E. C., Université de
Lausanne. Lausanne, Payot &amp;amp; Cie, 1929.

BULLETIN DEL’INSTITUT INTERNATIONAL DES CLASSES MOYENNES.
Rédaction-Administration : 55, Avenue de la Couronne,
Bruxelles.

CHAMPION, Walter.
Studie zur Funktion der kleinhändlerischen Einkaufsgesellschaften
 der Schweiz. A.-G. Neuenschwander’sche Verlagsbuchhandlung,
 1926.

CHÉRON, Albert.
Le Problème de la propriété commerciale et sa solution
en droit français. Strasbourg, Imprimerie Leroux &amp;amp; Cie.
S. A, 1927.
CLERGET, Pierre.
Manuel d'économie commerciale, Paris, Armand Colin,
1919.
COMPTE-RENDU

du Congrès international des Classes moyennes, des 2, 3
et 4 septembre 1924, à Berne et Interlaken (un fort volume
de 576 pages).
Circulaires dont l’envoi a précédé Je Congrès

CooPÉRATEUR SUISSE.
Organe hebdomadaire de l’U. S. C., Bâle.

DÉTAILLANT DE L'Est (LE).

Revue du commerce de détail de la région de l’Est, Ad
ministration et Rédaction : 5. rue du Dôme. Strasbourg.

DER DEUTSCHE VOLKSWIRT.
Revue économique. Editeur : Gustav Stolper, Berlin W. 9.

EFFICIENCE.
(ou Revue de l'efficience), Rédaction-Administration :
18. rue des Sables. Bruxelles.

ELVINGER, Francis.
La Marque, son lancement, sa vente, sa publicité. Librairie
 d'Economie commerciale. ‘Paris.
        <pb n="270" />
        295$

ENGEL, Dr. August.
Neue Aufgaben des Kleinhandels, Zentralstelle des
Volksvereins für das katholische Deutschland, München
Gladbach, 2e édition, 1907.

FAUCHERRE, Henry.
Die Händler-Rabattsparvereine, Editeur: Gustave Fischer,
 Jena, 1912.
FAUCHERRE, Henry.
Die wirtschaftliche Lage des Kleindetailhandels und
seine Wirtschaftspolitik. Tirage à part des Blätter für
Schweiz. Wirtschafts- und Sozialpolitik, 1912.
FAUCHERRE, Henry.
Mittelstandsbewegung und Konsumgenossenschaften. Basel,
 Buchdruckerei des V. S. K., 1919.

Forp, Henry.
Das Grosse heute, das Grôssere morgen. Seule édition
allemande autorisée. Editeur : Paul List, Leipzig, 1926.
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en anglais dans Advertising and Selling du 16 mai 1928
et résumé par Vendre .

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Rédacteur : Dr, Zäch, Bürgerhaus, Berne.

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Mittelstand und Fleischnot. Berlin, 1906.

GoyARD, L.
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Giard &amp;amp; E. Brière, 1911.
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dans Der deutsche Volkswirt du 12 octobre 1928.

GUBLER, À. GEWERBESEKRETAR.
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 und der Thurg. Rabattvereinigung. Buchdruckerei
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        250 —

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HirsCH Julius.

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 Tübingen, 1918.

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Organe officiel et obligatoire de l'Association suisse des
Droguistes. Rédaction : Dr Walter Wellauer, Basel. Editon:
 Uto. Buchdruckerei, Zürich.

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Rédaction : Secrétariat central de l’Association des Epirjers
 suisses Soleure.

KELLY (Caleb Guyer).

French Protestantismus 1559-1562. Baltimore, The John
Hopkins Press. 1918.

KoMmPASs (Der).

Organ der Luzerner Kleinhändler und des Rabattsparvereins.


LEDERER EF.

Mittelstandsbewequnag.

LEIMGRUBER, Dr., 0.
Les buts et les tâches de l’Union internationale des Classes
 moyennes. (Dans le compte-rendu du Congrès de 1924.
pp. 32 seq.)
        <pb n="272" />
        260 —-LEROY-BEAULIEU,

 Paul.
Essai sur la répartition des richesses et sur la tendance
à une moindre inégalité des conditions, Paris Alcan, 1892,
4e édition.

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Article  Handelspolitik dans: Handwèôrterbuch der
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LINDECKE Dr., Otto.
Die Aussichten der Konsumvereine und der kleinhändlerischen
 Interessenverbände. Thèse de Doctorat, Bâle,
1904, Editeur : Helbing und Lichtenhahn, Bâle.
Luick, Willy.
Der berufliche Nachwuchs in der Schweiz. Unionsbuchdruckerei,
 Bern, 1929.

LUZERNS HANDELSSTAND EHEMALS UND HEUTE.

Festschrift zum 25. jährigen Jubilàum des Rabattsparvereins
 Luzern, von Dr. Joh. Schwendimann, Editeur :
Räber &amp;amp; Cie. Lucerne, 1928.

Moser, J.
Patriotische Phantasien.

MÜLLER, Dr., Hans.

Konsumgenossenschaftliche Entgleisungen. Zur Beleuchlung
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Editeur : Rascher &amp;amp; Cie, Zurich et Leipzig, 1925.

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 Perrin &amp;amp; Cie, 1920.
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Redaktor-Administrator Das Schweiz. Wirtschaftliche
Volksblatt in Wesen und Wert. Graphische Anstalt Schüler
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Grundlehren der Nationalôkonomie. Berlin, 1903.
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L'apprentissage commercial. Article paru dans: La
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PFISTER, Bernhard,
Die Entwicklung zum Idealtypus. Verlag Mohr, Tübingen,
 1928.

RAPPORT ANNUEL, (29e).
de l’Association des Epiciers suisses, Imprimerie Gassmann
 S. A., Soleure, 1929.

RAPPORT ANNUEL, (30€).
de l'Association des Epiciers suisses. Imprimerie Rôsch,
Vogt &amp;amp; Cie., Berne, 1930.

RAPPORT ANNUEL, (49°).
de l’Union suisse des Arts et Métiers. Imprimerie Feutz,
Berne. 1928.

RAPPORT
de la Chambre des métiers de Leipzig pour 1905.

RAPPORT
de la Chambre du Commerce et des métiers de Dresde.

RAPPORT
des Galeries Lafayette pour 1927.

RAPPORT ,Ç
du gouvernement saxon (1902) au sujet d’un projet de loi
d'imposition des grands magasins.

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Comment la femme peut gagner sa vie. Librairie J
Taillandier. Paris.

RiEcrk,. C. M.

Verschwendung im Handel. Eugen Diederichs, Iena,
1917

Savoy, Dr., Emile.

L'Apprentissage en Suisse. Louvain, Ecole des sciences
politiques et sociales. 1910.

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Die Wandlungen im Detailhandel. Tirage à part des
numéros 15 et 16 de Schweiz. Konsumverein, 1913.
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SCHLIEPMANN, Hans.
Geschäft- (sic) und  Warenhäuser, 2 petits volumes.
Sammlung Gôschen, Berlin et Leipzig, 1913.
SCHMOLLER.

Zur Geschichte des deutschen Kleingewerbes im 19.
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SCHURRENBERGER, Albert.

Die corporatlive Organisation des schweizerischen
Detailhandels. Berne, 1927, thèse de l’Université de Zurich.
 ;

V. SCHULZE-GÂVERNITZ, G.
Britischer Imperialismus und englischer Freihandel,
1906.
SCHWANDER, J. G.
Secrétaire de l’Union suisse des services d’escompte,
auteur d’une brochure contre les grands magasins.

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Das Kôlner Einzelhandelsinstitut. C.-E. Poeschel Verlag,
Stuttgart, 1929.
SOMBART, Werner.

Der Bourgeois. Editeurs : Duncker et Humblot, Munich
et Leipzig, 1913.

SOMBART, Werner.
Der moderne Kapitalismus, 2e édition, chez Duncker
et Humblot, Munich et Leipzig, 1917, trois forts volumes.

SOMBART, Werner.
Die Entwicklungstendenzen im modernen Detailhandel.
Conférence donnée à Breslau en 1899. Parue dans les
Schriften des Vereins für Sozialpolitik Bd. 88, Leipzig,
1900.

SOMBART, Werner.

Die Juden und das Wirtschaftsleben. Leipzig, Verlag
v. Duncker et Humblot, 1911.

STAATSRECHNUNG UND STEUERSTATISTIK.
Article important paru dans les Basler Nachrichten, du
25 février 19929.
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        A

STEIGER, Dr. J.

Konsumvereine und Privatgeschäfte. Editeurs : Helbing
et Lichtenhahn, Bâle, 1908.
Son article paru dans les Basler Nachrichten, du 20
mars 1908.

SUCHSLAND, E.
Los von den Konsumvereinen und Warenhäuser. Halle,
1905.

SUCHSLAND, E.
Schutz- und Trutzwaffen für den gewerblichen Mittelstand
 in seiner Notwehr gegen die Konsumvereine und
Warenhäuser. Halle a. S.… 1905.

SYSTEMATISCHES VERZEICHNIS
Systiematisches Verzeichnis der schweizerischen oder
die Schiveiz betreffenden Verôffentlichungen, 1901-1920.
Editeur : Ernest Bircher, Berne. 1923.

V. THUR THEOPHIL.
Der Grossbetrieb im Detailhandel, 44 pages. Imprimerie
 A. Maeder, Lichtensteig, 1904,
TRIBUNE DE GENÈVE.
Au pays du Mikado. Les grands magasins et leur chiffre
d’affaires. Article de la Tribune de Genève du 9 août 1929.

VENDRE.
Revue éditée, 6, rue de l’Islv. Paris.

WERNICKE, Dr. J.
Die wirtschaftliche und soziale Bedeutung der Warenhäuser
 in der modernen Volkswirtschaït. Berlin. 1904,
Druck et Verlag von L. Düringshofen

WERNICKE, Dr. J.
Kapitalismus und Mittelstandspolitik. (Un fort volume
in-8 d’un millier de pages). Editeur: (Gustav Fischer,
[ena, 1907.
WERNICKE, Dr. J.
Kleinhandel, Konsumvereine und Warenhäuser. In
Konrads Jahrbüchern. November und Dezemberheft.
1897

WIRTSCHAFTLICHE GESCHAFTSFÜHRUNG IM EINZEÉLHANDEL.
Revue éditée par : Verlag für Wirtschafît und Verkehr
Stuttgart.
        <pb n="276" />
        TABLE DES MATIÈRES

Préface
Avant-Propos
Bibliographie

.….

Introduction

VII
XI
XV
SIL

PREMIERE PARTIE

La crise.

CHAPITRE PREMIER :

La prospérité apparente du petit commerce...

CHAPITRE DEUX :
La vérité derrière l'apparence …

PE

CHAPITRE TROIS .

La détresse du petit commerce.

CHAPITRE QUATRE :

Les rivaux du petit commerce….
Le colportage …
Les grands magasins …
Les sociétés à succursales multiples...……
Les sociétés coopératives de consommation.
Autres formes du commerce capitaliste
Les Juifs …
CHAPITRE CINO :
La crise du petit commerce et la classe movenne

69
77
83
108
110
129
“231

135
        <pb n="277" />
        DEUXIEME PARTIE

Les remèdes à la crise.

CHAPITRE SIX

La politique négative

CHAPITRE SEPT :
La politique positive
CHAPITRE HUIT :

Les services d’escompte

CHAPITRE NEUF :
Les sociétés d’achat en commun ….

(45

173

186

203

CHAPITRE DIX :

Autres aspects de la politique positive...
La presse pour consommateurs …
L’organisation du =— crédit dans les classes
moyennes
Les syndicats de réglementation ….
La rationalisation ....……

223
223
227
231
237

CHAPITRE ONZE :

La formation professionnelle commerciale...

242

Conclusion.

Conclusion

Bibliographie

253

255
        <pb n="278" />
        Collection

de l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales
de l’Université de Lausanne.

Publiée sous les auspices de professeurs de l’Eecole.

1. Dr Léon Felbe, lauréat de l’Université de Lausanne : Le blé russe,
production et voies de transport vers la Suisse. Etude de géographie
physique économique et sociale, avec 2 cartes hors-texte et 6 cartes dans
le texie. Lausanne, Payot et Cie, 1917, Fr. 5—.
2. Dr Charles Blankart: Die Devisenpolitik waehrend des Weltkrieges,
 August 1914- November 1918. Mit einem Vorwort von H. Kundert,
 a. Direktions-Präsident der schweizerischen Nationalbank. Im
Anhang : 3 graphische Tabellen. Zürich. Orell Füssli, 1919, Fr. 14—.
, 3. Dr René Guignard : La Banque cantonale vaudoise, Histoire, Organisetion,
 Activité (1846-1921). Lausanne, Payot et Cie, 1923, Fr. 5.—.
4. Dr Constantin Jangakis : Le port de Trieste avant et après la dissolution
 de la monarchie austro-bongroise, avec une préface de M. Guilio
 Morpurgo, directeur du Musée commercial et professeur à l’Institut
supérieur de commerce de Trieste. Lausanne, Payot et Cie, 1923, Fr. 5.—
5. Dr Saîvet Kucukalic : Die Wiener Bôrse. Geschichte, Organisation
Geschäftsgang, mit besonderer Berücksichtigung der Verhältnisse in der
Nachkriegszeit. Lausanne, Imprimerie Commerciale, 1923, Fr. 5.—.
6. Dr Albert Masnata : L'émigration des industries suisses. Lausanne.
G. Vaney-Burnier S. A., 1924, Fr. 5—.
7. Dr Charles-Jean Burnens : La Chambre vaudoise du commerce et
de l’industrie, son histoire, son organisation, son activité, spécialement
dans le domaine de la législation cantonale, avec une préface de M. le
Dr F. Porchet, conseiller d’Etat. Lausanne. G Vanev-Burnier S. A. 1924.
Er 5—

8. Dr Karl Strasser : Die deutschen Banken im Ausland, Entwicklungsgeschichte
 und wirtschaftliche Bedeutung. München, Ernst Reinardt,
 1924, 2te vermehrte Auflage, 1925, Mk. 7.—
9. Dr Fritz Burkart : Die fünf grossen englischen Depositenbanken
“The big five). Basel, Helbing und Lichtenbahn, 1925, Fr. 6.—.
10. Dr Robert Jaccard : Les Syndicats industriels en Suisse, contribution
 à l’étude des coalitions d’industriels. Lausanne. G. Vanev-Burnier
S A., 1925, Fr. 5.—.
11. Dr Edouard Fernandez-Diaz : Le tabac en Bulgarie, avec une préface
 de M. Raphaël-Georges Lévy, sénateur, membre de l’Institut. Paris.
Marcel Giard 1926, Fr Îr. 30.—.
12. Dr Umberto Bava : I quattro maggiori istituti italiani di credito,
Con una prefazione dell’ Avv. Mario Mezzucchelli, Genova. Editrice Soc.
an. Valugani e Co. 1926. lire 20 —
        <pb n="279" />
        15. Dr Henry Boisseaux : Les bois de Finlande, production et exportation
 des bois, articles en bois, pâte mécanique, carton cellulose et papier.
Paris, Marcel Giard 1926, Fr. fr. 20 ;
14. Dr Grégoire Feldmann : Le franc français depuis 1914, avec 3 tableaux’
 et graphiques, dont 2 hors-texte. Paris et Bruxelles, Eugène Figuière,
 1926, Fr. fr. 25.— -
15. Dr Thanos S. Kapsalis : La balance des comptes de la Grèce.
Leusanne, Payot et Cle, 1927, Fr. 5.—
16. Dr Walter Schwegler, lauréat de l’Université de Lausanne : Die
Bilanz der Sechweizerischen Nationalbank, 1907-1925. Eine volkswirtschaftliche
 Studie über die Tätigkeit des Noteninstitutes auf Grund seiner
 Bilanzen und Geschäftsberichte. Mit einem Geleitwort von Dr G.
Bechmann, Präsident des Direktoriums der Schweizerischen Nationalbank.
 Zürich-Leipzig, Orell-Füssli, 1927, Geh. F. 15—, Geb. Fr. 17.50.
17. Dr Emile Antonini : Le crédit et la banque en Egypte. Lausanne,
G. Vaney-Burnier S. A, 1927, Fr. 5—
18. Dr Mathias E. Faber: La métallurgie du Luxembourg, étude de
géographie physique, sociale et économique. Luxembourg, Editions
luxembourgeoises Dr Robert Hausemer, 1927, Fr. b. 20—
19. Dr Gaston Cahn-Bénédiet : Le commerce et les hautes études, rôle,
histoire, organisation de l’enseignement commercial supérieur. Avec
une préface de M. le Dr Albert Junod, expert fédéral de l’enseignement
commercial. Lausanne, Editions Pro Schola, Case Maupas, 1928, Fr. 5.—
20, Dr Wilbur-Goettling Collings, bachelor of science (Havard University),
 master of science (University of California) : L'organisation
bancaire des Etats-Unis, Genève, Imprimerie Reggiani et Fischer, 1928.
9%. Dr Michel Alberg : Le pétrole en Pologne, production, commerce,
industrie. Lausanne, Librairie centrale et universitaire, 1929, Fr. 6—
Paris, Agence générale de librairie, Fr. fr. 30.—
929, Dr Werner Stauffacher : Der schweizerische Kapitalexport, unter
besonderer Berücksichtigung der Kriegs-und Nachkriegsperiode. Glarus,
 Druck und Verlag von Rpr. Tschudy, 1929, Fr. 15—
23. Dr Daniel Briod : La science de la vente et sa place dans l’enseignement
 commercial. Lausanne, Payot et Cle, 1929, Fr. 5—
24. Dr Armand Paillard : Les tarifs de chemins de fer en matière
de marchandises, Lausanne, G:. Vaney-Burnier S. A. 1929, Fr. 5—
25. Dr André Perrinjaquet, docteur en droit, avocat : Le droit de disposition
 du destinataire dans le contrat de transport suisse. Lausanne,
Librairie centrale et universitaire, 1929, Fr. 6—
96. Dr Jean A. Thélin : Le Crédit Foncier vaudois. Histoire, organisation,
 activité (1859-1926). Lausanne, (G. Vaney-Burnier S. A, 1930.
297, Dr Maurice Morel : Le caleul du coût de la vie en Suisse. Etude
historique et critique précédée d’une introduction sur la vie chère et
ses causes. Lausanne, Imprimerie de la Société de la « Gazette de Lausanne
 &amp;gt;, 1950. Fr. 7.—
28. Dr Henry Cottier: La crise du petit commerce, avec préface de
M. le Dr F. Porchet; conseiller d’Etat. Editeur: Association des
Epiciers Suisses, Lausanne et Soleure. Lausanne, Imprimerie Vaudoise,
1930, Fr. 6.—.
PER ET re ee
IMPRIMERIE VAUDOISE, LAUSANNE
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Les syndicats de réglementation.

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Ces syndicats concrétisent l’effort fait par les fabricants
 d'articles de marque pour empêcher l’avilissement
du prix de détail de leurs produits. Lutter contre la
sous-enchère, contre l’avilissement des prix, c'est bien
faire une œuvre de politique positive qui profite à la
cause des détaillants. Mais on se tromperait si l’on
croyait que c’est là le but de ceux qui l’accomplissent.
Leur pensée est en réalité tout autre : ils représentent
un adversaire de plus du petit commerce, et un adversaire
 qui ne manquerait pas d’abuser singulièrement de
son pouvoir s’il ne rencontrait pas en face de lui les
formations compactes de l’organisation professionnelle.
Les produits de marque se trouvent naturellement
dépréciés, au sens qualificatif, s’il est permis de les vendre
 à n’importe quel tarif. Les fabricants ont donc raison
 d'imposer par contrat à leurs revendeurs un prix
de vente donné. C’est alors à l'intermédiaire, si la combinaison
 ne fait pas son affaire, à refuser de tenir le produit.
 En lui imposant la clause du prix, le fabricant ne
lui fait aucun tort, puisque le détaillant reste libre de
refuser l'affaire en bloc.
Mais la pensée du fabricant va bien au-delà du désir
de lier sa marque à un prix déterminé qui en fasse en
quelque sorte partie, qui en rende le souvenir plus net
et lui aide à s'attacher la clientèle. « Le fabricant s’ima-»
 gine qu'il peut faire bon marché du commerçant, et
» que la publicité qu’il pratique sur une vaste échelle
» suffira pour amener le public à exiger ses produits, si
» bien que le revendeur sera forcé de les tenir ou man-*


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        <pb n="282" />
        <pb n="283" />
        <pb n="284" />
        <pb n="285" />
        <pb n="286" />
        <pb n="287" />
        <pb n="288" />
        <pb n="289" />
        <pb n="290" />
        <pb n="291" />
        <pb n="292" />
        <pb n="293" />
        <pb n="294" />
        <pb n="295" />
      </div>
    </body>
  </text>
</TEI>
