6 LES ORIGINES HISTORIQUES DES PROBLÈMES ÉCONOMIQUES sur la côte de Guinée des noirs qu’ils transportaient aux An tilles, pour en rapporter du sucre brut et du rhum. Nous avons du mal à nous persuader que, sur une échelle aussi restreinte, pouvaient, dès lors, s’échafauder les combi- naisons savantes du capitalisme commercial. De même et surtout lorsqu’il s’agit des effectifs humains. Une crise économique, de nos jours, affecte directement Ja vie de millions d’individus et de familles. C’est pourquoi chacune d’entre elles retentit si profondément, parfois si dou- loureusement, dans l’âme populaire, pourquoi ces questions intéressent de plus en plus tout le monde. En face du direc- teur d'usine qui représente des milliers d’actionnaires, des dizaines de millions de capital et qui commande à des dizaines de milliers d'ouvriers et d’employés, quelle figure ferait un maître drapier de jadis, un cloihier du temps des Tudors, même ce iégendaire Jack de Newbury qui menait sa centaine d'ouvriers à la bataille? Au milieu du xvru° siècle, ce qu’on peut appeler « les masses ouvrières », même à Lyon ou à Paris, même dans une grande manufacture comme celle des Van Robais à Abbeville, ce sont quelques centaines, exceptionnellement quelques mil- liers d’hommes. TI! faut même nous méfier des données an- ciennes sur le chiffre des métiers battant dans telle ville, sur le nombre des familles vivant de.tels métiers. Car ces don- nées sont généralement produites dans des périodes de crise pour célébrer la prospérité passée, pour apitoyer les autorités sur les misères nouvelles ; elles émanent des intéressés eux- mêmes, à savoir de contribuables désireux d’obtenir des re- mises d’impôts. Il faut donc en rabattre et ne pas oublier que la civilisa- tion européenne est encore, dans sa tonalité générale, une civilisation agraire. Les villes y occupent une place restreinte. Si le Paris de François I” est déjà une agglomération popu- leuse de près de 300.000 âmes, si quelques villes des Pays- Bas peuvent donner l’idée de vraies métropoles industrielles et commerciales, rivales de Paris et de quelques grandes villes italiennes, si les circonstances oùt provoqué la croissance inouïe de Lisbonne, le Londres des Tudors est une assez petite cité, et les autres ports anglais, Bristol, Plymouth, sont moins importanis encore.