34 LES ORIGINES HISTORIQUES DES PROBLÈMES ÉCONOMIQUES Au fond la crise monétaire n’était qu’un des aspects de l« crise économique. Les conseillers de la Cour des comptes de Paris n’avaient vu que les fluctuations de la livre ; un penseu! génial, Jean Bodin, fut le premier à démêler la vraie. causé de la hausse des prix. En répondant dès 1568 aux Paradoæes de Malestroict, il écrivait ces paroles mémorables : « la cherté vient quasi pour quatre ou cinq causes. La principale e! presque seule (que personne jusqu'ici n’a touchée) est l’abor- dance d’or et d’argent, qui est aujourd’hui en ce royaume plus grande qu’elle n’a été. » Et il explique que les quan- lités d’or et d'argent, extraites du Nouveau Monde, n’ont fait que transiter par l’Espagne, parce que l’Espagne est importa- trice de produits français et qu’elle attire chez elle de nom- breux travailleurs, dont les économies sont rapatriées en France. On a contesté l’originalité des vues de Bodin. On décou- vrit, dans le dialogue intitulé Common Weal of England, une page décrivant l’effet produit sur l’économie européenne par l’arrivée de l’or et de l’argent américains. Or ce dialogue remonte aux temps antérieurs à Elisabeth. Mais le dernier éditeur du Common Weal, miss Lamond. à victorieusement établi que si John Hales a écrit son dialogue vers 1550, si le manuscrit date de 1565, le passage en question ne s’y trouve pas. Il est interpolé dans l’édition princeps de 1581 ; il a été copié sur Bodin par un homme qui s’est aperçu que la réforme monétaire d’Elisabeth n’avait pas suffi à arrê- ter la montée des prix. Tout dernièrement on a opposé à Bo- din un auteur humoristique, Noël du Fail. Mais on avait lu un peu vite la date — 1548 — de ses Baliverneries. T1 faut lenverser les deux derniers chiffres de ce millésime, lire 1584 ‘ou plutôt 1585) et par cohséquent voir dans ce savoureux pas- sage une preuve de l'influence de Bodin. Un seul homme pourrait revendiquer sur Jean Bodin l’antériorité, c’est en- core Nicolas Copernic qui avait bien posé, d’une façon abstraite, les principes d’une théorie quantitative de la mon- naie. Mais il reste à Bodin le mérite d’avoir, lui premier, étudié les phénomènes qui se passaient sous ses veux et d’en avoir tenté l'interprétation. Assurément, cette explication n’est ni complète ni stricte- ment exacte. Bodin était, comme tous ses contemnorains