LE SEL DANS L'’HISTOIRE 67 fois des pays producteurs et des pays acheteurs — à orienter leurs recherches dans ce sens. C’est seulement en confrontant leurs travaux que l’on pourra enfin mesurer toute l’impor- tance du rôle joué par le sel dans l’histoire. On se rendra compte aussi des raisons pour lesquelles ce rôle, toujours considérable dans l’économie mondiale, n’a plus cependant le caractère politique qui fut le sien jusque dans les premières années du xrx° siècle. En premier lieu, plusieurs pays qui passaient pour être plus ou moins totalement dépourvus de sel ont découvert chez eux des ressources salifères importantes, et les progrès techniques ont singulièrement diminué la position des régions qui s’enor- gueillissaient de la supériorité de leur sel. Il n'y a plus, en réalité, de monopole géographique du sel {"). I suffit de con- sulter les tableaux récents de la production par pays pour s’en convaincre. La distinction entre pays producteurs et pays con- sommateurs s’est atténuée, et il n’est plus au pouvoir d’un Etat possesseur de marais salants ou de salines de ruiner un peuple de pêcheurs en lui fermant ses « brouages » ou en lui refusant l’accès de ses mines de sel gemme. En second lieu, l’accélération des moyens de communica- tion a changé complètement la position d’un important pro- blème alimentaire, celui du poisson. Nous l'avons dit : le rayon d’action du poisson de mer frais était limité aux dis- tricts très voisins des côtes, et encore s’ils étaient traversés par de bonnes routes ; en dehors de ces lieux privilégiés, on he pouvait consommer à l’état frais que le poisson d’eau douce ; de là, soit dit en passant, le soin avec lequel les ab- bayes, observatrices des abstinences, entretenaient leurs étangs ; de là les singulières habitudes qui faisaient maintenir ou périodiquement remettre en étangs des terres où l’on aurait pu se livrer, dans des conditions plus économiques et surtout plus hygiéniques, au travail agricole, par exemple les terres de la Dombes. Hormis le poisson d’eau douce, l’Europe ne consommait donc, en général, que du poisson salé, auquel l’ingéniosité néerlahdaise ajouta le poisson fumé. (1) Il serait très intéressant d’étudier la disparition progressive des marais salants de la France de l’Ouest. Non seulement ceux de Brouage ne sont plus guère qu’un souvenir, mais ceux de la Seudre et d'Oléron disparaissent peu à peu devant l’ostréicutture.