LE MONDE BARBARE F où défrichée, le marais desséché, la lande mise en valeur. La charrue et la bêche y ont triomphé de la nature inculte. L’élevage, la production des céréales, des plantes indus- trielles, des arbres fruitiers, de la vigne, de l’olivier, se sont développés d'une façon prodigieuse, en même temps que s’étendait le champ de la colonisation romaine. La produe- tion industrielle a dépassé tous les résultats antérieure- ment obtenus dans tous les domaines, aussi bien dans ceux de l’industrie minérale et métallurgique, que dans ceux des industries des tissus, des cuirs, de la terre, du verre. Letra- vail avait commencé à se diversifier. La petite industrie arbaine s’était constituée et avait prospéré au-dessus de l’industrie domestique, à côté de l’industrie capitaliste qui s’ébauchait. Enfin.le mouvement des échanges que favorisaient l’apparition d’institutions commerciales per- fectionnées, le développement des instruments de crédit et des moyens de communication par voie fluviale, la construe- tion d’un magnifique réseau de 146.000 kilomètres de routes, l'aménagement de grands ports, ne s’était guère ralenti, même à la veille des invasions. « Le monde devient chaque jour plus cultivé et plus riche, écrivait un ennemi de la société romaine ; partout le commerce, partout des villes ». Ilne devait manquer à l’Empire romain pour résister au nouvel assaut des Barbares qu’un gouvernement moins figé dans les formes rigides d’une bureaucratie lente, que des clas- ses dirigeantes plus conscientes de leurs devoirs et de leur mission sociale, que des institutions militaires moins alté- rées par l’emploi de troupes mercenaires, qu’un esprit public moins inerte, moins vicié par l’indifférence politique et par l’abaissement des caractères. D’autres sociétés ont connu des misères analogues et ont échappé à la mort par des réformes profondes. L'Empire ne sut, ne voulut ou ne put les faire, et il céda la place aux Barbares, mais la civi- lisation dont il avait le dépôt laissa assez de germes pour permettre à l’Europe d’échapper à l’influence durable de la barbarie.