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        <title>Le débat diplomatique de 1918</title>
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        | EFW
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        N° 8

LA QUESTION DU PACIFIQUE

LE DÉBAT DIPLOMATIQUE DE 1918,

|—CIRCULAIRE DE LA CHANCELLERIE
PÉRUVIENNE.

i.— CIRCULAIRE
CHILIENNE,

DE LA CHANCELLERIE

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IMPRENTA UNTVERSITARIA
— Estado 63 — Santiago —
1919
        <pb n="3" />
        N° 8

LA QUESTION DU PACIFIQUE

LE DÉBAT DIPLOMATIQUE DE 1918.

| —CIRCULAIRE DE LA CHANCÉLLERIE
PÉRUVIENNE.

H.— CIRCULAIRE
CHILIENNE,

DE LA CHANCELLERIE

IMPRENTA UNIVERSITARIA
—— Estado 63 — Santiago =——
1919
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SES AT
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        Télégramme du Ministre du Pérou

Lima, le 25 Novembre 1018

C'est en proie à l’impression la plus pénible,
 en présence de l'attentat sans précédents
dont a été victime le Consul du Pérou à Iquique,
 expulsé par les masses sous la protection
de l'autorité politique et maritime de ce port,
que je formule la protestation la plus énergique
 contre ce fait, au nom de mon Gouvernement,
 qui a ordonné le rappel de ses fonctionnaires
 consulaires au Chili, où ils ne trouvent
point les garanties qui leur sont dues.

FRANCISCO TUDELA,
Ministre de Affaires Étrangères
du Pérou.
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Réponse de la Chancellerie du Chili

Santiago, le 26 Novembre 1918.

Je déplore vivement que des informations
erronées aient pu déterminer le Gouvernement
 du Pérou à attribuer aux autorités politiques
 et maritimes d’Iquique, dans l’événement
du 23, un oubli de leurs devoirs qui n’a jamais
 existé et qu'aucun antécédent ne peut
prouver. Le Consul péruvien à Iquique s’est
embarqué d'accord avec ses amis, à l’insu des
autorités. Je repousse péremptoirement l’accusationinjustifiée
 de protection aux masses populaires.
 Si l'esprit des réunions publiques qui ont
eu lieu a pu être troublé par des éléments étrangers,
 inconnus et récemment arrivés à la ville,

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        <pb n="7" />
        —6—

et, à un moment donné, dégénerer en désordre,
celui-ci fut promptement réprimé par l'autorité
politique. Les offenses subies précédemment
par les Consuls chiliens au Pérou ont pu exciter
 l'esprit public à Iquique et sont la conséquence
 des nouvelles télégraphiques inconvenantes
 et inexactes transmises par le Consul du
Pérou en cette ville. La conduite de celui-ci décida
 mon Gouvernement à appeler le Consul
Général du Pérou à Valparaiso, avant l’événement,
 pour lui demander le retrait des Lettres
Patentes du Consul à Iquique, et il regrette
de n'avoir pas pu prendre cette mesure avant
le 23. Les Consuls du Pérou trouvent au Chili
toutes les garanties que les lois accordent aux
citoyens. Les antécédents exposés démontrent
que la protestation du Pérou est de tout point
injustifiée.

Luis BArros Borcono,
Ministre des Affaires Étrangères
du ChiH.
        <pb n="8" />
        Î

Girculaire du Ministre des Affaires Étrangères du
Pérou adressée à ses Légations à l'Etranger

Lima, le 3 Décembre 1018.

Comme je l'ai déjà fait savoir à V. E., le
Gouvernement péruvien a ordonné le rappel
de ses agents consulaires au Chili, accrédités
depuis 1910, obéissant ainsi à un devoir inéludable
 imposé par la dignité nationale.
Le Gouvernement auprès duquel V. E. est
accréditée n’ignore sans doute pas les divers
précédents relatifs au développement’ du débat
 international qui s’est produit autour de
        <pb n="9" />
        —_—8—

la liquidation de la guerre de 1879, au cours
de laquelle les armées chiliennes firent la conquête
 de territoires qui appartenaient à la Bolivie
 et au Pérou, et imposèrent à notre pays,
en 1883, un Traité que le vainqueur n’a pas
voulu éxécuter.
Le Pérou fut entraîné à cette lutte inégale
par suite des stipulations du Pacte d’Alliance
défensive stipulé avec la République de Bolivie
en 1873. Cet accord était ouvert à l’adhésion
de tous les peuples de l’Amérique et avait
pour but de maintenir dans ces pays les principes
 d'intégrité territoriale invariablement
proclamés par la nation depuis son indépendance.

Le Pérou n'avait pas de frontières à délimiter
 avec le Chili, et, pour rendre possible la
conquête de son riche territoire de Tarapacä,
il a fallu que le Chili, qui avait accumulé pendant
 plusieurs années de puissants armements,
arrachât à la Bolivie tout son littoral, faisant
ainsi de cette République une nation méditerranée.
 Depuis lors, les États américains supportent
 un inquiétant régime d’équilibre politique
 qui, basé sur l’accroissement progressif
        <pb n="10" />
        — 9 —

des armements, a rendu stériles les plus généreuses
 énergies de ces jeunes pays. Le Chili,
avançant au delà des limites qu’il établit luimême
 par l'épée, occupa non seulement le
département de Tarapacä et les provinces de
Tacna et Arica, dans lesquelles un plébiscite
aurait dû se faire en 1893, mais encore il étendit
 sa souveraineté sur une partie de la Province
 de Tacna non mentionée dans le Traité.
Les efforts faits par le Pérou pendant plus de
vingt ans n’ont pu contraindre son ancien adversaire
 à résoudre honnêtement la controverse
en suspens.
Durant tout ce laps de temps, les habitants
péruviens des territoires occupés par le Chili
ont éprouvé toutes les répercussions du débat
si agité existant entre les deux pays. En effet,
les écoles et les journaux péruviens ont été
supprimés avec une violence inouïe, le clergé
de notre nationalité a été expulsé des provinces
 captives, les groupements de travailleurs
de mer du port d’Arica ont été boycottés, les
jeunes gens nés dans la province ont été
poursuivis pour les faire servir de force dans
l'armée, et tous les procédés imaginables ont
        <pb n="11" />
        été mis en jeu pour anéantir dans ces territoires,
 sans y réussir, (pour notre plus grand orgueil),
 le sentiment national péruvien.
De semblables régimes de violence périodiquement
 accentuée, provoquèrent en 1901 la
première rupture des relations diplomatiques,
qui maintint les deux pays sans représentation
réciproque jusqu’en en 1905. La rupture se
produisit nouvellement en 1910 et dure jusqu’à
ce jour.
Les manifestations de joie qui ont accueilli
dans notre pays la victoire de la Justice et
du Droit gagnée pour le monde entier, sur
les champs de bataille de l’Europe, par les
nations alliées et par les États-Unis d'Amérique,
 dont les principes furent embrassés avec
enthousiasme par le Pérou, et les opinions
émises dans notre pays dans le sens de soumettre
 les problèmes à résoudre dans ce continent
 aux principes énoncés par le Président
Wilson, considérés comme règle définitive de
jurisprudence internationale, ont eu la vertu de
faire éclater la colère chilienne contre le Pérou.
De ce fait, une nouvelle crise est survenue
entre les deux pays, et cette crise a été portée
        <pb n="12" />
        —- ÎE —

à sa dernière limite par un événement sans
précédents, par l’expulsion manu militari du
Consul péruvien à Iquique, capitale de Tarapacä,
 ce qui a déterminé la mesure dictée par
mon Gouvernement et qui fait l’objet du pré-s
sent communiqué.
Je vais, maintenant, m'occuper de ces derniers
 événements que l’on a voulu défigurer, et
que mon Gouvernement tient a faire apprécier
dans toute leur valeur par le Gouvernement
auprès duquel V. E. est accréditée.
Il faut établir avant tout que les nouvelles
offenses subies par la population péruvienne
ont eu lieu à Pisagua et spécialement à Iquique,
 principaux ports de l’ancien département
péruvien, - aujourd’hui province chilienne, de
Tarapacé. Afin d’éviter les .confusions qui
pourrait produire dans l'opinion universelle
le témoignage des agents consulaires résidant
 à Tacna et Arica, qui attestent que dans
ces dernières provinces péruviennes occupées
par le Chili il n’y a pas eu d'attaques contre
les Péruviens, et étant donné qu’à l’Etranger
on désigne généralement sous le nom de Tacna
et Arica l’affaire territoriale pendante entre le
        <pb n="13" />
        — 12 —

Pérou et le Chili, il faut bien faire remarquer
la différence qu’il y a entre les territoires de
ces provinces et le département de Tarapacä
dont la capitale est Iquique. Cette différence
établie, on ne croira plus que les affirmations
sur la tranquillité publique à Tacna et Arica
démentent l'évidence incontestable des attentats
 que les Péruviens de Pisagua et Iquique,
et même ceux résidant à Antofagasta, ont eu
à souffrir de la part des habitants chiliens, sans
que les Autorités que le Chili maintient en ces
lieux aient accompli leur devoir de mettre en
action les garanties que la Constitution et les
lois chiliennes, à l’égal des lois des peuples
civilisés, assurent à tous les habitants du territoire
 soumis à leur juridiction.
Dès les derniers jours d'Octobre. ont a pu
se rendre compte des manifestations de la propagande
 anti-péruvienne organisée dans le département
 de Tarapacä et dont les dirigeants
étaient le député de ce Département don Anselmo
 Blanlot Holley, réputé comme un des
plus intransigeants collaborateurs de l’Intendant
 de Tacna don Mäximo Lira dans sa campagne
 de «chilenisation» des provinces cap-
        <pb n="14" />
        — 13 —

tives, le Maire d’Iquique, le Président de la
Cour d'Appel, des chefs militaires et autres
personnes jouissant d’une position officiale.
Les Autorités supérieures d’Iquique ne pouvaient
 ignorer cette circonstance et la notoriété
de la campagne entreprise; elles ne firent rien
cependant pour réprimer ou pour combattre
ces manifestations, et leur attitude fait supposer
avec justice que non seulement elles les toléraient
 mais encore qu’elles les appuyaient er
les stimulaient.
Les agressions commencées le deux Novembre
 à Iquique et Pisagua, continuées ensuite à
Antofagasta et qui se terminèrent par la lapidation
 des demeures de nombreux Péruviens,
ne furent que le prologue des attentats qui se
préparaient activement à Iquique et qui ont
éclaté la nuit du Samedi 23 et la matinée du
Dimanche 24 Novembre. Ces jours-là, la populace,
 ayant à sa tête de mauvais éléments
bien connus dans la localité, et excitée par les
violentes exhortations de plusieurs agitateurs
pilla les établissements commerciaux et les
maisons particulières de nombreux Péruviens,
les ruina complètement, et attaqua et malmena
        <pb n="15" />
        tous ceux qui se mirent à sa portée. La police,
témoin de tous ces faits, ne fit pas le moindre
effort pour les éviter. Le Consul du Pérou,
Don Santiago Llosa Argüelles, qui sortait du
Consulat pour aller demander à l’Intendance
des garanties pour nos compatriotes, fut séquéstré
 par un groupe de cinq civils bien
connus pour leur caractère agressif et qui, de
force, le firent monter dans une automobile et
le menèrent ensuite à l’embarcadère et, de là, à
bord d'un navire chilien, le Padena, qui devait
partir le même 24 pour le Callao, à destination
 de Panamä. Tous ces faits se sont déroulés
 en présence de nombreuses personnes et
d'agents de police qui les contemplaient impassiblement,
 obéissant sans doute à la consigne
qu'ils avaient reçue. Une fois à bord du Pa/era,
M. Llosa fut informé par le Gouverneur Mari
time d'Iquique, le Capitaine de navire Don
Rubén Morales, et par le second chef du Régiment
 de Grenadiers, le Major don Anfbal
Parada, qu’il pouvait envoyer chercher son
équipage à terre, mais qu'il ne lui était pas permis
 de débarquer parce que telle était la dé.
cision de la population d’Iquique.
        <pb n="16" />
        15 —

Le Bureau consulaire avec les archives restaient
 abandonnés, aussi bien que l'épouse et
les enfants du Consul.

Des actes aussi scandaleux ne pouvaient
Être reçus en silence, et dans le télégramme
que j'adressai au Ministre de Affaires Étrangères
 du Chili le 25 Novembre je lui déclarais
ce qui suit: ;
«C’est en proie à l’impression la plus pénible,
 en présence de l’attentant sans précédents
 dont a été ‘victime le Consul du Pérou
« à Iquique, expulsé par les masses sous la
protection de l'autorité politique et maritime
 de ce port, que je formule la protestation
la plus énergique contre ce fait, au nom
de mon Gouvernement, qui a ordonné le
rappal de ses fonctionnaires consulaires au
Chili, où ils ne trouvent point les garanties
qui leur sont dues».
Dans une réponse télégräphique, le jour suivant,
 le Ministre des Affaires Étrangères du
Chili dit ce qui suit:
«Je déplore vivement que des. informations
erronées aient pu déterminer le Gouvernement
 du Pérou à attribuer aux autorités po-
        <pb n="17" />
        —— T6 —n

litiques et maritimes d'Iquique, dans l’événement
 du 23, un oubli de leurs devoirs qui
n’a jamais existé et qu'aucun antécédent ne
« peut prouver. Le Consul péruvien à Iquique
« s'est embarqué d'accord avec ses amis, à
l'insu des autorités. Je repousse péremptoirement
 l'accusation injustifiée de protection
aux masses populaires. Si l'esprit des réunions
 publiques qui ont eu lieu a pu être troublé
 par des éléments étrangers, inconnus
et récemment arrivés à la ville, et, à un moment
 donné, dégénerer en désordre, celui-ci
fut promptement réprimé par l'autorité politique.
 Les offenses subies précédemment par
les Consules chiliens au Pérou ont pu exciter
l'esprit public à Iquique et sont la conséquence
 des nouvelles télégraphiques inconvenantes
 et inexactes transmises par le Consul
du Pérou en cette ville. La conduite de celui-ci
 décida mon Gouvernement à appeler
le Consul Général du Pérou à Valparaiso,
« avant l’événement, pour lui demander le
retrait des Lettres Patentes du Consul à
Iquique, et il regrette de n’avoir pas pu
prendre cette mesure avant le 23. Les Conr
        <pb n="18" />
        — 17

« suls du Pérou trouvent au Chili toutes les
garanties que les lois accordent aux citoyens.
 Les antécédents exposés démontrent
que la protestation du Pérou est de point injustifiée».

La version contenue dans le télégramme du
Ministre des Affaires Étrangères du Chili que
je viens d'insérer, sur le départ intempestif du
Consul Llosa est tellement invraisemblable,
qu'elle ne peut s’expliquer que par la façon
dont le Gouvernement chilien a été informé
par les Autorités d’Iquique. Il était impossible
à M. Llosa d'abandonner ce port car il n’avait
pas demandé et n’avait pas reçu l’autorisation
de ce Ministère pour le faire, et il est facile de
comprendre que, d’avoir entrepris volontairement
 ce voyage, il n’aurait pas abandonné
le Bureau consulaire et sa propre famille. En
outre, ce n’est que par un sarcasme irritant
et irrévérencieux, que je me résiste à attribuer
 au Ministre de Affaires Étrangères du
Chili, et qui ne peut procéder que des autorités
 d'Iquique, que l’on a pu appeler amis
du Consul ceux qui le séquestrèrent, l’injurièrent,
 et le conduisirent à bord sous des
        <pb n="19" />
        cm 15 —

menaces de mort. C’est à cette occasion que
l’attitude du Gouverneur Maritime Morales et
du Major Parada, a confirmé la complicité
des autorités dans le complot criminel tramé
contre le Consul.

Afin d’eviter des doutes au sujet des conditions
 dans lesquelles le Consul Llosa fut
embarqué, des ordres furent donnés pour faire
déclarer le Capitaine et le Comptable, immédiatement
 après l'arrivée du bateau Palna
au Callao. Cette démarche fut faite le 26
du mois dernier et on laissa témoignage des
faits dans un acte signé par le Capitaine du
navire, M. Mathias et par le Comptable, M.
Estebän Pérez. Le premier déclare, au sujet
de l’embarquement de M. Llosa, que le Consul
lui fut seulement remis par le Gouverneur Maritime
 et que par ordre exprès de celui-ci il le
conduisit au salon d'en haut où personne ne
pouvait le déranger. Il faut remarquer que le
Palena appartient à la Compagnie Sud-Américaine
 de Bateaux, sociéte chilienne, et que le
capitaine Mathias est sujet britannique.

Nous avons l'évidence. matérielle, puisque
l’évidence morale ne nous a jamais fait défaut,
        <pb n="20" />
        19 —

de la participation des autorités chiliennes
d'Iquique aux honteux attentats contre des Péruviens
 pacifiques et contre le Consul Llosa.
Le Gouvernement péruvien veut faire connaître
 au Gouvernement de ce pays, par l’intermédiaire
 de V. E., les évenements qui ont
eu lieu et les antécédents qui les ont provoqués.—
 Francisco Tupeza, Ministre des Affaires
 Étrangères du Pérou.
        <pb n="21" />
        Il

Circulaire du Ministre des Affaires Étrançères du Chili
adressée à ses Légations à l’Étranger

Santiago, le 6 Décembre 1018.

Je viens, en ce moment, de prendre connaissance
 du texte d’une note cablégraphique
de la Chancellerie de Lima. Dans cette note,
non seulement on prétend insister sur la version
 absolument erronée des incidents d’Iquique,
 mais encore on y parle de certains antécédents
 de la guerre de 1879 d’une façon
absolument contraire à la vérité historique, et
on y émet, sur le traité de 1873, une apprécia-
        <pb n="22" />
        tion qui est ouvertement en contradiction avec
tous les documents diplomatiques de ce tempslà.
 -Quoique avec brièveté, (ce communiqué
télégraphique en exige), je m'empresse de
rétablir immédiatement les faits fondamentaux
et de rectifier les nombreuses inexactitudes
contenues dans la note de la Chancellerie de
Lima dont il est question.
À titre de. justification obligée et nécessaire
 de la politique toujours franche et saine
de la Chancellerie chilienne, et rendant hommage
 au rétablissement de la verité que l'on
prétend altérer, je suis en train de préparer
une information qui contiendra tous les antécédents
 relatifs au Traité secret de 1873. Cette
information, fondée sur une abondante documentation
 qui provient des diplomates péruviens
 eux-mêmes, permettra de mettre en lumière
 la préparation de ce pacte secret dirigé
uniquement et exclusivement contre le Chili.
En attendant, je ferai la brève rectification qui
correspond à cette circulaire.
perte or La note du Ministre des Affaires
 Étrangères du Pérou commence par déclarer
 que le rappel des fonctionnaires consulaires
        <pb n="23" />
        23 —

péruviens résidant au Chili a été ordonné afin
d'accomplir un devoir inéludable imposé para
plir u , posé p
la dignité nationale.

Il n'appartient pas à mon Gouvernement
de qualifier les motifs qui ont pu déterminer le
Gouvernement péruvien à prendre cette mesure
 générale, mais je dois préciser certains
faits qui permettront d’établir sa véritable physionomie.

Le désordre qui a eu lieu à Iquique la nuit
du 23 Novembre et l’embarquement du Consul
 péruvien le jour suivant, sont des actes
absolument étrangers aux autorités de la
province. Le chef politique a réprimé le mouvement
 populaire dès qu’il prit des proportions
 inquiétantes pour quelques habitants et
dès qu’il put disposer de la force militaire suffisante.
 Dans ce mouvement du 23, rien n’a
été fait contre la personne du Consul, et, jusqu’à
 ce jour, il n’a pas été rapporté de circonstance
 prouvant le contraire.
Quant à l’embarquement du Consul, le matin
 du 24, les autorités maritimes et politiques
ne prirent connaissance de ce fait qu'après son
accomplissement, et elles s’empressèrent de se
        <pb n="24" />
        DA

diriger à bord, où le Consul se trouvait, afin de
lui offrir toutes les sécurités nécessaires pour
retourner à terre, si tel était son désir. L’autorité
 politique ne reçut durant toute cette
journée aucune réclamation ni protestation du
Consul péruvien.
D'ailleurs, il ne faut pas oublier que ces réunions
 populaires d’Iquique et l’excitation des
esprits sont en relation intime avec les désordres
 qui ont eu lieu dans les ports péruviens
de Paita et Salaverry les 4 et 5 Novembre, et
qui se sont singularisés par des offenses à
l’écusson et au drapeau chiliens.
À Iquique, on attribuait, avec des antécédents
 fondés, au Consul Llosa, l'initiative de
toutes les informations erronées qui étaient
envoyées au Pérou et destinées systématiquement
 à exciter les passions de la populace.
À leur origine, ces mouvements d'opinion
d’Iquique furent la résultante des incidents qui
eurent lieu dans les populations péruviennes
de Paita et de Salaverry.

Le Gouvernement chilien, qui ne reçut pas
d'explications pour les offenses subies par
ses Consuls, se limita à autoriser ces fonc-
        <pb n="25" />
        — 25 —

tionnaires à quitter les localités respectives
s'ils n’y trouvaient pas la sécurité due à leurs
personnes. Ce fut une mesure de prévision et
dé prudence.

Pendant ce temps, le Gouvernement du
Pérou rappella bruyamment ses fonctionnaires
consulaires, signifiant ainsi la rupture des relations
 commerciales, et, sans aucun doute,
l'accomplissement d’une des parties du programme
 alarmiste qu’il s’est tracé.
879 Puérré de C’est en rappelant vaguement
le débat international provoqué par la liquidation
 de la guerre de 1879, que la Chancellerie
 de Lima affirme que les armes chiliennes
ont réalisé la conquête de territoires qui appartenaient
 à la Bolivie et au Pérou.
Il me faudra prendre en considération cette
façon de voir en qui concerne le Pérou. La
République de Bolivie est unie au Chili par les
liens de l'amitié la plus étroite, par un Traité
qui définit leurs relations internationales et par
des intérêts commerciaux et économiques qui
maintiennent entre les deux pays un échange
actif et constant. Je ne reconnais pas de
        <pb n="26" />
        -— 26 —

pouvoir, à la Chancellerie de Lima, pour faire
entrer dans ce débat ce pays ami du Chili.
Les négotiations diplomatiques ‘d'Arica, célebrées
 en 1880 avec l'intervention ‘amicale
des Représentants diplomatiques des États-Unis,
 ont laissé pleinement établie la justice
qui secondait le Chili pour exiger, en qualité
de compensation pour les sacrifices endurés et
comme unique moyen de garantir sa sécurité
et sa tranquillité futures, la cession absolue et
inconditionnée du territoire de Tarapacä. Cette
exigence fut présentée à tout moment comme
inéludable et le refus qui en fit le Pérou à cette
époque imposa au Chili le nouveau sacrifice
de sa campagne contre Lima, en 1881. Conséquemment,
 les bases qui servirent pour accorder
 le.Traité d’Ancôn devaient nécessairement
comprendre cet inévitable transfert de territoire.


Il ressort de ces premières négociations de
paix, qu’une proposition spéciale fut formulée
au sujet de la la région de Tacna et Arica et
de la garantie positive et effective pour l'indemnisation
 pécuniaire que le Chili exigeait
également. En ce moment-là ‘ces territoires
        <pb n="27" />
        27 —

furent considérés comme une rétention nécessaire
 et comprenaient en outre la province
limitrophe de Moquegua.
Ce ne fut pas une guerre de conquête celle
que le Chili se vit obligé d’entreprendre en
1879 pour défendre ses droits, alors qu’il se
trouvait complètement dépourvu de ressources,
sans armes et sans gardes nationaux, ceux-ci
avant été licenciés.

Cette guerre fut bien, en réalité, une guerre
de protection des intérêts fondamentaux du
pays menacés par un traité secret que la diplomatie
 péruvienne conçut en 1873, dans le but
d'isoler le Chili dans cette partie de l’Amérique,
et pour servir sa politique économique de monopole
 du nitrate de Tarapacä, qui etait contraire
 à la libre industrie que le capital chilien
avait créée à Antofagasta et qu’il commençait
à developper dans tout le désert d’Atacama.
La guerre détruisit la combination internationale
 secrètement préparée contre la bonne
foi du Chili, et la victoire de ses armes devait
assurer dorénavant, au capital chilien et aux
industriels chiliens qui avaient formé la richesse
salpêtrière de Tarapacé et d’Antofagasta, la
        <pb n="28" />
        28

protection efficace de ses lois pour leur libre
industrie et pour leurs énergies de pionniers.
fxécution duTra- On insinue ensuite, dans une
phrase accessoire, que le Chili n’a pas voulu
accomplir le traité qu'à cette époque-là il imposa
 au Pérou, au dire de ce dernier pays.
Je ne dois pas offenser la mémoire des
hommes d'état péruviens qui accordèrent en
1883 le traité d’Ancôn pour sauvegarder les
intérêts de leur pays, ni celle du Congrès qui
l’approuva.
Je n’ai pas non plus à rappeler ici toutes les
périodes de relations amicales entre les deux
nations cultivées par de nombreux et illustres
hommes d’état du Pérou qui cherchaient l’honnête
 accomplissement de ces dispositions internationales,
 ni les nombreuses preuves que le
Chili a données de sa volonté de définir, d’accord
 avec les dispositions réglementaires du
plébiscite, le sort futur des provinces de Tacna
et Arica. Le Gouvernement du Chili et ses diplomates
 ont fait des efforts extrêmes pour
arriver à un accord qui lui permettrait de résoudre
 la seule difficulté internationale qu’il a
en suspens.
        <pb n="29" />
        — 29 —

laque. rer La chancellerie péruvienne affirme
 ensuite que le Pérou fut entraîné à la
guerre de 1879, et elle qualifie d’inégale cette
lutte.

Telle n’était pas l’opinion que soutenaient
alors les gouvernants du Pérou, et ce ne fut
pas non plus cette modeste appréciation de sa
puissance militaire ce qui, à cette époque, détermina
 le Pérou à former contre le Chili une
alliance offensive et défensive, et à provoquer
la guerre ensuite, quand on ‘erut que celui-ci
était engagé dans de sérieuses difficultés avec
la République Argentine.
Il est certain que les dirigeants et les chefs
militaires du Pérou n’auraient pas entraîné
leur pays à la guerre dans des conditions défavorables.
 Les nombreux documents de l’époque
 prouvent, bien au contraire, la confiance
qu'inspirait son armée au Gouvernement péruvien
 et l’idée de faiblesse qu’il se faisait du
Chili.

Je trouve dans une des nombreuses pièces
du temps l'appréciation suivante destinée à fortifier
 le peuple péruvien dans sa confiance sur
les résultats d’une guerre:
        <pb n="30" />
        — 30 —

«Le Chili, était-il dit, a fait de grands progrès
 dans l’affermissement de la paix intérieure,
dans la solidification de ses institutions, dans
les travaux matériels, mais ces progrès euxmêmes
 ont affaibli son esprit militaire. Un
pays comme le Chili, ajoutait-on, dont le budget
 du Ministère de l’Instruction Publique est
plus élevé que celui du Ministère de la Guerre,
sera tout ce que l’on voudra mais non pas un
peuple capable de se faire respecter à l'étranger.&amp;gt;


Le Chili prouva alors par sa victoire ce qui
a été établi dans tous les temps: il prouva que
les peuples les mieux doués pour les arts de
la paix sont ceux qui savent défendre leurs
droits avec le plus d'énergie, et que les conjurations
 secrètes s’effondrent à la fin scus la
force indomptable qui arme le droit et soutient
 la conscience d’un peuple laborieux et

pacifique.
areas Pour dégager sa responsabilité,
 la Chancellerie péruvienne signale, dans son
message télégraphique, la nécessité dans laquelle
 elle se trouva d’obéir aux stipulations du
Traité d’Alliance défensive accordé en 1873,
        <pb n="31" />
        31 —

avec la République de Bolivie, et qui, selon
l’avis de ladite Chancellerie, était ouvert à l’adhésion
 des autres pays de l'Amérique car son
but était de maintenir le principe de l’unité de
ces nations que son pays a proclamé invariablement
 depuis son indépendance.
De semblables déclarations exigent une double
 rectification: premièrement, le traité de
[873 ne fut pas un innocent accord défensif:
te fut une alliance expressément offensive
contre le Chili; deuxièmement, loin d’avoir été
ouvert aux autres pays de l'Amérique, il resta
secret, à dessein, pour toutes les Chancelleries
et fut soigneusement caché et nié par le Pérou
pendant les jours mêmes de l’année 1879,
alors qu’il nous offrait une médiation impartiale
et désintéréssée au début de nos différends
avec la Bolivie.
Vers la fin de 1872, au moment où l’on
accordait les bases de ce traité secret qui devait
 être signé à Lima le 6 Février 1873, on
crut devoir stimuler le Gouvernement de la
Bolivie à chercher, dans ce procédé, la solution
 des difficultés qu’il avait, avec le Chili, au
sujet de notre délimitation sur la côte d’Ata-
        <pb n="32" />
        _— 232 —

cama et de l’exploitation en commun de cette
région. Dans une note datée du Novembre
1872, le Ministre du Pérou M. Riva Agüero
engageait le Gouvernement bolivien à résoudre
 ses différends avec le Chili, en raison de ce
que le Pérou pouvait faire sentir son influence,
«moyennant notre prépondérance maritime»,
selon il est dit textuellement dans ce document.
Cette note s’accordait entièrement avec l'esprit
et la teneur de l'acte signé à Lima le 19 Novembre
 1872 par le Président Pardo et tout
son Conseil de Ministres. On y témoignait que
le conflit en suspens entre la Bolivie et le Chili
sur le littoral ne pouvait, au dire de l'acte en
question, «ne pas affecter les intérêts du Pé-«
 rou qui se trouvent entièrement liés à l'indépendance
 et à l'intégrité du sol bolivien, et
ne pas exercer une influence prépondérante
sur la suprématie dont jouit actuellement le
Pérou et qu’il est appelé à conserver dans
« le Pacifique». Et, établissant encore la solidarité
 des deux pays, ce document ajoutait textuellement:
 «le Gouvernement de la Bolivie,
toujours attaché à la noble et franche politique
 du Pérou, est décidé aujourd'hui, plus

‘
        <pb n="33" />
        33 —

que jamais, à suivre les nobles conseils de
cette République et compte sur son aide puis-«
 sante». Cet acte, qui donna lieu au traité
secret, termine en témoignant que le Président
 et les Ministres se trouvaient d’accord «sur
les raisons de justice, de politique et d'intérêt
qu'avait le Pérou pour ne pas regarder en spectateur
 indifférent les difficultés pendantes entre
la Bolivie et le Pérou», et il ajoute que «le Gouvernement
 péruvien prêtera son aide au Gouvernement
 bolivien pour repousser les exigences
 du Chili qu’il considère injustes et attentatoires
 contre l’indépendance de la Boliviea.
Tous ces antécédents, soigneusement tenus
secrets, ainsi que le traité qui en résulta et
qui donna forme à ces desseins, rendent mani:
festé le caractère d’alliance offensive contre le
Chili de toutes ces négociations diplomatiques.
Ce Traité, que l’on dit aujourd’hui avoir été
ouvert à toutes les nations, fut uniquement porté
 à la connaissance, et sous réserve, du Gouvernement
 argentin, qui débattait alors vivement
 avec le Chili sa question de frontières. Le
diplomate péruvien chargé de négocier l’adhé.
sion de ce Gouvernement dut se heurter contre

g
        <pb n="34" />
        une simple mais élémentaire considération de
morale internationale, émise dans le Sénat
argentin: «Si ce traité n’est pas dirigé contre le
« Chili, il faut le lui faire connaître; si on
« le cache et si on le négocie en soigneuse réserve,
 c'est parce qu'il va contre lui, et, dans
ce cas, la République Argentine ne peut y
adhérer sans faire injure au Chili».
La Chancellerie de Lima, afin d’écarter les
craintes qui surgissaient alors à la suite de
ces procédés occultes, et se défiant de la traditionnelle
 politique d'amitié du Brésil et du Chili,
conseillait, en s'adressant à son représentant
diplomatique auprès du Gouvernement de la
Plata, en. date du 14 Avril 1874, d'inspirer
une entière confiance au Brésil, et elle ajoutait,
précisant le but du traité secret, que: «son unique
 fin est d’isoler le Chili dans toutes ses
questions et de circonscrire l'Alliance avec
l'Argentine et la Bolivie aux problèmes de
frontières pendantes entre celles-ci et le Chili».
Ce traité, que l’on veut aujourd-hui présenter
 comme «étant destiné à recevoir l'adhésion
de toutes les nations», était négocié en secret
et avidement présenté par la diplomatie pérur
        <pb n="35" />
        vienne aux deux pays, la Bolivie et l’Argentine,
 qui soutenaient avec le Chili d’ardentes
discussions de frontières.
De la sorte, ce traité secret répondait à son
double objectif: défensif, de façon à pouvoir
venir en aide à l’un ou l’autre des deux voisins
du Chili qui soutenaient avec lui une querelle
de mitoyenneté, et offensif, pour intervenir, de
son propre droit, au moment qu’il jugerait favorable.


Mais le Pérou estima que ce traité, accordé
de la façon qu’on vient de voir et qui avait pour
but ces objectifs déterminés, ne suffisait pas à
l'empêcher de se présenter comme médiateur
impartial dans les mêmes difficultés auxquelles
il désirait borner la portée de l'alliance. Et, en
présence du différend aigu qui surgit avec la
Bolivie en Février 1879, le Pérou offrit au Chili
sa médiation qu’il prétendait revétir de l'esprit
de haute impartialité et de désintérêt qui est
le propre d’une démarche semblable,
Le diplomate péruvien, M. Lavalle s’approcha
 du Gouvernement chilien avec son offrande
 d'amitié et de purs. sentiments d’américanisme,
 mais il se garda bien de dire que son
        <pb n="36" />
        Gouvernement n’était pas neutre, parcequ'il
était directement partie, et il se garda bien de
dire que l’impartialité dont il faisait profession
de foi se trouvait compromise, et secrètement,
 contre notre pays lui-même. Ce diplomate
 d’écôle, interrogé dès son arrivée à Santiago
 sur l’existence du Traité secret dont le
Gouvernement chilien n'avait pas une connaissance
 exacte, déclarait discrètement que
«c’était-là des rumeurs dépourvues de tout
fondement». Lorsque les démarches efficaces
de notre Représentant diplomatique à Lima
réussirent à arracher au Président du Pérou
l’aveu de l'existence du Traité secret, le Diplomate
 péruvien à Santiago fut encore interrogé
à ce sujet, et il ne répondit que par ces mots:
«It doit en être ainsi, si S. E. le Général Prado
le dit».
Telle est la politique que le communiqué
de Lima dit avoir été inspirée dans des sentiments

 d’américanisme.

Le Pérou cherch . . sr
dans la guerresapé On veut dignifier cette parti
d liti . ° . .
orderance Politique cipation active et directe du

Pérou dans la guerre de 1879 en affirmant que
ses intérêts n’étaient pas compromis dans le
        <pb n="37" />
        conflit de ce temps-là, et on ajoute ‘que le
Pérou n'avait pas alors de frontières à délimiter
 avec le Chili. On conclue, de ces affirmations,
 que le Chili s’empara, grâce à sa puissance
 militaire, d’abord, de la côte bolivienne
et, ensuite, du territoire de Tarapacé.
S'il est vrai que le Pérou n’avait pas de
question de frontières à discuter avec le Chili,
il en avait une bien plus grave touchant l’industrie
 du ritrate que le capital et les citoyens
 chiliens avaient implantée dans le territoire
 de Tarapacä et commençaient à developper
 sur la côte d’Antofagasta. Les gisements
salpêtriers de Tarapacä étaient exploités dans
leur plus grande partie par des bras et des capitaux
 chiliens. Des compagnies de Santiago et
de Valparafso et des Banques de ces deux places
commerciales avaient établi sur ce territoire
péruvien de grandes élaborations de nitrate et
payaient à l’Etat péruvien de considérables
droits de douane. S'il est vrai que cette province
 dépendait de Lima quant à l’administration,
 en fait, elle dépendait du Chili, par le
nombre de ses compatriotes qui y résidaient,
        <pb n="38" />
        par ses intérêts économiques et par les entre.
prises qui y avaient été établies.
Sur la côte d’Atacama, l’effort chilien avait
découvert pareillement des gisements de nitrate,
 et le capital chilien y jetait les fondements
de la population qui commençait à s'y former
et qui a constitué depuis la ville d'Antofagasta
et la grande entreprise salpêtrière chilienne
du même nom. Cette entreprise a apporté la
richesse, la vie et la prospérité dans tout ce
littoral. Le problème du nitrate que le Pérou
aborda en 1873 affectait donc, dans toute sa
portée, les régions de Tarapacä et d'Antofagasta
 et dans ces deux endroits c'étaient des
Chiliens et des capitaux chiliens qui avaient
fondé l’industrie du nitrate et l'y représentaient.

En même temps qu’il adoptait le Traité secret,
 le Pérou prenait des mesures économiques,
 au sujet du salpêtre et ces mesures devaient
 être la cause effective du conflit armé.
Le Gouvernement du Pérou résolut de s’emparer,
 en établissant un régime extraordinaire,
de toutes ces richesses privées et de dépouiller
les propriétés du capital chilien à titre de mo-
        <pb n="39" />
        nopole d’État. Les capitaux, les bras, les entreprises
 de transport, tout était chilien. En vertu
 d'une loi spéciale d'exception, les Chiliens se
virent soudainement privés de leurs industries
et dépouillés des biens qu’ils avaient accumulés
 au prix de leurs efforts.
La loi qui établit!e monopole du Gouvernement
 sur le nitrate est datée du 18 Janvier
1873. C'est dans ces jours mêmes qu’on
menait à bout les dernières démarches concernant
 le traité secret, initié au mois de Novembre
 1872 et signé le 6 Février 1873.
Ces agissements du Pérou, qui devaient
produire de graves perturbations dans l’industrie
 du nitrate, furent suivis de la loi du 28
Mai 1875 qui disposait la franche et ouverte
expropiation des propriétés salpétrières de Tarapacä.
 Les capitalistes chiliens qui avaient
apporté leur fortune et leur travail à la province,
 péruvienne alors, de Tarapacäà, étaient
définitivement dépouillés de la sorte.
Ces mesures, qui renfermaient de graves
erreurs économiques, ne pouvaient ‘toutefois
donner de résultat, tant que l'industrie du nitrate
 d'Antofagasta, qui était totalement entre
        <pb n="40" />
        — 40 —

les mains des capitalistes chiliens, pourrait se
développer à l'abri de la liberté et d’un système
 de large et de vigoureuse initiative particulière.

Les nouveaux impôts ne tardérent pas à
venir, et l'implantation du système de violente
expropriation qui devait entraîner le Chili à la
défense armée des intérêts de ses nationaux,
solennellement protegés par le traité de 1874,
ne fut qu'une affaire de temps.
C’est ainsi que la politique du nitrate du
Pérou, initiée en Janvier 1873, de même que
le Traité Secret de cette année, fut consacrée
à Antofagasta, produisant la conflagration espérée
 qui servait de base au Traité Secret.
S’il est vrai que le Pérou n’avait pas de questions
 de frontières à délimiter avec le Chili,
comme il est dit dans la communication actuelle,
 il avait cet autre problème du nitrate,
industrie qui était en grande partie aux mains
des Chiliens et que le Gouvernement péruvien
se proposait de monopoliser, violant les conditions
 de liberté sous lesquelles elle s'était
constituée et méconnaissant les droits d’une
population chilienne qui faisait la prosperité de
        <pb n="41" />
        — 4i —

cette région et qui avait élevé des villes au
milieu du désert.
Le Traité Secret du 6 Février 1873 était
l'instrument capable de réaliser ces plans de
prépondérance commerciale et-de consolider
la prépondérance politique que le Gouvernement
 de Lima réclamait pour son pays.
put Chili n'était pes J'estime que l'affirmation dérre
 pourvue de tout fondement, et
selon laquelle le Chili seserait préparé pour
cette guerre, ne mérite pas une rectification
spéciale. On sait trop bien que le Chili se trouvait
 alors avec tous ses gardes nationaux démobilisés,
 et que ceux-ci constituaient toute
l'organisation militaire du pays. Il est également
 inutile de prouver en cette occasion que
l’armée chilienne se vit dans l'obligation de
s'organiser à la hâte et qu’elle fut retenue
pendant plusieurs mois dans ses cantonnements,
 dans l'attente d’armes, de munitions et
de tous les éléments indispensables pour entrer
en campagne. Il est aussi trop notoire que le
manque de préparation de ses éléments navals
ne permit pas à la flotte chilienne, pendant la
première partie des opérations militaires, de
        <pb n="42" />
        — 42 —

tenir rapidement et efficacement son rang dans
le domaine des mers.
Le ‘Traité du 6 Août 1874 avait défini la
situation juridique de cette région dans la zone
disputée entre le Chili et la Bolivie. Le Gouvernement
 du Chili fit, pour aboutir à cet accord,
d'importantes concessions au détriment de ses
droits territoriaux, dans le but d'assurer le
développement tranquille et normal de cette
industrie chilienne et la protection dont jouissaient
 ses fondateurs. Il ne souleva pas de
conflits de frontières ni de participation dans
les impôts de la région en dispute; il voulut
seulement créer pour ses nationaux un régime
de sécurité et fixer d’une façon définitive
la situation des. industries chiliennes dans le
désert d’Atacama. Le Chili renonça à ce qu'il
considérait son droit légitime, mais, en compensation
 il exigea la garantie contenue dans
l'article 4 du traité.-Cet
 article disait textuellement: «les personnes,
 les industries et les capitaux chiliens ne
seront assujettis à d’autres contributions, de
quelque genre qu'elles soient, qu’à celles actuellement
 existantes».
        <pb n="43" />
        L'esprit droit et le caractère élevé du Magistrat
 qui gouvernait alors la Bolivie permit
de statuer, dans le traité de 1874, des conditions
 bien méditées qui devaient assurer aux
deux peuples une paix solide et durable. Ce
Gouvernement avait réussi à se débarrasser
de l’esprit du Traité Secret, éprouvant, peutêtre,
 une certaine défiance envers la sincérité
d’un allié tel que le Pérou, qui avait toujours
été l’ennemi traditionnel de la Bolivie.
Néanmoins cette situation ne dura pas longtemps;
 l'honorable administration du Président
 Frias, fut renversée en Mars 1876 par
le coup d'état militaire du Général Daza, qui
se souleva avec les troupes que le Gouvernement
 lui avait confiées.
Avec le nouveau régime, toutes les garanties
données par le Traité de 1873 ne tardèrent
pas à disparaître, et une ère d’inquiétude permamente
 et de persécutions s’ouvrit pour cette
région. La politique du nitrate poursuivie par
le Pérou à Tarapacà reçut bientôt une efficace
coopération dans les diverses mesures, contraires
 au Traité de 1874, prises par le Gouvernement
 militaire du Général Daza, et destinées
        <pb n="44" />
        à vaincre la concurrence que l’industrie libre
du nitrate d’Antofagasta faisait au monopole
du Pérou.
recnastArice © Tout en se rapportant à des
questions d'une considération plus immédiate,
la note de la Chancellerie péruvienne affirme
que le Chili, avançant au delà des limites
signalées par le Traité d'Ancén, exerce son domaine
 sur une partie de la province de Tacna
qui n'est pas indiquée dans le Traité.
Je ne peux pas imaginer que l’on prétende
suggérer de la sorte que les droits sur la province
 de Tacna et Arica que le Chili a invariablement
 soutenus, puissent constituer la moindre
transgression des stipulations du Traité. Les
clauses de ce Traité et la discussion soutenue
depuis tant d’années jusqu'à ces jours, au
sujet de la manière de résoudre le sort définitif
 de ces provinces, ne permettent même
pas de supposer une aussi grave rénovation
de toutes les bases d’une discussion diplomatique.
 Cependant, comme sur les expressions
secondaires relatives à une partie des provinces
 domine l’idée fondamentale concernant le
        <pb n="45" />
        territoire entier, il est utile de mettre au clair
cette pensée et de dissiper toute confusion.
L'idée principale, connue du public, est celle
qui a trait aux provinces de Tacna et Arica
en général. L'idée subordonnée, secondaire,
inconnue du public et qui ne peut être perçue
que par celui qui est tout à fait au courant de
ces questions, concerne une délimitation de
frontières dans le Département de Tarata,
situé dans la Cordillère. Le Gouvernement
péruvien fit en certaine occasion des objections
à ce suiet.
Affirmer explicitement que les territoires de
Tacna et Arica ne furent pas pris en considé
ration au Traité d’Ancôn et que, aujourd’hui,
le Chili avance à leur sujet des prétensions
qu'il n’avait pas soutenues à la date de ce
traité, équivaudrait à un véritable abus de
confiance envers l'opinion publique, auquel on
n’oserait s’exposer,
Mais, en faisant entrer dans l’idée principale
la phrase secondaire relative à une partie ces
territoires et en affirmant ensuite que cette
partie n’est pas indiquée dans le Traité d’Ancôn,
 on a tout au moins essayé d’induire en
        <pb n="46" />
        erreur l'opinion universelle, qui n’est pas très
forte dans toutes ces subtilités, en lui faisant
croire que l'exigence du Chili relative à l’incorporation
 de ces territoires à sa souveraineté
est très postérieure à la date du Traité même.
La situation de ces provinces a été cependant
 considérée dès le premier moment, à la
conférence d'Arica du 22 Octobre 1880. On
y signala comme une des bases inéludables de
la paix la cession inconditionée du territoire
de Tarapacà et la remise conditionelle de Tacna,
 Arica et Moquegua jusqu’à l’exécution
complète du paiement des vingt millions de
piastres d’indemnité.
Dans la Conférence de Viña del Mar, protocolisée
 en date du 11 Février 1882 et célébrée
 entre le Ministre des Affaires Étrangères
du Chili et le Représentant Diplomatique en
mission spéciale des États-Unis, Mr. Trescott,
les deux bases de paix proposées par le Chili
furent consignées: premièrement, cession au
Chili de tous les territoires situés au sud du
ravin de Camarones; deuxièmement, occupation
 de la région de Tacna et Arica pendant
dix ans, le Pérou devant payer à la fin de ce
        <pb n="47" />
        terme vingt millions de piastres. Si, à son, expiration,
 le Pérou n'a pas payé au Chili les
vingt millions, le territoire de Tacna et Arica
sera considéré zpso facto comme cédé et annexé
 aux territoires de la République du Chili.
Le Représentant Diplomatique des États-Unis
 d'Amérique, Mr. Logan, accrédité postérieurement,
 connaissant la situation exacte de
ce pays, s'efforça avec un grand zèle de mettre
fin aux négociations.
Dans sa communication du 13 Novembre
1882, il disait que le Chili, à la suite de cette
médiation, consentait à faire la paix aux condition
 suivantes: premièrement, cession absolue
 de Tarapacä; deuxièmement, acquisition
de Tacna et Arica, moyennant achat, au prix
de dix millions de piastres payables en trois
ans.

Le diplomate américain, dans un langage
franc et avec une conviction sincère, faisait
alors allusion à divers antécédents favorables
à un procédé de ce genre: «les États-Unis;
disait dans cette déclaration Mr. Logan, accordèrent
 au Mexique, en échange de la Californie,
 le Texas et le Nouveau Mexique, riche et
        <pb n="48" />
        très étendu, le paiement de la somme de quinze
millions de piastres. La région de Tacna et
Arica, ajoute le diplomate américain, a à peine
une valeur intrinsèque; sans guano et sans nitrate,
 elle peut difficilement servir pour l’agriculture.
 Elle n’a du reste, pour le Pérou, aucune
 valeur au point de vue de la défense de
sonh territoire.»

La résistance du Pérou à prendre en considération
 cette solution sous la forme de vente
franche et directe qu'appuyait le Représentant
 américain, décida le Chili à étudier la nouvelle
 formule qui devait plus tard constituer une
des bases du Traité d'Ancôn. On en vint à
l’expédient de remettrela solution du problème
à la volonté même des habitants de ces provinces
 et l’on accorda, à cet effet, la troisième
clause du Traité du 20 Octobre de 1883.
C’est ainsi que l’idée de rétention, considérée
d’abord à Arica comme une garantie, fut étudiée
 en 1882 sous forme de vente, et fut consignée
 en 1853, dans sa forme actuelle, comme
possession des territoires avec le domaine et
la souveraineté pleine, jusqu’à ce qu’un plébiscite
 en décide de leur situation définitive.
        <pb n="49" />
        Et voilà pourquoi le Chili fut en état d’affirmer
 avec une complète exactitude, dans sa
note de l’année 1905, que: «le Pérou a cédé
au Chili la souveraineté pleine et absolue sur
ces provinces, sans aucune limitation quant à
son exercice et limitée seulement, quant à sa
durée, par l’issue d’un plébiscite se pronongant
 dans ce sens»,
miten suspens | La plainte qu’on trouve dans
la note du Pérou, au sujet de l’inutilité de ses
effotts pour obtenir du Chili, durant le long
laps de temps écoulé depuis la célébration du
Traité d’Ancôn, «l’honnête solution du conflit
en suspens», est de même nature que les précédentes.
 J’emploie l’expression textuelle de la
Chancellerie péruvienne, et, dans le langage
courant, &amp;lt;honnête solution du conflit en suspens»
 signifie «solution que le Gouvernement
du Pérou a conçue d'accord avec ses convenances
 et ses points de-vue particuliers».
Je ne puis douter et, bien au contraire, il
me faut accepter que tel est l’honnête sentiment
 des hommes d’État du Pérou. Mais je
dois affirmer également ce que personne ne
peut mettre en doute: que l’honnête apprécia-
        <pb n="50" />
        — 80 —

tion du Chili a permis à ses Gouvernants de
soutenir en toute circonstance une application
différente de la clause qui règle la situation de
Tacna et Arica. Son point de vue s'accorde
parfaitement avec les antécédents du Traité,
avec le texte de ses dispositions, avec l'esprit
qui les inspira et avec les nombreux et abondants
 précédents relatifs au referendum plébiscitaire.

Il serait d’ailleurs très facile de détailler les
innombrables démarches diplomatiques faites
par le Chili dans le but d'obtenir l’acceptation
de certaines bases permettant d'accomplir cette
consultation populaire. Le Chili a toujours eu
l’ardent désir de réaliser le plébiscite qui devra
définitivement incorporer à sa souveraineté ces
populations, chiliennes par l'âme et par le cœur,
qui on reçu du Gouvernement chilien, en même
temps que les bienfaits de l'ordre et de la prospérité,
 la protection la plus large en faveur de
leurs richesses et de leurs industries.
La construction du chemin de fer d'Arica à
la Paz, entreprise afin de remplir des engagements
 internationaux qui ont résserré les relations
 d'amitié entre le Chili et la Bolivie,
        <pb n="51" />
        — SI —

a créé dans ces nouveaux territoires une situation
 spéciale dont la peuple chilien se réjouit
 très particulièrement.
Le situation actuelle Ta plainte ne s’arrête pas là.
On y parle encore, dans la note péruvienne, de
conscription militaire imposée aux jeunes gens
nés dans ces territoires, d’écoles et d'imprimeries
 violemment supprimées par une autorité
despotique et de prêtres cruellement exilés par
ces mêmes mandataires arbitraires.

Tel est le sombre tableau d'où se détache la
figure des provinces captives, vers lesquelles
on essaye d'attirer les regards de pitié des
peuples de l'Amérique.

La situation de ces malheureuses provinces
est cependant bien différente. Elles jouissent
aujourd'hui, sous la juridiction chilienne, de
tous les bienfaits que les lois du pays assurent
aux nationaux et aux étrangers.
Car dans ces provinces qui se trouvent sous
la souveraineté du Chili, les lois de notre pays
sont en vigueur comme sur le reste du territoire;
 il n’existe nul régime extraordinaire ou
d'exception qui puisse rendre possibles les
        <pb n="52" />
        52 —

manèges d’autorités arbitraires et irresponsables.

Bien au contraire, le Gouvernement du Chili
 a toujours eu le soin tout spécial de déléguer
 la répresentation de son autorité à
d’illustres et zélés serviteurs de la nation, à des
hommes qui se sont distingués au Parlement,
dans la diplomatie, dans la presse et dans les
plus hautes charges publiques.
Et c’est grâce à cette circonstance, et parceque
 tel est le régime politique existant dans le
pays, que la liberté de presse, la liberté d'instruction,
 la chaire sacrée et les industries on
vécu et ont pu se développer à l'abri des
garanties que la Constitution politique de
l’État assure aux citoyens.
Mais, pas plus à Tacna que dans n'importe
quelle province de la République, il n'est permis
 de s'opposer aux lois ou de s'insurger
ouvertement contre les autorités constituées.
On n'aurait toléré, du reste, dans aucun pays,
que des maîtres d'école dépourvus ‘des conditions
 pédagogiques nécéssaires, étrangers
pour la plus part, prétendissent éléver une
        <pb n="53" />
        — 83 —

tribune permanente contre le sentiment national
 et contre le régime constitué.
Les prêtres de Tacna et Arica qui, dépendant
de l'évêque péruvien d’Arequipa, n’étaient pas
soumis au droit de patronnat qui existe entre
l’Église et la République, se trouvaient constamment
 en conflit avec les autorités chiliennes.
Cette situation n’était pas compatible avec la
dignité de l’État et fut l’objet de négociations
auprès du Saint-Siège qui permirent de résoudre
 ce conflit, sans préjudice des droits de
l’État et à l’avantage des services religieux
de cette province qui se trouvaient en pleine
déchéance.
relcicnstwre des La rupture des relations diplomatiques
 qui s'est produite à divers moments
a toujours été provoquée par le refus qu’ont
essuyé de la part du Pérou les diverses propositions
 d'accord formulées par le Chili chaque
fois qu’il a cru trouver dans les gouvernants
du Pérou un indice de concorde.
L'inefficacité de ces négociations n’a pas
cependant empêché le Gouvernement chilien de
désirer et de chercher constamment la solution
favorable du problème en suspens.
        <pb n="54" />
        dé du dreit Je ne puis qu’être complètement
d'accord avec Monsieur le Ministre des Affaires
Étrangères du Pérou lorsqu'il exprime l'espoir
de voir toujours régner dans l'avenir l’idéal du
droit et de la justice, et le besoin de ne plus
confier à la force l’accomplissement des Traités
et la sécurité des Nations.
Mais il me faut, en même temps, ne point
reconnaître une certaine vertu que l’on prétend
attribuer au triomphe de ces principes, celle de
soulever la colère du Chili. Il me semble qu'il
est réellement enfantin de vouloir lier l'appréciation
 et la conduite des affaires que le Pérou
discute avec le Chili à l’acceptation des principes
 juridiques soutenus par les Alliés.
S'il me fallait suivre la Chancellerie péruvienne
 dans cet ordre de considérations, j'aurais
le droit de m'occuper de la version très accréditée
 qui semble attribuer à l’adhésion platonique
du Pérou à la cause des Alliés, l’intention préméditée
 de vouloir ainsi identifier ses différends
 avec le Chili aux grandes questions dont
s'occupent aujourd'hui les hommes d’état alliés
chargés de la solution des problèmes que la
guerre a créés pour les pays combattants.
        <pb n="55" />
        Mais je dois m’abstenir de le faire, et je me
bornerai pour le moment à declarer que la
conduite du Chili, dans la guerre mondiale,
lui fut imposée par la conception de ses devoirs
 de pays neutre et parce qu’il n'a pas eu
de motifs pour abandonner cette ligne de conduite.


Quelle que soit la façon d'apprécier cette
situation, on devra toujours respecter l'attitude
d’un pays qui, sans avoir d’offenses directes
à faire réparer, a rempli tous les devoirs que
lui signalait le Droit des nations.
J'ai plus d’antécédents qu’il ne m'en faut
pour affirmer que cette attitude a été et est
actuellement interprétée ‘avec. justice par les
Gouvernements qui ont enduré sur les champs
de bataille les sacrifices de la guerre.
Je ne m'étonne pas que cette attitude puisse
être l’objet d’une interprétation différente de
la part de ceux qui ont peut-être cru que la
solidarité avec les peuples bélligérants n’imposait
 pas de sacrifices réels et qu'elle pouvait
se limiter à une simple adhésion sur le papier.
Quoi qu’il en soit, le Chili a maintenu une
conduite fidèle aux traditions de sa diplomatie
        <pb n="56" />
        — r6 —

et aux principes fixes et immuables du Droit
international.
llusions politiques La dernière partie de la note
de la Chancellerie péruvienne est destinée à
faire la relation 2% extenso des incidents d'Iquique,
 d'accord avec l’esprit de son partial informateur
 le Consul Llosa.
Il me semble inutile de revenir sur cete affaire
 après les rectifications que j'ai déjà faites
et que j'ai consignées dans le premier paragraphe
 de cette communication.
Aussitôt que sera terminée l'enquête ouverte
 à Iquique—enquête qui doit être tenue secrète,
 conformément à notre procédure, pendant
son instruction—je ferai une communication
spéciale et détaillée sur ses résultats.
Avant de terminer, je dois repousser énergiquement
 l’allusion faite dans la note officielle
du Gouvernement péruvien à des hommes publics
 de notre pays. Cette allusion est contraire
 à l’usage établi dans des cas semblables et
permet de mettre en relief la nature de la campagne
 entreprise par.le Pérou.
M. Mäximo Lira, par l’attitude patriotique
qu’il a observée à tout moment soit comme
        <pb n="57" />
        représentant du Chili à Lima, soit durant les
nombreuses années passées à l'Intendance de
Tacna, méritait bien le respect de ses adversaires
 du Pérou qui le présentent, cependant,
comme un persécuteur infatigable de la population
 péruvienne de Tacna.
Il est plus inconvenant encore de faire intervenir
 dans les agitations d'Iquique le député
de Tarapacä, M. Anselmo Blanlot Holley. Par
ses antécédents politiques, par son renom
d'écrivain et par sa haute personnalité, M.
Blanlot Holley a droit à des références justicières
 et conformes au ton d’une pièce diplomatique.

V. E. peut faire de cette communication
l'usage qu’elle jugera convenable. En tout cas,
elle doit servir à V. E. pour renseigner le Gouvernement

 et l'opinion du pays auprès duquel
V. E. est accréditée — Luis Barros Borgoño.
        <pb n="58" />
        TABLE DES MATIÈRES

PAGES

1]. — Circulaire de la Chancellerie Péruvienne.…. 7-20
I1.—Circulaire de la Chancellerie Chilienne… 21-57

ERRATA

Page Ligne
13
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Lire:
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      </div>
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  </text>
</TEI>
