L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
— le monde accepterait-il que l’empire des mers appartint
 à l’Angleterre et s’insurge-t-il contre le militarisme
 prussien, sans formuler aucune plainte contre le
marinisme anglais? La raison en est bien simple et la
réponse à cette objection est tout entière dans la différence
 entre l’impérialisme allemand et l’impérialisme
britannique.
Celui-ci n’est pas comme celui-là une conception a
priori sortie tout armée du cerveau de la « Kultur teutonne
 ». C’est une création expérimentale, une construction
 à laquelle chaque génération de commerçants, de
navigateurs et d’hommes d’État apporte une nouvelle
assise depuis trois siècles. Certes, la brutalité de la
conquête armée n’a pas été étrangère à la formation de
cet immense empire ; certes, l’orgueil d’une nation isolée
dans son insularité n’a pas toujours été pitoyable aux
populations asservies ; certes, l’implacable dureté d’une
supériorité navale incontestable n’a pas toujours su
fléchir devant les concessions que l’humanité réclamait en
faveur de petites nations; mais cependant, l’esprit de
liberté qui est le fondement des institutions civiles et
politiques de la Grande-Bretagne a peu à peu animé
les conceptions de sa politique impériale. Son hégémonie
maritime apparaît aux yeux du monde civilisé comme
une garantie de la liberté des mers autrement positive
que la chimère d’une indépendance maritime soumise
au bon vouloir de l’Empire allemand ! Ce même esprit
libéral inspire ses relations avec ses colonies depuis
qu’elle a subi et médité les leçons de la guerre de l’Indépendance
 américaine. La large autonomie accordée à
l’Australie et au Canada a été concédée au Transvaal au
lendemain même de la conquête. Enfin, la guerre actuelle
a mis en un saisissant relief le loyalisme inspiré aux
Français du Canada, aux Hollandais du Cap et aux rajahs
de l’Inde par la politique impérialiste de l’Angleterre.

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