14 L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
de ce pays ne doit-elle pas se plier avec souplesse à
toutes les nécessités d’une expansion qui lui rapporte,
dès la paix, des avantages économiques incalçulables, et
à l’heure du danger, l’appoint d’une armée invincible ?

Parmi tant de causes qui ont déchaîné la guerre mondiale,
 personne ne met en doute qu’elle n’ait pour
origine directe l’antagonisme de deux politiques impérialistes
 que l’on appelle communément le « pangermanisme
 » et le « panslavisme ».
La guerre est devenue inévitable à partir du jour où
les populations serbe, bulgare et grecque, s’étant révoltées
 contre l’oppression de l’Islam turc, ont remporté
une victoire que n’avait pas prévue la diplomatie austroallemande
 et qui signifiait pour celle-ci la fin du rêve
d’une poussée germanique vers l’Est, qui était l’un des
buts principaux de sa politique. La défaite de la Turquie,
 conséquence des événements militaires de 1912-1913,
 était un très grave échec pour le germanisme à qui
une masse sud-slave, en mesure de s’organiser puissamment,
 barrait désormais la route de l’Orient. Le rêve de
Salonique, port autrichien, c’est-à-dire allemand, s’évanouissait
 à tout jamais et le fameux chemin de fer de
Bagdad n’était plus cette route mondiale vers les Indes,
entièrement soumise, sur tout son parcours, à l’hégémonie
 allemande, grâce à la vassalité de l’Empire ottoman.
 « Le germanisme, a écrit M. Jean Brunhes dans
une remarquable étude géographique de la guerre
actuelle ('), a tenté une double revanche, en dissociant le
bloc des alliés balkaniques, en excitant la Bulgarie à
se jeter sur la Serbie et la Grèce et, d’un autre côté, en

(1) Correspondant du 10 octobre 1915.