L'IMPÉRIALISME ET LA GUERRE ACTUELLE 15
créant une Albanie destinée par excellence, dans l’esprit
de ses parrains, à être anti-serbe et anti-grecque et à
devenir de plus-en plus autrichienne. Mais cette double
politique s’est retournée contre ses auteurs, aboutissant
d’une part à la défaite des Bulgares, et d’autre part à la
fuite peu glorieuse du prince féodal allemand Wilhelm
von Wied (1914). C’était la jonction territoriale de l’Empire
 de l’Islam et de l’Empire du Kaiser déjouée. C’était
cette grande coulée rêvée du germanisme industriel et
politique, qui devait s’épandre sans interruption ni
obstacle jusqu’à Bagdad et au Golfe Persique, définitivement
 barrée. Et cela, par la faute, par la faute principale
de la Serbie! Il fallait au germanisme une revanche
nouvelle. »
Cette revanche, l’Allemagne ne s’est pas décidée, du
premier coup, à la gagner avec ses propres troupes.
Après avoir échoué dans une tentative de se la procurer
au moyen de l'agression du roi Ferdinand de Bulgarie
contre ses alliés de la veille, elle a confié le soin de
réaliser une seconde tentative à l’Autriche-Hongrie.
Celle-ci, docile partenaire, cherche. une querelle d’Allemand
 à la Serbie et lance son ultimatum du 23 juillet
tgr4. Si la Russie reste tranquille, si elle dévore silencieusement
 ce nouvel affront et laisse perpétrer l'attentat
audacieusement préparé contre le petit État slave, c’en
est fait non seulement de son prestige en Orient, mais
c’est l’échec définitif de sa politique sud-orientale, c’est
la Méditerranée à jamais fermée pour elle, c’est, en un
mot, un désastre pour l’impérialisme slave, c’est le
triomphe de l’impérialisme germanique. Et voilà pourquoi,
 à la fin de juillet 1914, la Russie mobilise, donnant
 au Kaiser allemand l’impression nette et profonde
que cette fois elle ne reculera pas et que la grande partie
va se jouer.
Pendant quelques jours de fièvre les diplomaties