16 L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
s’évertuent à trouver une solution pacifique. Peines perdues.
 L’inéluctable se produit, et le monde, qui ne
croyait plus à la guerre, voit les deux masses germanique
 et slave engager une lutte sans merci, dont l’enjeu
est la victoire d’un impérialisme sur un autre.
Ce n’est pas le but de cette étude de rechercher si ce
conflit aurait pu être évité où simplement retardé. Sans
doute celui qui l’a déchaîné le jugeait-il inévitable et
a-t-il choisi l’heure qu’il estimait la plus favorable pour
remporter la victoire.
Ce qui nous importe, et ce que nous voulons rechercher
 maintenant, c’est comment la France s’est trouvée
entraînée à prendre les armes pour une cause qui n’était
pas essentiellement la sienne, et d’examiner si la politique
 qu’elle suivait la met en mesure de retirer de la
guerre où elle se trouve engagée, en cas de victoire, des
avantages proportionnés aux sacrifices immenses qu’elle
aura consentis et supportés.
Tout d’abord nous remarquerons que la politique de
la République dans la période qui a précédé la crise
mondiale actuelle n’est, pour ainsi dire, qu’une politique
impérialiste intermittente. Beaucoup de Français seront
sans doute surpris qu’on puisse voir même un soupçon
d’impérialisme dans les manifestations élaborées à
l’Élysée et au Quai d’Orsay depuis la conclusion de l’alliance
 franco-russe en 1891. Et cependant nous devons
avouer que, si à leurs yeux cette politique est empreinte
d’hésitations, de timidité et surtout de contradictions
qui la paralysent, elle est considérée par les étrangers,
et leur thèse n’est pas tout à fait dénuée d’arguments,
comme une conception insatiable d’ambition, avide
d’étendre démesurément l’empire français sur les continents
 et les mers, viciée par une mégalomanie qui
inquiète nos rivaux et exaspère nos ennemis.
Un Français pourra reprocher à cette politique de