L’IMPÉRIALISME ET LA GUERRE ACTUELLE 19
devait déchaîner les conséquences les plus funestes, a
été l’entreprise marocaine, telle qu’elle a été conçue par
M. Delcassé. On sait qu’un traité de partage du Maroc,
contraire à toutes les traditions de notre politique africaine,
 fut négocié par ce ministre avec un ministère
espagnol libéral et ne fut pas ratifié par le cabinet
conservateur qui lui succéda. Bien mieux, il le communiqua
 à l’Angleterre et de là s’ensuivit la négociation
qui aboutit à l’entente anglo-française de 1904. Il en
découla également un arrangement avec l’Italie au sujet
de Tripoli. Le'désintéressement de l’Angleterre et de
l’Italie dans la question marocaine a- été obtenu, visà-vis
 de la première de ces puissances par notre renonciation
 à l’Égypte, vis-à-vis de la seconde par notre
adhésion à la conquête de la Libye. Dès lors, l’Italie, ne
trouvant plus d’obstacle de notre côté au développement
de sa politique impériale en Afrique, engage avec la
Turquie une guerre qui inaugure l’œuvre de dépècement
de cette nation. Cette guerre elle-même produit à bref
délai deux résultats importants, gros de conséquences
sur les événements qui vont suivre. Le premier, c’est le
renforcement à Constantinople du parti des Jeunes-Turcs
germanophiles. Le second, c’est le déclanchement des
convoitises balkaniques serbe, bulgare et grecque. La
première guerre balkanique en 1912 entraîne logiquement
 l’Austro-Allemagne à déchaîner la seconde, celle de
1913. Nous avons vu plus haut que la guerre mondiale
de 1914 est issue directement des convulsions balkaniques
 qui l’ont précédée. -
Ces erreurs d’une politique extérieure qui rompait avec
toutes les traditions françaises faisaient encore mieux
ressortir aux yeux de l’Allemagne le désarroi de notre
politique intérieure. Déjà notre ennemie héréditaire
jugeait notre décadence irrémédiable et s’entraînait
contre nous à la manœuvre suprême par les provocations