20 L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
humiliantes de Tanger et d’Agadir. Cependant, au mois
de juillet 1914, notre armée, malgré les insuffisances de
sa préparation, ne lui paraît pas une quantité négligeable
 et elle sait que notre traité avec la Russie nous
amènera au secours de notre alliée si celle-ci est attaquée.
 Cette considération inspire à l’Allemagne son
plan de guerre. Elle ne veut pas s'engager dans une
lutte à mort contre le slavisme en laissant sur sa frontière
 de l'Ouest une France frémissante, l’arme au bras.
Il faut donc nous écraser d’abord et le grand Étatmajor
 de Berlin estime qu’on aura tout le temps de le
faire avant que soit terminée la mobilisation de l’Empire
moscovite.
Il est toujours opportun d'appuyer son opinion sur
celle des personnes qui paraissent le moins disposées à
la professer. Voici donc une citation que nous empruntons
 à l’écrivain socialiste Lysis, qui a publié dans l’Zwmanité
 du 5 novembre 1915 le plus éloquent des réquisitoires
 à l’appui de la thèse que nous venons d’énoncer.
On ne saurait donner trop de publicité à ce résumé qui
condense la plupart des arguments et des faits que nous
pourrions invoquer.
« Dans cet abandon de nos intérêts nationaux, écrit
Lysis, qui a été la cause de la guerre, il faut bien le dire,
les culpabilités sont partagées : à côté des erreurs des
grandes sociétés financières qui dirigeaient notre épargne,
à côté de celles des ministres, des députés, des sénateurs
et de tous ceux qui détenaient par délégation ou autrement
 un pouvoir de direction dans notre société, il y a
aussi, ne l’oublions pas, les responsabilités des simples
citoyens, de ceux qui pouvaient tout changer avec leur
bulletin de vote et qui ne l’ont pas fait. Voilà ce qu’il faut
dire crûment aux électeurs, si l’on ne veut pas les flagorner,
 et surtout si l’on ne veut pas qu’ils recommencent.
« En 1875, les populations de l’Allemagne et de la