L’IMPÉRIALISME ET LA GUERRE ACTUELLE 23
entraînera inéluctablement toutes les nations ayant un
intérêt à défendre, une revendication à formuler les
armes à la main. -
{1 serait donc légitime que la France, englobée dans
le conflit par suite des causes que nous venons de résumer,
 poursuivit, elle aussi, un but précis, et obtint, au
moment du règlement des comptes, des avantages
proportionnels aux immenses sacrifices qu’elle aura
consentis. Est-ce bien l’intention de nos dirigeants ?
Ceux-ci ont-ils dans le passé une conception nationale
d’ambition pour la grandeur de la France qui nous
garantisse leur ferme volonté de la faire prévaloir si
l’occasion s’en présente. Nous n’oserions pas l’affirmer.
Dans la période’ qui a précédé la guerre, la popularité
toujours grandissante du Gouvernement républicain
avait pour base la croyance de plus en plus affermie que
la doctrine essentielle de la République était le maintien
de la paix.
Un seul problème — mais quelle épine — empêchait
ies dirigeants de la République de s’adonner entièrement
à l’antimilitarisme qu’ils professaient. C’était la question
de l’Alsace-Lorraine. Après avoir essayé vainement
pendant des années d’étouffer en France toute idée de
revanche, ces dirigeants avaient consenti des concessions
à une partie de l’opinion qui se maintenait malgré tout
patriote et nationaliste. Sous la pression de cette opinion
ils avaient adhéré à un système d’alliances qui les entrainait
 peu à peu, sans qu’ils l’eussent désiré ni prévu, à
être englobés dans une guerre européenne pour une
cause qui ne serait pas une cause française. Il est certain
en effet que la Russie, en signant un traité -d’alliance
avec la France en 1891, s’assurait, et l’événement a
justifié sa prévision, le concours de notre pays contre
l’agression de l’Allemagne dont elle était menacée. Nous
étions donc exposés, par ce traité, à prendre les armes