L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
Et cependant un principe s’impose tout d'abord, c’est
qu’après avoir fait preuve d’une imprudence inouïe en
étendant à l’infini notre empire au delà des mers, sous la
menace d’un ennemi formidable qui nous guettait devant
une frontière ouverte depuis Dunkerque jusqu’à Belfort,
la France victorieuse doit conquérir la sécurité presque
parfaite dont jouissent les autres nations qui se livrent à
la politique impérialiste. Cette sécurité que l’Angleterre
et le Japon trouvent dans leur insularité, la Russie et les
États-Unis dans leur immensité territoriale, nous y avons
toujours aspiré. Si nous voulons vraiment réaliser notre
destinée historique et nous libérer vis-à-vis de l’enneraie
héréditaire, nous devons avoir contre les invasions de
l’Allemagne, quatre fois renouvelées depuis un siècle,
une barrière matérielle, déjà forte par elle-même et que
{a science moderne saurait rendre infranchissable. Je ne
crois pas que nous puissions conjurer le péril allemand
toujours renaissant par un affaiblissement de cette race
prolifique et envahissante. L’idée de partager l’Empire
allemand en petits pays suivant une méthode de régression
 archaïque est, quand on l’examine sérieusement,
tellement à l’antipode des aspirations des peuples
modernes et de toutes les lois de l’évolution historique,
qu’il n’y a aucune chance pour que s’y résigne la nation
belliqueuse sur laquelle on voudrait expérimenter un
dépeçage suranné. Au lieu d'assurer la paix à l’Europe
et au monde, une Allemagne morcelée serait un foyer
de révolutions et de convulsions provoquant éternellement
 des convoitises et des interventions étrangères.
L’Europe recommencerait alors, avec son cortège de
guerres interminables, le cycle de l’évolution qu’elle a
dû parcourir pour arriver précisément à l’unification
de l’Allemagne sous l’hégémonie prussienne. Et ce serait
sans doute une œuvre de peu de durée que de créer
par un traité de paix, que les peuples souhaitent défi-26

