LE PRINCIPE DES NATIONALITÉS 31
par trois races différentes, ou encore sont-ils disposés à
refuser à l'Italie victorieuse l’hinterland de Trieste et
les côtes orientales de l’Adriatique pour la raison que
ces pays sont habités par des Slaves ? Qui ne comprend
aujourd’hui que ce principe, où nos idéologues ne voient
qu’un moyen de liberté, s’est changé contre nous dans le
passé en instrument de domination et de conquête et
pourrait dans l’avenir être le germe de conflits terribles
entre nos alliés de la veille!
C’est s’exposer aux pires désillusions que de faire la
guerre uniquement pour des idées. La France, qui s’est
offert ce luxe sous la Convention et sous Napoléon III,
n’est plus assez riche en hommes pour recommencer
cette folie.
La politique que nous devons adopter, sous peine de
mort, a pour but, non pas de détruire l’Allemagne, mais
de n’avoir rien à redouter d’elle, ce qui n’est pas du tout
la même chose. Il est certain, d’une évidence qui ne peut
échapper à personne, que nous ne pouvons, dans l’avenir,
 développer ou suivre aucune politique, pas plus une
politique impérialiste que la politique d’effacement, sous
la menace d’être envahis une fois de plus par l’Allemagne
 comme en 1814, 1815, 1870 et 1914. Pour ne
plus vivre sous cette menace, il faut que la France soit
très forte à l’intérieur par l’union de tous ses citoyens et
que sa frontière devienne une barrière infranchissable
pour l’envahisseur. Cette frontière, la France l’a atteinte
aux Pyrénées et aux Alpes. Elle doit compléter le système
 de sa propre défense et de celle de la Belgique et
du Luxembourg et ne pas oublier qu’il est un principe
absolu, plus fort que celui des nationalités, c’est que la
nation française a droit à une existence entourée de
toutes les garanties possibles .