34 L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
encore de sa force, de sa puissance et de sa propre grandeur
 que de l’abaissement de l’Allemagne.
Nous avons vu qu’il était vain d’espérer qu’un système
d’alliances pût contre-balancer d’une façon complètement
efficace les défaillances et les défectuosités d’une politique
 intérieure ignorante des conditions vitales de la
politique extérieure. Nous aurions pu, mais ce n’est pas
le moment de le faire, et nous nous sommes contenté
de l’indiquer, établir qu’une nation comme la France,
lorsqu’elle contracte des alliances, doit avoir la primauté
dans la conduite des affaires qui ont motivé ces alliances,
et qu’elle ne doit pas, sous peine de s’exposer à des
risques effroyables; se traîner à la remorque de ses
alliés et leur laisser l’initiative et la direction des entreprises
 politiques et militaires qui résultent des traités
d’alliance. Nous avons dégagé une autre conclusion pour
en faire une des leçons de l’avenir, c’est que, au lendemain
de la guerre, la France ne pourrait pratiquer aucune
politique sous la menace d’une agression allemande.
Cette vérité a une contre-partie, c’est qu’il est impossible
à la France de concevoir et de suivre une politique de
grandeur extérieure, telle que l'exige son empire d’outremer,
 sous la menace d’agitations et de complications
intérieures causées par le fait que ses assises sociales ne
sont pas solidement bâties, que le mécontentement et
l’inquiétude règnent dans des classes de la nation alternativement
 opprimées les unes par les autres. ,Ç
L'existence même de la France en tant que nation
libre et indépendante est subordonnée à une politique
extérieure devenue, par une force inéluctable, une politique
 impérialiste. Le succès de cette politique ne peut
être assuré que par la collaboration de toutes les classes
de la nation.
Cette idée était, hélas ! méconnue à un tel degré avant
la guerre qu’il en résultait notamment qu’une classe tout