38 L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
taurer une autorité vraiment nationale. Les artisans de
l’œuvre de salut s'appellent Jeanne d’Arc, Henri IV,
Bonaparte, Gambetta, Thiers.
Cherchons à caractériser l’œuvre de ces êtres providentiels
 en vue de la leçon à méditer dans l’heure présente.

Quand Jeanne d’Arc apparaît, la France est aux mains
des Anglais dont le souverain règne à Paris. Le roi de
France n’est plus que le roi de Bourges, entouré de conseillers
 cherchant à tirer le meilleur parti, chacun pour soi,
d’une situation désespérée. Il semble qu'aucun d’eux ne
songe au salut de la France. Il est certain qu’aucun n’a
formé un plan d’action pour la délivrer de l’étranger et
n’a conçu l’idée de la victoire. Ce plan et cette idée
appartiennent à Jeanne, en qui se sont incarnés le bon sens
et l’âme du peuple. Son idée est simple et naïve : « Il
faut bouter les Anglais hors de France » ; son plan d’exécution
 : « Délivrer Orléans et faire couronner le Roi à
Reims. » Ces deux actes glorieux accomplis, Jeanne peut
échouer devant Paris et se faire prendre à Compiègne.
Elle n’en a pas moins sauvé le pays, parce qu’elle a proclamé
 que, pour le sauver, il fallait chasser l’étranger et
parce que, à sa voix, les Français ont admis que, pour
être victorieux, il fallait cesser d’être Armagnac ou Bourguignon
 et sé-déclarer simplement Français. _
Telle est la leçon d’union sacrée que nous a léguée
Jeanne d’Arc : un but précis doit être indiqué aux Français;
 leur union absolue le réalisera toujours.
A l’époque de la Ligue, il s’est formé en France une
sorte d’union sacrée de nature peut-être moins chevaleresque
 et plus politique, mais qui n’en eut pas moins de
valeur. Le génie d’un roi qui passait aisément d’une
religion à l’autre, à l’époque où le prétexte choisi par
nos ancêtres pour s’entr’égorger était précisément leur
attachement professé pour des religions différentes, le