UNION SACRÉE ET POLITIQUE IMPÉRIALE 39
génie de Henri IV consista à apaiser les querelles religieuses
 et à obtenir des bons Français que, dans l’intérêt
 supérieur de la patrie, ils voulussent bien s'accorder
 entre eux, sinon pour une paix définitive, du
moins pour une trêve qui dura aussi longtemps que son
règne.
Ce qui est à relever, dans cet épisode de notre
histoire, c’est que la tâche du Béarnais fut facilitée par
l'initiative prise, en dehors de lui, par le groupe de
Parisiens patriotes qui s’associèrent pour préparer les
voies à la réconciliation nationale.
Retenons ce précieux exemple d’une initiative prise
par des citoyens désintéressés, indépendants et conscients,
 c’est une deuxième leçon d’union sacrée.
Deux cents ans se passent. À l’époque de brumaire,
nous trouvons la France du Directoire ruinée par dix ans
de révolution, aux prises avec la coalition de l’Angleterre
 et de l’Autriche, déchirée par les factions, divisée
en deux partis, les républicains et les royalistes, dont ni
la guerre civile ni la guerre extérieure n’ont pu épuiser
la haine réciproque. Aucun appel à l’union ne se fait
entendre. On se hait et l’on veut continuer à ‘se haîr, à
se déchirer, à s’entre-tuer. Bonaparte, seul, a conçu
l’idée providentielle qui doit sauver. Pour former son
gouvernement, il fait appel aux jacobins et aux royalistes.
Qu’il mette des uns dans son antichambre, des autres
dans sa police, et les meilleurs de tous dans son armée
et dans son administration, chacun est à sa place. Il les
plie tous à servir, à servir la France. Leur union sacrée
vit réalisée, pour quatorze années d’épopée, la splendeur
des rêves de toute une nation enivrée de gloire, comblée
de prospérités, éblouie de grandeur !
L’union sacrée de 1870 présente elle-même un caraclère
 très différent des exemples que nous venons de
résumer. Tout d’abord, dès les premières défaites de