UNION SACRÉE ET POLITIQUE IMPÉRIALE 43
leurs collègues qu’ils doivent s’abstenir de toute mesure
qui, en inquiétant des catégories de citoyens dans leurs
croyances, leurs opinions ou leurs intérêts, pourrait
affaiblir ou rompre le faisceau des forces nationales
assuré par l’union sacrée de tous les Français. C’est dans
le pays que doit exister et qu’existe en effet l’union
sacrée, et c’est pour elle une garantie aussi inutile que
nuisible que de vouloir la consolider par la représentation
 dans un Cabinet de toutes les nuances des opinions
politiques.
Le groupement dans un même ministère de socialistes,
de républicains de gouvernement et de conservateurs
nous apparaît donc à la fois comme une chimère et
presque comme une injure au patriotisme des citoyens
qui n’avaiènt aucun besoin de cette puérile satisfaction
de vanité procurée à leurs représentants pour faire,
jusqu’à la fin de la guerre, le sacrifice absolu de leurs
npinions politiques.
Cette conception si fausse de l’union sacrée, telle que
le parlementarisme a cru nécessaire de la réaliser en
Angleterre. aussi bien qu’en France, nous paraît avoir
affaibli l’énergie des gouvernements de ces deux nations,
sans lui avoir procuré aucun supplément de forces. Associer
 pour le gouvernement des hommes qui professent
des méthodes et des principes absolument dissemblables
est certainement un défi au bon sens et un obstacle à
l’unité d’action.
Toutefois, nous ne nierons pas que cette constitution
de cabinets d’union sacrée, avec représentation proportionnelle
 des différents groupes politiques, nous apparaît
comme un artifice et un chef-d’œuvre à la fois de la politique
 parlementaire contemporaine. ‘ Associer, même
pour une faible part, à la responsabilité gouvernementale,
 des membres autorisés de l’opposition, est un
moyen de paralyser à jamais les critiques de cette oppo-