LA QUESTION SOCIALE 67
pas que l’évolution naturelle des ouvriers les a conduits
à l’organisation syndicale, que c’est dans le développement
 du syndicalisme que doit être cherchée la solution
et non dans le rêve utopique des charlatans d’outre-Rhin.
 Ils affectent tout au moins de ne pas voir qu’il
faut avant tout donner à l’ouvrier un statut légal, organiser
 et régler les rapports du capital et du travail
représentés par les syndicats patronaux et ouvriers.
Voilà le concept d’union sacrée dont ne voulaient à
aucun prix les profiteurs de la République, qu’ils
fussent radicaux ou socialistes. Voilà l’œuvre essentielle
à laquelle nous avons toujours convié les Français et qui
s'imposera demain à nos délibérations et à nos résolutions.

Et cependant ces mêmes socialistes allemands, qui
nous avaient lancé dans les jambes la lutte des classes
pour nous affaiblir et. nous vaincre, ne méconnaissaient
pas que le principe même de la grandeur de leur pays
devait être cherché dans Palliance du capital et du travail.
 Ils ne craignent pas d’avouer, à la tribune même du
Reichstag, et par la voix de leurs représentants les plus
autorisés, que la ruine du pays causerait celle des prolélaires,
 que le sort de ceux-ci est lié à la richesse générale,
 dont chaque développement leur apporte une
amélioration correspondante.
En était-il de même en France, où le socialisme prêchait
la destruction de l’usine et l’anéantissement du capital ?
Mais les idées à ce sujet- évoluent maintenant avec
rapidité. Voici déjà une déclaration caractéristique de
Lysis (Humanité du 4 décembre 1915):
« Citoyens, voyons les choses comme elles sont. Les
Allemands sont des barbares autrement dangereux que
ceux des âges primitifs, car ils allient à leur manque de
sens moral la compréhension de la science qui leur
permet d’étendre indéfiniment leur puissance matérielle.