LA QUESTION SOCIALE 71
avant tout une question de sécurité, et que la sécurité de
l’ouvrier doit être assurée par le principe de liberté du
socialisme français et non par la tyrannie du socialisme
allemand, par l’évolution naturelle et non par une
conception d’utopie. Selon la forte expression de M. Hébrard
 de Villeneuve (*), il y a des « lois mortes » auxquelles
 il a manqué pour vivre le consentement de ceux
pour qui elles avaient été conçues. Disons donc bien haut
que les lois sociales que professera la politique impériale
 de demain auront pour caractère d’être voulues et
consenties par le prolétariat et ne lui seront pas imposées
 contre son gré.
Combien ces lois de servitude pour ceux qui en
paraissent les bénéficiaires sont imprégnées des idées
césariennes d’outre-Rhin, c’est ce que l’on ne comprenait
 pas alors qu’on les votait, combien elles sont éloignées
 de l'idéal de la politique impériale ‘française,
combien contraires à toutes les idées d’émancipation de
Pindividu proclamées par la Révolution aussi bien que
d’amélioration morale de l’homme poursuivies par les
philosophies et les religions, comment l’étatisme conclut
à l’asservissement le plus dégradant du prolétaire en le
maintenant, sans aucune chance de relèvement, dans la
condition où le hasard l’a fait naître, il suffit pour s’en
convaincre d’étudier le système de Karl Marx dont la
réfutation déjà présentée tant de fois n’a pas sa place ici.
Ce que nous voulons affirmer, c’est que, dans tous les
projets de lois sociales présentés, discutés ou votés, il n’a
jamais été question de la loi primordiale, de la loi sociale
par essence, c’est-à-dire de la charte du travail, c’est
qu’aucune tentative n’a été faite pour solutionner le
conflit toujours existant entre le capital et le travail en
créant entre eux une association. Ce que nous voulons

(1) Revue des Deux Mondes, 1°" mars 1915.